Recherches sur les Myxosporidies
Je remplis un liste devoir en faisant précéder ce Mémoire de quelques lignes sur l'auteur et les circonstances dans lesquelles fut entrepris son travail .
Vers la fm de l'été de 1889, je me disposais à partir en vacances lorsque je reçus la visite d'un jeune homme blond, aux yeux bleus , à la physionomie sympathique, qui, à la vue de mes malles fermées , s'excusa timidement du dérangement qu'il me causait . Il désirait me soumettre quelques préparations microscopiques relatives à des Protozoah'es pai-asites qu'il avait rencontrés sur des Epinoches rapportées de son pays, Redon (Ille-et-Vilaine). Dans le courant de la conversation il né apprit qu'il avait suivi les cours de la Faculté des sciences de Rennes , ou il avait eu pour maîtres MM. Simdot et Crié , qu'il s'était fait recevoir licencié es sciences naturelles, et qu il venait à Paris faire sa médecine . Il me parut manifester un goût si vif pour les dioses de la nature (pie je l'engageai à ne pas renoncer complètement à ses premières
SUR LES MYXOSPORIDIES.
études et à mener de front la médecine et la zoologie . Je lui offris dans ce but une place dans mon laboratoire , oh it put s occuper de recherches pour une thèse de doctorat es sciences naturelles. If accepta mapy'oposilion avec reconnaissance et , dès la rentrée des vacances. il vint s'installer dans mon laboratoire. Sur sa demande de lui indiquer an sujet de recherches, je T engageai à s'occuper des My.rosporidies. ces oi-ganismes parasites encore si mal connus et si peu étudiés jusqu'alors. Témoin journalier des progrès de ses recherches, je le fus aussi du soin extrême , de l'habileté et de la conscience qu'il g apportait , n*acceptant un fait comme définitivement acquis qu après lavoir maintes et maintes fois vérifié et contrôlé. Son zèle pour le travail ne connaissait point d'intermittences : les dimanches et jours de fête , je le trouvais à sa table, dans le laboratoire désert , travaillant avec le même entrain qu'aux jours de la semaine, entouré de ses compagnons d'études. Il n épargna aucune peine pour se procurer de nouveaux matériaux de recherches. Après avoir fréquenté les laboratoires de zoologie maritime des côtes de VOcéan et de la Manche, il visita, dans l'automne de 1893. presque tous ceux de la Médité rranée: il reçut partout l'hospitalité la plus empressée et la plus bienveillante de lapart des directeurs de ces établissements.
Après cinq années d'un travail assidu , pendant lesquelles ü avait mené de front ses études médicales et ses recherches zoologiques, il se trouva prêt, à la rentrée des vacances de 1891, à passer ses deux thèses de doctorat en médecine et de doctoral ès sciences naturelles. Hélas! ü ne lui fut pas donné de récolter le fruit de son double labeur. D'une complexion délicate , affaiblie encore par des excès de travail et une mauvaise hygiène , ü était revenu souffrant de son pays ; il s'alita vers le milieu de novembre, et succomba, le 27 du même mois à une maladie insidieuse, la (j)'anulie. Il n avait pas encore atteint sa trentième année.
Telle fut la comie carrière de mon cher élève Thêlouax , si bien remplie toutefois déjà que son nom ne disparaîtra pas de la science . Personnellement, f avais fondé en lui les plus grandes espérances pour la progression de nos connaissances dans ce (grand groupe des Protozoaires, pour lequel il montrait une prédilection marquée , et dans l'étude duquel il avait acquis une
habileté qu'il comptait mettre à profit pour clés recherches futures à faire sur les autres types, après avoir mené à bien celles qu il avait entreprises sur les Sporozoaires.
Le présent Mémoire sur les Myxosporidies est la thèse que Tuéloiian devait présenter pour l'obtention du grade de docteur ès sciences naturelles . Entièrement achevé en manuscrit pour toute lapartie lapins essentielle , c'esUi-direl'histoire de Voiganisationet de la reproduction des espèces qu'il avait eu l'occasion d'observer, Vauteur comptait y ajouter une introduction-historique et bibliographique, et un dernier chapitre relatif aux affinités réciproques des différents genres et familles de Myxosporidies . La mort ne lui en laissa pas le temps . Nous n avons pas cru non plus devoir suppléer à ces lacunes de son œuvre parce que nous avons pensé qu'il ny avait pas ù np lien de les regretteEn effet, à propos de la description de chacun des différents types en particulier, l'auteur a eu soin d'indiquer les travaux antérieurs le concernant , ce qui supplée jusqu'il un certain point à un résumé historique général de l'ensemble de la classe. Quant au chapitre final qui devait imiter des affinités réciproques des Myxosporidies , quelque intérêt qu'eussent présenté sur ce sujet les opinions d'un auteur qui avait acquis une connaissance si approfondie de ces organismes, il faut bien convenir que cette partie de Vhistoire des êtres vivants présente toujours un côté hypothétique qui lui donne moins de rigueur et de précision que celles traitant de leur organisation et de leur reproduction. D'ailleurs une des dernières publications partielles dans lesquelles Tuéloiian résumait quelques-uns des principaux points de ses recherches avait précisément pour but de nous faire connaître ses idées sur les affinités mutuelles des Myxosporidies , et vient combler en partie la lacune signalée dans le présent Mémoire (1).
En terminant . je ne puis omettre dlindiquer la part que M. IIesneguy a prise dans la publication de ce travail en corrigeant les épreuves et enremplissant quelques vides dumanuscritpar des indications puisées dans les notes de Vauteur, tâche que lui a rendue douce la vive affection qu'il portait et Prosper Tuéloiian.
E.-G. Balkiani.
(I) Cette note est reproduite à la fin du Mémoire, page 3G3,
SU H LES MYXOSPORinilCS.
Il MU TA T.
Les Mvxosporidies, comme lous les cires inférieurs que l'on a réunis dans la classe des Sporozoaires, son! essentiellement parasites. 11 n’en existe point qui mènent une existence libre et aucune phase de leur évolution n’esl susceptible de s’accomplir en dehors des organismes qui leur servent d’hôtes. Leurs spores seules peuvent passer quelque temps dans le monde extérieur, mais elles y restent sans changement, à l’étal de vie latente et ne retrouvent leur rôle reproducteur, leur activité physiologique, que quand elles sont parvenues dans un milieu approprié.
Ces parasites ont été pendant longtemps désignés sous le nom de Psovospermies des Poisson
Celte expression, parfaitement justifiée dans le principe, puisque c'était pour ces organismes, trouvés d’abord seulement chez des Poissons, que J. Muller avait créé le nom de Psorospennies , cessa bientôt d’ètre suffisamment précise, en raison de l’usage abusif que l'on fit de ce mot pour désigner des éléments disparates et des choses fort différentes entre elles, telles que les Coccidies (Psorospennies oviformes), les spores des Grégarines, les Sarcosporidies (Psorospermies utriculiformes), etc.
Le nom de Myxosporidios, proposé par Bütsciili, outre qu'il mettait fin à celte confusion, avait l’avantage de ne rien préjuger relativement à l’habitat de ces organismes. Eneftèt, bien que la grande majorité des espèces connues vive aux dépens des Poissons, on en connaît également qui ont pour hôtes habituels des animaux appartenant à d’autres groupes de Vertébrés et d’invertébrés. Les
P. THKLOHAN.
observations de ce genre sont actuellement suffisamment nombreuses pour que l’ancienne dénomination, devenue trop étroite et trop absolue, doive être maintenant pour ce second motif définitivement rejetée.
Parmi les Vertébrés, on l’encontre des Myxosporidies chez les Batraciens et chez les Poissons; leur existence chez les Reptiles me semble également à peu près certainement démontrée, comme on le verra plus loin.
Les Poissons constituant les hôtes les plus habituels de ces parasites, c’est par eux que je commencerai l'examen des faits relatifs à leur habitat.