PREFACE IX
constituent la matière des vases trouvés dans le tombeau royal de Négadah. M. le docteur Lortet a identifié les restes animaux rencontrés dans les kjœkkenmœddings. Enfin, M. Amélineau a mis à ma disposition, avant même de les publier, les résultats de ses fouilles d'Abydos.
Je ne saurais trop remercier les savants qui ont bien voulu prêter Tappui de leurs connaissances spéciales à l'étude de cette question si complexe des origines égyptiennes; ils ont beaucoup contribué à affermir mon opinion, car, dans la plupart des cas, ce sont les détails en apparence insignifiants qui fournissent les bases les plus sûres de raisonnement.
Les sciences ont, aujourd'hui, réalisé de tels progrès qu'il n'est plus possible au même homme d'écrire un livre complet. Il doit avoir recours aux spécialistes, et tout ce à quoi peut prétendre celui qui conduit des recherches est de posséder des connaissances générales dans chacune des branches qui fournissent des documents, afin de recueillir les observations d'une manière scientifique, de telle sorte que les spécialistes mettent à profit ses études.
Le botaniste, le zoologiste, le linguiste, etc., qui tous ont examiné, à leur point de vue particulier, les documents qui leur ont été remis, émettent chacun leur opinion; et c'est l'ensemble de leurs conclusions, jointes aux appréciations de celui qui a dirigé^es recherches, qui peut servir de base à des idées synthétiques. Cette méthode, si elle n'est pas infaillible, offre le maximum de garanties, et les livres ainsi composés fournissent des éléments précieux pour les traités complets que nous sommes encore bien loin de pouvoir écrire.
Dans le présent ouvrage, je n'ai presque rien à ajouter aux considérations d'ensemble relatives à la géologie de TÉgypte telles que je les ai exposées dans mon volume sur VAge de la pierre et les métaux (1896). Les explications sont suffisamment précises pour que le lecteur se rende aisément compte de ce qu'était Taspect de la vallée du Nil aux derniers temps de Tépoque néolithique, alors que les marais couvraient la presque totalité du Delta et bordaient les chaînes Libyque et Arabique.
Parmi ces marais latéraux existant encore de nos jours, j'avais omis de citer ceux qui s'étendent suivant une longue bande entre Siout et Tounah, au pied de la chaîne Libyque. Ce sont, sans contredit, les plus importants de TEgypte ; leur comblement s'opère graduellement tout comme cela arrive pour ceux que Ton rencontre entre Licht et Dahchour ; ces marais sont les derniers exemplesdes phénomènesdu comblement de la vallée du Nil.
Mais si le côté géologique de mon exposé de la question me semble suffisamment décrit, il n'en est pas de même en ce qui concerne l'existence de l'homme à l'époque quaternaire et Tâge des silex taillés de la Haute-Egypte. C'est de ces deux sujets que je parlerai dans cette introduction, répondant ainsi aux questions qui m'ont été posées et aux objections renfermées dans les livres et les brochures publiés depuis que mon travail a vu le jour.
Je reprendrai aussi les raisons qui me portent à penser que lacivi-
lisation égyptienne est originaire de TAsie, mon savant ami M. G. de Mortillet m'ayant fait connaître les motifs qui lui font croire qu'elle est plutôt originaire de l'Afrique. Au cours de mon travail on trouvera le détail de mes observations relatives à cet important problème.
Dans une lettre qu'il m'écrivait peu de temps après la publication de mon volume sur LAge de la pierre et les métaux en Egypte, M. Salomon Reinach me priait de fournir quelques renseignements complé-
Fig. I. — Coup-de-poing chelléen en quartzite jaune gris (Kawamil), 1/2 grandeur
naturelle.
Fig. 2. — Coup-de-poing chelléen en silex brun foncé (Kom-Achim). 1/2 grandeur
naturelle
mentaires au sujet des instruments chelléens de la vallée du Nil et se demandait si ces outils appartiennent bien à l'époque quaternaire. Ce doute est parfaitement fondé, car jusqu'ici il n'a pas été rencontré en Egypte d'ossements d'animaux faisant partie de la faune quaternaire accompagnés de silex taillés. Nous ne possédons donc pas de preuves
absolues^ mais toutes les probabilités sont en faveur de Topinion qui reporte l'antiquité de Thomme, dans cette partie de l'Afrique, jusqu'à Tépoque qui précéda rétablissement définitif du régime actuel des eaux dans la vallée du Nil.
En général, c'est à la surface des alluvions caillouteuses qu'on trouve les silex du type chelléen, non pas à la limite des cultures, ni dans les sables qui s'étendent entre les limons et la base des montagnes, mais sur les mamelons qui forment pour ainsi dire les premiers contreforts de la chaîne.
Les plateaux eux-mêmes qui couronnent la montagne fournissent des instruments chelléens : il en a été rencontré à Esneh, sur le plateau de Gizeh, sur celui de Dahchour, dans le désert entre les oasis et la vallée du Nil; tandis qu'à Thèbes, à Toukh, à Abydos, à Kawamil et à Kom-Achim c'est dans les ravins que les trouvailles ont été faites. Il semblerait que ces objets, primitivement déposés sur les plateaux, ont été entraînés par les pluies et ne doivent leur présence dans la vallée qu'à la descente des matériaux d'alluvîons.
Des instruments chelléens ont été découverts par M. FI. Pétrie dans les environs de Négadah; mais cette constatation de la présence des silex dans les alluvions du pied de la montagne n'est pas concluante en faveur de l'époque quaternaire de ces outils, car ces alluvions produites par les pluies sont de formation très récente. Le professeur Schweinfurth a observé que tous les huit ans il tombe en Egypte des pluies très considérables et que, par suite de l'aridité absolue des montagnes, il se forme des torrents très violents entraînant dans leurs eaux des masses énormes de matériaux roulés.
C'est à ces pluies que nous devons la plupart des cônes de galets qui s'appuient sur le flanc des montagnes de l'Egypte, ainsi qu'une partie des buttes qui bordent les cultures Nous ne pouvons donc tirer aucune conclusion des objets que renferment ces alluvions.
Autrement intéressante est l'observation qui vient d'être faite par le professeur A. H. Sayce à El-Kab, découverte qu'il m'a communiquée de suite en me donnant les silex taillés qui en provenaient.
Au pied de la chaîne Arabique, au nord-est de la ville antique d'El- Kab, entre les villages d'El-Hilâl et de Mehammid, s'ouvre un ravin dont la naissance est au sommet de la chaîne En le remontant, le professeur A. H. Sayce reconnut que le plateau formé d'alluvions caillouteuses durcies avait été coupé par les eaux pluviales et que ces couches d'alluvions renfermaient des éclats de silex. En cherchant
dans les éboulis de cette couche, le professeur Sayce rencontra quelques silex éclatés (fîg. 3, 4 et 5).
Ces alluvions des plateaux sont très certainement antérieures à celles dont nous constatons la présence dans la vallée du Nil; elles appartiennent au système général des alluvions qui se déposèrent
^*&» 3, 4 et 5. — Instruments de silex trouvés par le professeur A. H, Sayce, dans les alluvions du nord-est d'El-Kab. 1/2 grandeur naturelle.
après la période des érosions en Egypte. Mais jusqu'à ce jour ces couches n'ont pas fourni de fossiles quaternaires.
Les vestiges de Thomme quaternaire, instruments ou ossements, ont été rencontrés dans toutes les parties du monde en Palestine *, aux Indes *, au pays des Touaregs ' et tout dernièrement, m'a-t-on dit *,
1. Chelléen en Palestine. Coup-de-poing, récolté par l'abbé Moretain et présenté par M. de Vogué au Congrès préhistorique de Paris eu 1878. Récoltes de Tabbé Richard sur les bords du lac de Tibériade (Expos, de 1878).
2. Chelléen aux Indes. Coup-de-poing des couches fossilifères quaternaires de la Nerbouda (Cartailhac et Chantre, Matériaux^ IV, 121).
3. Coup-de-poing chelléen. Recueilli en Algérie et dans le pays des Touaregs, et aussi au Cap de Bonne-Espérance (Cartailhac et Chantre, Matériaux, I, 119. G. de Mortillet, Nègres et civilisation égyptienne),