Prof. Schweinfurth
au pays des Çomalîs; l'Amérique du Nord elle-même * en a fourni de nombreux restes; il est donc très naturel de penser que TÉgypte ellemême en renferme et que les instruments de type chelléen qu'on y rencontre doivent être rangés dans le quaternaire. La récente découverte du professeur A. H. Sayce donne plus de force à cette opinion.
Dans les pays d'Europe les alluvions sont d'un examen bien autrement aisé qu'en Egypte : elles sont exploitées pour les besoins des routes et des chemins de fer et, en France, entre autres, il existe peu de communes dans lesquelles on ne puisse trouver une coupe artificielle du diluvium. Dans ces conditions les études sont rendues faciles, les documents abondent. En Egypte, au contraire, le diluvium n'est pas exploité et c'est à cela que nous devons de n'avoir que fort peu de renseignements à son sujet.
Dès les débuts de mes recherches sur le préhistorique égyptien, j'ai reconnu l'existence de presque tous les types que nous possédons en Europe. Certaines localités m'ont même fourni, Dîmeh entre autres, des séries appartenant par leur technique au chelléen, au moustérien, au solutréen, au magdalénien et à la pierre polie. Tous ces objets se trouvaient ensemble à la surface du sol sans qu'il fut possible d'établir une distinction de gisement. Nous devons donc nous contenter aujourd'hui de les signaler et de les décrire sans chercher à établir des classifications.
Ce mélange semblerait démontrer que les différents états de la civilisation de la pierre se sont succédés dans les mêmes localités, l'industrie progressant lentement et sans transitions brusques, pour arriver à la pierre polie, dernière phase qui précéda l'usage des métaux.
Certaines formes semblent avoir persisté au travers de tous les âges, depuis les temps les plus anciens jusqu'à l'époque historique. A Toukh et à Zawaïdah, entre autres, on rencontre des pointes de type chelléen (fig. 6 et 7) dans le kjœkkenmœdding dont la majeure partie appartient à la période historique, tandis que le même instrument se trouve à quelques kilomètres au nord, sur le plateau qui ne
I. L^existence de Thomme paléolithique dans l'Amérique du Nord est aujourd'hui prouvée d'une manière indiscutable. Cf. Th. Wilson Resuit of an inquiry dans Rep, of the Nat, Mus, Washington, 1890. Environ 6,800 coups-de-poing chelléens avaient, à Tépoque de celte publication, été rencontrés dans vingt- trois États et territoires des Etats-Unis. Les caractères de ces instruments sont semblables à ceux des coups-depoing rencontrés dans les autres régions du globe.
fourait que des outils chelléens. Il ne peut être question de mélange dans ce cas, et Ton est amené à admettre la persistance de Tusage de ces pointes, qui, probablement, répondaient à un besoin que les siècles ne modifièrent pas.
Fig. 6. — Pointe de type chelléen (kjœkkenmœdding de Toukh). 1/2 grandeur
naturelle.
Fig. 7. — Pointe de type chelléen (kjœkkenmœdding de Zawaïdah). 1/2 grandeur
naturelle.
Au Fayoum, dans les stations de Dimeh, d'Omm el-Atl et de Kom- Achim, on rencontre communément, en même temps que des haches polies et des têtes de flèches robenhausiennes, des pointes qui en France seraient sans aucun doute attribuées au moustérien et au solutréen.
Seules, les sépultures, bien caractérisées comme appartenant aux derniers temps de la pierre polie ou même à l'époque historique, fournissent des instruments qui, bien que présentant souvent des formes spéciales à TEgypte, rentrent dans la technique des outils robenhausiens d'Europe.
C'est justement cette grande unité dans les silex taillés des dernières périodes qui m'a fait penser que nous devons à des civilisations successives la présence dans une môme station d'instruments de types divers.
Dans l'étude des stations préhistoriques de l'Egypte il est encore un autre facteur très important dont il doit être tenu compte, celui de Téloignement des diverses localités entre elles. Si nous admettons qu'au point de vue ethnique la race qui occupait la vallée du Nil pré-
sentait une homogénéité parfaite^ nous devons penser que dans toute retendue du pays la civilisation n'était pas en même temps aussi avancée. Il se peut fort bien que les populations du Fayoum en fussent encore à des usages analogues à ceux du magdalénien de France, tandis que celles du Saïd connaissaient déjà la pierre polie. Chaque station exigerait une étude spéciale, car il semble certain que le passage de la période quaternaire à l'époque moderne se fit en Egypte sans secousse^ sans hiatus.
Le pays d'Egypte où l'art de tailler le silex paraît avoir été le plus développé est sans contredit le territoire compris entre Négadah et Kawamil, sur la rive gauche du Nil. Il semble s'être formé là, vers la fin de la période robenhausienne, un véritable foyer de civilisation, peut-être même un groupement politique, et il n'est pas surprenant de voir que les envahisseurs fixèrent tout d'abord le centre de leur gouvernement dans ces régions plus civilisées que les autres. Le souvenir de ce fait s'est transmis jusqu'à nous dans la légende osirienne et dans les dynasties thinites.
De même que dans tous les autres pays du monde, l'usage du silex taillé ne cessa pas en Egypte de suite après l'apparition des métaux; il se continua pendant de longs siècles encore, tant pour les besoins journaliers des classes pauvres que, probablement aussi, pour les rites de certaines cérémonies du culte.
La tombe royale de Négadah ne renfermait pas un seul instrument de métal. Les couteaux, racloirs, poinçons, etc., étaient faits de pierre. Dans celles d'Abydos nous voyons déjà le cuivre prendre une importance considérable et ce que nous connaissons des sépultures de la III* dynastie fait penser qu'à cette époque l'usage du silex était déjà presque abandonné.
Dans les tombeaux très anciens où le métal est abondant la taille du silex est déjà moins parfaite que dans les sépultures antérieures; le plus haut degré d'habileté dans la taille de ces outils semble avoir été atteint peu après l'époque de l'invasion.
Dans les temps qui suivirent la IIP dynastie, l'usage du silex fut complètement abandonné dans la vie courante et remplacé par l'emploi des métaux. Le fait est certain , car, s'il en était autrement, le sol des nécropoles de l'Ancien Empire serait couvert d'éclats, de percuteurs, de noyaux de nucléi et d'instruments brisés ou rebutés; les ouvriers qui construisirent les milliers de mastabas que recouvrent les sables de Saqqarah n'eussent pas pris plus de soin pour enlever les débris
de silex qu'ils n'en eurent pour les fragments de vases brisés à l'usage que nous retrouvons à chaque coup de pioche.
Au Moyen Empire, sauf peut-^tre pour quelques cérémonies religieuses, le silex avait été complètement abandonné; l'absence totale d'éclats de cette matière dans les nécropoles de la XII® dynastie à Dahchour et au sud de Lichten fait foi d'une manière absolue.
Cette opinion est loin d'être partagée par tous ceux qui écrivent sur l'Egypte.
Dans un récent volume sur les tombeaux de la XIP dynastie à Béni Hassan, M. F. Ll. Griffith [Archeological Survey of Egypt, fifth Memoir, Béni Hassan^ part III, Londres, 1896) consacre un chapitre spécial (II, p. 33 : The manufacture and use of the flint knives) à l'examen des instruments qu'il croit pouvoir considérer comme ayant été faits de silex et dont l'emploi se serait continué jusqu'à la Xir dynastie.
Bien que je sois amené à penser, malgré le manque de preuves absolues, que Tusage de la pierre taillée s'est conservé en Egypte, pour des usages spéciaux, longtemps après la conquête, je ne partage pas l'opinion de M F. Ll. Griffith au sujet des instruments qu'il signale. J'estime qu'aucun d'eux ne peut être considéré comme un outil de pierre.
La planche VII de l'ouvrage de M. F. Ll. Griffith (part III) représente, d'après les peintures du tombeau n° 15 (de Béni Hassan), quatre personnages tenant alternativement de la main droite ou de la main gauche un objet oblong, grossièrement figuré, et qui peut être aussi bien de section circulaire que de section allongée, comme le serait celle d'un couteau de silex*. L'auteur croit reconnaître dans le bâton que tiennent les ouvriers, un fahricator\ il est aussi naturel d'y voir un pinceau, un ciseau ou tout autre outil. L'attribution que donne M. Griffith à l'objet que façonnent les personnages, de même que celle de l'instrument dont ils se servent, est une simple hypothèse qui ne semble pas se justifier.
Quant à l'inscription qui accompagne cette scène [ ' Il tk © et que
M. Griffith traduit par « taille de couteaux » [striking knives)j elle ne
i.Si ces instruments étaient en silex, ils auraient été des poignards ou des têtes de lances et non des couteaux, les découvertes dans les stations préhistoriques le prouvent.
présente pas forcément ce sens. C'est du moins Tavis de quelques égyptologues*.
La planche VIII (p. 35) du même ouvrage représente non pas la taille des couteaux de silex, comme le pense l'auteur, mais plutôt la fabrication d*écuelles de bois.
La partie septentrionale de la salle de Touest dans le tombeau n* 2 de Boni Hassan (tome I, pi. XI) fournit une série de représentions où figurent les principales industries de cette époque.
Le premier tableau est celui dans lequel M. Griffith croit reconnaître la taille des couteaux de silex, le second représente des fabricants de sandales qui, comme on le sait, étaient souvent faites de bois, dans le troisième, un ouvrier creuse un grand vase (de bois?), dans le quatrième, l'ouvrier fait des arcs; puis viennent la fabrication des paniers, des meubles, des coffres, un homme sciant des planches. L'ensemble de ces industries a rapport au travail du bois; Ton est en droit de se demander ce que la taille du silex serait venue faire dans cette série de tableaux indiquant le travail d'une matière spéciale, aussi bien définie.
La planche VIII [Béni Hassan, part III) donne la représentation très détaillée de ces prétendus couteaux de silex et, dans les outils dont se sert l'ouvrier pour les fabriquer, je ne puis voir autre chose qu'un pinceau servant à peindre l'intérieur d'une écuelle, après avoir été trempé dans un godet placé au-dessous et rempli de couleur brune.
Si ces représentations figuraient le travail du silex, les Égyptiens, qui sont toujours si fidèles dans leurs dessins, eussent bien certainement représenté les éclats partant sous le choc du percuteur.
D'autre part, on ne conçoit guère le travail d'une matière aussi dure que le silex effectué à l'aide d'un simple bâton tenu sans grand effort apparent et sans que l'objet à tailler soit appuyé.
I. Le verbe || ® , nom d'actioa del ^ ^ " , n'a jamais le sens briser (Voir Mas-
pero. Rec. Trav. XIX, p. 70). Il signifie brandir (une arme) agiter (un sistre, des ailes) mouvoir (des rames), et de là, battre^ frapper quelqu'un avec une arme ; comme substantif, il y a le sens de coup^ plaie, blessure. Dans aucun cas connu jusqu'ici il ne peut
signifier casser ou tailler. Quant au mot M V « , c'est très probablement le mêm
que I >^ , couteau, glaive^ mot qui s'est conservé en copte (cHqe, CHqi) et même
en arabe ( . â- .^] Je ne vois pas, sans du reste pouvoir préciser le sens de Tinscription, qu'il s'agisse ici de la taille de couteaux de silex. (Note communiquée par M. G. Jéquier.)
La forme concave des objets que fabriquent ces ouvriers est démontrée par le tableau (p. 35) lui-même, car à la gauche de la représentation, on voit les objets terminés empilés et rentrant les uns dans les autres. Ceux placés au-dessus des ouvriers sont, suivant l'usage artistique des Égyptiens, semés dans le ciel du tableau, tandis que ceux de gauche, qui déjà ont été remis au surveillant du travail, sont mis en piles au magasin.
Les planches IX et X, ainsi que les figures placées aux pages 36 et 37 {Béni Hassan, part III) représentent des couteaux tenus en main et prêts à être employés. Dans les tableaux d'où elles ont été prises, les bouchers portent à la ceinture un aiguisoir (pi. IX, fig. 7) ou sont représentés aiguisant leur couteau (pi. IX, fig. 4 et 6, pi. X, fig. 1). L'usage de Taiguisoir est parfaitement déterminé et indiscutable ; on le retrouve dans toutes les scènes de l'Ancien et du Moyen Empire où sont figurés des bouchers (fresques de Dahchour, IIP dynastie; tombeaux de Ti, de Mera, de Ptah-Chepsès à Saqqarah et à Abou-Sir). Or, seules les lames métalliques peuvent être rendues tranchantes par ce procédé. Le silex, pour être poli et aiguisé, doit être frotté sur un bloc de dimensions plus importantes et d'une roche très dure et encore est-ce plutôt en le retaillant qu'en le polissant qu'on obtient les tranchants aigus.
Il ne peut donc subsister aucun doute sur la matière dont étaient faits les couteaux des bouchers : ils étaient de métal, et la couleur jaune que portent leurs représentations indique qu'ils étaient de bronze. Dans le temple de Deïr el-Bahri se trouve une représentation du dépeçage d'un bœuf: le boucher tient à la main un couteau en tout semblable à ceux figurés par M. Griffith, mais muni près du dos d'une rainure qui ne laisse aucun doute sur sa nature métallique.
Enfin j'ai trouvé cette année môme en pratiquant des fouilles dans la montagne à l'ouest de la vallée des Rois à Thèbes, dans un terrain où tous les vestiges rencontrés appartenaient aux XVII1% XIX** ou XX« dynasties, un couteau à lame de fer (fig. 8) exactement fait comme
Fig. 8. --Couteau à lame de fer emmanché de
corne (Thèbes).
1/2 grandeur naturelle.
les couteaux de bouchers figurés sur les monuments. Bien que Tépoque à laquelle remonte cet instrument ne soit pas fixée d'une manière absolue, cette découverte ne prouve pas moins que des couteaux de cette forme et en métal étaient encore en usage à des époques relativement récentes.
La forme elle-même de ces instruments (pi. X,fig. 2, 3, 4 et 5 de Béni Hassan) est celle des couteaux de bronze que nous possédons dans les musées et, si la silhouette des écuelles que fabriquent les ouvriers représentées dans la tombe n' 2 offre une analogie avec les couteaux de silex que nous rencontrons dans les nécropoles et les stations préhistoriques, cette ressemblance n'est que fortuite et due au manque absolu de perspective dans les représentations égyptiennes.
Les explications que donne M. F. Ll. Griffith au sujet des couteaux de silex ne reposent donc que sur des suppositions très refutables et ne prouvent pas que Tusage du silex taillé, même pour des cas spéciaux et dans le rite des sacrifices, se soit continué pendant le Moyen Empire. A ce sujet on est allé jusqu'à dire qu'à l'époque actuelle, il y a quinze ans à peine, beaucoup de fellahines portaient encore aux bras et aux jambes des bracelets de silex. M. G. Jéquier et moi-même nous nous sommes livrés à une enquête très complète sur cette question, et il résulte de notre étude que cette allégation est du domaine de la fantaisie '.
Nous sommes donc amené à considérer l'usage courant du silex taillé en Egypte comme s'étant éteint bien avant la fin de l'Ancien Empire*. Ce fait n'a rien que de très naturel ; il est conforme à la loi générale qui se manifeste dans les autres régions. Les avantages que comportent les armes et les instruments de métal sur les analogues
1. M. U. Bouriant m'affirme que vers i88o, les fellahs se servaient encore d'éclats de silex pour se raser la tête. Il a constaté Texistence de cet usage au Caire, àLouxor, à Abydos, etc..., et M. Maspero, dans son Histoire (édition illustrée, p. 5o, n. i) rappelle ce fait dont Yakoub Pacha Artiu avait déjà entretenu l'Institut égyptien. Pendant l'hiver de 1896-97, M. G. Jéquier et moi nous avons entrepris une investigation très soigneuse, alors que nous nous trouvions dans les environs de Kawamil et d^Abydos. Nous n'avons pas rencontré la moindre trace de cette coutume dont les fellahs n'avaient même pas conservé le souvenir.
2. Dans un mastaba de Gizeh qu'on peut voir encore et qui a été publié par Lepsius on distingue un ouvrier aiguisant un couteau et de l'instrument part une série de points figurés sur le bas-relief. On a supposé que ces points n'étaient autres que les éclats de la pierre et que le couteau figuré était en silex. Mais on peut croire aussi que les points figurent des étincelles et que la lame du couteau étant de fer donnait du feu sous le frottement de l'aiguisoir.
de silex sont tels qu'en dehors des coutumes religieuses comme la circoncision, l'usage de la pierre ne persista encore quelque temps après la découverte du bronze que par suite du prix élevé des métaux et de la pauvreté des populations conquises par les envahisseurs. N'aurions-nous pas de preuves certaines de cette évolution que nous devrions cependant l'admettre, car elle est générale et rationnelle ; elle est naturelle, aussi bien pour TEgypte que pour les autres pays du monde, et si quelques égyptologues ont cru pouvoir y déroger, c'est qu'ils s'appuyaient sur des observations mal relevées. Je l'ai surabondamment démontré dans mon volume de 1896.
En ce qui concerne le passage de la pierre aux métaux, nous sommes aujourd'hui plus riches en documents que lors de mon avant-dernier voyage en Haute-Egypte (1895-96). Il a été découvert depuis un très grand nombre de nécropoles ; des fouilles fort importantes ont été effectuées sur bien des points de la vallée du Nil, non seulement par moi-même en compagnie d'égyptologues très versés dans les choses de rÉgypte, mais par des étrangers et des savants appartenant au Service des antiquités.
De ces nombreuses observations, sur lesquelles je m'étendrai plus longuement en traitant des usages funéraires, il résulte que les tombeaux antérieurs à l'arrivée des Égyptiens sont fort différents de ceux des premiers temps pharaoniques, que dans ces deux groupes de sépultures les armes, les vases diffèrent également et qu'aujourd'hui il est aisé de distinguer la catégorie à laquelle on a affaire sur la seule inspection d'un fragment de vase.
J'avais, l'an passé, établi une phase de transition distincte entre Tétat de civilisation néolithique et celui des premiers âges pharaoniques ; cette division doit être supprimée, car les deux états.de la civilisation égyptienne se confondent. L'usage des métaux apparaît en môme temps que celui des signes hiéroglyphiques, au moment où l'histoire commence ou plutôt débutera, car aujourd'hui encore les égyptologues ne peuvent interpréter les inscriptions rudimentaires que leur fournissent ces tombeaux très anciens.
Les récentes découvertes nous conduisent depuis les temps les plus reculés de l'âge de la pierre jusqu'aux premiers souverains pharaoniques. De ces rois nous possédons une vingtaine de noms. Reste aux linguistes à lire ces bannières, à savoir quels étaient les cartouches de ces monarques et à relier les personnages qu'ils désignent aux souverains connus dans l'histoire classique de l'Ancien Empire.
Peu de temps après la publication de mon volume sur VAge de la pierre et les métaux en Egypte paraissait un très intéressant ouvrage de M. Flinders Pétrie sur ses fouilles dans la région de Négadah, Toukh et Ballas.
Le titre du livre, Naqada and Ballas , n'est pas heureusement choisi car jamais Tarchéologue anglais n'a travaillé dans les environs de Négadah ; s'il l'eût fait il aurait bien certainement découvert le tombeau royal que j'ai fouillé en février 1897. Le centre principal de ses opérations fut à Toukh, site dont il explora la nécropole, le kjœkkenmœdding qu'il désigne sous le nom d'Old to{vn et la ville pharaonique Noubt.
Pendant que M. Pétrie en personne dirigeait les travaux, M. Quibell explorait les environs de Ballas. De ces fouilles très consciencieusement conduites résulta un nombre considérable de documents dont M. Pétrie donne une description très complète. Il est regrettable cependant de voir figurer dans un livre, qui devrait n'être qu'une monographie, un grand nombre d'objets achetés et dont les provenances incertaines sont de nature à induire en erreur. Ce mélange nuit à la clarté des déductions qu'il est possible de tirer des faits précis relevés par l'auteur.
Quoi qu'il en soit, l'ouvrage de M. Flinders Pétrie est d'une importance très considérable au point de vue des documents qu'il renferme. Les observations qui s'y trouvent consignées ont été faites avec beaucoup de méthode et une parfaite bonne foi, et presque toutes concordent avec celles relevées par le Service des antiquités depuis plusieurs années. Nous sommes d'accord, M. Pétrie et moi, sur les observations; c'est sur les conclusions seulement que nos opinions diffèrent.
La première conclusion de M. Flinders Pétrie est ainsi formulée : « Ces séries d'objets étrangers ne sont pas choses isolées, mais appartiennent à une population nombreuse qui s'étendit sur toute la Haute-Egypte*. » Cette opinion s*est trouvée confirmée dès les débuts des études préhistoriques en Egypte. Nous savons aujourd'hui d'une manière certaine que le peuple en question vécut dans tous les pays situés entre Silsileh et Sohag, c'est-à-dire sur une longueur de 350 kilomètres dans la vallée du Nil et qu'il habita les deux rives du fleuve. Au nord et au sud les recherches n'ont pas encore été faites