‹ Recherches sur les microbes anaérobiesChapitre 16 sur 23 · Académie de médecine, séance du 30 juillet · texte numérisé non relu

Académie de médecine, séance du 30 juillet

les cultures obtenues l'ont amené à une constatation importante. Il a vu que tous les anaérobies stricts poussaient en tubes profonds, c’est-àdire dans des tubes de 18 à 25 centimètres de hauteur, remplis d’une colonne de liquide de 12 à 18 centimètres. L'importance de la hauteur de la colonne de liquide a engagé M. Rosenthal à étudier la valeur du diamètre des tubes. Il a décrit alors le tube étroit, simple tube de culture ayant la hauteur ordinaire du tube à essai, mais ayant un diamètre variant de un quart de centimètre à un centimètre. La culture des anaérobies y est d'autant plus facile que le diamètre est plus petit.

Dans les expériences en tubes profonds, l’auteur a éliminé l'emploi du lait ordinaire, dont la crême fait artificiellement un tube cacheté, et il a employé le lait écrémé, le bouillon ordinaire, le bouillon Martin, l’eau peptonée-gélatinée, l’eau distillée contenant en suspension des cubes de blanc d'œuf ou de la fibrine.

Pour réussir les expériences qui suivent, il importe de faire les repiquages avec une pipette chargée de 7 à 10 gouttes d’une culture mère en plein développement.

De l'étude du tube profond découle la Mensuration de l’anaérobiose. I] était naturel, en effet, de chercher la hauteur de colonne de liquide utile pour le développement des différents anaérobies. Cette hauteur varie de 9 centimètres (chiffre faible) à 15 centimètres pour les tubes ayant un diamètre de 1 centimètre et demi. Le lait demande 9 à 12, le bouillon gélatiné 12 à 15. Pour donner plus de précision à ses recherches, M. Rosenthal a fait des essais de cultures anaérobies en tubes d'Achalme, c’est à-dire en tubes fermés à la lampe après aspiration de l'air par la trompe à eau, mais en ayant soin de soumettre les tubes à des vides déterminés au manomètre.

De ces deux procédés de mensuration de l’anaérobiose, il était logique et simple de passer à l’aérobisation des anaérobies ; l’auteur y est aisément arrivé en employant de multiples procédés. Les principaux sont :

1° L’aérobisation par culture en gamme ascendante de pression, c’est-à-dire le repiquage en série des cultures dans des tubes fermés à une pression de plus en plus forte, de façon à passer de la pression de 30 centimètres facilement supportée à la pression de 35 à 40 centimètres, etc., jusqu'à 765 millimètres ;

2° L'aérobisation par cultures en tubes profonds à colonne de liquide progressivement descendante, procédé le plus simple et le plus facile à reproduire. Il consiste à repiquer de 5 à 5 jours les cultures bien développées dans des tubes profonds en diminuant chaque fois de 1 centimètre la hauteur de la colonne liquide. On arrive ainsi en 10 tubes à cultiver un anaérobie strict en lait 1 1/2,3 c’est-à-dire en tube de 1 cm. 1/2 de diamètre et 3 centimètres de colonne liquide ;

3° L’aérobisation par délanolisation et vieillissement. Ce procédé consiste à aspirer à la pipette la bague de lanoline fondue, après plein développement de la culture, et à laisser se faire l'adaptation à l'air.

4° L’aérobisation par cultures en tubes Liborius en gélatine des anaérobies liquéfiants. — Ce procédé consiste à utiliser l'adaptation spontanée à l'air dans les tubes de gélatine digérée par le micro-organisme. Lorsque la culture est encore vivante après 30 ou 40 jours, elle est souvent aérobisée.

Lorsque la culture est devenue abondante dans les tubes liquides ordinaires, on peut obtenir sur gélose inclinée des cultures de différents anaérobies. Ces cultures s’obtiennent soit par repiquage des tubes de lait, soit seulement par repiquage des tubes bas de bouillon.

L'étude biologique de l’aérobisation a conduit M. Rosenthal aux règles suivantes :

L’anaérobie adaptée à la vie aérobie évolue en trois étapes. La première, de conservation intégrale des fonctions chimiques, biologiques et pathogènes ; la deuxième, de disparition progressive des fonctions en culture aérobie, avec possibilité de régénération de toutes fonctions dans les tubes anaérobies ; la troisième, de perte définitive de toutes fonctions en tubes aérobies ou anaérobies.

Dans la première étape, le pouvoir pathogène subit rapidement une sensible diminution; si bien que la dose mortelle de culture est augmentée, ou que l’action est plus lente. La première étape dure jusqu’à l'obtention des cultures en gélose inclinée. La deuxième étape succède progressivement à la première; les ferments sont de moins en moins actifs; leur atténuation est simultanée; toutefois la liquéfaction de la gélatine dure plus longtemps que les autres fonctions chimiques.

L'auteur dénomme anaérobie de reconstitution le repiquage en anaérobie d’une culture aérobie en train de perdre ses fonctions de différenciation. L’anaérobie de reconstitution fait retour au type initial et perd entièrement son adaptation à la vie aérienne.

La troisième étape, ou étape de neutralité, nous montre un germe devenu inoffensif quelle que soit la puissance initiale du pouvoir pathogène, et privé de toute action fermentative. Le bacille est devenu le bacillogène.

L'identité des bacille et bacillogène est démontrée par la conservation des propriétés agglutinantes des sérums thérapeutiques (antitétanique et antisepticémique).

A la première étape, la sporulation aérobie fixe l'adaptation à la vie aérienne au point obtenu et permet l’obtention des races nouvelles ; se sont les aérobacilles et aérovibrions.

Grâce à la variation progressive du pouvoir pathogène et à sa disparition, M. Rosenthal pense pouvoir formuler les principes de nouvelles méthodes d’immunisation et de vaccination des animaux contre les anaérobies. Il emploie soit l'injection répétée de doses croissantes de bacillogène, soit l’inoculation de cultures en tubes profonds formolés, soit l'injection de toxines et de cultures filtrées à la bougie dans le vide.

II. — Les expériences de l’auteur ont porté sur le bacille d'Achalme, sur le vibrion septique, le bacille gracile éthylogène, et le bacille du tétanos, que l’auteur a étudié complètement à ce point de vue. M. Rosenthal a simplement vérifié l'exactitude des lois nouvelles avec le bacillus botulinus, le bacillus ramosus, le bacille du charbon symptomatique, le staphylococcus, parvulus, etc.

Les microbes d'étude ont été choisis à cause de leur haute différenciation biologique et de la facilité du contrôle née de cette complexité même,

Le bacille d'Achalme pousse en vingt-quatre heures dans des tubes de lait contenant une hauteur de liquide de 5 centimètres à une pression de 30 centimètres, et il se développe en tubes profonds de 4 em. 1/2 de diamètre à partir d'une hauteur de 9 centimètres. La culture sur gélose inclinée est difficile à obtenir.

Injecté aux animaux, il les tue au premier stade de toxhémie avec phlegmon gazeux au point d’inoculation; les cachectise ou les tue, au deuxième stade, avec production d'abcès à pus louable; les cachectise légèrement au troisième. M. Rosenthal espère obtenir bientôt la vaccination du cobaye et du lapin.

Le vibrion septique se développe facilement sous un vide de 40 centimètres, et dans des tubes profonds de lait ayant 1 cm. 1/2 de diamètre, el 10 centimètres de hauteur. Aérobisé, il donne facilement sur gélose inclinée de belles nappes homogènes bleutées et des colonies opalines ayant 1 à 3 millimètres de diamètre. La sporulation de ces cultures aérobies amène la formation de races nouvelles, de véritables bactéries septiques aérobies analogues à la bactérie septique aérobie de Legros.

L'injection au cobaye de doses croissantes de cultures en lait profond produit aisément la vaccination de cet animal. Privé de toutes ces propriétés, le vibriogène septique conserve la faculté d'être agglutiné longtemps encore par le sérum antisepticémique de Leclainche.

Le bacille gracile éthylogène (Achalme et G. Rosenthal) est un microbe anaérobie de l'estomac qui produit la fermentation alcoolique du lait; il s'aérobise facilement, mais perd dans ce cas sa vitalité.

Le bacille du tétanos obéit aux lois de l'aérobisation, mais il a des réactions irrégulières et présente souvent des faits d’aérobisation déréglée ou irrégulière. Il se développe en lait profond de 1 em. 1/2 de diamètre et 9 à 10 centimètres de hauteur, et supporte en tube d'Achalme une pression de 30 centimètres. Il donne sur gélose inclinée des colonies abondantes, en nappe opaline, ou blanchâtre, qui, à l'air, prennent une teinte légèrement jaunâtre. Lorsque le bacille du tétanos, entièrement dépouillé de ses fonctions, est devenu le bacillogène, il garde encore la propriété spécifique d’être agglutiné par le sérum antitétanique. Rien ne semble plus intéressant que de voir à ce moment le lapin supporter sans réaction des inoculations

de 3 à 5 centimètres cubes de culture vivante : c’est là une des bases des recherches de l’auteur concernant la vaccination.

M. Rosenthal a pu, en renversant la marche de ses expériences, adapter systématiquement les aérobies stricts à la vie anaérobie; il a étudié à ce point de vue le bacillus anthracis, qui, au premier stade de l’anaérobisation, perd uniquement son pouvoir sporogène.

Tel est l’ensemble de recherches que l’auteur a présenté à l’Académie de médecine. L’aérobisation semble donc supprimer la barrière mise entre les aérobies stricts, les anaérobies facultatifs et les anaérobies stricts.

Souhaitons que les recherches commencées par M. Rosenthal, en utilisant les modifications fonctionnelles ainsi obtenues par l’aérobisation, le conduisent, comme il l'espère, à des procédés nouveaux d’immunisation et de vaccination.

Des remerciements sont dus à M. Rosenthal pour son intéressant travail. Je propose à l’Académie de les lui adresser.

— Les conclusions du présent rapport, mises aux voix, sont adoptées.

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