‹ Recherches sur les mouvements du cerveau et sur le mécanisme de la circulation des centres nerveuxChapitre 8 sur 13 · I. CONDITIONS DES EXPÉRRENCES · texte numérisé non relu

I. CONDITIONS DES EXPÉRRENCES

A l'exemple de plusieurs auteurs dont nous avons sig-nalé les recherches dans notrehistorique, nous avons pratiqué une ouverture arrondie à la boîte crânienne pour visser ensuite, à l'orifice ainsi obtenu, un tube dans lequel nous versions de l'eau pour en observer les oscillations.

Préoccupé de l'idée d'adapter à l'appareil un système de transmission qui nous permît d'enreg-istrer les oscillations du liquide, espérant d'un autre côté que ces oscillations auraient d'autant plus d'amplitude et sç-

raient d'autant plus visibles que le tube fixé au crâne présenterait un calibre plus étroit, nous nous servîmes, dans nos premières expériences, d'un tube de verre de petit diamètre. Le pas de vis en laiton qui le terminait avait de 6 à 7 millimètres de diamètre. A l'extrémité opposée du tube, nous avions adapté un tuyau de caoutchouc aboutissant à un tambour à levier.

Dans les premières expériences que nous fîmes sur le lapin, nous n'arrivâmes à obtenir dans ces conditions que des oscillations insig-nifian tes, àpeine visibles, et dont il nous fut impossible d'obtenir un bon tracé g-raphique.

Après quelques tentatives infructueuses de ce g-enre, nous fûmes conduit à penser que ces oscillations ne sont pas assez prononcées chez le lapin pour pouvoir être inscrites avec fruit. Nous fûmes amené, par suite, à recommencer la même expérience chez le chien. Ici encore, nousn'eûmes qu'un succès relatif. Genefut qu'au bout d'un temps assez long-, et après divers tâtonnements, que nous pûmes obtenir, pendant quelques minutes, l'inscription d'oscillations assez étendues. A ce moment, l'animal avait été placé en position verticale, la tète en haut. Dans cette attitude même, les oscillations s'éteig-nirent bientôt, pour ne plus reparaître.

A la suite de ces échecs successifs, nous résolûmes de chang-er notre manière d'opérer. Nous pratiquâmes des ouvertures plus larg-es aux parois crâniennes, y appliquant des couronnes de trépan de 2 centimètres de diamètre environ, aussi bien sur le lapin que sur le chien.

Voici la manière dont nous avons procédé et que nous

avons toujours suivie depuis. La trépanation opérée, et la rondelle osseuse enlevée, nous adaptons à l'orifice crânien un tube de verre de même diamètre ayant quelques centimètres de hauteur et retenu par le pas de vis que présente la g-arniture métallique qui le termine inférieurement. Cette g-arniture offre deux ailettes latérales qui permettent de fixer l'appareil avec plus de facilité. Le tube est fermé à sa partie supérieure au moyen d'un bouchon de caoutchouc, traversé par un petit tube de verre que continue un tuyau de caoutchouc qui aboutit lui-même à un tambour à levier enreg-istreur.

En versant de l'eau dans l'appareil, dételle sorte que. son niveau corresponde à la partie moyenne du petit tube de verre, on rend l'excursion du hquide plus visible; mais, pour Tinscription du phénomène, il est préférable de ne verser du liquide que jusqu'au milieu du g-ros tube inférieur fixé à la boîte crânienne. Les oscillations se produisant ainsi, dans un tube plus large, nous parons, par là même, aux déformations de tracé qui peuvent, dans une certaine mesure, résulter des eflets de vitesse acquise par le liquide, dans un tube de cahbre étroit (1).

Les larg-es trépanations nous ont g-énéralement donné de belles oscillations du hquide; parfois cependant, celles-ci nous ont fait défaut ou n'ont paru que lorsque l'animal avait été déplacé de sa position primi-

^ (1) La présence du liquide dans l'appareil, commode pour signaler à l'œil les changements de pression intra-crânienne et pour montrer que l'appareil ne fuit pas, est loin d'être indispensable pour l'inscription du phénomène dont nous avons parfois recueilli le tracé dans ces conditions.

tivement horizontale, pour être maintenu en situation oblique, la tête élevée.

L'absence ou la faiblesse des oscillations, avant cette manœuvre, et surtout dans les cas de trépanations de petit diamètre, peuvent-elles s'expliquer? C'est ce qui nous semble actuellement hors de doute. Chose sing-ulière au premier abord, l'obslacle qui s'oppose, dans ces circonstances, à la production des oscillations qui doivent révéler les pulsations du cerveau, n'est autre que le cerveau lui-même ; c'est lui qui, venant au contact de l'orifice crânien, s'y applique étroitement de manière à fermer l'ouverture, à la façon d'un bouchon, qui ne permet plus au liquide chassé par l'expansion cérébrale de refluer dans le tube. Dans ces conditions, on pourra bien encore apercevoir de très-faibles oscillations du liquide contenu dans le tube, oscillations visibles surtout par le jeu de la lumière au contact de sa surface; mais ces déplacements minimes proviendront uniquement de la petite portion de surface encéphalique eng-ag-ée dans l'orifice et formant hernie, celle-ci pouvant être le siég-e de mouvements très-faibles, en rapport avec la turg-escenoe accrue ou diminuée de l'encéphale. On conçoit sans peine la production de ces hernies à la voûte du crâne, en se rappelant qu'à ce niveau les hémisphères sont normalement au contact de cette voûte dont ils ne sont séparés que par une nappe très-mince de liquide sous-arachnoïdien.

Nous avons pu constater d'une manière très-nette, dans une de nos dernières expériences, le rôle d'obtura-

teur que peut jouer la hernie cérébrale à la suite de la trépanation.

Après avoir appliqué notre appareil, nous avions pu inscrire de beaux mouvements fournis par un chien trépané. Ces mouvements, d'abord très-prononcés, allèrent en s'affaiblissant de plus en plus, jusqu'à devenir à peu près nuls. Ayant dévissé le tube fixé au crâne de l'animal, nous apercevons une hernie débordant considérablement la surface osseuse. Nous la refoulons doucement avec le doig-t et la faisons ainsi rentrer dans la cavité crânienne. A ce moment, le cerveau ne pressant plus sur le rebord osseux, nous voyons le liquide céphalorachidien faire brusquement irruption entre le cerveau et l'os, surtout le pourtour de la trépanation. Le tube étant revissé, les mouvements reparaissent pour diminuer peu à peu, à mesure que se reforme la hernie.

Un fait bien paradoxal en apparence, sig'nalé par Flourens (1), vient encore à l'appui de notre explication. La •lig-ature d'une partie des troncs artériels de l'encéphale rend les mouvements de cet org-ane plus manifestes. FJourens en conclut que ces mouvements sont surtout sous la dépendance de l'action veineuse. Pour nous, ce phénomène s'exphque par la moindre turg-escence de l'encéphale dont les voies d'apport sang-uin sont diminuées. Le cerveau ne s'appHque plus dès lors aussi étroitement contre la voûte crânienne, et l'œil saisit plus nettement ses déplacements.

La dure-mère étant intacte, la hernie peut encore se produire, mais elle est d'ordinaire moins prononnéo,. (1) Plourens, Recherches sur le syst. nerveux, Paris, 2" éd., 1842,p. 3S1

La hernie du cerveau se produit avec d'autant plus de facilité que l'orifice pratiqué à la voûte du crâne est plus étroit, ce qui explique le peu de réussite de nos premiers essais.

Quand par hasard la substance cérébrale est entamée, la hernie se développe presque fatalement et devient bientôt énorme. Dans ce cas, de même que chez l'homme qui présente une perte de substance crânienne et dont le cerveau a été entamé, o on voit celui-ci proéminer, se soulever, former comme un champig-non fongueux, roug-e d'abord puis g-risâtre, g-ang-réné » (1).

Il faut pratiquer la trépanation avec beaucoup de circonspection chez le chien, pour éviter cet accident, car, par suite de l'épaisseur très-inég-ale de l'os, celui-ci se trouve parfois complètement divisé par l'instrument d'un côté, alors qu'il est encore très-résistant sur d'autres points.

Pour éviter la lésion du sinus longitudinal supérieur, nous avons toujours appliqué nos couronnes de trépan, sur le chien, en dehors de la ligne médiane, sur l'un des pariétaux. Les moindres dimensions du crâne du lapin, ne nous ont pas permis d'en faire autant chez cet animal; il en est ordinairement résulté une hémorrhag*ie qui, g-énéralement s'est bientôt arrêtée. La section de l'os par le trépan a, de son côté souvent donné Jieu à des pertes de sang- assez sérieuses, particulièrement chez le chien.

Nos expériences ont été faites dans deux conditions

(1) s. Laugier, article Encéphale : Plaies du cerveau, Dict. de méd. et chir. pratiques.

différentes : tantôt la dure-mère était respectée, tantôt (et c'était le cas le plus fréquent) cette membrane avait été préalablement enlevée sur toute l'étendue de la trépanation.

Pour explorer les mouvements du cerveau, la duremère étant intacte, nous nous sommes servi soit du tube à niveau variable précédemment décrit, soit d'un tambour sur la membrane duquel était fixé un petit bouton de liég*e, appareil analog-ue à celui qui nous a servi pour étudier les mouvements des fontanelles chez les enfants nouveau-nés, la transmission s'opérant, comme de coutume, au moyen d'un tube de caoutchouc aboutissantàuntambour à levier enreg-istreurdeMarey.

Quel que fût d'ailleurs le procédé d'exploration employé, le mode d'inscription nous a permis de recueillir simultanément les courbes respiratoire, cardiaque, carotidienne, et de déterminer, en superposant ces différents tracés, les rapports des expansions et resserrements de la masse encéphahque avec chacun d'eux.

Les animaux, chiens et lapins, qui ont servi à nos expériences, ont toujours été préalablement anfesthésiés par le chloroforme, le plus souvent associé à la morphine, d'après la méthode si heureusement inaug-urée par le professeur Cl. Bernard (1). Quelquefois encore, nous avons immobilisé les sujets en expérience avec le curare, en les soumettant à la respiration artificielle.

(l) Cl. Bernard, Leçons sur les anesthésiques, Paris, 1875, 8e et 9e leçons.

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