‹ Recherches sur les Modifications de la Pression Veineuse Ambulatoire chez les Variqueux (Travail de la Clinique Chirurgicale et du Laboratoire de Chirurgie Expérimentale de l’Hôpital Tastet-Girard, Professeur L. Massé.)Chapitre 32 sur 38 · COMMENTAIRES DES RÉSULTATS · texte numérisé non relu

COMMENTAIRES DES RÉSULTATS

Nos résultats ne peuvent être comparés qu'à ceux qui sont exprimés par rapport à une valeur de référence, la pression veineuse orthostatique du sujet examiné par exemple. La valeur absolue de la chute de pression ne peut avoir d'intérêt en elle-même. Dire, comme certains auteurs, que ( la chute de pression chez des malades présentant des varices essentielles est de 27 cm d’eau » ne pourrait avoir de valeur que si tous les individus étaient de la même taille : encore faudrait-il qu'ils aient une même pression veineuse orthostatique. Les résultats exprimés par rapport à un repère anatomique par les auteurs utilisant un manomètre à eau fixe, ne sont pas non plus comparables. C’est dire que nous ne nous intéresserons pratiquement qu'aux expérimentateurs modernes.

Rappelons les chiffres moyens que nous avons trouvés chez nos témoins :

— Rapport Pression veineuse / Pression hydrostatique — 86 Y.

— Pourcentage de chute à la marche — 45,1 %.

— Temps de chute — 28 secondes.

— Temps de retour — 63 secondes.

Le rapport pression veineuse / pression hydrostatique (celle-ci très approximativement mesurée comme nous l'avons déjà dit), est inférieur à 100 %,. Il en sera d’ailleurs de même chez nos malades, sans qu'on puisse établir de corrélation bien nette entre l’état circulatoire du membre inférieur et les chiffres trouvés. RUTLEDGE, qui a utilisé

le même repère que nous, fait les mêmes constatations avec : un manomètre à eau et trouve des pourcentages également très variables (entre 40 %, 20 % et 91 %). Pour DEcamr, la pression veineuse serait représentée par une colonne de sang atteignant le quatrième espace intercostal, pour VAINO SEIRO le cinquième, pour POLLACK le troisième, et pour WALKER l’appendice xyphoide. Il faut compter avec l'inertie de l'appareil, surtout du manomètre à mercure. En effet, Boyp a réalisé des mesures avec le manomètre à mercure, puis avec le manomètre à eau, et il a évidemment constaté que le deuxième donnait des valeurs se rapprochant beaucoup plus de la projection de l’aire cardiaque que le premier. En résumé, il ne semble pas qu'il y ait beaucoup de renseignements à retirer de ce rapport.

Le pourcentage de chute à l'épreuve de la marche que nous trouvons confirme les résultats des auteurs italiens (IMPALLOMENI : 40 %), qui utilisent aussi l'aiguille intraveineuse de petit calibre comme moyen de ponction, mais reste très inférieur aux statistiques des Anglo-Saxons qui dénudent la veine et la cathétérisent avec un tube de polythène d’un diamètre intérieur au moins égal à | mm.

Le temps de chute moyen est également plus élevé que pour nos prédécesseurs : 28 secondes contre 20 secondes pour IMPALLOMENI, et 14 s. 5/10 pour DECAMP, qui sont d'ailleurs les seuls à s’y être intéressés. Le temps de retour est également plus élevé : 63 secondes contre 20 secondes pour IMPALLOMENI, 31 secondes pour POLLACK et 33 secondes pour DECAMP. Notons que SCHNEEWIND et ses collaborateurs, qui enregistrent la pression de 15 secondes en 15 secondes, ne donnent pas les valeurs trouvées mais donnent leurs courbes. Les graphiques de SCHNEEWIND semblent assez bien confirmer nos résultats.

Les courbes de nos sujets témoins ne présentaient des oscillations qu'à la phase de chute et ces oscillations n’effec-

ol —

tuaient jamais de remontée par rapport à une valeur de pression déjà acquise. On peut parfois cependant constater lors de la première contraction musculaire, une très légère augmentation de pression, qui correspondrait à une ( mise en tension » du système veineux et des valvules et à une légère inversion du courant (?).

Les différences que présentent nos résultats avec ceux de nos prédécesseurs peuvent s'expliquer surtout par le mode de ponction différent que nous pratiquons. L’aiguille intraveineuse, par son calibre étroit, ne permet que des enregistrements des variations de pression beaucoup plus lents (les temps sont allongés), mais elle permet aussi de ponctionner des veines beaucoup plus fines dans lesquelles les variations de pression, même physiologiques, sont peut-être moins rapides. L’aiguille, par contre, a le mérite de ne pas entraver la circulation dans la veine explorée, alors que le tube de polythène doit obstruer cette veine, surtout s'il s'y surajoute un spasme. De plus, nous avons cherché systématiquement à explorer les veines du pied plutôt que celles de la cheville ou du tiers inférieur de la jambe, toutes les fois où cela était possible. Cette manière de procéder résultait davantage d’un esprit de système plutôt que d’un motif bien raisonné ; après coup, nous nous apercevons que cette méthode a eu l'avantage de nous maintenir toujours en amont des manifestations variqueuses ou dermatologiques. Enfin, pour nos premières expérimentations, il faut compter avec l’importante inertie du mercure.

Ces réserves faites, le sens des variations de la pression confirme les résultats de nos prédécesseurs.

En ce qui concerne l'épreuve de VALSALVA, nos témoins ont montré, après une chute de pression correspondant à l'inspiration forcée, une augmentation de pression lente et progressive ne dépassant pas 8 mm de mercure. D'autres témoins n’ont montré qu'une chute de pression assez importante (10 mm Hg), puis, celle-ci étant compensée,

devaient généralement terminer l'épreuve, leur résistance, étant à bout, après une durée d'environ 20 secondes à dater du début de l'inspiration forcée. Avec garrot, il ne se manifestait plus que les chutes de pression et jamais les augmentations.

Si le rappel physiologique de la contraction musculaire que nous avons fait au chapitre précédent permet d’entrevoir le mécanisme de la © pompe musculo-veineuse » et de comprendre la manière dont le sang est chassé du membre inférieur après avoir été aspiré, la chute de la pression veineuse nous donne une idée de la puissance de ce mécanisme. Rappelons que la pression se définit comme la force qui s'exerce sur l'unité de surface ; la pression veineuse que nous mesurons est donc indépendante de la masse sanguine qui séjourne au membre inférieur et dépend uniquement de la hauteur de la colonne sanguine. Cependant, les classiques affirment que cette colonne sanguine ne peut être segmentée, parce que, disent-ils, la circulation serait alors interrompue, ce qui est ( physiologiquement impossible ». Or, l'inertie de la masse sanguine, de notre appareillage, et nos erreurs de technique, sont tout de même insuffisantes pour expliquer qu’à un moment donné la pression veineuse soit inférieure de 50 % à sa valeur orthostatique. Et, à ce moment, comment la colonne sanguine peut-elle ne pas être segmentée ?

Page 1