‹ Recherches sur les monnaies et les jetons des maitres-échevins et description de jetons diversChapitre 1 sur 30 · APERÇU SUR LA FABRICATION MAITRE-ÉCHEVINALE · texte numérisé non relu

APERÇU SUR LA FABRICATION MAITRE-ÉCHEVINALE

Les hommes d'étude, auxquels nous nous adressons, accueilleront avec surprise le fait d'une monnaie personnelle émise par des magistrats municipaux. Il est donc à propos de rechercher d'abord l'origine et la durée de ce monnayage , et d'examiner ensuite quels ont été ses caractères économiques et son importance.

Ces questions se résoudront par une courte analyse numismatique et par Texamen des faits historiques, examen devenu facile, grâce à un travail sur le mattre-échevinat, dont M. A. Prost vient d'enrichir les Mémoires de V Académie impériale de Metz ^ .

< Voir Tannée 18»2.1853.

Origine et durée du Monnayage échevinal. — Le maître-échevinat , suivant M. Prost, remonte aux institutions franques. Relevant en droit de l'empereur, le personnage qui en était pourvu, obtint parfois assez d'importance pour absorber une partie des pouvoirs du comte. Quoiqu'il en soit, je pense et vais essayer de prouver que ce magistrat n'a pu battre monnaie avant la seconde moitié du xvi* siècle.

Franchissons les périodes mérovingienne et carlovingienne ^, et arrêtonsnous aux règnes des maisons de Saxe et de Souabe. Et d'abord, on sait que si le monnayage cessa , sous Otton V% d'être exclusivement royal dans les Trois-Évêchés , ce fut au profit des évéques qui associèrent leur nom à celui de l'empereur ou du roi des Romains sur les flans métalliques*. Si nous passons maintenant à l'avénemeut des Hohenstauffen , nous voyons le nom du souverain disparaître de cette signature collective , qui ne comporte plus que celui de l'évêque'. Les droits monétaires sont donc assez clairement attribués pendant tous ces temps , et , pour qui connaît l'importance qu'on y attachait, il paraîtra impossible que le maitre-échevin y ait eu part. A mesure que le xii* siècle s'écoule , la question se tranche plus nettement

' L*élat actuel de la science ne permet plus de supposer que le fonctionnaire qui signait les nombreuses monnaies mérovingiennes messines fui un magistrat municipal , en quelque sorte un précurseur du maitreéchevin. J'ai en eifet avancé, dans mes ConMératians sur la Monnaie à V époque romane ^ et d'autres numismaiistes ont prouvé que les monétaires étaient des agents du fisc, des fermiera du revenu public et non des oflGciers chargés de faire revivre les anciens privilèges des municipes romains. Je ne pense donc pas que les maltres-échevins aient jamais songé à puiser des prétentions monétaires dans la constitution municipale des villes de la Gaule sous la domination franque.

> Voir mes Ètudee numitmatiques sur une partie du Nord-Est de la France, page 230.

^ Henn V, le dernier des empereurs de la maison de Souabe , est aussi le dernier souverain dont le nom se lise, en ces temps reculés, sur la monnaie messine.

encore: en effet, en 1180, l'influence épiscopale, arrivée à son apogée, frappe au cœur l'organisation des échevins et décrète que la première magistrature municipale, au lieu de se perpétuer dans les familles puissantes, sera élective et annuelle, et pourra être exercée par tout homme de la ville ou des faubourgs , pourvu qu'il soit de condition libre». Voilà donc, à la fîn de l'ère romane , le maftre-échevin placé dans une situation qui , certes, exclut toute idée d'autonomie monétaire.

Plus tard, il est vrai, au commencement de la période que l'on nomme moyen-âge, c'est-à-dire au xiii* siècle, le maître-échevin s'était peu à peu aflranchi et de l'empereur et de l'évéque*; mais une nouvelle puissance, l'aristocratie des paraiges venait de s'élever ; or, il est constant qu'elle arracha bientôt à l'évéque une partie de ses droits monétaires^, et l'on ne saurait admettre qu'elle n'eût remporté cette victoire que pour en partager le fruit avec un magistrat déjà rabaissé et sur qui elle exerça, dès le principe, une tutelle jalouse à laquelle il n'échappa qu'en 1652*, lorsque, l'antique cité eut reconnu la domination de la France.

Mais nous voici à l'époque que j'ai fixée en commençant: toute une révolution s'est accomplie ; l'aristocratie messine est dispersée et le maitre-

< Charte de l'éTéque Bertram.

* Le choix du maître- échevin était confié au princier de la cathédrale et aux cinq abbés bénédictins. (Voir, au sujet de cette élection , un article de M. de Saint- Vincent, MinuÀru de V Académie de Meix, XXIX* année, p. 1S6.)

* Le maître- échey in, suivant M. Â. Prost, ne jouit même à cette époque, qu'un instant et qu'imparfaitement des droits politiques et administratifs qui semblaient devoir lui appartenir. Ce fait, ajoute Tauteur, explique l'obscurité historique des personnages qui ont successivement rempli ces fonctions si importantes en elles-mêmes.

^ C'est en effet à la fin du xni* siècle qu'apparaissent les monnaies municipales. (Voir de Saulcy, Iteeherehee sur Ut Monnaieê de la ciii de MeiM, p. 18.)

échevin^ devenu homme du roi, va temporairement exercer les pouvoirs que les paraiges avaient jusque-là conservés. De tels événements ne tarderont pas à réagir sur la monnaie, ce multiple symbole de l'autorité. Cependant, durant les quatre années qui suivirent le traité de Chambord et tant que le roi conserva les formes du protectorat, les entreprises, bientôt réprimées, de Robert de Lénoncourt^ semblent le seul changement monétaire qui se soit produit. Mais, le 12 mai 1556, le cardinal de Lorraine ayant cédé à Henri II Tensemble des privilèges régaliens dont Tévéque jouissait encore, l'hôtel des monnaies de Metz se trouva placé plus directe** ment sous l'autorité de la France, et rien ne s'opposa à ce que le mattreéchevin, par permission expresse ou par tolérance, se livrât à une fabrication monétaire véritable , fabrication contre laquelle la cité , déshéritée qu'elle était de tant d^ autres droits, ne se trouvait plus en mesure de réclamer 1 On ne connaît en effet aucune monnaie antérieure à celle de Jean Le Braconnier, magistrat nommé en 1561.

En résumé, nos monnaies échevinales, contrairement à l'assertion de Carloix * et à celle de l'auteur du Tableau de la Monnaie de Metz •, remontent tout au plus au siège de 1552, et appartiennent par conséquent à la collection française \

Voilà où commence la série ; voyons maintenant où elle s'arrête.

< Voir de S^ulcy, Reehêrchêi et SuppUment aux Re^térehê$ tur Ut MowMies des Évèques de Meix,

* Mémoires de la vie du mariehal de VieiUeviUe, t. III, p. 187. ' In-i* de 80 pages, imprimé en 1785 ehei J.-B. Gollignon.

* Les amateurs des rnooftaies de Metz doivent donc repousser deux petits billons au type des plus anciennes angevines que M. de Saulcy ait décrites , et dont jusqu'à ce jour, on a fait honneur à Guillaume Parpignan et à Jean de Heu , qui furent maitres-échevins en 1^2 et en 1^8. En effet, lors même que les considéralions historiques ne prouveraient pas qu*il était impossible au maiire-échevin de signer des espèces courantes au temps où Tancienne constitution était encore debout, il faudrait se

Les pièces qui sont l'objet de ce mémoire, portent , pour la dernière fois 9 le titre de monnaie, sous Abraham Fabert en 1624; néanmoins, pendant quelques années encore, on en émit qui ne sont point de simples jetons, mais qui, parleur type, leur poids et leur facture, se rapprochent assez du numéraire municipal contemporain, pour qu'il soit permis de croire qu'elles avaient conservé une valeur échangeable dans le rayon commercial de la ville. Le dernier de ces monuments intermédiaires est une pièce au type du quart de franc et à la date de 1633 ; ce qui vient ensuite n'est plus que jetons. C'est en effet en cette même année 1633, que Richelieu, par la création du parlement, porta un nouveau coup aux franchises de la vieille ville impériale , et préluda ainsi à leur destruction , qui , au point de vue monétaire, devait s'accomplir le 11 février 1662, jour où la cour souveraine, sur la réquisition de sou procureur général, supprima l'atelier municipal comme institution féodale et germanique \ et statua que, désormais, le coin royal serait seul employé à Metz.

La monnaie maitre-échevinale dura donc environ les trois quarts d'un siècle.

rendre à l'évidence, car ces angevines onl, ainsi que Ta conslalé M. Cbalon» auquel j'en ai communiqué le dessin, été frappées Tune par Guillaume n de Sombreffe, l'autre par Jean I*' de Piermont, qui ont possédé la seigneurie de Reckheim, où l'on a contrefait, au xv* et au xvi* siècle, plusieurs autres coins monétaires de Mets, ainsi que des espèces de Nancy, d'Utredit, etc. (Voir lé mémoire de M. Chalon, Revue num. belge, 2* série, t. H, p. 1B6 et suivantes; — la NoUee hittcrique sur V ancien comté impérial de Reekheimf Gand, iSiS; — l'article publié par M. Â. Chabouillet, Mev. num, françaiee, iSSfO, p. 285 et suivantes ; — l'article de U. Prosper Cuypers, Jlev. niam. belge, 2* série, t. II, p. i\Z et suivantes.)

' En France, où florissait la centralisation gouvernementale, la monnaie du roi avait depuis longtemps détrôné les monnaies locales, tandis que la dissémination des droits régaliens entretenait encore ailleurs, et par exemple dans Ips villes impériales, celte bigarrure du numéraire, qui fait aujourd'hui la joie des col- Icclionncurs, mais dont le public d'alors avait grand droit de se plaindre. Voici ce que le procureur général

Caractères écok^omiques et importance de la Monnaie maitre-écheviNALE. — On peut admettre que les maîtres-échevins n'ont point possédé d'une manière permanente et pendant toute la durée de leurs fonctions^ le droit de frapper monnaie; peut-être même ne l'ont-ils exercé qu'au moment de leur élection ou de leur réélection ^ en souvenir de quelque ancien usage tel que celui qui permettait à l'empereur , chaque fois qu'il venait à Metz, de frapper dans les ateliers de la cité, une monnaie qui avait cours légal pendant son séjour et une semaine après \ Mais, quelque temporaire qu'ait été cette émission, elle ne pouvait être que légale; car, au xvi* siècle, on attachait encore trop d'importance aux droits régaliens et particulièrement au privilège monétaire qui en était un des principaux , pour laisser

Le Noble disait à ce sujet en 187K, treize ans après Tarrél da ii février 1662, et quatre ans avant le déeri du numéraire municipal en circulation :

n L'on sçail comment nos Rois perdirent la haute Lorraine Les broiiilleries intestines eropé-

n chèrent Lothaire de la remettre sous son obéissance, et Robert, fils de Hugues-Capet , 6t de grands n efforts pour y rentrer, mais sa domination naissante fut un obstacle à la justice de ses armes.

it Ce fut dans ces temps que la ville de Metz, se parant, comme beaucoup d'autres, du nom de ville If impériale libre, se fit une monnoye toute particulière.

If Lorsque je fus receu dans la charge de procureur général du Roy au parlement de Metz, je reconnus n tant de bizarerie dans la monnoye de celte ville , qu'une de mes premières pensées fut de travailler à n procurer quelqu'ordre à son irrégularité

tt II seroit fort à propos d'abolir dans Metz et dans les évèchéz, cette bizare monnoye C'est

Il ce que le pariement avoit voulu introduire ; mais qui n'a point eu d'exécution par les adresses de ceux n qui profitent tous les jours de l'ignorance des étrangers ou des fractions continuelles qui arrivent dans

If les comptes Mais à moins que l'autorité absolue de Sa Majesté n'intervienne, je ne croy pas que

n l'on vainque jamais les obstacles que l'avarice peut apporter à ce changement, n

Ces passages sont empruntés à un opuscule intitulé: Traité de la Monnaie de Mets, in-32 de 165 pages. Je les die sans admettre toute la sévérité des reproches adressés par l'auteur, aux Messins et à leur monnaie qui, à celle époque, jouissait encore, et à juste titre, d'un grand crédit sur les bords du Rhin.

' Terrier de l'évécbé en I58K; — Philippe de Vigneulles; — Chronique des Célestins de Melz.

passer inaperçue une usurpation qui, loin de se déguiser, s'affichait au contraire explicitement dans la légende '.

La monnaie échevinale de Metz peut donc être considérée comme n'ayant eu qu'un caractère exceptionnel et qu*une existence éphémère*, mais enfin c'était une monnaie *.

Ajoutons que les pièces portant à la fois le nom ou les armes d'un maitreéchevin et la légende Moneta Metensis , et que celles qui , par leur poids et leur type, se rapportent à ces dernières, sont le plus souvent en cuivre blanchi ou en billon, rarement en argent; qu'elles n'appartiennent qu'aux derniers degrés de la série monétaire, et que leur rareté actuelle prouve combien peu on en émettait. Si donc leur existence constituait un privilège en faveur du magistrat nommé par le roi, leur rôle n'était rien moins qu'important dans le système des valeurs représentatives , qui se composait à cette époque de florins d'or, gros thalers d'argent et autres pièces de haute valeur *.

On sait d'ailleurs qu'il était d'usage que la bienvenue des hauts fonctionnaires , fût l'occasion de largesses à la multitude ; presque toutes les monographies du xvi' siècle en font foi». Cette distribution électo-

I Un archéologue distingué, H. G. Boulangé, dans une notice sur une monnaie échevinale {Mémoires de V Académie de Metz , année 1852, 1. 1*', p. 557), a trop amoindri le caractère de ce monnayage. Voici comment il s'exprime :

n La légende Moneta Meteneis, employée par les mailres-échevins, n*avait rien de légal; elle consan crait seulement un léger abus de pouvoir, etc. n

* Ces espèces, en général mal taillées et changeant de type chaque année, ont peut-être contribué à la réputation de bizarrerie que le numéraire en circulation k Metz avait alors parmi les Français (voir ci-contre).

' Je suis loin de dire cependant que les monnaies des maltres-échevins de Metz aient jamais rempli bien rigoureusement les conditions imposées aujourd'hui au signe représentatif de la fortune publique. (Voir pour ces conditions mes Ètudee numismatiquee eur unerpartie du Nord-EH de la France, p. 20.)

* Voir de Saulcy , Recherchée tur le* Monnaiet de la cité de Met* , p. 61 et S2.

^ Ainsi, à Cambrai, Tenlrée du duc d'Alençon, en 1581, et celle de Catherine deMédicis, en 158i, donnèrent lieu à une fabrication de plaques d'argent et de jetons qui furent distribués au peuple.

raie ^ fut sans doute à Metz le prétexte de la fabrication échevinale et se fit primitivement en pièces ayant un cours véritable ; puis elle eut lieu en simples jetons*. Enfin, plus tard, au commencement du xyiu*" siècle, elle ne consista plus qu'eu poignées de dragées'.

Type des Monnaies des MArrREs-ÉCHEYiNS. — Les monnaies des maitreséchevins portent constamment d'un côté Técu du personnage^ et de l'autre celui de la ville. Dans les plus anciennes, la légende du droit se forme soit des mots MONETÂ NOVA METENSIS, soit des noms du maitre-échevin, tandis

' On se demande naturellement si la fabrication de ces pièces était à la charge de la ville ou à celle du maitre-échevin. Je n'ai rien trouvé d'écrit à ce sujet; mais si, dans quelques provinces, certains personnages recevaient des bourses en cadeau, un numismatbte estimé, M. de Fonlenay, a reconnu qu'il n'en était pas partout ainsi, et sans doute, à Metz, la matière et la façon étaient payées, non par la cité, mais par le nouveau magistrat, qui, tant qu'il a frappé des pièces propres à avoir cours, a pu s'en réserver une partie et trouver une compensation dans la valeur surélevée qu'elles offraient à l'échange.

* On lit en effet dans V Histoire généraU de Metz par les religieux Bénédictins (t. H, p. 3K8 et 562) : If n Le jour de son installation, le nouvel élu fait fabriquer des jetons aux armes de la ville d'un côté et aux n siennes de l'autre, avec sa devise, pour les distribuer à ses amis et en faire semer au palais pour plus de If vingt écus. . . . Après toutes les prestations de serment, le maitre-échevin, le conseil et les Treize passent it au travers du palais ; dès qu'ils y sont entrés , celui qui tient les jetons que le nouveau maitre-échevin If a fait frapper, monte sur une des boutiques du palab et les jette au peuple, n

' Voir à la bibliothèque de la ville de Metz, sous le n** A-I, le manuscrit intitulé Réception du maUreéehevin. 11 y est dit qu'en 1738, le nouveau magistrat se rendait en cortège ehez le gouverneur, l'intendant, l'évèque et le premier président du parlement, et que, durant la marche, le premier sergent, précédé des détachements de troupes, des tambours bourgeois, du corps de ville et de la symphonie, n marchait seul. If avec son manteau de cérémonie et sa toque de satin, tenant en main la verge magistrale et jetant par les n rues quantité de dragées aux accbmations des peuples, n Puis venait le secrétaire de la ville et le mallreéchevin lui-même, etc.

^ Le maitre-échevin qui n'avait pas d'armoiries de famille en obtenait ou en adoptait à sa nomination. En effet, le gouverneur, après avoir reçu son serment, lui remettait une épée, l'exhortait à la porter pour le service de Sa Majesté et lui disait: Le roi vous fait chevalier (HS. intitulé: Créaiion dee ntaitree^hevim; biblioCbèque de la ville de Metz).

que celle du revers désigne une valeur courante, telle que QVARTVS DENAR ou OCTAVA SOLIDL Puis l'expression MONETA METENSIS disparait du droit pour passer au revers où elle est quelquefois remplacée simplement par le mot METIS suivi du millésime, et le droit présente, non plus toujours le nom de l'échevin, mais souvent sa devise. Enfin, sur les spécimens que leur épigraphie n'indique pas comme étant des monnaies, mais que nous croyons devoir ranger à cette catégorie, le nom du magistrat se développe, au droit, autour des armes de la ville, tandis que la devise est placée en légende du côté de Técusson de famille.

Ici s'arrête ce que j'avais à dire de plus important sur les monnaies des maitre&-échevins de Metz, et je n'ai plus qu'à faire remarquer que les pièces intermédiaires dont il a été question^, ont été frappées, mais en petite quantité, sur flans d'or, avant de l'être sur un billon dont le mauvais aloi leur permettait de circuler comme espèces courantes de mince valeur. Cette circonstance ne leur ôte pas le caractère de monnaie, car, de tout temps, on a fait en métaux précieux des épreuves des coins nouveaux " ; et certes, si des pièces de cuivre blanchi ou de billon suffisaient aux maîtres-échevins pour les distributions populaires, il fallait, pour être offertes au gouverneur et aux principaux officiers du roi, des épreuves en bon argent et en or, que l'on nommait pièces d'honneur.

* Voir plus haut, page i3.

' Ainsi on possède , dans les colleclions, des pièces de 5 francs des derniers règnes, frappées en or, des centimes frappés en argent, etc., etc.

2* JETONSe

Les jetons, dont l'usage devint surtout fréquent au xvii* et au xviii* siècle, étaient des monuments contemporains ou à peu près contemporains des auteurs que nous considérons comme les pères de la numismatique; ils furent donc négligés par eux'. Disons toutefois, à l'honneur de l'érudition lorraine , que Dom Galmet en a reproduit un grand nombre dans les planches de son histoire, et que Mory d'Elvange et Dupré de Geneste en ont, de leur côté, activement recueilli les empreintes et les calques.

Aujourd'hui les hauts fonctionnaires et les particuliers ne font plus / faire de ces pièces, et celles qui se fabriquent encore appartiennent à des sociétés savantes, à des cercles ou à des exploitations industrielles. Les jetons qui portent un caractère individuel nous rappellent donc un usage perdu ou des familles pour la plupart éteintes ; ils commencent , en un mot, à prendre place dans les monuments historiques, et l'on

* Cependant lés anciens numismatisles faisaient déjà cas de certains jetons qui, sous le nom de méreaux, avaient, dès le xt* siècle, quelque importance dans le système économique et administratif des communautés religieuses, et empruntaient ainsi à la monnaie une partie de son caractère public. On s'occupait aussi des jettoirê ou jeets qui suppléèrent longtemps à Pignorance graphique des gens de finances , et surtout à rembarras qu'avaient présenté les opérations arithmétiques les plus simples , jusqu'au moment où Ton eût adopté un bon système de numéraiUm, Mais les monnaies que nous avons à décrire, diffèrent essentiellement des méreaux, et, à l'époque où remonte le plus ancien jeton échevinal de Metz, tout rôle vraiment utile avait cessé d'appartenir aux jetons, et s'ils servaient encore à compter, ce n'était que sur les tables de jeu.

ne saurait trop se hâter de les sauver de l'oubli pendant qu'il en est temps encore*.

Dates et usage des Jetons des maitres-écheyins. — Les jetons des maitres-échevins de Metz ont été fabriqués pendant que ces magistrats avaient encore des monnaies et surtout lorsqu'ils n'en eurent plus. Le plus ancien que je connaisse est de 1594 et le dernier de 1709.

Ces monuments métalliques sont donc peu anciens et n'ont pas l'intérêt historique des monnaies du moyen-âge ou de l'époque romane; mais, frappés sur un flan large y ils comportent des types plus variés ou plus significatifs , et ne sont pas dépourvus d'un certain mérite artistique.

Les jetons, simples médailles de famille, portraits ou blasons confiés non à la toile, mais à l'airain, n'avaient pas toujours un rôle bien déterminé. Toutefois, ceux des maitres-^chevins de Metz ont, à la suppression des monnaies, servi pendant quelque temps aux distributions de joyeuse entrée*, et, lorsqu'ils étaient d'or ou d'argent, à des cadeaux sous le nom de médailles d'honneur. Quant aux plus récents, qui ne remontent qu'au temps de Louis XIV, ils étaient simplement destinés à marquer, comme aujourd'hui, les points du jeu ; tels sont ceux de M. de Rissan, qui portent plusieurs dates postérieures à celle de Tédit royal en vertu duquel ce

' Les jetons du xyi« siècle et des siècles suivants , bien qu'ils n*aient ni le caractère des méreaux , ni celui des jeltoirs, ont été fort recherchés depuis quelque temps, et déjà des études d'ensemble et quelques monographies leur ont été consacrées. On peut citer, parmi ces utiles travaux :

Les Fragments d* Histoire métallique, par M. de Fontenay, Autun, 18iB ;

La Nouvelle Étude de Jetons, par le même auteur, Autun, i850 ;

Les Recherches sur les Monnaies, MidaiUes et Jetons de Saint-Omer, par M. A. Hermand (Mémoires de la Société des Antiquaires de la Morinie, année i83^, t. U, p. 203) ;

Les Libertés de la Bourgogne diaprés les jetons de ses états, par M. Cl. Rossignol, Autun, IStfl.

* Voir plus haut, p. i6, note 3.

fonctionnaire fut créé à titre perpétuel , et qui par conséquent n'ont point été frappés pour son installation.

DlABfËTRE ET TYPE DES JeTONS DES MAITRES-ËCHEYINS. — LeS jetOnS deS

maitres-échevins présentent trois modules, 12 lignes, 8 lignes et 6 lignes; ces dimensions ne sont pas toujours rigoureusement suivies ; il faut les considérer comme le maximum de chacune des trois grandeurs. Ils ont presque constamment d'un côté les armes de la ville avec le nom de Féchevin; de l'autre, Fécu de celui-ci entouré de sa devise. Un seul spécimen ofiTre sur la face opposée à celle qui présente les armes de famille, une image emblématique entourée d'une devise.

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