‹ Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang, fibrine, globules, matériaux solides du sérum, et eau, dans les maladiesChapitre 2 sur 21 · Le poids des globules · texte numérisé non relu

Le poids des globules

3°. Le poids des matériaux solides du sérum;

4°. Le poids de l’eau.

Quand on veut séparer les matériaux organiques du sérum de ses matériaux inorganiques, après avoir complètement desséché ce liquide , on pèse le résidu pour évaluer la quantité de matériaux solides, puis on incinère ce résidu avec le plus grand soin dans un creuset de platine. La masse blanche qui reste au fond du creuset représente les matériaux inorganiques.

Parmi les maladies dans lesquelles nous avons ainsi recherché la composition du sang, les unes ne nous ont conduits qu’à des résultats ou simplement négatifs, ou encore vagues, mal déterminés, et comme provisoires! mais il en est d’autres dans lesquelles la constance et l’uniformité des résultats nous ont permis de nous élever à l’institution de quelques faits généraux , et de tirer quelques conséquences définitives.

Et d’abord, pour faire pressentir toute l’étendue de l’échelle que nos recherches nous ont donné de parcourir, disons, dès à présent, que nous avons vu dans les maladies, sur iooo parties de sang, la fibrine varier entre io,5 et i (i), les globules entre i85 et 21, les matériaux solides du sérum entre 114 et 57, l’eau entre 9x5 et 725; quant aux matériaux inorganiques du sérum, ils ont varié entre 8 et 5. Telles ont été pour nous les limites des variations de quantité des principes du sang.

(i) Pendant qu’on travaillait à l’impression de ce Mémoire, nous avons rencontré un cas de fièvre typhoïde dans lequel la fibrine, descendue audessous de 1 , n’était plus représentée que par 0,9.

«en s l'état de maladie. Nous avons accepté pour 1 état physiologique les moyennes indiquées par M. Le Canu , dans son savant travail sur le sang, et professées par M. Dumas dans ses leçons à la Faculté de Médecine (x).

Nous avons généralement retrouvé ces moyennes physiologiques avec un certain nombre d’oscillations, endeçà ou au-delà, dans tous les cas négatifs, où le sang nous pai’aissait êti'e resté à son état normal, relativement du moins à la proportion de la fibrine, des globules, des matériaux solides du sérum et de l’eau. Nous aurons occasion de citer plusieurs cas semblables dans la suite de ce travail.

Dans les cas où nous avons trouvé les principes du sang en dehors des limites de l’état physiologique, un fait capital nous a frappés : c’est qu’en général ces différents principes n’augmentent pas, ou ne diminuent pas simultanément; il n’en est ainsi que dans des circonstances très raies; mais le plus souvent on voit ces principes divei’s s’isoler les uns des auli’es dans leurs altérations: tantôt il n’y en a qu’un seul qui se modifie dans sa quantité, soit en plus, soit en moins; tantôt il y en a deux qui se modifient à la fois, mais en sens inverse, de telle sorte, par exemple, qu’en meme temps que la fibrine augmente, les globules diminuent, et réciproquement. De là résulte un changement remarquable dans les rapports de quantité que ces principes doivent normalement conserver entre eux, et cette rupture d’équilibre nous a paru être dans plusieurs maladies un élément important à considérer.

(1) Ces moyennes ont été données ainsi qu’il suit : 3 en fibrine, 127 en globules, 80 en matériaux solides du sérum, dont 8 pour les parties inorganiques , 790 en eau.

Nos recherches mous ont conduits à reconnaître dans les maladies quatre grandes classes, relativement aux changements qu’elles ont le pouvoir d’introduire dans la composition du sang. On ne nous supposera point sans doute la pensée de prétendre instituer sur une pareille base un nouveau ; cadre nosologique ; nous avons voulu seulement, en établissant ces divisions, faire ressortir les grandes différences que présente la composition du sang dans certaines maladies. On verra par ce qui suit, qu’en n’ayant égard qu’à la nature des changements que ces maladies entraînent dans le sang , on pourrait distinguer ces maladies en plusieurs groupes, dont chacun aurait pour caractère une altération particulière du sang.

Il y a en effet une classe tout entière de maladies dans laquelle le sang présente , comme altération constante , une augmentation de fibrine; cette classe comprend des espèces nombreuses, mais qui toutes, au milieu de leurs diversités de forme et de siège, présentent des caractères communs , qui les ont fait ranger par les pathologistes de tous les temps dans une même classe , la classe des inflammations aiguës ; et c’est une chose remarquable sans doute, que dans toutes ces maladies un caractère commun se retrouve aussi dans le sang. Nous rencontrons également une augmentation de fibrine dans le sang des individus atteints de tubercules pulmonaires, à une certaine période du moins de leur affection, et quelques faits nous autorisent à présumer que ce même mode d’altération du sang doit se représenter dans un certain nombre de produits accidentels; dans tous ces cas, toutefois, il y a à recliercher si l’augmentation de la fibrine du sang est liée au seul fait du développement du produit accidentel, comme tubercule ou cancer, ou s’il n’a pas un rapport plus direct

xivec le travail phlegmasique qui accompagne si souvent ce genre d’affection.

Il est d’autres maladies qui présentent dans le sang une condition toute différente des précédentes. Ici, en effet, la fibrine n’augmente plus 5 elle peut encore conserver sa quantité normale, mais très fréquemment elle diminue, soit d’une manière absolue, soit par rapport aux globules; car dans ces maladies les globules, marchant en sens inverse de la fibrine, présentent souvent un chiffre qui dépasse de beaucoup leur chiffre moyen. Ici nous trouvons les maladies connues de tout temps sous le nom -de pyrexies ou de fièvres : par la composition du sang, ces maladies se distinguent nettement des phlegmasies avec lesquelles, à différentes époques de la science, on avait voulu les confondre.

En n’ayant égard qu’à l'identité de composition du sang, et en n’envisageant plus momentanément les faits qu’à ce point de vue, nous avons placé, à côté des pyrexies, un certain nombre de cas de congestions et d’hémorragies cérébrales; car dans ces affections aussi nous avons souvent constaté une diminutionde la fibrine et un excès de globules. Ce rapprochement a sans doute quelque chose de singulier, et cependant il nous étonnera moins si nous réfléchissons que les congestions et les hémorragies sont au nombre des plus fréquents éléments des pyrexies, et que par conséquent leur production doit être favorisée par l’espèce d’altération du sang qui, fréquemment du moins , coïncide avec ces dernières. Dans ces cas divers , la diminution de la fibrine a-t-elle donc pour effet commun de favoriser les stases sanguines et la sortie du sang hors de ses vaisseaux? Déjà les vivisections avaient conduit M. Magendie à une conséquence de ce genre.

Du reste nous ne trouvons pas pour ces maladies des résultats aussi constants, aussi uniformes que pour les plilegmasies , ce qui est assez bien en rapport avec leur grande diversité de forme, de symptômes, et peut-être même de nature. Un seul fait peut seulement ici se constater dans tous les cas , c’est la non-augmentation de la fibrine: un autre fait incontestable, c’est que dans certaines pyrexies le chiffre de la fibrine devient d’autant plus faible que la fièvre revêt une forme plus profondément adynamique. Quant aux globules, bien que leur augmentation ait été souvent, dans ces maladies, des plus remarquables, elle ne leur appartient pas exclusivement, et elle ne saurait les caractériser, comme 1 augmentation de la fibrine caractérise les plilegmasies. En effet, nous avons retrouvé cet accroissement considérable du chiffre des globules dans des cas très divers, de telle sorte qu’alors il n avait plus pour nous aucune signification, quant à la maladie, et qu’il nous semblait seulement qu’un certain rapport s’établissait en général entre la force apparente de la constitution et l’élévation du chiffre des globules. Indépendamment des cas de ce genre que nous aurons occasion de citer dans le cours de notre travail, nous en rapporterons ici quelques autres qui ne trouveraient pas place ailleurs. Ainsi chez un homme âgé de 5g ans, fortement constitué et atteint d’un zona des plus simples, il y avait i46,4 en globules ; chez un autre homme âgé de 55 ans, d’une constitution également forte, dont toutes les fonctions étaient intactes, et qui n’avait d’autre accident qu’une sorte de tic nerveux de la face, il y avait t 4j ,9 en globules, et à une seconde saignée, faite une huitaine de jours après la première, il y en avait encore 1 4 4 - r • Dans un cas d’ielère sans fièvre les

globules donnèrent encore le eliilfre assez élevé de i35 (i).

Toutefois n’exagérons pas le nombre de ees cas: ils sont exceptionnels, ils ne se rencontrent que de temps en temps au milieu d’une foule d’autres où rien de semblabl e ne s’observe , tandis que dans certaines pyrexies, aussi

(i) Analyse du sang dans ces trois cas :

PREMIER CAS. — Zona.

Fibrine

Globules ...

»... ... , l organiques ....

Matériaux solides du sérum < .

( inorganiques. .

Eau

deuxième CAS. — Tic de la face.

Fibrine

Globules

. ... . , ( organiques . . .

Matériaux solides du sérum < .

( inorganiques..

Eau

Seconde saignée.

Fibrine .

Globules

Matériaux solides du Eau

sérum

organiques. . . .

inorganiques . .

TROISIÈME CAS. — Ictère.

Fibrine.

Globules

. . ... , organiques

Matériaux solides du sérum { .

( inorganiques..

Eau .

1 OOO ,0

bien que dans les congestions et les hémorragies cérébrales , l’augmentation considérable des globules devient un fait sinon constant, du moins infiniment plus fréquent.

Au lieu d’être plus ou moins élevés au-dessus de leur quantité normale, les globules peuvent s’être abaissés audessous de cette quantité. Jusqu’à une certaine limite d’abaissement il n’en résulte rien de remarquable , et il semble véritablement que les globules peuvent osciller dans des limites assez étendues, sans qu’aucun accident spécial en soit la conséquence : cependant à une certaine limite inférieure qui , chose singulière , 11e parait pas la même pour tous les individus, on voit apparaître des états morbides tout particuliers, dont le caractère relativement au sang est une diminution constante et considérable des globules , tandis que la fibrine ne s’est pas modifiée dans sa quantité. Comme type de ces états morbides nous citerons la chlorose.

Enfin, il peut arriver que l’altération fondamentale du sang soit de tout autre nature : ce ne sont plus ni la fibrine, ni les globules qui changent de proportion ; ce sont les matériaux organiques du sérum qui viennent alors à diminuer d’une manière constante 5 ici donc la diminution porte spécialement sur l albumine, qui forme la plus grande partie de ces matériaux organiques. L’affection connue sous le nom de maladie de Briglit entre dans cette catégorie.

Voilà donc quatre sortes de maladies qui, quelque similitude ou quelque dissemblance qu’elles aient d’ailleurs, se différencient les unes des autres par la nature des changements qu elles déterminent dans le sang. De la, et au seul point de vue des altérations du sang, notre

distinction de ces diverses maladies en quatre classes.

Mais ce n'est pas tout : les faits particuliers ne se présentent pas toujours avec cette simplicité que nous venons de leur supposer -, il arrive souvent que plusieurs états morbides, dont chacun entraîne dans le sang une modification différente, viennent à se compliquer: eh bien ! en cas pareil, on retrouve nettement dans le sang la trace de cette complication. Soit, par exemple, une pneumonie qui vienne à se déclarer chez une femme chlorotique: le sang continuera à n'avoir que peu de globules, mais sur-le-champ la quantité de fibrine augmentera.

JNous avons vu des résultats analogues se reproduire si souvent , que par cela seul que nous trouverions, dans le sang de quelque malade que ce soit , plus de 5 en fibrine, nous ne craindrions pas d'allirmer qu’il existe chez ce malade, à titre d’affection primitive ou de complication, un des états morbides compris dans notre première classe, et par contre , par cela seul que nous trouverions moins de 4 en fibrine, nous nierions l’existence d'une véritable inflammation aiguë.

Enfin , en dehors de la maladie, deux grandes circonstances , les pertes de sang et la privation des aliments, modifient puissammentla composition du sang, et mêlent leur influence à celle de la maladie. Ce fait est généralement admis; mais il s’agit de savoir de quelle manière et dans quel sens la composition du sang vient alors à semodifier. Voici à cet égard ce que nos recherches nous ont appris.

Les pertes de sang et la diète agissent principalement sur les globules, qu elles diminuent. Quelle que fût la maladie dans laquelle nous pratiquions des saignées, celles-ci avaient pour effet constant de rendre, à mesure qu’on les

vépétait, le nombre des globules de moins en moins considérable : e’est là une loi à laquelle, dans 36’o saignées, nous n avons pas trouvé d’exception. Mais il est à remarquer que d’une saignée à l’autre les globules ne diminuent pas dans la même proportion chez tous les malades-, il y a à cet égard de trèsgrandes dilïêrences individuelles-, il y a de la part de chaque malade, si l’on peut s’exprimer ainsi, une très grande inégalité de résistance à la diminution des globules , à tel point que, chez l’un, les globules perdront à peine deux ou trois, et que chez un autre ils perdront plus de 3o. La disposition des individus nous a paru ici jouer un plus grand rôle que la nature même des maladies. Cette si grande différence dans la perte des globules suivant les divers individus est-elle un des faits que l’on peut invoquer pour expliquer la tolérance également très variée que présentent pour la saignée les. différents malades (i)?

Mais en même temps que les émissions sanguines font ainsi, dans tous les cas, diminuer les globules, la fibrineconserve très souvent son même chiffre, diminue parfois, un peu, et dans d autres circonstances augmente." La fibrine est donc moins influencée que les globules par les pertes de sang; il faut que celles-ci aient été très considérables, et que les globules aient commencé par subir

(i) Ce fait est en rapport avec un autre que voici :

11 est des malades chez lesquels on voit apparaître un bruit de souffleaux artères carotides, bien qu’on ne les ait encore que médiocrement saignés; ii en est d’autres au contraire chez lesquels ce bruit ne se montre jias , bien qu’ils aient perdu beaucoup plus de sang Or l’apparition du bruit de souffle dans les artères a un rapport manifeste avec un certain degré de diminution des globules.

feux-mêmes une très grande diminution, pour que la1 lTbrine à son tour commence à diminuer d’une manière notable. Il arrive alors un moment où tous les éléments solides du sang s’abaissent simultanément. C’est ce qui eut lieu, par exemple, dans le cas d’une femme épuisée par d’abondantes et continuelles hémorragies utérines, liées à une affection cancéreuse. Elle n’avait plus dans le sang que 2 1 ,4 en globules, elle n’avait non plus que 1 ,8 en fibrine ; mais ce dernier principe peut si bien se sous train' à cette loi de diminution imposée aux globules par les pertes de sang, que, chez une autre femme épuisée, comme la précédente , par des métrorragies liées aussi à un cancer utérin, et dont le sang 11e contenait plus que 43,3 en globules, la fibrine, loin d’avoir diminué, s’était élevée au chiffre 5,6. C’était sans doute l’effet de quelque complication phlegmasique, annoncée d’ailleurs par un mouvement fébrile très prononcé (1).

(1) Analyse du sang dans ces deux cas :

PREMIER CAS

Fibrine 1,8

Globules 21,4

Matériaux solides du sérum (>1,1

Eau... 9l5,7

DEUXIÈME CAS

Fibrine. .

Globules

Matériaux solides Eau

du sérum

organiques'. . .

inorganiques .

5, fi

J .es matériaux solides du sérum sont influencés aussi irrégulièrement que la fibrine par les pertes de sang; ainsi, dans le premier des deux cas précédents, ils descendirent à un chiffre très bas, et dans le second ils se maintinrent à peu près à leur chiffre normal , ayant même plutôt une tendance à monter.

Quant à l’eau, les pertes de sang l’augmentent en raison directe de la diminution des globules.

Le défaut de réparation par les aliments est porté à un de ses plus hauts degrés dans ces cas de cancers d’estomac où presque toutes les substances alimentaires sont rejetées avant même d’avoir été élaborées. Dans un cas de ce genre, et sans qu il y eût d’ailleurs vomissement de sang, nous avons vu les globules , obéissant aux lois que nous avons indiquées, réduits au chiffre très bas de 49> la fibrine, dans le même cas, abaissée aussi au-dessous de son chiffre normal, donnait seulement 2. Les matériaux solides du sérum étaient également descendus au-dessous de leur moyenne.

il ne faudrait pas croire d’ailleurs que l’altération organique dont les parois de l’estomac étaient le siège ait eu dans ce cas la part principale dans la diminution des globules ei de la fibrine : nous pouvons prouver qu’il n’en était point ainsi, en citant deux autres cas de cancers de l’estomac, dans lesquels une plus grande quantité d’aliments pouvait encore être digérée, et dans lesquels aussi la composition du sang n’était plus ce que nous venons de la voir. Dans un de ces cas, en effet, la fibrine avait conservé sa quantité normale, ainsi que les globules; dans 1 autre cas les globules étaient déjà fortement diminués,

et cependant la fibrine s’était élevée jusqu’à 458 (ij.

IN’ous terminons ici ces considérations préliminaires, qui nous ont paru indispensables pour l'intelligence des détails qui vont suivre , et nous allons actuellement nous livrer à l’étude des altérations de composition du sang dans les quatre classes de maladies que nous avons indiquées.

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