‹ Recherches sur les mouvements du cerveau et sur le mécanisme de la circulation des centres nerveuxChapitre 1 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

A la circulation de l'encéphale, se rattache un phénomène connu depuis long-temps, celui des mouvements du cerveau.

Les battements des fontanelles des nouveau-nés, ceux de di^'-erses tumeui^s que peuvent présenter le crâne et le rachis, les trépanations pratiquées sur l'homme et les animaux, permettent de constater la réalité de ces mouvements. On est loin d'être d'accord toutefois sur leur mode de production ; leur existence môme chez l'adulte, est mise en doute ou niée par un g-rand nombre de physiologistes modernes.

Ayant été frappé, dans le cours de nos études, du désaccord que nous avons trouvé, à ce sujet, dans les

auteurs, nous avons été amené à nous occuper ég-alement de ce point en litig-e, et nous venons aujourd'hui, à la suite des maîtres, apporter notre pierre à l'édifice, leur demandant de nous pardonner, si parfois nous avons osé émettre une opinion différente de la leur. Ils voudront bien n'y voir qu'une marque de reçpect pour la vérité et pour la science qu'ils représentent.

Aux mouvements du cerveau, se lient étroitement ceux du liquide céphalo-rachidien^ sur les fonctions duquel nous aurons à insister dans le cours de ce travail.

Nous examinerons les causes et les relations de ces deux sortes de mouvements; mais, nous tenons, dès à présent, à établir qu'il ne faut point attacher à l'expression de a mouvements du cerveau, » l'idée d'une locomotion de cet org-ane, comme on le faisait jadis, mais bien celle d'une série d'expansions et de resserrements successifs de l'encéphale, en rapport avec la quantité plus ou moins considérable de sang* qu'il contient. Ces mouvements traduisent à l'œil les changements de volume du cerveau^ dépendant des systoles cardiaques et des actes respiratoires, chang-ements qui se produisent au môme titre que dans les autres org-anes du corps, où ils ont été récemment l'objet de remarquables études sur lesquelles nous aurons lieu de revenir. C'est donc, par l'intermédiaire des mouvements du cerveau et du liquide céphalo-rachidien, que nous pourrons étudier les variations de la circidation dans les centimes nerveux.

Le cerveau de l'homme adulte, dont les parois crâniennes sont complètement ossifiées, est-il également

sujet à ces variations de volume dépendant de modifications de l'état de réplétion des vaisseaux ; se séparet-il, à cet ég-ard, des autres org-anes? Telle est la question que nous aurons à envisag'er. Avant d'y arriver, nous aurons à étudier, au préalable, — et ce sera la partie essentielle de ce travail, — la circulation dans la cavité céphalo-rachidienne, dans les cas où les mouvements cérébraux sont indiscutables, c'est-à-dire dans ceux oh la boîte crânienne est incomplètement ossifiée, et dans ceux où elle présente une perte de substance ayant mis l'encéphale partiellement à nu.

Nous avons fait, dans ce but, de nombreuses expériences, commencées dans le cours de 1875 et poursuivies jusqu'au commencement de cette année. Nous nous sommes attaché à varier les conditions de la circulation encéphalique, et par conséquent aussi celles des mouvements du cerveau, afin d'en interpréter plus sûrement le mécanisme, ayant toujours eu recours à la méthode graphique, pour contrôler les résultats de nos expériences, que nous pourrons ainsi, mettre en • quelque sorte sous les yeux du lecteur. Nous avons été favorisé dans cette voie, par les nombreuses ressources que nous avons trouvées dans le laboratoire du professeur Marey (t), au Gollég-e de France.

Le principe de notre méthode d'exploration et quel-

(1) Nous sommes heureux de pouvoir témoigner ici, toute notre reconnaissance à cet excellent maître dont les bienveillants conseils et les encouragements ne nous ont jamais fait défaut. Nous devons aussi particulièrement remercier notre ami, le François-Franck, directeur adjoint du laboratoire, dont l'assistance nous a souvent été précieuse, dans le cours de nos expériences.

C|ues-uns des résultats que nous avons obtenus, ont déjà fait l'objet d'une note communiquée à l'Académie des sciences (1). Enfin, le côté expérimental de nos recherches a, en grande partie, trouvé place dans une publication récente (octobre 1876) (2).

Les conditions de production des mouvements du cerveau sont intimement liées à la disposition qu'offrent les parois de la cavité céphalo-rachidienne, aux divers âg-es et dans différentes circonstances.

Chez le nouveau-né, les deux boîtes crânienne et rachidienne ont toutes deux des parois en partie extensibles. Au crâne, les battements des fontanelles en témoig-nent suffisamment. Pour ce qui est du rachis, on s'accorde à admettre l'extensibilité partielle de ses parois, non seulement chez l'enfant, mais encore chez l'adulte.

Il n'en est pas de même des parois du crâne de ce dernier, lesquelles sont reg-ardées comme normalement incompressibles (3).

C'est précisément sur cette absence de dépressibilité qu'on s'est appuyé, pour nier l'existence des mouvements cérébraux chez l'adulte. Celui-ci pourra du reste, être replacé dans les conditions qu'il présentait à sa naissance, c'est-à-dire que l'extensibilité de ses parois

(1) Comptes rendus, 19 juin 4876.

{"1) Physiologie expérimenlalo. Travaux du laboratoire de M. Marey, année 1870, Mémoire IX.

(3) Telle est du moins la manière devoir généralement adoptée. Nous aurons l'occasion de montrer, dans la suite, qu'il y a peut-être lieu d'apporter une certaine reslriclion à ce que cette proposition peut offrir de trop absolu.

crâniennes pourra disparaître, soit qu'elles deviennent le siég-e d'un ramollissement patholog-ique, soit qu'elles présentent une ouverture faisant communiquer la boîte crânienne avec l'extérieur, à la suite d'accidents ou de l'intervention chirurg-icale.

C'est en nous basant sur cette différence de conditions, que nous diviserons l'étude des mouvements du cerveau :

Dans une première partie qui exig^era -de bien plus grands développements et qui comprendra presque toutes nos recherches, nous examinerons ces mouve ments, dans le cas ou les parois crâniennes sont dépressibles, ou présentent une perte de substance.

Dans une seconde partie, les mouvements du (serveau seront envisagés, surtout au point de vue critique, dans les conditions normales, chez l'adulte.

Avant d'entrer dans le vif de notre sujet, nous comptons tracer, au préalable, l'historique de la question, et présenter quelques considérations g'énérales sur la situation des ceiîtres nerveux dans la cavité céphalorachidienne, considérations indispensables pour l'intellig-ence des mouvements du cerveau et du liquide cérébro-spinal sur lequel nous aurons aussi à nous arrêter quelque peu.

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