‹ Recherches sur les mouvements du cerveau et sur le mécanisme de la circulation des centres nerveuxChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

BATTEMENTS DES FONTANELLES.

Les battements des fontanelles, très-prononcés à la naissance, vont en diminuant d'intensité, à mesure que l'ossification de ces espaces membraneux fait des prog-rès. Ce n'est g-uère qu'à la fontanelle médiane antérieure, la plus g-rande de toutes, et celle qui disparaît la dernière, qu'on* peut observer ces battements avec netteté.

Pour les soumettre à un contrôle rîg-oureux , nous avons eu recours à l'inscription g-raphique. Toutefois, avant d'exposer les résultats que nousavons obtenus par cette méthode, nous croyons devoir dire qu'au cours de nos expériences, nous avons découvert qu'un essai semblable avait déjà été tenté par M. Lang'let qui, à propos d'un travail intéressant sur le sommeil (1), a essayé d'enreg-istrer les battements des fontanelles pendant cet état.

Il s'est servi, dans ce but, du sphyg'mog'raphe ordinaire de Marey; mais, outre que cet appareil est d'une application difficile sur le crâne, il ne donne que des indications de peu de durée, insuffisantes pour observer le phénomène avec suite, dans diverses phases (2). Aussi, l'auteur n'a-t-il pu réaliser l'objectif qu'il poursuivait, les enfants se réveillant à la suite de la pose de l'appareil. Malg-ré l'imperfection de cette disposition, les tracés de M. Lang'let lui ont permis de voir que, dans l'état de calme, les battements des fontanelles ne reproduisent que les pulsations artérielles, des mouvements correspondant à la respiration ne commençant à paraître que lorsque celle-ci est ag-itée, ou lorsque l'enfant crie. Ces battements influencés par la respiration , sont naturellement d'autant plus marqués que cette agitation ou ces cris sont plus prononcés.

Nous avons.repris l'étude de la question, nous servant, de même que dans toutes nos expériences, d'un cylindre

(1) Langlot, Su7' la physiologie du sommeil, Th. Paris, 1872.

(2) J.e sphygmographe à transmission aurait paré à ce dernier inconvénient.

enregistreur, muni d'un rég-ulateur de Foucault, pour recueillir nos tracés. Cet appareil nous permet d'enreo-istrer un phénomène pendant un temps considérable, et présente de plusl'avantag-e de pouvoir toujours nous renseig-ner sur la durée de l'ensemble ou de certaines parties de ce phénomène (1).

Après avoir employé d'abord un explorateur à tambour que nous maintenions à la main, sur la fontanelle del'eofant, nous avons bientôt reconau la nécessité de le fixer à la téte même de celui-ci. Dans ce but, nous nous sommes servi d'un tambour composé d'une petite cuvette métallique fermée par une membrane de caoutchouc, repoussée par un faible ressort intérieur. La cuvette présente un tuyau latéral que l'on adapte au tube de transmission qui aboutit lui-même à un tambour à levier enreg-istreur.

Nous appliquons sur la fontanelle médiane antérieure la membrane de l'explorateur, à la face métallique duquel nous avons adapté un ruban élastique que nous ramenons au-dessous de l'occiput de l'enfant, pour le serrer avec ménag-ement. (2)

(I) Connaissant en effet la mesure de la circonférence du cylindre, représentée par la longueur du papier déployé, laquelle est de 42 centimètres, sachant d'autre part qu'avec l'axs que nous avons employé, le cylindre fait un tour en une minute, il est toujours facile d'apprécier la durée d'un phénomène. Si, en projetant la courbe qui le représente, sur la ligne des abscisses, nous trouvons qu'elle correspond par exemple à 42 millimètres, nous pourrons en conclure que le phénomène a duré 6 secondes, etc. (Voir pour plus de détails et pour tout ce qui a trait à la technique graphique: Marey, La méthode graphique, in Travaux du laboratoire, années 1875 et 1876.)

(-2) Un ruban élastique est nécessaire pour maintenir l'appareil, qui se déplace avec un ruban ordinaire. Il n'en est plus de même si l'on ra-

Dans ces conditions, nous sommes arrivé, à diverses reprises, à enreg-istrer, pendant plusieurs heures consécutives, les battements de la fontanelle, dans un g-rand nombre de circonstances.

Nous avons pu suivre, en effet, les variations d'inscription qu'amenaient les phases successives de calme ou d'ag-ilation, de sommeil ou de réveil, ainsi que certains actes, tels que l'effort, les cris, la toux, le bâillement, l'éternument, l'action de téter. Nous allons les envisag-er successivement.

51.— Inscription des battements pendant le sommeil et dans l'état de ealme.

Le type de calme le plus parfait est assurément, chez l'enfant, celui qui correspond à un sommeil profond et paisible. C'est dans ces conditions que nous avons pris les tracés de la fig"ure qui suit :

pijr. 1. — Battements de la fontanelle iintéi-ieure d'un enl'ant de G semaines (ligne F), i)endant le sommeil, et Respiration thoracique (ligne R), enregistrés simultanément.

Cette fîg"ure nous montre d'abord une ligne in-

mène celui-ci au-dessous du menton; mais, dans ces conditions, on no saurait accorder aucune confiance aux tracés obtenus, tracés modifiés par l'action des muscles masticateurs et par ceux de la région liyoïdienne.

férieure, celle de la respiration, dont nous avons pris le tracé, au moyen d'un pneumographe (1) fixé autour de la cag-e thoracique de l'enfant. Ce tracé comprend une suite d'ondulations correspondant chacune à un acte respiratoire (2). Ces ondulations sont très-sensiblement ég-ales entre elles , ce qui marque bien l'ég-alité et la rég-ularité de la respiration , pendant le sommeil de l'enfant.

La lig-ne supérieure est celle des battements de la fontanelle; unelig-ne de repère ponctiiée permet bien d'en apprécier le niveau g-énéral. Ici encore, nous avons des ondulations ég-ales et régulières, mais plus petites et plus nombreuses. Elles correspondent aux pulsations des artères et représentent spécialement les variations rhythmées de turg-escence de l'encéphale, en rapport avec les systoles cardiaques.

Les mouvements respiratoires, comme il est aisé de s'en rendre compte, n'exercent nulle influence, dans ce cas spécial, sur les battements de la fontanelle (3).

J) Voir pour la description et le fonctionnement de rinstrument : Marey, La méthode graphique , in Travaux du laboratoire, 1876, p. )48.

(2) L'inspiration est marquée par la descente ; l'expiration, 'ijar Tascension do la courbe,

(3) Ce graphique peut nons donner encore d'autres renseignements. 11 prosente, en effet, d'une part 13 actes respiratoires, et offre d'autre part 32 pulsations. Nous pouvons en conclure que la fréquence du cœur était à la respiration comme 2 IjS: 1. Le tracé correspondant à peu près à 1 [4 de minute, il en résulte en outre que les respirations atteignaient le chiffre do 5'2, les pulsations celui de 130 environ par minute. Ce dernier nombre ne présente rien d'anormal chez un enfant de six semaines; le premier est un peu au-dessus de la moyenne donnée par les auteurs, qui s'accordent à regarder les fonctions de nutrition comme étant" un peu ralenties pendant le sommeil.

Le sommeil constitue un état spécial sur lequel nous ne saurions nous appuyer uniquement pour étudier la production des battements de la fontanelle, pendant le calme. Le g-raphique suivant, pris sur le même sujet, correspond à une période de tranquillité pendant laquelle l'enfant est réveillé.

Fig. 2. — Battements de la fontanelle (ligne F) et Respiration (ligne R), enregistrés simultanément chez un enfant calme et réveillé.

Les élément sont les mêmes que dans la première fîg'ure, bien qu'ils n'en présentent pas la régularité typique.

La respiration (lig-ne R) est presque rég-ulière ; il en est de même des battements de la fontanelle qui, comme dans le premier exemple, sont rliythmés avec le pouls. Leur niveau g-énéral n'est plus absolument horizontal, il est vrai ; de plus, les petites oscillations correspondant aux pulsations de la fontanelle sont moins élevées que celles de la fîg'ure 1, ce qui concorde avec un accroissement de la tension intra-crânienne, par conséquent aussi avec une augmentation de la turg'escence de l'encéphale, pendant l'état de veille (1). Les batte-

(1) Sans avoir la pensée de Irailei' ici la question du sommeil, qui exigerait de grands développements, nous rappellerons seulement en quelques mots que pendant longtemps la tliéoric du sommeil par compression ou par congestion de l'encéphale a régne sans conteste. Celle théorie s'appuyait surtout sur la position horizontale que l'on prend

ments de la fontanelle, de même que dans le premier cas, ne paraissent ici nullement influencés par l'action de la respiration.

Les deux exemples précédents nous autorisent donc ^ à dire que, dans l'état de calme, soit pendant le sommeil, soit pendant la veille, les mouvements du cerveau, qui se traduisent par les battements des fontanelles, ne dépendent, chez l'enfant, que de l'influence cardiaque.

§ 2. — Modifications déterminées par l'agitation, les cris, etc.

Après avoir étudié les battements des fontanelles chez l'enfant calme et tranquille, il nous faut les con^ sidérer à présent dans les circonstances opposées, c'està-dire dans le cas d'ag-itation ou de cris.

habituellement en dormant. Chacun sait cependant qu'on peut dormir debout. Nous verrons nous-même plus loin que le sommeil est conciliable. au moins pendant quelque temps, avec les attitudes les plus opposés (v. p. 59).

Depuis quinze ans, à la suite d'observations faites en Amérique, sur l'homme et les animaux pendant le sommeil naturel et anesthésique, parDurham, Hammond et Beldford-Brown, la théorie de l'anémie s'est peu à peu introduite dans la science, bien qu'on ait essayé de revenir à la première, en se fondant principalement sur la contraction de la pupille pendant le sommeil (Langlet).

Pour nous, nous sommes porté à admettre, avec l'école moderne, l'anémie pendant le sommeil. Les tracés des battements de la fontanelle durant le. sommeil, ainsi qu'on peut s'en assurer en se reportant à la fig. 1 correspondent bien avec celte manière de voir. Les pulsations qui retracent l'expansion vasculaire du cerveau sont bien plus amples que . dans la fig. !2, ce qui indique une réplétion moindre de l'encéphale, ainsi que nous l'avons déjà dit. Toutefois, nous envisageons cette anémie, non comme la omise de cet état, car, ù ce compte, le sommeil ne serait qu'un degré de la syncope, ce qu'il serait difficile de soutenir avec Fleming, mais comme Ve/fet du repos de la cellule nerveuse, ainsi que Salathéi 4

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