‹ Recherches sur les monnaies des Comtes de NamurChapitre 24 sur 110 · DS RECHERCHES SUR LES MONNAIES · texte numérisé non relu

DS RECHERCHES SUR LES MONNAIES

les thoulais des monnaies de l’évêque de Toul, et ce sont ces thoulais que Roquefort aura confondus avec les pillevilles. Mais que dire de ces dernières ?

Il parait d’abord hors de doute que ce sont des monnaies étrangères à la France, et des monnaies de bas aloï. On peut, de plus, à cause du compte de la monnaie d’Alost, présumer qu’elles doivent avoir été spécialement connues en Flandre, dans les premières années du quatorzième siècle. Notons que ce fut en Flandre , pendant l’administration provisoire de Jean de Namur, de ses frères et de son neveu Guillaume de Juliers, que l’on commença à altérer le titre des gros tournois. Ces gros avaient pour type un château , une porte ou un portail, en grec rx, pile; ils étaient non plus d'argent mais d’un mélal vil. Cétait donc des piles-viles. Cette étymologie qu’on repoussera, peut-être, comme plus spécieuse que vraie, et que nous ne donnons nousmême que comme une conjecture, rappelle naturellement la vieille expression française, croix ou pile, sur l’origine de laquelle on a tant divagué. Bescherelle, le dernier et le plus volumineux de nos lexicographes, veut que le mot pile vienne du gaulois (celtique ?) pile, qui veut dire navire, à cause de la figure d’un navire empreinte sur les monnaies. Il est possible que pile ait signifié navire en celtique. Qui sait le celtique? Mais ce que personne n'ignore, c’est que le type du navire qu’on trouve sur quelques monnaies d'or anglaises et sur des imitations de ces monnaies faites aux Pays-Bas, est tout à fait inconnu en France; en France d’où vient l'expression croix ou pile.

D'autres ont dit que pile dérivait de pileus, à cause du chapeau dont les têtes, gravées sur les monnaies, étaient couvertes. Cette explication est moins admissible encore. Le chapeau ne se voit guère que sur quelques testons italiens et quelques thalers allemands. De plus, le côté de la tête, sur les monnaies, n’est pas le côté de la pile, comme on peut s’en assurer par l’édit de Henri Il, du mois d'août 1548, qui ordonne de remplacer la croix, « trop aisée à être falsifiée, » par sa « pourtraiture d’après le naturel. » Le côté de la pile devint celui des armoiries du prince.

Boisard ! prétend que le mot pile, donné à un côté de la pièce, provient de ce que ce côté était imprimé par le coin de dessous , celui qu’on fixait dans le cépeau où billot, et qu’on appelait la pile. Mais pourquoi ce coin était-il appelé

* Traité des monnaies, etc. Paris, 1714, 2 vol. in-12.

la pile? n'est-ce pas plutôt parce qu'il portait la gravure du eôté pile de la monnaie ?

L'expression croix ou pile est française; elle est ancienne, elle est populaire, proverbiale et d’un usage général. Il faut donc en chercher l’origine dans des monnaies de France, dans des monnaies anciennes et d’un cours longtemps prolongé. Elle doit venir du type essentiellement français, du type qui, inauguré par Charlemagne, s’est maintenu jusqu’à la fin du moyen âge, du type des deniers carlovingiens et des tournois capétiens. La croix d’un côté, le temple, le portail, la colonnade, la pile de l’autre. Du Cange, seul, ne s’y était pas trompé !.

ATELIER DE NAMUR

N° 68. Châtel crénelé : * MARCRIORN A D?. Bordure des tournois de dix fleurs de lis. — Croix pattée au centre. Légende intérieure : * I0ÆKS. COM-R AD. Légende extérieure : ** BHDICTV : SIT : ROME : DNI : DEI : CRI.

Collection de M. le comte de Robiano.

A, 1.50. Pièce ébréchée.

En cédant à son fils Jean, le comté de Namur, le comte Gui s'était réservé le titre supérieur de marquis qu’il continua de porter dans tous les actes postérieurs à cette cession. Jean, même après la mort de son père, ne parait aVoir Jamais pris d'autre titre que celui de comte.

Ce demi-gros semblerait donc étre une monnaie commune aux deux princes et faite dans les premiers temps du règne de Jean. Le eôté du châtel appartiendrait à Gui, marquis de Namur, et le revers au comte Jean, son fils.

N° 69. Château à trois tours, ou portail brabançon; bordure des gros tournois, de douze fleurs de lis : * IORAXES : CODES.

— Croix pattée au centre. Légende intérieure : * NÆAŒDVRCENSIS. Légende extérieure : %x NODEN : DNI : NRI : SIT : BENEDIOTVO. Collection de M. Serrure.

! Glossarium mediae et infimae latinitatis, au mot Pira.

CL OS énbe

Le Ve ha it

Ce type a été employé par Jean I, duc de Brabant (1294-1312), et peut-être déjà dans les dernières années du rêgne de Jean I*. Le catalogue provisoire, donné dans le tome Ie de la Revue de la numismatique belge, mentionne cette pièce, sous le n° 27, d’après le même exemplaire; mais les légendes y sont inexactement rendues.

N° 70. Château à trois tours, ou portail brabançon. Bordure des gros tournois : * I0R?S

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