PREMIER ARTICLE
Aperçu sur les Métastasés. — * Contradictions élevées entre différais auteurs à leur sujet.
Doctrine que notre observation vient confirmer.
J-J A fable du lit de Procuste pourrait faire allusion , en quelque sorte , à la science des faits en médecine. Ne les dénature-t-on pas trop souvent, pour les enchâsser de force dans le
cadre étroit de nos théories f Un fait a beau , quelquefois , se montrer garanti des preuves les plus respectables , s’il sort de la règle ordinaire , il faut absolument qu’il subisse, pour son admission , l’épreuve de nos explications systématiques \ ou bien , s’il ne peut s’y plier , on le rejette comme incompatible avec l’ordre que nous prêtons à la nature , en donnant force d’arrêt à nos vues incertaines. Ainsi obéissons-nous, sans nous en douter, à des préventions trop souvent nuisibles aux progrès de la science , tandis qu’il suffirait de moins restreindre les lois que nous nous imposons si péniblement , sans sacrifier , toutefois , à une crédulité qu’on ne peut raisonnablement avouer.
Depuis l’immortel B i chat , particulièrement, les métastases d’humeurs ne peuvent plus encourir une proscription dont a fait justice l'appréciation plus convenable des forces vitales rapportées aux différens systèmes de l’organisme, considération faite de l’état pathologique.
• Dut-on même ignorer la manière dont s’opère précisément l’absorption , il suffit qu’il soit prouvé qu’elle ait lieu , pour que la cause des métastases soit jugée.
Il s’agit, ici, d'un fait important contesté} des métastases laiteuses que des Médecins rejettent formellement, comme s’il y avait aujourd’hui une espèce de honte ou de ridicule à les avouer. Cependant des hommes, dont l’autorité fait foi en médecine , en ont attesté l’existence.
Dans tous les cas , de quelque manière qu’on prétende expliquer les phénomènes de l’absorption } qu’elle ait lieu par le mouvement rétrograde de Daarwin , par la marche que l’on prête communément aux absorbans, ou par le s}rstême veineux d’après MM. Jacobi et Magendie , si un fait bien avéré en pathologie pouvait être rejeté faute d’une explication suffisante , ne se trouverait-on pas autorisé , par cela même , à douter d’une théorie qui se refuserait à admettre un témoignage évident ? La physiologie pathologique ou d’observation pourrait-elle adopter la théorie la plus brillante, si elle était en opposition avec un seul fait ?
Est-il donc rigoureusement nécessaire de s’asservir aux règles que l’opinion du jour a établies} de se renfermer dans le misérable cercle que notre insuffisance ou notre orgueil tracent à la nature , en voulant que l’humeur résorbée passe nécessairement et méthodiquement par le long
circuit ou la filière que nous lui avons donnée, avant de parvenir au foyer où s’est établi la fluxion ?
L’objet de l’absorption est sans doute encore trop discuté, pour que la vérité ait pu jaillir des épreuves qui ont été faites jusqu’alors • et peutêtre est-il plus convenable de s’arrêter simplement à l’exposition des choses , en concédant une puissance illimitée aux absorbans.
La vie de chacun de nos systèmes ne se modifierait - elle pas en raison du trouble apparent de l’organisme , et le système absorbant particulièrement ne pourrait- il se mettre en rapport avec tel ou tel fluide habituellement étranger à sa manière cl’être , selon l’espèce de vitalité qui lui serait départie ?
A moins d’adhérer trop exclusivement à ses idées, nous ne pensons pas qu’il soit possible de méconnaître l’existence des métastases humorales. Un Médecin déjà célèbre, zélé partisan de la doctrine de Bichat, M. le Docteur Broussais, ne met aucun doute à la résorption des fluides ainsi qu’à leur déviation sur les différais systèmes.
Dans son cours oral de pathologie générale
et interne, M. Broussais, en parlant des collections, dit affirmativement que la résorption du liquide épanché', se fait quelquefois si rapidement, qu’il a souvent été frappe', comme tant d’autres , de la disparition soudaine d’abcès , d’hydropisie, etc. etc. M. Broussais ajoute qu’on ne peut en méconnaître les traces dans les excrétions elles-mêmes ; que le fluide résorbé peut être transporté dans les viscères, et produire consécutivement des accidens graves , sans qu’au préalable il y ait inflammation , ainsi que cela arrive dans la métastase qu’il appelle d’irritation , pour la distinguer de la métastase d’humeurs.
M. le Professeur Richerand, une de nos meilleures autorités en physiologie, admet évidemment cette dernière espèce de métastase, en pensant , pour en expliquer l’étonnante rapidité , que la matière résorbée circule au moyen des anastomoses , et parcourt le réseau lymphatique dont le corps et chacune de ses parties se trouvent enveloppés , sans traverser les glandes qui en eussent retardé le cours et changé plus ou moins la nature.
L’activité des lymphatiques est d’ailleurs tellement démontrée, qu’il est difficile de ne pas croire à la résorption soudaine des humeurs,
conséquemment à leur déviation. On peut en puiser la preuve dans les articles Déviations , Inhalation , Dépôts , Cas rares , du dictionnaire des sciences médicales, où un-e grande partie de tout ce qui peut être recueilli sur cette matière se trouve réuni.
Les cas y sont assez multipliés pour que nos observations n’offrent rien de si étrange.
Qu’il nous soit seulement permis d’éclairer le sujet dont nous nous occupons , de réflexions critiques sur plusieurs passages des articles que nous citons. Nous étendrons cette critique à plusieurs autres opinions qui nous ont paru également hasardées ou contradictoires.
Plus heureux que ceux qui n’ont pu observer par eux-mêmes , ne serait-il pas possible que nos vues se rapprochassent davantage de la vérité ?
Feu M. de Montégre , auteur du bel article déviation , ne s’exprime-t-il pas avec une louable réserve , lorsqu’il dit, relativement aux métastases laiteuses : « L'on ne peut manquer d'être fort embarrassé pour se décider , à moins que l'on ne s'en tienne à l'exposition pure et simple des faits qui paraissent incontestables , (page 1 1 o).
C’est aussi dans ces principes qu’il rapporte l’analyse d’une urine laiteuse , soumise , par M. le Docteur Alibert, aux épreuves chimiques de M. Cabale, sous les yeux memes de M.Vauquelin.
Ces messieurs reconnurent que cette humeur devait évidemment son opacité laiteuse à une matière caséeuse.
La femme qui a rendu cette urine , veuve depuis plusieurs années , avait conservé ses seins dans l’état ordinaire de vacuité, tandis que celle qui est le sujet de notre observation, avait toujours vu alterner ses déjections laiteuses avec le gonflement des mamelles , qui , chaque fois , préludait par l’écoulement d’une partie du lait qui s’y était formé.
Si, de ce que les seins de la malade de M. le Docteur Alibert n’avaient pas rendu une seule goutte de lait, on avait pu penser que cette liqueur s’était formée ailleurs que dans son organe naturel , du moins pouvions-nous tirer de notre propre observation, une induction plus convenable. M. de Montégre ajoute encore à une opinion aussi raisonnable que celle que nous venons de citer , cette portion de paragraphe qui vient pleinement justifier le doute philoso-
phique dans lequel doivent , au moins , se renfermer les Médecins qui ne se sentiraient pas assez éclairés, à ce sujet, de leurs propres lumières : « Le fait de M. Alibert me semble être un de ceux que Von doit conserver dans la mémoire , sans en tirer de conséquence et sans les faire entrer dans aucune théorie , parce quils sont complettement isolés $ mais les Médecins ne doivent rien négliger pour éclairer ceux qui pourraient offrir , avec celui-là , quelque analogie. » (Lieu cité, page 1 1 4
Heureux si le fait, que nous allons ajouter à celui-ci, pouvait servir de preuve péremptoire! Si l’on veut nous accorder assez de lumières , et sur-tout assez d’amour pour la vérité, nous aurons peut-être contribué à confirmer un principe de quelque importance dans la pratique.
Pourrait-on accuser M. le Docteur Alibert de s’être mépris en prétendant que le lait en nature joue un grand rôle dans toutes les ma-r ladies des femmes en couche ? Lui reprocheraiton de dire : ( voici ses propres expressions ) « Que la redondance du lait se marque surtout à la périphérie du corps de la femme , par des croûtes d'un blanc verdâtre , et que
cette cacochymie rebelle entraîne par fois des abcès cjue Ion pourrait prescjne considérer comme caseeux. » (Discours préliminaire de la
DESCRIPTION DES MALADIES DE LA PEAU ^ pgg0 *]•)
On peut s’étonner que M. le Docteur Petit, ( article dépôts , dict. des sciences medicales , page 4^6 ) veuille précisément se servir de ce paragraphe pour en inférer contre M. Gastellier lui-même , la non présence du lait dans les dépôts laiteux.
"Voici comme argumente M. Petit : « Il n est pas moins 'vrai , d'après le passage de M. Alibert , qu il faut que M. Gastellier renonce aux dépôts laiteux y le lait n'y est déjà plus, il ne reste que la partie caséeuse. » (Art. cité, page 456 (î). Eh pourquoi donc terminer par une proposition inadmissible ? car s’il était possible qu’on démontrât l’existence du caséum dans les depots de cette espece , ne faudrait-il
(0 M. le Docteur Gasteelier a fait un traité des maladies aiguës des femmes en couches , qui mérite, sans doute, detre honorablement cité, toutefois malgré un peu trop de prévention en faveur des métastases laiteuses ; mais du moins lorsque cet auteur s’appuie ainsi, dans cette circonstance, dj 1 opinion de M le Docteur Al,bert, ne doit-il pas être contredit par un faux raisonnement.
pas admettre nécessairement que du véritable lait y aurait existe'?
M. le Docteur Petit objecte d’une autre part: * Que pour que le lait en nature pût produire toutes les maladies quon lui attribue , il faudrait qui existant tout formé dans les seins , il fût tout-à-coup répercuté par une cause quelconque , physique ou morale , et que V affaissement subit des seins fût le premier phénomène observable avant le développement de la maladie ( Article cite' , page /[5g )• » Et si c’est précisément ce que nous avons reconnu dans le sujet de notre observation , M. Petit , en nous faisant l’honneur de nous croire, s’oblige donc à concéder l’existence d’un genre d’affection qui, pour être rare, n’en est pas moins hors de toute espèce de doute.
Nous avouerons qu’en n’admettant pas la présence du lait dans les mamelles, nous ne concevrions pas la déviation du lait, à moins qu’on ne supposât gratuitement qu’il ne se formât partout ailleurs.
Un Médecin vient de produire une pareille idée, en prétendant que le lait se forme primi-
tivement vers la région épigastrique 5 si ce n’est pas une chimère, qu’il nous en montre donc l’organe.
Nous observerons que nous avons d’autant plus lieu d’être étonnés de l’opposition itérative de M. le Docteur Petit, qu’en reconnaissant un caractère sui gcneris aux maladies qui succèdent à la suppression du lait, il dit positivement que , dans le cas de fluide épanché ou excrété , celui-ci a un tel rapport avec le lait lui-même, que l’arfalyse le plus soigneusement faite , y a quelquefois démontré plusieurs des principes constituans de cette humeur ( Article cité , page 460 ).
La réputation du docteur Rullier , auteur de l’excellent article Inhalation du dictionnaire des sciences médicales, nous impose aussi l’obligation de transmettre son jugement sur une doctrine qui, selon lui, devient si décisive sous le rapport étiologique des maladies, et qui entraîne, d’ailleurs, des conséquences pratiques si graves dans leur traitement.
Tout en admettant l’absorption des humeurs, particulièrement celle du lait et du sperme,
M. Rullier , ne généralise-t-il pas trop en avançant, d’après ses propres recherches anatomiques, « que jamais les 'vaisseaux absorbans du foie , de la vessie , de la mamelle , qui sont si faciles à trouver , ne contiennent autre chose , durant la vie , qu’une lymphe tout-ci fait ordinaire P » ( Art. cité, page 89).
Pour avoir ainsi observé, M. Rullier peutil bien en tirer la conséquence rigoureuse , que les absorbans ne peuvent jamais transmettre un fluide autre que celui qui leur est habituel? comme si l’on pouvait raisonnablement se refuser à l’évidence attestée de la transmission des différentes humeurs par ce système.
Le principe que voudrait établir M. Rullier est trop contraire à l’opinion elle-même de l’immortel Bichat, pour qu’on y accède. La preuve en est, notamment, dans cette citation: « Les altérations de sensibilité organique des absorbans peuvent diminuer , augmenter ou modifier diversement cette propriété ; cessons de nous étonner , d'après cela , de V extrême variété des absorptions » (Système absorbant, page 62 5 ).
Pour que cette citation soit mieux comprise
encore, nous y ajouterons cet autre paragraphe, du même auteur: «Je crois qu’on ne pourra jamais dire comment un orifice absorbant étant plongé dans un liquide , en prend , en saisit les molécules , et le fait monter dans son tube. Mais ce qui est incontestable dans V absorption , c'est que les vaisseaux doivent cette faculté aux forces vitales qu’ils ont en partage ,• que c’est uniquement le rapport existant entre le mode particulier de sensibilité organique dont ils sont doués , et les fiuides avec lesquels ils sont en contact , qui est la cause immédiate du phénomène » ( Article cité., page 611).
Nous pourrions citer aussi, en faveur de ces différentes absorptions, le témoignage de ces Anatomistes célébrés qui ont vu diverses humeurs dans les vaisseaux lymphatiques (1).
(1) Mascaghy a trouve de la graisse dans les vaisseaux lymphatiques qui reviennent du pannicule charnu. ( Anat . eticonoe, vasorum absorb). — Soemmeridtg (de morb. absorb.) a vu du lait dans les vaisseaux lymphatiques qui vont de la mamello aux glandes axillaires. — Assaliny. (Essai médical sur les ■vaisseaux lymphatiques ).— Sauhders. ( Treutise on The lever, Lond. i793 ). - Ckxjikshanck. ( Traité des vaisseaux absor-1 bans). — Soemmerikc, (Ouvrage cité), — M. le Baroh des
M. Rullier ne réfute pas d'une manière plus heureuse la présence du lait dans les organes les plus éloignés du foyer de sa sécrétion, et dans les produits de plusieurs humeurs de formation secondaire, comme les crachats, les vomissemens , en affirmant que la plupart des observations de ce genre ne sont fondées que sur de fausses analogies , et qu’on ne peut admettre la résorption des produits d’une action qui n’a pas lieu. ( Lieu cite', page 90 ).
Quand on oppose à M. Rullier de pareilles objections que nous venons encore appuyer de preuves aussi évidentes que celles que nous exposons , pourrait - il ne pas revenir de ses présomptions ?
Dans le cas de notre observation, par exemple, M. Rullier n’aurait point à nous objecter que la métastase d’humeurs ne pouvait se faire , parce que la sécrétion devait être arrêtée. Mais pour
Genettes (du système des ixiisseanx absorbans , ancien journal de médecine , 1790); assurent tous avoir trouvé de la bile en nature dans les vaisseaux absorbans qui partent du foie, rie la vésicule biliaire et de la région duodénale du conduit intestinal. M. des Genettes, particulièrement, a vu de l’urine dans les vaisseaux lymphatiques du rein.
tarir la source du lait, cette suppression prive- 1— elle les mamelles de celui qu’elles contiennent déjà ? Il faut bien alors que la résorption s’en opère, jusqu’à ce que la sécrétion se rétablisse pour être peut-être bien encore intervertie: nouvelle cause de métastase. Madame M.*** en est ici la preuve.
Le Docteur Rullier, pour faire naître de nouvelles difficultés , ajoute qu’on ne peut admettre que le fluide résorbé ne soit pas complettement dénaturé, en passant ou en séjournant dans les nouveaux organes ou émonctoires (article cité, page 90).
Si 1 humeur resorbee devait effectivement passer par la filière de la circulation du sang, comme le pense le Docteur Rullier, il aurait peut être raison, ainsi que semblent le prouver les belles expériences de M. le Professeur Dupuytrin, relativement a la décomposition complette et instantanée de la bile, aussitôt qu’elle a été unie au sang d un cheval vivant par l’injection dans la veine } mais ici la non décomposition s’explique trop bien par la simple transmission des lymphatiques pour qu’on ne la conçoive pas plus naturellement.
Il ne faudrait conséquemment pas que M. Rullier se prévalût trop des expériences de M. le Professeur Dupuytrin, pour faire valoir son opinion , puisque ces expériences mêmes tendraient à prouver au contraire , que le fluide résorbé passerait par toute autre voie que celle du système sanguin, pour arriver, sans mélange, à sa destination pathologique.
Comment, en effet, les élémens de l’humeur résorbée se reconstitueraient - ils , après avoir éprouvé une pareille fonte ou désagrégation ? Quoi ! supposer une nouvelle élaboration , c’est bien multiplier les difficultés , lorsque la nature use toujours des moyens les plus simples.
D’ailleurs les vivisections sont-elles bien propres à nous éclairer convenablement ? Cette espèce de torture révolte pour ainsi dire trop les organes pour qu’elle soit aussi favorable à nos recherches. Et l’on est souvent autorisé à dire que leurs oracles sont moins sûrs que ceux tirés de la physiologie pathologique dont l’étude nouvelle devient, chaque jour, si féconde en résultats.
Pour établir la présence du lait hors de ses
voies naturelles, il ne faudrait cependant pas rigoureusement exiger aussi que tous ses principes conslituans s y rencontrassent, précisément tels qu’ils sont sécrétés dans les mamelles.
La raison veut qu’on suppose , bien entendu , le genre d’altération que cette espèce d’humeur doit éprouver suivant le système où elle séjourne ou bien qu’elle parcourt accidentellement.
Yoici, à ce sujet, l’opinion deM. le Professeur Fodéré} elle est transcrite d’une lettre qu’il a daigné nous adresser : « II me sera agréable d'apprendre le résultat de ! analyse de cette matière blanche rendue par 'votre malade. Il faut j sans doute , que l'huile ou crème , la partie caséeuse , le sérum et le sucre de lait s'y trouvent pour former un 'véritable lait , concurremment avec la présence des phosphates et muriates de soude et d'ammoniaque , ainsi que cela s'est /vu dans la matière analysée dont il est question dans le journal de médecine de M. Sedillot. ( C’est d’une urine laiteuse analysée par M. Cabale , dont M. Fodéré veut, ici , parler). Cependant quand quelques-uns de ces principes ne s'y rencontreraient pas , ce qu'on pourrait expliquer par
la possibilité de la décomposition , cela ne moudrait pas dire que le lait jouirait de la propriété unique dans V économie animale , d'être soustrait au domaine si actif et si géjiéral du système de V absorption , et je crois , comme mous , que la difficulté de se rendre compte de certains phénomènes n'en exclut pas la possibilité. »
L’opinion de feu M. de Montégre vient corroborer, en quelque sorte, celle de M. le Professeur Fodéré : « Lorsque les forces de la mie , dit M. de Montégre , se trouvent exaltées dans quelques organes , les humeurs s'y portent avec une force proportionnée à celle de la fuxion : ubi stimulus , ibi affluxus. Leur composition intime n'a pas besoin d'être changée ; seulement elles reçoivent dans chaque partie un caractère particulier par l'addition de la substance qui est propre aux sécrétions de l'organe mers lequel elles se portent. Ainsi l'humeur séreuse des hydropiques se portant à la peau , sera chargée d'une petite quantité d'acide acétique et du principe aromatique qui caractérisent ordinairement la sueur ,• si elle est évacuée par les reins , on y retrouvera l'urée et l'acide
urique ; si les intestins sont chargés de V excrétion , lliumeur sera mêlée au mucus qui lubrifie continuellement leur surface interne. De cette façon , comme on le 'voit , la même humeur peut offrir des caractères divers , suivant quelle est divisée sur tel ou tel organe. » (Article cité, page 109).
Nous aimions à penser que Fauteur distingué de 1 article Maladies laiteuses , du dictionnaire des sciences médicales, au lieu d’établir des icgles Fixes, du moins trop generales sur la manière dont s’opèrent les métastases humorales: se renfermerait dans les bornes du doute; mais non , NX. le Docteur Guersent , dans un arrêt que l’autorité même du dictionnaire ne rend pas irrévocable, décide « que le lait répercuté, refoulé des mamelles , ne peut pas plus s'épancher dans V intérieur de Vorganimie , que sa présence ne peut être reconnue dans les évacuations naturelles , à moins fi embrasser une théorie , maintenant reléguée chez les commères. » ( Maladies laiteuses, T. 3o, page 283).
Comme la vérité seule , ici, a le droit de nous intéresser, nous nous reposons plus volontiers
sur l’assertion cle Médecins illustres, de prati ciens dignes de foi, dont nous corroborons le témoignage, en présentant un des plus beaux faits qui aient paru jusqu’aujourd’hui, sans que nous ayons plus à rougir de- l’avouer que M. le Docteur Guersent.
Eh quoi ! faut-il servilement se traîner dans le sentier batm, pour échapper au ridicule que la malignité voudrait faire réjaillir sur celui qui émet une opinion cpii n’est pas ordinaire , quelque bonne qu’elle soit ? Qui ne sait pas s’affranchir d’une crainte aussi puérile, s'élève rarement à une certaine hauteur. Son style peut être plein de grâce, il peut écrire avec une prodigieuse facilité, sans que ses écrits sortent pour cela d’une certaine médiocrité.
Qui donc a suggéré à M. Guersent cette loi qu’il nous impose : « que Les humeurs sécrétées naturellement et par des organes distincts ne sont jamais déplacées en masse, et accumulées hors des organes qui les sécrètent , tandis que les humeurs morbides, le pus et le sérum , par exemple , ont la faculté detret quelquefois transportées en masse, d une extrémité dans une des cavités , ou d'une cavitt
dans Vautre , comme du thorax dans Vahdo • men , changer de caractère et de nature ,
et ,Sûm.ç se mélanger avec les autres humeurs. » (Article cité, page a83).
Que le principe soit généralement vrai , seraitce bien le cas de dire, ici même, que l’exception affirme la règle ? Il n’y a de principes positivement vrais , que ceux qui ne se démentent jamais, sur l’invariabilité desquels on peut toujours compter} et malheureusement pour M. le Docteur Guersent, le fait seul que nous produisons infirme la règle qu’il établit.
Dans tous les cas, en admettant la métastase de pus , comme il le fait dans sa seconde proposition , M. Guersent ne se mettrait pas moins évidemment en opposition avec la classe des Médecins, qui ne croyent pas plus possible d’admettre la métastase de pus , qu’ils ne veulent reconnaître la métastase de lait, autre genre de contradictions entre des hommes également éclairés} tant il est difficile de démêler la vérité, quand on s’abandonne au vague des opinions qui ne reposent pas sur la véritable physiologie patholo* gique, bien plus variée dans ses phénomènes, que cçtte physiologie, qu’avant l’immortel Bichat,
on ne voulait rapporter qu’à l’homme jouissant de l’intégrité de ses fonctions. Jusqu’alors, on a trop fait dépendre l’explication des phénomènes morbifiques, des phénomènes réguliers de la santé. Et parce que tout marche d’après un ordre réglé dans l’état ordinaire de celle-ci, fallait-il lui assimiler, comme une conséquence rigoureuse, ces cas imprévus, si divers, qui sont le produit de son altération maladive?
Et pourquoi donc les vaisseaux absorbans qui, selon M. Guersent, auraient la faculté de charrier le pus, de le rassembler en masse ou de le rejeter par tous les émonctoires naturels, n’en feraient-ils pas de même du lait dévié de son organe naturel ? Ce dernier fluide ainsi que ceux sécrétés par des organes particuliers , ne seraient-ils exclusivement destinés qu’à être refoulés dans le torrent de la circulation générale pour imprégner seulement la transpiration ?
La nature médicatrice n’aurait- elle précisément que cette voie d’émission, à l’exclusion de tous les autres émonctoires , qu’elle donnerait libéralement , pour décharge , aux seules matières morbides?
Il nous semble que l’exclusion donnée à l’un
aux dépens de l’autre, n’est pas, ici, d’un sévère raisonnement.
Le principe peut être vrai en gênerai, m,ais il est faux en particulier.
La disposition des sj-slêmes et des appareils organiques , les propriétés vitales qu’ils régissent, ne s’opposent nullement à l’extension de la règle que M. Guersent n’applique qu’à une classe d’humeurs, les humeurs morbides.
Gardons-nous, il nous semble, de ces généra-* lisations tronquées , que de nouveaux faits mieux observés détruisent chaque jour, ou, du moins, qu’on nous donne une explication satisfaisante.
A quoi se réduisent donc aujourd’hui toutes les subtilités physiologiques et pathologiques , à l’esprit de ceux qui suivent les traces lumineuses de l’immortel Bichat ?
Mais revenons précisément à notre objet : M. le Docteur Guersent n’aurait-il pas trop compté , aussi , sur l’impossibilité qu’il présume de vérifier la présence du lait hors des mamelles, comme il le dit ici : « Personne n'a démontré d une maniéré positive et par l'analyse chi-t inique , la présence d'une certaine collection
laiteuse ailleurs que dans les mamelles. » (Art. cité , page 283 ).
M. Guersent persiste dans l’opinion , que le lait ne peut etre déplacé en masse après même l'accouchement terminé, en posant en fait, (des
MALADIES IMPROPREMENT LAITEUSES QUI SE MANI- FESTENT TOUJOURS APRÈS LA LACTATION OU l’aC-
couchement), « qu'il est impossible , alors que la sécrétion ayant cessé complettement , d'attribuer la cause des maladies qui peuvent survenir à la présence du lait , puisqu'il n'y en a pas. » (Article cité, page 287).
Si M. le Docteur Guersent voulait en tirer une conséquence contraire à notre observation, il serait facile de lui objecter que des faits avérés prouvent d’une manière incontestable, que la secrétion du lait peut être, même indépendante de la grossesse et de l’accouchement, lorsqu’il est prouvé qu’un mode particulier d’excitation, étranger aux deux états dont nous parlons, peut provoquer la sécrétion de l’organe des mamelles. Et encore dans ce qui nous est propre, doit-on tenir compte, comme dans ceux qui lui sont analogues, de l’origine de la maladie qui a été manifestement une suppression de
lait, cause qui a bien pu perpétuer ses effets avec intermittence , et transmettre aux mamelles une disposition tout-à-fait particulière à sécréter cette humeur.
Il est notoire que le sujet de notre observation , d’une constitution éminemment utérine , a constamment donné , après ses couches , une quantité extraordinaire de lait, ce qui rendrait sa métastase laiteuse d’autant plus réelle.
Au résultat, M. Guersent, reconnaît évidemment les métastases laiteuses qu’il distingue en essentielle et en consécutive. Il admet leurs conséquences fâcheuses, comme cause ou effet de maladie , sans attribuer au lait les altérations que l’on peut trouver à la suite de ces métastases, puisque, selon lui, le lait ne peut jamais se rencontrer en nature et en masse dans l’intérieur de l’organisme. (Article cité, page 27 8).
Dans cette hypothèse, nous avouerions que ce serait singulièrement détourner la véritable acception du mot métastase, qu’on ne pourrait rigoureusement rapporter ici qu’à une simple fluxion des solides, l’humeur laiteuse n’y étant quelque chose que par pure présomption , rien n’en ayant démontré l’existence.
Pour admettre la pre'sence du lait en masse dans nos tissus, bien que sa fusion se fasse le plus ordinairement dans tout l’organisme , nous ne prétendons cependant pas lui attribuer précisément une action différente de celle qui appartient aux autres humeurs susceptibles de devenir une cause d’irritation. Nous n’avons jamais pensé rju’il pût agir à la manière d’un virus particulier , ni qu’on pût lui attribuer toutes les affections chroniques et aiguës que surviennent à la suite des couches.
L’obligation imposée à tout médecin d’être vrai , de ne pas plus user de flatterie obséquieuse , que d’éloignement passionné , en se faisant d’ailleurs un scrupule de ne jamais interpréter les autres différemment qu’ils ne pensent, nous force à revenir sur le paragraphe de la lettre qui nous a été adressée par M. le Professeur Fodéré, pour rapporter fidèlement ses dernières opinions sur les métastases laiteuses, ( 2.e et dernier article