SUR LES SUITES DE COUCHE LEJ PLUS GRAVES ET LES
maladies laiteuses. Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales , tome 3, page 26. )
Nous l’avouons ingénûment, nous nous étions
flattés trop tôt , en consignant l’opinion du savant professeur, qui nous avait paru admettre que le lait, une fois formé dans les mamelles 7 pouvait être résorbé en nature pour s’épancher dans nos tissus, ou être rejeté avec la matière des excrétions , faculté seule qu’il attribue maintenant dans son mémoire , à certaines humeurs blanches , élémens constituans du lait qui , empêchées de remonter vers les mamelles, deviendraient elles-mêmes la matière de cette espèce de déviation.
Comme s’il était possible de reconnaître dans cette humeur, gratuitement supposée, un véritable liquide laiteux, du lait proprement dit.
Quelque réserve que nous dussions employer, c’est avec peine que nous voyons substituer des conjectures hasardées à l’exposition simple de phénomènes que l’on peut facilement expliquer.
Qu’est-ce donc qu’une humeur blanche qui contient les élémens constituans du lait, sans en signaler nullement la présence , humeur qui remonte pour s’élaborer dans les mamelles... ?
Ce mode uniforme établi pour toutes les sé~
crétions , qui fait que toute humeur sécrétée provient immédiatement du sang dans chaque organe élaborateur, serait-il renversé par un système qu’on y substituerait avec moins de fondement? Opposerait-on à l’immortel Bic.iiat , et à l’illustre Ghàussier, les rêves de M. Gérard, de Nîmes, qui place, vers la région épigastrique, le siège de la première sécrétion du lait ?
La résorption du lait dans les mamelles serait-elle moins vraisemblable que celle de ces humeurs prétendues blanches, susceptibles ellesmêmes d’être déviées, lorsque le lait serait étranger à la déviation en masse ?
D’après M. Fodéré, ce dernier genre de déviation ne serait donc applicable qu’à l’espèce d’humeur qu’il crée assez imaginairement.
« L'état nerveux ou le spasme abdominal de l'accouchée , ditM. Fodéré, intervertissant Tordre des fonctions , il ne se fera ni montée des humeurs blanches , ni absorption , ni excrétion , et ces humeurs pourront être portées par des mouvemens fluxionnaires morbides , ou vers des sacs sans ouverture , dans lesquels
il sc fera un épanchement , ou dans le tissu meme des chairs ou il se formera une concrétion qui proroque , tôt ou tard , une inf animation ou un abcès. » (Art. cite, page 20 ).
AP rès l’aveu d’une pareille doctrine, on aura sans doute lieu d’être étonné que M. Fodéré 11’ait pas plus naturellement admis la métastase laiteuse des mamelles , que celle qu’il suppose assez gratuitement. Cette substitution, qui est malheureuse , confirme , du moins , la théorie des métastases humorales, telle que notre observation nous la fait concevoir.
Notre vénération est grande pour M. le professeur Fodéré} car combien n’avons-nous pas de fois admiré sa philantropie 5 mais ses explications physiologico - pathologiques sont -elles toujours puisées à la source de Bordeu et de Bichat ?
Nous trouverons encore la preuve de ce que nous avançons dans la définition que M. Fodéré donne de la fièvre puerpérale, dont nous serons obligés de parler, parce qu’elle se rattache, en quelque sorte, aux métastases.
M. Fodéré la définit; « un état éminemment
nerveux ^un spasme abdominal , durant lequel les fonctions sont interverties , et les phénomènes secondaires à V accouchement ( l'ascension des humeurs blanches vers les mamelles , et V écoulement des lochies) , norit pas lieu ou se font mal. » Journal complémentaire des sciences médicales (Article cite', page 14).
L’enchaînement des principes en matière de physiologie et de pathologie, est tel aujourd’hui, qu’un esprit exact, bien imbu de leur importance , ne peut absolument admettre les explications dont le vague et l’incohérence lui seraient bien démontrés. Ce n’est plus de nos jours que l’intelligence peut se contenter de conceptions purement hypothétiques } la raison accoutumée aux progrès des lumières, se refuse, désormais, à admettre ce qui n’est pas d’une démonstration rigoureuse.
C’est ainsi que la médecine actuelle formée sur les raisonnemens qu’elle emprunte aux sciences exactes, s’affranchit, de plus en plus, d’un faux jargon dont l’éclat ne fut jamais que spécieux.
Grâces soient rendues à Bichat ! par lui , du moins , le langage de la médecine est-il intelligible, conséquemment plus simple.
Tout persuades que nous sommes des métastases , nous savons nous arrêter aux bornes que prescrit le temps où nous vivons.
On ne supposera conséquemment pas que nous puissions méconnaître l’impulsion d’abord donnée par les solides, bien que les humeurs puissent devenir, elles-mêmes, cause primitive par l’effet de leur décomposition ou de leur séjour prolongé dans un système qui leur est étranger. Eli ! qu’auraient donc de si étrange ces sortes de déviations, lorsqu’on ne peut établir aucun doute sur celle du phosphate de chaux, du sérum des hydropiques et même des menstrues.
Comme nous craindrions qu’on nous interprétât mal , nous conviendrons que tout en admettant des épanchemens laiteux, nous sommes cependant loin de les voir aussi multipliés que des praticiens l’ont assuré.
Nous pensons qu’on nous rendra assez de justice pour croire que nous n’avons pu nous méprendre au point de confondre l’albumine déposée par suite des irritations nerveuses, avec un fluide véritablement laiteux et dans les circonstances favorables à l’opiniom que nous professons.
Quelque analogie qu’il y ait souvent, en apparence , entre les humeurs blanches cl’albumine ou de lait, bien entendu qu’un vrai Médecin s’éclaira, avant d’en décider, de la situation précise du malade et de l’analyse chimique surtout.
Nous assurons qu’il ne s’est opéré aucune espèce de manège ou de supercherie capables d’altérer la vérité des faits que nous allons exposer. L’objet est sans doute trop important par luimême, pour que nous n’ayons pas redoublé de zèle et de précautions afin de n’être pas induits en erreur.
Nous aurons également à rapporter une observation de métastase de pus} mais comme le fait est nécessairement séparé de celui de l'exemple de métastase laiteuse que nous allons immédiatement donner, nous le renvojmns au quatrième article de notre Mémoire , dans lequel nous exposerons, à l’appui de nos observations, les exemples les plus avérés des métastases humorales.