‹ Recherches sur les mouvements du cerveau et sur le mécanisme de la circulation des centres nerveuxChapitre 2 sur 13 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les mouvements du cerveau (1) ont dû tixer l'attention dès la plus haute antiquité, les battements des fontanelles n'ayant pu échapper à l'attention même la plus superficielle.

Cependant Arislote, tout en faisant remarcfuer l'écartement des sutures et leur réunion tardive chez l'enfant, n'en fait pas mention.

Il nous faut arriver à Phne l'ancien pour voir désig-ner d'une manière précise les mouvements du cerveau comme cause des battements des fontanelles du nouveau-né qui se trouve placé, d'après lui, dans une situation inférieure à celle des jeunes animaux, chez lesquels on n'observe point cette particularité (2).

Avec Galien, la question se transforme : les mouvements du cerveau ne sont plus regardés comme particuliers à l'enfance et se produisent au sein d'un espace vide existant entre la dure-mère et le cerveau, espace dont Galien croit pouvoir démontrer l'existence par l'insufflation. Il constate le rapport qui lie les mouvements du cerveau à ceux de la respiration ; mais, poussé par des idées théoriques, il observe mal le phénomène et vient affirmer que le cerveau s'élève dans le

(!) Nous ne nous occuperons pas ici des mouvements du cerveau considérés chez l'homme adulte placé dans les conditions normales. L'historique do celle question, essentiellement moderne, se rattache trop étroitement à la discussion que nous aurons à en faire dans la deuxième partie de celte étude, pour que nous ayons cru pouvoir l'en séparer.

(2) Pline, Ilisl. naturelle, trad. Guéroult, livre xu, p. 475.

crâne en inspiration, pour s'abaisser en expiration. Assimilant le mécanisme de ces mouvements au jeu de la cag-e thoracique, il supposait que, de même que l'air pénètre dans les poumons pendant l'inspiration, il s'introduit dans le même temps, en passant par lès narines et les ouvertures ethmoïdales, dans les ventricules du cerveau qu'il dilate : d'où l'élévation de cet org-ane, dont l'abaissement correspondrait à l'expulsion de l'air, dont il admet l'issue par des voies telles que les sutures du crâne et les nerfs olfactifs ! Ne nous arrêtons pas à des erreurs qui heurtent absolument nos connaissannes actuelles, et sachons g-ré à Galien, d'avoir au moins entrevu un rapport entre les mouvements du cerveau et ceux de la respiration, notion qui fut même perdue dans la suite.

Ce rapport est encore indiqué par Oribase, qui semble en saisir plus nettement le véritable sens. Après avoir fait mention des mouvements du cerveau « chez les petits enfants et chez ceux qui ont des plaies pénétrantes, » (1) il dit en effet, parlant des animaux chez lesquels le cerveau est mis à nu : « Quand les animaux poussent des cris, tout le cerveau s'élève et se gonfle. » Ce passag-e paraît indiquer qu'Oribase avait constaté le synchronisme de l'expansion cérébrale avec l'expiration. Il y a plus : la liaison des mouvements du cerveau avec l'action cardiaque ne lui a pas non plus échappé. Un peu avant le passag-e que nous venons de citer, cet auteur s'exprime ainsi : « Mais il s'y ajoute

(1) Oribaso, OEuvros Iraduiles par Mussemakor et Darembere; Paris. \m, T. m, p. 308. ^'

un autre mouvement, qu'on voit manifestement chez tous les animaux : en effet, quand on a pratiq^ié l'excision des os de la têle, on voit se produire, aussi long-temps que les animaux se taisent, un mouvement dont la cadence s'accorde avec celle des mouvements des artères et du cœur. » (1)

Quant aux explications du phénomène que donne Oribase, elles sont aussi extravag-antes que celles de Galien et nous les passerons sous silence.

11 nous faut franchir plusieurs siècles pour arriver au milieu du quatorzième, où nous voyons Guy de Chauliac [(2) faire mention des mouvements du cerveau qu'il constate, après avoir mis cet org-ane à nu.

Deux siècles plus tard, ces mouvements sont en général rapportés à ceux des artères cérébrales. Telle est du moins l'opinion de Golombus et de Piccolomini (3); telle est celle de V. Coïter (4), qui ne parvint point, il est vrai, à les constater chez tous les animaux sur lesquels il fit porter ses recherches. Quant à Vésale (5), il envisag-e les mouvements du cerveau comme dépendant des artères de la pie-mère.

A la même époque, nous voyons Ambroise Paré (6) faire mention des mouvements du cerveau qu'on observe, à la suite de blessures entraînant une perte de substance de la voûte crânienne. Un peu plus tard,

(1) Oribase, loc. cit..

(2) Cité par Haller in Elem.'physiol. 1762, T. IV, p. 173.

(3) Piccolomini, Anatomica; piwlecliones, Rome, 1586.

('(.) Volcherus CoUer, Humani corporis partium to&ute,Nurembcrg, lo73. (o) Vesale, AnalomicanimFallopiiobscrvationum examen, Madrid, lofil. (fijA. Parc, OEuvres complètes, édit. de iVialgaigne, Paris, 1841, l. II, p. 67.

Riolan (1) observe ces mêmes mouvements chez l'homme, dans des cas de carie syphilitique dos os du crâne. Le même auteur les retrouve sur des moutons, après avoir mis leur cerveau à découvert.

Nous voici parvenu à une période où. la question chang-e absolument d'aspect et devient l'objet de discussions passionnées, qui se poursuivent pendant plus de deux siècles, un g-rand nombre d'auteurs niant absolument les mouvements du cerveau, pour les rapporter à la dure-mère. Dès le commencement du xvi* siècle, nous voyons Bérenger de Garpi, s'élever contre cette opinion. Gomment avait-elle pris naissance? — Pacchioni la rapporte aux Arabes^ mais Lorry fait observer avec raison qu'elle est bien plus ancienne. Ce n'a pas été sans étonnement que nous l'avons déjà trouvée mentionnée dans Galien; dans un endroit où on l'aurait, il est vrai, difficilement cherchée (2). Nous croyons devoir citer le passage en question. 11 est instructif à plusieurs ég-ards et montre qu'alors déjà, le désaccord existait sur divers points qui, long-temps après, devaient encore être remis en question : «... Virorum catervae, qui non tantum haec, sed et membranas cerebri confirniant pulsare : sunt , qui etiam cerebrum : alii utraque : aliqui prsecipue cerebrum, membranas per accidens. Gontra alii, nec membranas censent, nec cerebrum pulsare prsecipue, ceterum ad arterias hoc pertinere, atque per accidens ad illa: nam attolli illa

^l) Riolan. Enckeiridhim anal, clpalli.. Paris, IG-iS. (2) Galien, Upera omnia, Venise, UiTG, T. II. Des dillcrcnces du pouls, liv. IV, chap. II.

una cum arterias aïunt, quas Imbent fréquentes. »

Quoiqu'il en soifc, ce ne fut qu'à partir du xvii" siècle que l'existence des mouvements de la dure-mère, fut surtout acceptée, au détriment de ceux du cerveau. Pacchioni (1) et Baglivi (2), se constituèrent les défenseurs ardents de cette théorie adoptée déjà par Willis, (3) et acceptée plus tard par Stancari (4) et Santorini (5). Suivant eux, la dure-mère joue le rôled'un véritable muscle, et nous les voyons en conséquence, décrire les fibres musculaires, dont elle est pourvue. Ils ne s'accordent pas cependant sur la position de ces fibres, et ce sujet devient le point de départ de nombreuses controverses. La dure-mère que Bag'livi, va jusqu'à appeler cor cerebri, est pour eux le principal moteur du corps humain.

Bien que le courant fut alors en faveur des mouvements delà dure-mère, il est juste de dire que l'opinion des auteurs précédents, ne fut pas servilement adoptée par tous leurs contemporains. Plusieurs d'entre eux, tout en admettant les mouvements de la dure-mère, les firent dépendre, non de fibres motrices de cette membrane, mais de la pulsation des artères qui la parcourent, opinion qui avait déjà été soutenue par Ing'rassias (6) et Fallope (7). D'autres auteurs, tels que

(1) Pacchioni, De dur sa mcningis fabrica et usu, Rome, 1701. {"2) Baglivi, I)e fibra motrice, Rome, 1702.

(3) Willis, Ccrebri anatomia, Londres, 1664.

(4) QlaLncdLriy Sur la structure delà durc-mèrc, Mcm. do l'Acadcmic* de Bologne, t. I, 1731.

(o) Santorini, De structura et motu fibr.v, Venise, 170o. L'auteur se rétracte plus tard. In observationes anatomicv, Venise, 1724.

(6) Ingrassias, In Galeni librum.dc ossibus, Païenne, 16015, p. S2.

(7) Fallope Observationes analomicœ, in Opéra omnia, Franclort, 1600.

Fantoni(l), Duverney (2), Ridley(3), etc., s'élèvent contre les mouvements de la dure-mère, démontrant qu'elle ne présente rien de musculeux dans sa structure, et qu'en se soulevant elle ne fait que suivre les mouvements du cerveau. Ces mouvements sont reg-ardés comme synchrones avec ceux des artères : tel est du moins le sentiment de Zypœus (4) et de Gharleton (5), qui nient leur rapport avec la respiration. Pour Diemerbrœck (6), le cerveau est soulevé par les sinus de la dure-mère. Vieussens (7) se met d'accord avec tout le monde, rapportant les mouvements aux artères de la dure-mère, aux sinus, entin au cerveau lui-même. Il admet en outre les mouvements de la dure-mère spinale.

Ce tableau suffît pour donner une idée de la confusion qui rég-nait alors, touchant la question qui nous occupe; aussi, croyons-nous pouvoir passer sous silence plusieurs auteurs dont les opinions se rapprochent des précédentes. Nous avons hâte d'arriver au milieu du xviii siècle, qui nous offre une période de dix ans (1730-1 760 j, spécialement féconde en résultats.

Schlichting-, Haller, Lamure et Lorry viennent tour à tour, s'appuyant sur de nombreuses expériences, replacer la discussion sur son véritable terrain, et porter le dernier coup à la théorie des mouvements de la duremère, en montrant que le cerveau continue à se mou-

(1) Pantoni, De slruciura et usu durx matris, ad Pacchionum, Home i7''2 1,

(2) Duverney, OEuvrcs analomiques, Paris, 1761. Riclley, Theanatomy of Ihe brayn, Lond., 1693.

(4) Zypœus, Fundamenla mcdccinx 'phijsico-analomica, Bruxel., 16 83;

(5) Charlclou, Excrcilatioiws physicu-anatumicxs Lond., 1658.

(6) Diemerbroeck, Opéra omnia aiiat. el medica, Utroclit, 1683. (T) Vieussens, Nevrologia univcrsalis, Lyon, 1684^ p; n.

voir, alors même que cette membrane est enlevée.

Ce fut un mémoire de Schlichting, (1) qui inaug-ura cette nouvelle phase. Cet auteur, tout en revenant à la doctrine des anciens, touchant le rapport des mouvements du cerveau avec la respiration, montre que Galien l'a mal interprété, et que le soulèvement du cerveau coïncide avec l'expiration et non avec l'inspiration, laquelle correspond au contraire à l'abaissement de l'org-ane. Il appuyait son dire sur l'observa^ tion de cas de blessures ayant mis le cerveau à découvert chez l'homme, ainsi que sur des expériences poursuivies sur le chien.

Le fait observé par Schlichting' était exact; mais il se garda de l'expliquer, envisageant comme une témérité de vouloir résoudre un problème qu'il regardait comme insoluble. Il eut cependant encore le mérite de comprendre la véritable signification qu'il faut donner aux mouvements du cerveau, en mettant en relief la turgescence et le retrait de l'encéphale: « Extra omne dubium statuere decrevimus, ipsum, integTumque cerebrum, pectoris inspiratione vere moveri, id est, intumescere ac detumescei'e

Schlichting crut pouvoir admettre en outre l'existence de mouvements dépendant du cerveau lui-même, mouvements qui se produiraient par exemple, lors des convulsions provoquées par une blessure faite à la moelle allongée.

Haller, voulant vérifier les résultats de cet observateur hollandais, reprend l'étude de la question avec

(l) Sclilichling, De motu cerebri, Uém. de PAcad. des sciences, Savants clraiigcrs, Paris, 1750, t. I, i). 113.

Walstorff, {i) et lait, à ce sujet, de nombreuses expériences sur diverses espèces d'animaux. Il arrive aux mêmes conclusions que Schlichling-, en ce qui touche les relations des mouvements du cerveau avec la respiration ; mais, ne se bornant pas à constater les faits, il tâche de les interpréter. On ne peut rapporter ces mouvements à l'air, comme l'avaient fait les anciens, car, ainsi que le fait observer Haller, si l'air pouvait dilater les ventricules, le cerveau s'élèverait en inspiration; or, c'est précisément le contraire qui se produit. « Le phénomène qu'a observé M. SchUchting-, dit-il, dépend uniquement de la facilité que le sang* du ventricule droit du cœur, trouve à se répandre dans le poumon pendant l'inspiration, et de celle que les g-ros vaisseaux veineux trouvent par là-mômeàse vider dansce ventricule y> (2). En expiration, par contre, les poumons comprimés ne peuvent recevoir le sang- du cœur, et les gTosses veines ne pouvant se vider g-onflent, et ce g'onflement se propag-e jusqu'au cerveau dont le sangne peut s'écouler dans les jug-ulaires.

Haller se trompe cependant, quand il affirme que les mouvements du cerveau ni peuvent s'observer que lors- (fuela dure-mère aété détachée du crâne. Aussi, voyonsnous Caldani, s'appuyant sur des expériences faites e:i dehors de ces conditions, s'élever contre ce dire, dans une lettre (3) qu'il adresse au g-rand physiolog-iste.

(l) Walstorff, Dissert, si.^tcns experimenla circa viotum ccrebri, GujIlingue, 1753.

(^) ^l^nov, Mémoires sur la nalurc sensible el irritable des parli,^ dic corps animal, Lausanne, I7î)(j-I7'j0, l. 1, p. (;^) Haller, toc. cil., t. III, p. 44. Salalho.

Haller ne se contente pas de vérifier et d'expliquer les mouvements qui se rattachent à la respiration ; il établit encore l'existence d'un second ordre de mouvements. « Quand on a séparé la dure-mère du cerveauj dit-il, on peut y apercevoir deux mouvements différents. Le premier vient de la pulsation des artères du cerveau. Ce mouvement est très-petit et va extrêmement vite. L'autre suit les périodes de la respiration. Le cerveau se g-onfle et monte dans l'expiration, il s'affaisse et descend, quand l'animal inspire » (1). Il fait encore observer que lorsque ces mouvements font défaut, cela tient, soit à la faiblesse de l'animal, soit aux pertes de sang" qu'il a subies.

On a souvent répété que Haller considérait les mouvements du cerveau comme de vrais mouvements de locomotion. Il est certain qu'il ne g-arda point cette opinion, comme le prouve péremptoirement la phrase suivante que nous empruntons à ses dernières expériences sur les mouvements du cerveau : « Le cerveau ne se hausse et baisse pas; il devient, pour parler plus juste, alternativement plus g-rand et plus petit. » (2) On ne saurait mieux dire aujourd'hui.

A la même époque, Lamure, (3) professeur à Montpellier, se disting-uait par la variété de ses recherches sur les mouvements du cerveau. Cet auteur ne tient compte que des mouvements liés à la respiration, qu'il observe avec exactitude et dont il remarque l'exag-éra-

tion, lors des cris et des efforts.

(1) Haller, loc, cit., t. I, p. 172,

(2) Haller, loc. cit., t. IV, p. 15.

(3) Lamure, Môinoirc sur la cause des mouvements du cerveau, in Mém. Acad. des sciences, portant la date de 1749, mais publiés en 1733. (Le mémoire lui-même est de 17S2).

Dans plusieurs expériences, il lie ou sectionne les ca^ rotides, les vertébrales et les jugulaires, soit isolément, soit en masse: les résultats qu'il constate, à la suite de ces opérations, sont trop obscurs et contradictoires, pour qu'il puisse en dégager une théorie bien nette. Il se rencontre cependant avecHaller, en établissant lereflux du sang dans les" jugulaires pendant l'expiration. Les conclusions qu'il en tire, diffèrent toutefois de celles de Haller. Pour lui, « le sang repoussé par les jugulaires et les vertébrales, doit gonfler tous les sinus de la duremère, et par conséquent soulever les portions du cerveau qui sont posées sur quelques-uns d'entre eux. » (1) L'auteur admet en outre, comme cause principale des mouvements du cerveau, la dilatation des veines que renferme cet organe.

Quelques années plus tard, Lorry présente à son tour deux mémoires à l'Académie des sciences sur ces mouvements du cerveau. (2) Nous ne faisons que signaler, sans nous y arrêter, le second d'entre eux, dans lequel l'auteur montre que le cerveau n'est par luimême susceptible d'aucun mouvement et réfute ainsi les mouvements propres du cerveau que Schlichting avait cru reconnaître. Nous insisterons davantage sur le premier mémoire, dans lequel Lorry expose les résultats de ses expériences, expériences infructueuses sur le chien, plus heureuses quand l'auteur a recours au lapin (3) ou à de jeunes chats. Il croit du reste à tort

(1) Lamure, loc. cit., p. 561.

(2) Lorry, Sur les mouve^ncnts du cerveau et de la dure-mère, in Méttioircs présentes à l'Acad. des sciences, 1760.

(3) On s'expliquô difficilement que l'auteur ait été plus heureux sur lô

que, le cerveau devenant plus ferme avec 1 ag-e, ses mouvementscessentd être observables. Les mouvements quand ils existent, sont pour lui, de deux sortes, les uns correspondant à ceux du cœur, les autres à ceux de la respiration. Ces derniers cependant, ne se produiraient, d'après Lorry, que dans le cas de respiration exag'érée, pendant les cris ou les efforts, à la suite desquels les vaisseaux thoraciques et abdominaux se trouvant comprimés, le sang- refluerait dans le crâne. Quant aux mouvements liés au cœur, Lorry en parle ainsi: « Dans le temps de la contraction du cœur, la force dilatante des artères tend à faire g-onfler et dilater, pour ainsi dire, tous les organes dans lesquels le sang" est porté, et plus encore ceux qui par leur mollesse et leur flexibilité sont moins en état de résister à la force impulsive du sang-. » (1).

Haller, de son côté, parlant des mouvements que présente le cerveau, avait déjà dit que ce phénomène n'est point particulier à cet org-ane (2). 1

Haller et Lorry ont donc entrevu un rapport dont la démonstration expérimentale devait être donnée près d'un siècle plus tard, par le D"" Piég*u qui ,dans une note communiquée en 1846 à l'Académie des sciences, sur les mouvements des membres dans leurs rapports avec le

lapin que sur le chien, chez lequel nous avons, en général, trouvé les mouvements du cerveau incomparablement plus prononcés. On verra d'ailleurs bientôt, que ce fut faute de recourir au dernier animal que Flourens, qui fit toutes ses premières expériences sur le lapin, ne reconnut pas d'abord le caractère double des mouvements du cerveau.

(1) Lorry, loc. cit., p. 306.

(2) Haller, loc. cil., i. I, p. 31

cœur et la respiration, mit en parallèle ces mouvements avec ceux qu'on observe au cerveau.

Cette assimilation d'une part, le rejet d'une locomotion de l'encéphale à laquelle a été substituée déjà par quelques-uns des auteurs que nous avons cités, l'idée plus juste de chang-ements de volume de l'org-ane, a fait entrer la question des mouvements du cerveau dans une phase réellement scientifique, et ce sera toujours en nous plaçant à ce double point de vue, que nous l'envisag'erons.

Les résultats obtenus par les expérimentateurs du milieu du dix-huitième siècle, firent foi jusqu'au commencement du siècle actuel. Nous voyons dès lors s'introduire peu à peu dans la science une nouvelle théorie défendue surtout par Richeraad qui l'expose de la manière suivante : ;< Les mouvements alternatifs d'élévation ou d'abaissement qu'offre le cerveau sont isochrones à la systole et à la diastole des artères iilacées à sa hase: l'élévation correspond à la dilatation, l'abaissement au resserrement de ces vaisseaux; la respiration n'est pour rien dans ce phénomène. » L'auteur croit démontrer la justesse de sa théorie, en provoquant artificiellement des mouvements du cerveau chez l'animal mort, par injection de liquide dans les carotides. Ce soulèvement du cerveau par suite de la dilatation des artères placées à sa base, avait déjà été avancé par Sénac (1). Richerand finit cependant par reconnaître (2), indépendamment de ce mouvement, un second mouvement qu'il considère comme une turg-escence plutôt que

(1) Sciiac, Tmità de la slruclurc du cœur ; Paris, •17-i9.

(2) Richerand elBérarcl,£/me/Us de phusiologiè; lO" éd.; Paris, 1833.

comme un déplacement de l'org-ane, et qu'il rapporte au reflux et à la stagnation du sang- veineux, à la suite des efforts expiratoires.

Bichat (1) accepte l'explication de Richerand et arrive à dire que a la secousse g-énérale, née de l'abord du sang- au cerveau, est une condition essentielle à ses fonctions », et que « toujours il y a un rapport entre l'énerg-ie vitale et l'abaissement et l'élévation alternatifs du cerveau » (2).

En 1809, nous voyons Dorig-ny essayer d'introduire une étrang-e théorie. A l'en croire, les mouvements cérébraux que cet auteur déterminait, en provoquant la douleur de l'animal, ne dépendraient, ni de la circulation, ni de la respiration, mais seraient commandés par l'excitation nerveuse. Nous essaierons, le moment venu, d'expliquer comment cet auteur a pu tomber dans une aussi étrang-e erreur.

Deux ans après, un physiolog-iste italien, Ravina (4)^ fît paraître un travail remarquable sur les mouvements du cerveau qu'il eut lieu d'observer chez l'homme dans des cas où cet org-ane avait été mis à nu. Cet observateur conclut d'un g'rand nombre d'expériences

(1) Bichat, Recherches sur la vie et la mort, 4« éd., annotée par Magendie, Paris, 1822, p. 258.

(2) Magendie fait observer à juste tilre que, « s'il y a toujours un rapport entre Ténergie vitale du cerveau et ses mouvements allernatifs^ c'est qu'il y a un rapport constant entre ces mouvements et l'abord du sang dans l'organe. Ainsi donc, au lieu de considérer cet ébranlement comme la cause excitante du cerveau, n'csl-il pas plus naturel de ne voir en lui qu'un effet purement accidentel de l'arrivée du sang artériel que tout montre comme l'excitant véritable. »

(3) Dorigny, Expériences et obsei'vàtions sur les mouvements du cerveau, in Journal de médecine de Corvisart, Paris, 1809, t. XVII, p. 44:^.

(4) Ravina, Mémoires âe l'Acad. des sciences de Turin pour 1811 eH8l2, Turin, 1813, p. 61.

faites sur les animaux les plus variés que les mouvements du cerveau existent chez tous les quadrupèdes vivipares; toutefois, il ne fait mention que des mouvements liés à la respiration, qu'il met en évidence avec beaucoup d'ing-éniosité, soit en mesurant les alternatives d'élévation et d'abaissement d'un corps lég-er placé à la surface du cerveau mis à nu, soit en ayant recours à un tube de verre qu'il fixe au moyen d'un mastic, aux parois crâniennes. Il y verse de l'eau et observe les oscillations du niveau du liquide qui s'élève en expiration, baisse en inspiration et finit par disparaître au bout de quelque temps.

Cette dernière expérience est très- importante ; elle a souvent été répétée depuis, et, on en a tiré g-rand parti pour l'interprétation des mouvements du cerveau.

Flourens fit aussi de nombreuses expériences sur les mouvements du cerveau (1). D'après cet illustre physioîog'iste, ces mouvements se rattachaient exclusivement à la respiration ; aussi, le voyons-nous attaquer vivement Richerand, qui, de son côté, ne voulait admettre que des mouvements liés à l'action cardiaque. Quant au mécanisme du phénomène, Flourens le rapporte surtout à l'influence veineuse et particulièrement aux oscillations du sang* dans les sinus vertébraux, sur lesquels Breschet venait d'attirer l'attention. Ces sinus, étant en communication avec le système nerveux intracrânien, le reflux du sang* qu'ils contenaient, devait se propag-er aux veines de l'encéphale.

Plus tard, il est vrai, ^lourens, dont toutes les expé-

(1) Flourens, Recherches exp. sur le système nevveua;, Paris, ■1842, p. m. '

riences avaient porté sur Je lapin, se rétracte et reconnaît sur le chien, indépendamment des mouvements respiratoires du cerveau, les mouvements artériels de cet org-ane, contre lesquels il s'était précédemment élevé (1). Toutefois, la petite note publiée dans la Gazette médicale de Paris, ne fut pas appelée au même retentissement que ses premières vues qu'il avait larg-ement développées et commentées dans ses Recherches sur le système nerveux ; c'est ce qui explique comment il se fait que presque tous les auteurs ne mentionnent encore aujourd'hui que son opinion primitive.

En 1825, Mag'endie (2) remet en lumière un liquide dont l'existence avait été oubliée, bien qu'elle eût été sig-nalée par Haller (3) et surtout par Gotug-no (4) qui l'avait plus spécialement étudié : nous voulons parler du liquide céphalo-rachidien. Ge liquide jouant un rôle essentiel dans le mécanisme des mouvements du cerveau, nous aurons à en tenir g-rand compte dans la suite.

(1) Floiirens, Nouvelles expériences sur les deux mouvements du cerveau, Gaz. mécl. de Paris, 1848, p. 571.

(2) Magendie, Mémoires lus à l'Inslitul en 1823 et 182(5, et Journal de physiologie, t. VI et VII.

(3) Haller, Elenienta physiologie. Lausanne, 1762, t. IV, p. 87. Haller fait remarquer lui-même que ce liquide avait déjà été entrevu par V. Coïter, Staihelinus, G. Bidloo et Boehmer;il était, il est vrai, reirardé comme un produit pathologique.

(41 Cotugno, De ischiade nervosa, in Tiiesaur. Dissert, de Sandifort- Rotterdam, 1769, t. H, p. 403 et suiv. Ce l'ut en ilU que Cotugno lit paraître son important travail. Avant lui, Morgagni avait déjà admis l'existence normale -d'un liquide dans la cavité du racliis; mais, il n'occupait, d'après cet illustre anatomisle, que la région sacrée. (We sedibus et causis morborum, trad. franc;, de Desormeaux et Destouet, t. Il, p. iil et ig:.).

Reprenant, en la modifiant un peu, une expérience de Ravina, Magendie visse au crâne un tube contenant de l'eau colorée dont le niveau offre des oscillations rhytmées avec la respiration. L'observation de ce phénomène devient le point de départ de sa théorie (1).

Si le liquide contenu dans le tube de verre, baisse en inspiration, cela tient, selon Mag'endie, à l'afflux du liquide céphalo-rachidien de la cavité crânienne dans celle du rachis dont les sinus tendent à se vider, à la suite de l'aspiration thoracique. Le sang* refluant dans l'appareil veineux intra-rachidien, lors de l'expiration, cet appareil se dilate et comprimant le liquide céphalorachidien, le fait remonter dans le crâne.

Cette manière d'envisag-er la question fut adoptée par un grand nombre d'auteurs. Nous la voyons développée notamment par Ecker (2) qui, à l'exemple de Magendie, admet que le liquide cérébro-spinal est refoulé dans la boîte crânienne en expiration ; il explique la dilatation du cerveau, à cet instant, par la pénétration du liquide dans les ventricules, qui se dilatent. Cet auteur s'occupe en outre des mouvements liés à l'action du cœur et les rapporte à une double orig«ine : d'une part l'impulsion communiquée par les artères de la base du crâne, d'autre part la réplétion des petites artères encéphaliques.

En 1846, le professeur Richet répétant les expérieii-

(1) Magendie, Recherches sur le liquide céphalo-rachidien, Paris, ISiiî.

ii) Ecker, Physiologische Untersuchungen iibcr die Beim/ungen des Ge- /n'msM. /f/jcA-pnmwrfti'; SUitt.qart, 1843.

(3) Richet, Amlomie médico-chirurgicale, /t» éd., Paris, 1871, 2" pa;-lip, P- 46 et siiiv.

ces de Magendie, arrive à leur donner une interprétation tout opposée, a Si le liquide coloré descend dans le tube (vissé à la cavité rachidienne) à chaque inspiration, dit-il, c'est parce qu'il remonte dans la cavité encéphalique, qui le repompe, et non parce qu'il afflue dans la cavité du rachis : de même que s'il remonte à chaque expiration, c'est qu'à ce moment il est refoulé dans le canal vertébral, et par conséquent dans le tube lui-même, et non dans le crâne et les ventricules » (1). D'après ce maître éminent, à chaque expansion cérébrale, qu'elle soit d'orig-ine cardiaque ou respiratoire, le liquide céphalo-rachidien, abandonnant la boîte crânienne, fuit par le trou occipital dans la cavité rachidienne, vrai tuyau d'échappement, pour refluer dans le crâne quand l'encéphale revient sur lui-même. Ses conclusions auxquelles nous avons été heureux de pouvoir nous rallier, sont basées sur des données anatomiques incontestables dont nous dirons quelques mots dans le chapitre suivant. Quant aux causes des deux mouvements que présente le cerveau, l'auteur les rapporte, d'une part à l'abord du sang* artériel dans la boîte crânienne, d'autre part au reflux du sang* veineux dans les jug-ulaires et les veines intra- crâniennes.

Sig-nalons encore , avant d'achever cet historique , quelques essais qui ont été faits pour déterminer avec plus d'exactitude l'amplitude des mouvements cérébraux.

[/un d'eux fut réalisé par Bruns (2) qui entreprit de

(1) Richct, loc. cit., p. 53.

(2) Bruns, Praktische Chirurgie, t. I, Tubingue, 1854, p. 599.

mesurer l'étendue dé ces mouvements sur une malade dont le cerveau avait été mis à nu , à la suite d'une nécrose crânienne. Il se servit, dans ce but, d'un levier trèsmobile dont le petit bras appuyait par son extrémité sur la surface encéphalique, dont les mouvements étaient amplifiés dix fois par le grand bras du levier. Un procédé analog-ue avait déjà été utilisé, pour rendre plus apparents les déplacements de la surface cérébrale , par Bourg-oug-non (1), dont nous aurons à analyser le travail dans la deuxième partie de cette étude. Quoi qu'il en soit, Bruns observa que, dans l'état ordinaire les mouvements artériels apparaissent seuls, les mouvements respiratoires ne paraissant que lorsque la malade respire fortement, lorsqu'elle parle ou tousse, les mouvements artériels pouvant disparaître quand les mouvements respiratoires sont très-accentués.

Mentionnons encore l'appareil que Hammond et Weir Mitchell ont appelé céphalo-hémomètre, et dont ils se sont servis pour étudier Tinfluence du chloralsur l'encéphale. Ce n'est autre chose que le tube employé par, les physiolog-istes pour démontrer les mouvements du cerveau, modifié à quelques ég>ards. Sa partie inférieure métallique est surmontée par un tube de verre g-radué plus étroit qui permet d'apprécier plus facilement les chang-ements de niveau du liquide qu'on y verse (2).

Leyden, à propos de recherches qu'il fit sur la couipres-

(l) Bourgougnon, Recherches sur les mouvements du cerveau, Tli. Pa-

(2) Hammond, D« effets physiologiques et des usages thérapeutiques de l hydrate de chloral, New-York médical journal, fév. 1870,

sion cérébrale (1), essaya le premier d'obtenir sur des animaux le tracé des mouvements du cerveau ; mais, les résultats obtenus ayant été trop insuffisants, l'auteur renonça à décrire l'appareil dont il s'était servi, lequel, dit-il, se rapprochait du sphyg-mog-raphe. Quant aux courbes, bien qu'imparfaites, ellles rappellaient celles que donne le kymog-raphion.

Indépendamment des mouvements du cerveau, quelques auteurs ont décrit des mouvements de la moelle. Piccolomini sig-nala le premier un battement particulier de la moelle, d'après ce que rapporte Portai. Ce dernier assura aussi avoir découvert sur le chien et le chat des mouvements de la moelle épinière (2) qu'il ne put observer , cependant qu'à la partie supérieure du rachis. Cet auteur, appuyant encore son dire sur l'observation de mouvements qu'il put constater dans des cas de spina-bifida^ il devient par là-même évident que les mouvements qu'il considérait comme ceux de la moelle, n'étaient autres que ceux de la dure-mère soulevée parle liquide céphalo-rachidien, dont on ne devait tenir compte que plus de vingt ans après. Presque tous les auteurs qui ont soutenu les battements de la moelle se sont du reste appuyés sur des cas de sphia-bifida.

Mag-endie lui-même crut reconnaître leur existence, à une époque où son attention n'avait pas encore été portée sur le liquide cérébro-spinal. (3)

(1) Leyden, Ueber Hirndruck und Ilirnbewegungen, Arch. Virchow . 1 Mîr.. t. 37, 519.

( -2) Portai, Sur un mouvement qu'on peut obierrer dans la moelle éptnièir, Paris, an VIII; et. Cours d'anat. méd., Paris, 1804.

f:i) Magendie, Sur un mouvement de la moelle épinière isochrone à la resp/raL'À», Journal de phys. exp. 1821, t. 1, p. 200.

— 29 — ^ Eckei- (1) parle ég-aleraent des mouvements respiratoires de la moelle : ce sont surtout, pour lui, des déplacements constituant une vraie locomotion de l'org^ane, qui présente en outre, dit-il, de faibles mouvements liés aux pulsations artérielles.

Ni Cruveilhier, (2) ni Long-et, (3) n'ont pu en découvrir l'existence, après avoir ouvert le canal rachidien et donné issue au liquide sous-arachnoïdien.

Colin, (4) opérant sur de g-rands animaux, tels que le taureau et la vache, constate que lorsque la moelle est mise à nu, elle offre assez souvent des moiivemenis de déplacement isochrones à la respiration, mouvements qui ne dépendent nullement des variations de vascularité de l'org-ane lui-même, mais de celles des sinus sur lesquels il se trouve appliqué. En piquant un sinus vertébral, il voit en effet le sang* s'en échapper abondamment, par saccades isochrones avec l'expiration.

Après la lecture de cet historique, une réflexion se présente naturellement. On s'étonne que là production des mouvements du cerveau, dont l'observation semble devoir être facile, ait pu diviser les esprits à tel point qu'aujourd'hui encore, les mouvements encéphaliques ne soient pas envisag-és par tous de la même façon.

A la suite des nombreuses recherches que nous avons faites sur ce sujet, nous nous expliquons parfaitement

(Ij Ecker, loc. cit.

(-2) Cruveilhier, Anat. descript., 4« éd., l. lll, 1871, p. 302 (3) Longet, Physiologie, 1873, l. III, p. SOfJ.

CO Colin, Phi/siol. comp. des animaux, 2" éd. , Paris, I871-7.j i T

ce désaccord des auteurs, car, en prenant isolément, telle ou telle de nos expériences, sans dég-ag-er avec soin les conditions au milieu desquelles elles ont été faites, nous pourrions soutenir toutes les théories qui ont été émises, rejetant l'existence des mouvements cérébraux dans certains cas, les reconnaissant dans d'autres, admettant enfin, tantôt deux mouvements, tantôt un seul, synchrone avec la respiration ou la systole du cœur.

Envisag-er ainsi la question, serait faire preuve d'un éclectisme qu'il n'est plus permis d'adopter aujourd'hui, après les belles pag-es écrites par le professeur Cl. Bernard, qui a insisté, à si juste titre titre, sur la nécessité du déterminisme chaque phénomène. « Si un phénomène, dit ce maître illustre, se passait de la même manière dans des conditions essentielles différentes ou s'il variait lorsque les conditions restent invariables, il est clair qu'il n'y aurait plus de science possible ; car ce serait admettre que des causes diverses produisent des résultats identiques, et que la même cause eng-endre des effets différents. » (1)

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA SIÎDATION DES CENTRES NERVEUX DANS LA CAVITÉ CÉPHALO-RACHIDIENNE.

Notre intention n'est pas de donner ici la description du crâne et du rachis, non plus que celle des org-anes qu'ils renferment, car, nous ne pourrions que répéter

(1) Gl..Bernard, Leçons de pathologie exp., Paris, 187-2, p. 311.

ce qui a été dit, avant nous, à ce sujet. Nous nous bornerons à rappeler les points qu'il est nécessaire d'avoir bien présents à l'esprit, pour saisir avec netteté le mécanisme de la circulation des centres nerveux, appelant successivement l'attention sur quelques particularités que présente la disposition des parois de la cavité crâniospinale, sur l'org-anisation spéciale du système vasculaire dans cette même cavité, enfin sur le liquide céphalo-rachidien. Chemin faisant, nous aurons à faire mention de travaux d'orig-ine toute récente, d'après lesquels les idées reçues touchant quelques-uns de ces points devraient être considérablement modifiées.

Le système nerveux central de la vie de relation, contenu dans la cavité céphalo-rachidienne, nous offre, d'une part l'encéphale, remphssant la presque totalité de la boîte crânienne, et baig-né dans une faible couche de liquide, d'autre part la moelle épinière placée dans la cavité rachidienne, dont elle est loin de remplir la capacité. Son diamètre moyen, comparé à celui du canal rachidien, serait en effet, d'après le professeur Sappey, comme 3: 5. Quant à son poids, il serait, d'après le même auteur, à celui de Tencéphale comme 1 : 50. Bien moins volumineuse que l'encéphale, la moelle possède ég-alement une vascularité moins prononcée, et n'offre qu'une importance relativement très -faible dans la cavité céphalo-rachidienne, sous le rapport de la quantité de sang- qui lui est affectée .

Toute modification en plus ou en moins de la quantité de sang- contenu dans un org-ane (à la condition qu'il ne soit point rigide, comme le tissu osseux), doit en-

traîner, comme nous avons déjà eu occasion de le dire, une augmentation ou une diminution de volume de cet org-ane. De là, pour l'encéphale, les mouvements d'expansion et d'affaissement désig-nés sous le nom de mouvements du cerveau, mouvements qui, du côté de la moelle épinière, ne peuvent être qu'insig-nifiants, par suite de la faible vascularité dont nous venons de parler, de sa consistance plus ferme que celle du tissu cérébral, enfin de la structure plus serrée de la pie-mère rachidienne.

C'est néanmoins, celui des deux org-anes qui est le moins susceptible de turg-escence que nous voyons entouré d'une quantité relativement bien plus considérable de liquide céphalo-rachidien, disposition sur laquelle le professeur Richet s'est appuyé, pour expliquer le mécanisme des mouvements du cerveau . Nous ferons en outre remarquer avec lui, qu'indépendamment des org-anes et du liquide que renferme la cavité rachidienne, elle contient encore, entre la dure- mère et le canal vertébral « une notable quantité de g-raisse semi-fluide, qui peut refluer en dehors du canal, en cas de compression, par les ouvertures latérales des trous de conjug-aison, lesquels ne sont pas, à beaucoup près, comblés par lo volume relativement très-grêle des paires nerveuses. »(!) Cette g-raisse peut refluer, à la suite de la pression lu plus lég-ère, ainsi qu'on peut s'en assurer, en introduisant le doig-t dans la cavité céphalo-rachidienne.

L'élasticité des lig-aments intervertébraux, et surtout la disposition que nous venons de sig-naler, nous per-

(l) liicliel, loc. cil.

meLtentd'affîrmer que les parois de la cavité rachidienne sont en partie extensibles. En est-il de même de celles du crâne ? — Chez le nouveau-né, oui, comme nous l'avonsdit, au commencement de ce travail; chez l'adulte, à la suite de l'ossification des espaces membraneux qui constituent les fontanelles, il n'en est plus de même. Pour ce qui est des nombreux orifices que le crâne présente à sa base, ils sont bouchés par les vaisseaux et nerfs qui les traversent, ou fermés par des membranes, qui ne peuvent subir qu'un déplacement inappréciable. Le contenu du crâne serait donc invariable, s'il n'existait quelques dispositions dont il faut à présent nous occuper.

Le rôle du liquide céphalo-rachidien, à cetég-ard, est capital, et. comme ce seront les mouvements de ce liquide qu'il nous faudra, en g-énéral, directement interrog'er, pour apprécier ceux du cerveau, sous la dépendance desquels ils sont placés, nous ne croyons pas mutile d'en dire quelques mots, nous proposant de n'insister que sur les points auxquels se rattache directement notre sujet.

Siég-eantdans l'espace sous-arachnoïdien, sa quantité normale chez Thomme est difficile à préciser. On peut dire, en se basant sur les chiffres que nous ont laissés Gotug-no et Mag-endie, qu'elle varie de 60 à 1 50 g-rammes, pouvant cependant aller bien au-delà, notamment chez le vieillard et dans les cas d'hydrocéphalie et d'hydrorachis. Très-riche en eau et en chlorure de sodium, ce Salolhé.

liquide (1) se disting-ue surtout des autres sérosités par son extrême pauvreté en albumine, ce qui constitue, comme on le sait, un caractère important pour le diag-nostic de certaines fractures du rocher, avec écoulement de liquide par l'oreille.

Surtout abondant dans les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien, placées à la base de l'encéphale, aux endroits nommés confluents^ ainsi qu'au rachis, au niveau de la queue de cheval, il amortit les chocs, et joue, d'après Gruveilhier, par rapport aux centres nerveux, le même rôle que l'eau de l'amnios par rapport au fœtus. Il constituerait en outre, selon FoltzdeLyon, un bain dans lequel l'encéphale pèserait environ 26 grammes ou le ^ de son poids, en vertu du principe d'Archimède (2).

Mag-endie qui croyait d'abord que ce liquide exerce sur les centres nerveux une pression indispensable à rintég*rité de leurs fonctions, reconnut lui-même (3) que les troubles qu'il avait observés, en donnant issue à cà liquide, au niveau de la membrane occipito-atloïdienne, provenaient de la section des parties molles de la nuque. (4)

(1) Il est remplacé chez les poissons par une substance de nature graisseuse ou gélatineuse.

(2) Foltz, Eludes sur le liquide céphalo-rachidien. Gazette médicale de Paris, 1855, p. 14i.

(3) Cl. Bernard, Leçons sur le système nerveux, 1858, t. I, p. 496.

(4) Longet explique l'immobilité et l'iicbétude des animaux, à la suite de cette opération, par le tiraillement des pédoncules cérébelleux, résultant ds la flexion angulaire de la tête sur l'atlas. Schiff rapporte les phénomènes observés à la compression des artères vertébrale?, à la suite de cette flexion. Nous préférons nous ranger à l'opinion du professeur Béclard, d'après lequel l'incertitude des mouvements se rattacherait à la suppression brusque des points d'attache des muscles du

Un fait plus exact, sig-nalé par Magendie, est celui de sa prompte reproduction, après qu'on lui a donné issue, la plupart des auteurs s'accordant à reg-arder ce liquide comme sécrété par les vaisseaux de la piemère.

Bien que la question de la communication entre les boîtes crânienne et rachidienne, par l'intermédiaire du trou occipital, dont les dimensions sont plus g-randes que celles des parties qui le traversent, soit g-énéralement reg-ardée comme résolue, elle a encore été mise en question dans un travail récent. Il serait cependant difficile de la nier, les preuves ne manquant pas.

Mag-endie injectant de l'encre dans la cavité rachidienne, la retrouve dans le crâne, l'expérience inverse réussissant de môme. Plus récemment, Quinckeet d'autres observateurs, sont arrivés aux mêmes résultats, en employant des injections de vermillon.

Une autre preuve, plus démonstrative encore que cite Mag-endie, nous est donnée par les cas de spinabifida. Vient-on à comprimer la tumeur, aussitôt on voit, (indépendamment du coma et des convulsions qui peuvent se produire, si on pousse la compression trop loin), la fontanelle se distendre, pour se relâcher quand on abandonne la tumeur à elle-même, ce phénomène traduisant nettement le flux et le reflux du liquide cérébro-spinal à travers le trou occipital. Ce passag-e du liquide se démontre encore, en trépanant la rég-ion

•los, dont le rôle esl capital dans l'équilibre de la station. Cette explication, bien plus que los précédentes, se concilie avec le caractère essentielloment éphémère des troubles observés,

lombaire d'un cadavre verticalement placé, dont on respecte les méning-es : on voit celles-ci proérainer fortement, dès le moment où une ouverture faite à la voûte du crâne permet au cerveau de s'affaisser et à une partie du liquide contenu dans la boîte crânienne de refluer dans le rachis.

Une question bien plus controversée est celle de la communication des cavités ventriculaires du cerveau avec l'espace sous-arachnoïdien.

Mag-endie a décrit, 'a la partie inférieure du quatrième ventricule, au niveau du calamus scripiorius, un orifice placé entre les deux artères cérébelleuses postérieures, qui permettrait le mélang-e des liquides ventriculaire et céphalo-rachidien. Il donnait à l'appui, la présence de l'encre qu'il avait constatée dans les ventricules, à la suite des injections que nous avons déjà sig'nalées, les injections poussées dans les ventricules, pénétrant de même dans l'espace sous-arachnoïdien.

Mag-endie, après avoir mis à découvert l'intérieur des ventricules d'un chevreau, parvint encore à constater le flux et le reflux du liquide coloré qui y avait été versé. (1)

D'après Gruveil hier cependant, l'orifice du quatrième ventricule serait artificiel. (2) Burdach, KoUikeret Reichert reg-ardent, avec lui, la toile choroïdienne inférieure comme une membrane continue.

Luschka constate cependant chez l'homme l'existence

0) Cette expérience ne peut être donnée comme un argument sans réplique, car on pourrait objecter qu3 le mouvement du liquide contenu dans les ventricules, dépend de l'expansion et du retrait de la masse nerveuse elle-même.

(2) Cruvcilhicr, Anat. desc, 4« éd., t. III. p. 388.

de l'orifice du quatrième ventricule, bien que, ni lui, ni Renault, n'aient pu le découvrir chez le cheval.

Suivant Quincke (1), dont les injections colorées poussées dans les cavités crânienne et rachidienne n'ont pénétré qu'exceptionnellement dans les ventricules, cet orifice est constitué chez l'homme, par une brèche de tissu cellulaire variable et souvent peu appréciable.

D'après Axel Key et Retzius (2) de Stockholm, le quatrième ventricule présenterait,indépendamment de l'orifice qu'on a appelé trou de Magendie, deux autres orifices latéraux, établissant un passag-e entre la cavité des ventricules et l'espace sous-arachnoïdien.

Mierzejewsky, (3) en poussant des injections directement dans les ventricules, vit le liquide se répandre dans l'espace sous-arachnoïdien, au niveau du quatrième ventricule, en un point correspondant au trou de Mag-endie, aux ang-les latéraux de ce même ventricule, le liquide g-ag-nant encore la base du cerveau par les ventricules latéraux, dont chacun présenterait un orifice placé entre le crochet de la corne d'Ammon elles tubercules quadrijumeaux. Nous sommes porté à croire que ces dernières issues avaient été créées artificielle-

(1) Quincke, Zur Physiologie der cerebrospinal Fiussigkeit, in Archives <lo Reichert, 1872, p. 133.

(2) A. Key et Retzius, Des communicalions entre les ventricules du cerveau et les espaces sous-arachnoidiens. Nord. med.. Ark., t. VI, 1" partie, ■1874; anal, in Revue des sciences médicales, t. IV, p. 29.

(3) Mierzejewski, Die Venlrikel des Gehirns, Centralblatt fïir die medicinischen Wissenscliaften 1872; et Rev. des sciences médicales 1873 t. i,p. 13.

ment par l'injection peu fluide à laquelle l'expérimentateur avait recours.

Frappé des divergences des auteurs, le professeur Paulet (1) reprit à son tour l'étude de la question et rencontra constamment le trou de Magendie sur l'homme. Des injections de vermillon dissous dans l'essence de térébenthine qu'il poussait avec modération dans le tissu sous-arachnoïdien du rachis, lui permirent de retrouver chaque fois la matière colorante dans l'aqueduc de Sylvius,

Il semble donc que, bien que l'accord ne soit pas unanime à ce sujet, il soit difficile de rejeter l'existence de la communication entre les cavités des ventricules et l'espace sous-arachnoïdien.

Cet espace est coupé par des mailles lâches de tissu cellulaire, qui ne paraissent pas porter obstacle aux fluctuations du liquide cérébro-spinal : c'est du moins ce qui parait ressortir des résultats des injections dont nous avons fait mention précédemment. Seuls, A. Key et Retzius semblent croire que le cours du hquide céphalo-rachidien peut être entravé par les cloisons incomplètes que forment les irabécules qui partag-ent l'espace sous-arachnoïdien. (2)

Non-seulement le liquide céphalo-rachidien peut se déplacer de la cavité crânienne dans celle du rachis, mais il peut encore pénétrer dans les prolongements

(1) Paulct, Dict.encyc. des sciences mcd., I. XIV, article: Gophalo-ra-

rhidien (linuide). , (-2) Key et Retzius, Recherches sur les camtcs et les espaces scunx du syst. nerveux, J^hve.hoxiM v. Virchow n. Hir.cl.. Wi), t. i. P- '28: o| Rev. des sciences mcd., ISTS, t. I, |>.

de l'arachnoïde qui forment le périnèvre entourant les faisceaux primitifs des nerfs. Cette disposition se retrouve aussi bien aux nerfs crâniens qu'aux nerfs rachidiens. Suivant Key et Retzius, les injections poussées dans les cavités des centres nerveux, se retrouvent dans les g'aînes nerveuses périphériques, même dans celles du g*rand sympathique, par l'intermédiaire des rameaux communicants ; de même, elles pénètrent dans l'espace sous-arachnoïdien, après avoir été poussées dans les dernières g-aînes nerveuses.

Les résultats obtenus par Quincke (l),qui recourait à des injections de vermillon, en suspension dans de l'eau sucrée, n'ont pas été aussi nets. Il est vrai que, pour se mettre à l'abri de ruptures ou de décollements dont il soupçonne la possibilité dans les expériences de Key et Retzius, il n'injectait, sur des animaux vivants sacrifiés de quelques jours à quelques semaines plus tard, que de faibles quantités de liquide, rarement plus d'un centimètre cube. Dans la plupart de ses expériences cependant, la matière colorante fut retrouvée dans la g-aîne des nerfs intercostaux et lombaires jusqu'aux rami communicantes ou quelques millimètres plus loin.

Amsi que les expérimentateurs suédois et que Schwalbe, (2), il observa ég-alement, dans presque tous les cas, la diffusion de la matière colorante dans la g-aîne du nerf optique.

(1) Quincke, loc. cit.

(2) Cet auteur {Arch. f. mikroskop. AnaL, t. VI), ainsi que Key et Retzius distinguent deux espaces en rapport avec la gaîne optique et comniuniquanlavec la cavité crànicmne, placés l'un (sous-vaginall au-dessous

S'il ne réussit pas à faire pénétrer, de même que Key et Retzius, (1) ses injections clans les g-aînes dutrijameau, du pneumog-astrique, etc, il put cependant observer que la matière colorante s'était rassemblée, par amas, au niveau des orifices de ces g-aînes, au point d emerg-ence des nerfs en dehors de la boîte crânienne. Cette particularité s'accorde bien, d'après l'auteur, avec l'idée d'un courant le long* des cordons nerveux.

Bien que, selon toute apparence, les g-aînes nerveuses ne puissent, en vertu de leur disposition, constituer un déversoir important du liquide céphalo-rachidien, c'est une donnée qu'il ne faut point nég-liger absolument : cette question appelle, du reste, de nouvelles recherches.

Nous en dirons autant d'autres résultats annoncés par Key et Retzius, d'après lesquels les g-aînes lymphatiques qui enveloppent les capillaires cérébraux n'aboutiraient point dans les espaces épicérébraux et épispinaux de His, (2) mais dans l'espace sous-arachnoïdien lui-même, aucune communication n'existant d'ailleurs

de la gaîne du nerf, l'autre (sus-vaginal) entre cette gaîne et les muscles. Un autre auteur, Manz, parle de l'augmentation de la sérosité dans la gaîne optique, quand la pression intra-crànienne augmente. Dans un cas de pachyméningite hémorrliagique, il put constater l'infiltration du sang dans cette gaîne {Arch. f. OphtaL, 1870; Arch. f. Klin. Medic, 1871.)

(1) Ces auteurs admettent encore la communication des cavités arachnoïdienne et sous-arachnoïdienne, au niveau des racines nerveuses.

(2) Cette opinion est en effet généralement abandonnée et nous la voyons aussi condamnée par le professeur Robin {Dict. encyc. des sciences méd., 2" série, t. III, article : Lymphatique, p. 401 et suivantes.

entre cet espace et le système lymphathique proprement dit. Les auteurs suédois s'appuient sur ce fait, qu'à la suite d'injections poussées dans l'espace sous-arachnoïdien, ils retrouvaient la matière colorante dans les g-aînes lympliathiques des vaisseaux sang-uins, dans lesquelles elle avait pénétré par des orifices en entonnoir se continuant avec la pie-mère.

Il nous reste, pour clore ces considérations, à dire quelques mots du système artérioso-veineux de la cavité céphalo-rachidienne.

Les canaux veineux désignés sous le nom de shiKS^ méritent spécialement de nous arrêter un peu. Pour ce qui est des sinus crâniens, la rigidité de leurs parois, bien qu'elle ne puisse être regardée comme absolue, ne permet guère leurs modifications de calibre. Mais, il ne faut point perdre de vue que l'absence de valvules dans les veines encéphaliques' et dans les sinus , favorise d'autre part lesvariations rapides de la quantité de sang du système veineux encéphalique.

Quant aux plexus rachidiens qu'on a aussi improprement appelés sinus, leurs parois sont très -minces et ils forment un lacis veineux à mailles très- développées, susceptible de variations de contenu très-prononcées (1 ). Nous avons vu que pour Magendie les mouvements du liquide céphalo-rachidien dépendaient des modifîca-

(I) Ce réseau communique avec le système des veines encéphaliques. Il clablit on outre une communication entre les veines do toutes les parties du tronc, et peut ainsi parer aux obstructions qu'elles peuvent présenter (Vid. MilncTEdwards, Physiol. elAnat. comparées, t. lU, p. 600; ■'t Cruveilhier, Anat. descript., 4" éd., t. III, p. 262).

lions de calibre de ces plexus. Plusieurs auteurs reg-ardant leur circulation comme à peu près passive, rattachent au contraire les variations de leur contenu aux mouvements mêmes du liquide.

La distribution artérielle des centres nerveux est trop connue (1) pour que nous nous y arrêtions; nous en dirons autant du polyg-one artériel de Willis, qui doit être considéré comme un rég-ulateur de la circula' tion artérielle de l'encéphale, rég'ulateur dont le rôle est capital dans les cas d'oblitération de l'une ou l'autre des voies d'afflux du sang* destiné à l'encéphale.

(2) Nous n'entendons parler ici que des branches artérielles décrites par tous les auteurs classiques. Ce serait nous écarter de notre but que de suivre sru delà la description du système artériel de l'encéphale, pour laquelle nous renvoyons aux beaux travaux de M. Duret (Recherches anat. sur la circulation de l'encéphale ; Arch. de pliysiologia, 1873 et 4874).

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