TROISIEME PARTIE
Pheeruceam fulvo chlamydem comprensus ab auro.
Venerat in silvas et füia Solis casdem.
Il y eut en Ausonie un roi Picus, fils de Saturne, amateur de
chevaux propres au combat Quittant sa demeure,
Picus était allé dans les champs de Laurenle pour s’y livrer à la chasse des sangliers ; il pressait les flancs de son cheval fougueux; armé de dards légers, il tenait sa chlamyde phénicienne nouée avec une agrafe d’or. La fille du Soleil s’y trouvait aussi \
Le manteau phénicien de Picus , fils de Saturne et gendre de Janus, décèle l’origine pélasgique, telle que nous l’avions fait soupçonner dans notre Exposition précédente. A ce témoignage frappant d’Ovide, ajoutons celui deSilius, qui assigne nominativement aux Pélasges le pays où cet événement a eu lieu.
lloe Picus quondam nomen memorabile ab alto Saturno staluit genitor, quem carminé Circe Exutumformam volitare per œthera j ussit ,
Et sparsit plumis croceum fugientis lionorem ;
Ante ( utfamadocet ) tel lus possessa Pelasgis ,
Quis Æsis regnator erat, jluvioque reliquit Nomen, et a sese populos tum dixit Asisos.
Ce pays (celui du Picenum) reçut son surnom célèbre de son fondateur Picus, fils de l’antique Saturne. Dépouillé de sa forme humaine par les enchantements de Circé , il vola dans les airs aux ordres de cette magicienne, qui répandit quelques taches rouges sur le plumage du roi fugitif. La renommée nous apprend que ce pays fut auparavant possédé par les Pélasges, et qu’Æsis, qui en était le roi , laissa son nom au fleuve et aux peuples qui , de lui , ont pris le nom de Asises1 2.
1 Ovide, Mètam. liv. XIV, v. 320.
2 Silius liai. liv. VIII, v. 438.
Virgile avait aussi, dans son Enéide1, célébré, avant ces deux poètes , les tristes aventures du roi Picus.
La conformité de l’oracle de Tiora avec celui de Dodone est très-remarquable pour celui qui fait attention à ce que les Pélasges établis sur le territoire de Riéti provenaient immédiatement de ceux de Dodone. La véritable situation de Tiora s’étant trouvée déterminée par des moyens géométriques, indépendants de toute idée systématique, et le monument de cette ville étant reconnu pour être l’oracle même de Mars , ces certitudes acquises et les dessins que j’envoyai en 1807 à M. Pouqueville, alors en Grèce, lui ont fait découvrir l’oracle de Dodone, qu’on avait jusque-là vainement cherché parmi des ruines semblables à celles des temples grecs et romains.
Ce relief a été exécuté d’après un plan géométral, et sur l’élévation perspective de l’un des cinquante dessins exécutés sur les lieux mêmes , aux environs de Riéti. C’est là que Varron faisait remarquer aux Romains les murs de villes, d’hiérons, d’oracles, qui témoignaient, disait-il, que les Aborigènes avaient dominé sur toute la région qui s’étend entre les villes actuelles de Riéti et de Torana, l’antique Tiora. Réunies avec les Pélasges , ces colonies, grecques suivant Caton , avaient bâti les monuments qu’on retrouve encore dans cet espace aux mêmes distances respectives désignées en stades par Varron. L’époque de ces constructions remonterait à l’an 1 5 2 o avant l’ère vulgaire.
L’excursion dans laquelle ces monuments furent dé-
1 Liv. VII, v. 189.