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Poterie faite au tour. 20. Poterie faite à la main

— rouge polie.

— rouge et noire.

— rouge ornée de blanc.

— peinte.

— gravée.

Ces caractéristiques dans leur ensemble peuvent être considérées comme exactes, les dernières découvertes permettraient peut-être de faire deux divisions dans les sépultures de la New race^ mais telles quelles, les listes sont suffisantes pour qu'il soit permis d'entrer dans des considérations d'un ordre général. Je reviendrai d'ailleurs plus loin sur les distinctions qu'il y a lieu de faire entre les tombeaux antérieurs à l'arrivée des Égyptiens dans la vallée du Nil et ceux qui lui sont postérieurs.

Le fait principal qui se dégage de la comparaison de ces deux listes^ est que les usages, les mœurs, les industries et les aptitudes des deux peuples étaient absolument différents, que ces deux races ne possédaient aucun caractère commun, que l'une, la race pharaonique, était parvenue à un degré très avancé de civilisation, connaissait les métaux, les arts, l'écriture, le tour, l'émail, tandis que l'autre, la New race^ se trouvait encore réduite aux industries rudimentaires, ignorait l'écriture et faisait usage d'instruments de pierre.

Non seulement ces deux peuples différaient par leurs usages et leurs connaissances, mais physiquement aussi ils n*avaient rien de commun. Nous en voyons la preuve dans les mesures que donne M. FI. Pétrie de Tindice nasal et de la capacité du crâne. Les considérations anthropologiques fournies par M. Pétrie lui-même et par M. le D' Fouquet en sont une preuve irréfutable.

A ces considérations capitales, il convient d'en ajouter d'autres non moins importantes.

1* Les sépultures de la New race ne renferment pas la moindre trace d'objets de fabrication égyptienne pharaonique*.

2« On ne trouve aucun vestige d'influence égyptienne pharaonique dans les arts ou les industries de la New race.

I. «This new race possessed an entirely diflerent culture io that of the Egyptiaos and had no apparent connection wilh them » (FI. Pétrie, Naqada and Ballas, p. 6o).

3« Les industries des Égyptiens pharaoniques ont fait de nombreux emprunts aux industries de la New race.

Il résulte de ces observations que les deux races ne vécurent pas côte à côte, qu'il n'y eut aucun rapport entre les hommes de la New race et les Égyptiens pharaoniques et que, par suite, ces deux races n'occupèrent pas le pays en même temps.

Si des rapports eussent existé, bien certainement la race la plus civilisée eût transmis à la moins avancée un grand nombre de ses usages, de ses coutumes, de ses procédés industriels; les objets égyptiens eussent, dans bien des cas, été adoptés par les populations inférieures, ne fût-ce que les instruments de métal, les perles de pâte et les menus ornements qui abondent dans les tombes pharaoniques.

L'un des peuples précéda donc l'autre sur le sol de TÉgypte et le premier occupant ne peut être que la New race^ puisqu'elle n'a rien emprunté à l'autre malgré son degré de civilisation moins avancé. La New race de M. Flinders Pétrie devient donc une véritable old race^ celle des aborigènes, que les Egyptiens pharaoniques rencontrèrent quand ils envahirent l'Egypte.

M. W. Flinders Pétrie attribue à la New race une époque au sujet de laquelle je ne partage pas son avis. Voici le paragraphe dans lequel il fixe l'âge qu'il croit devoir donner aux sépultures de ces populations :

{NaqadaandBallaSj^. 60, 2* colonne, paragr. D). « Destombescontenant presque dans tous les cas des vases de pierre de la IV® dynastie renferment des sépultures postérieures {intrus we burials) de la nouvelle race.

« No 524 (Ballas) présentait une sépulture ruinée de l'Ancien Empire; dans la chambre et sur l'escalier d'entrée, un corps situé dans la même position que ceux de la nouvelle race.

« N<» 764 (Ballas). La chambre renfermait des vases d'albâtre de l'Ancien Empire; dans les débris qui remplissaient l'escalier, il a été rencontré des fragments de vases en poterie rouge et noire et une coupe appartenant à la nouvelle race.

« N*» 179 (Ballas) présente une tombe ayant la forme de celles de TAncien Empire renfermant dans la chambre une sépulture de la nouvelle race accompagnée de vases, un autre vase se trouvait dans l'escalier; des cists de poterie imitant le bois qui semblent appartenir à l'Ancien Empire parce qu'ils sont trouvés dans les restes des tombes de cette époque et parce que la nouvelle race ne faisait pas de cercueils; ces

cists sont souvent trouvés réemployés pour enterrer des corps appartenant à la nouvelle race. »

Résultat : la New race est postérieure à la /F* dynastie.

Les vases d'albâtre que M. Flinders Pétrie attribue à l'Ancien Empire (IV® à VI® dynasties) sont plus abondants encore dans les sépultures d'Abydos et de Négadah que dans les tombes dont la date est reconnue depuis longtemps comme appartenante Thistoire; par conséquent, aucun argument ne peut être tiré de leur présence dans les sépultures de Ballas, dont beaucoup sont contemporaines des sépultures royales de Négadah et d'Abydos.

A l'époque des tombes royales d'Abydos et de Négadah il est fréquent de rencontrer des corps repliés à la manière de la New race de M. FI. Pétrie.

La poterie rouge et noire était en usage en même temps que les vases de pierre dure et d'albâtre, le tombeau royal de Négadah en fournit une preuve irréfutable.

Dire qu'une tombe présente la forme de l'Ancien Empire est trop s'avancer; car nous ne possédons à l'heure actuelle que bien peu de documents sur la forme que présentaient les tombes contemporaines des rois d'Abydos et de Négadah. 11 semblerait, d'après les fouilles de M. Amélineau et mes propres travaux, que les usages funéraires des premiers Égyptiens n'étaient pas encore fixés. Nous avons, en tout cas, rencontré des sépultures de formes très différentes.

Les cists ou caisses en poterie n'appartiennent pas à la partie de l'Ancien Empire comprenant les IV°, V® et VI* dynasties, mais sont plus anciennes et contemporaines des premiers Egyptiens : les fouilles à Kawamil le prouvent.

Aucun des arguments mis en avant par M. Flinders Pétrie en faveur de son opinion relative à la date des sépultures de la New race ne peut subsister; bien au contraire, les récentes découvertes ont pleinement démontré que ces raisons mêmes sont en faveur de la très haute antiquité de la New race. Mais nous trouvons dans l'explication que M. Fl. Pétrie donne de Texistence de cette race aux époques historiques de nouvelles preuves contre l'opinion de l'archéologue anglais.

M. Flinders Pétrie suppose qu'entre l'Ancien et le Moyen Empire il y eut une invasion de Libyens dont la trace n'est pas restée dans rhistoire, « nous pouvons alors, dit-il, placer la date de ces restes entre 3300 et 3000 avant J.-C. », et plus loin : « les envahisseurs dé-

truisirent ou chassèrent toute la population égyptienne et occupèrent seuls la Thébaïde ».

A la fin de l'Ancien Empire, TÉgypte était déjà très civilisée; ses armées s'étaient avancées au loin en Asie comme en Afrique, ses rois gouvernaient d'immenses territoires et construisaient les édifices grandioses que nous admirons encore aujourd'hui.

Comment supposer que cette puissance, que ces armements, durent céder à des sauvages armés de pierre Tune des plus riches contrées de l'Egypte, longue de 350 kilomètres, sinon la totalité du pays ? Gomment admettre que les prétendus envahisseurs expulsèrent ou massacrèrent toute la population de l'Egypte sans qu'il en restât la moindre trace ? que les envahisseurs avaient un tel mépris pour la population supérieure qu'ils venaient de renverser qu'ils ne la pillèrent pas, n'employèrent aucun objet égyptien, n'adoptèrent aucune des coutumes pharaoniques ?

Les explications que donne M. FI. Pétrie ne sont pas soutenables au point de vue scientifique, pas plus d'ailleurs que les observations sur lesquelles il s'appuie pour dire que la New race vécut postérieurement à la IV' dynastie. Ses arguments pèchent par la base, puisque nous voyons apparaître, dans les tombes égyptiennes les plus anciennes que nous connaissions, les objets que M. FI. Pétrie attribue à des temps postérieurs et sur lesquels il appuie son raisonnement. Ces appréciations étaient prématurées, car lorsque M. Pétrie a écrit son livre il n'avait à sa disposition que des documents très peu nombreux et provenant tous de la même localité. Aucun examen critique n'était encore possible.

Il semble aujourd'hui prouvé que l'âge de la pierre pur s*est prolongé en Egypte jusqu'à l'arrivée des premiers Égyptiens qui apportèrent l'usage des métaux; que les indigènes plaçaient leurs morts dans le sol couchés sur le côté, et que, dès l'invasion pharaonique, les usages funéraires commencèrent à se modifier; qu'au début, beaucoup de cadavres furent démembrés, peut-être même décharnés, bien que les vieilles coutumes aient encore été suivies dans certains cas.

La période qui suivit l'invasion semble avoir été Tépoque la plus florissante en ce qui concerne l'art de travailler la pierre pour en faire des vases; le bronze et l'or étaient alors connus, les hiéroglyphes déjà fixés, l'art pharaonique commençait à se développer.

Après les rois de Négadah et d'Abydos se trouve une lacune dont

nous ne pouvons connaître la durée, puis apparaît TÉgypte pharaonique en possession de toute sa civilisation historique.

Quant à l'origine des Égyptiens et de leur civilisation, quant au berceau de la race commede ses usagesetde sestendancesartistiques, je n^aurais pas repris cette importante question si mes collègues de la Société anthropologique de France ne l'avaient soulevée tout dernièrement*. La discussion débuta par un compte rendu de M. G. de Mortillet, sur mon livre V âge de la pierre et Les métaux en Egypte. Le savant préhistoricien, dont l'opinion est d'un si grand poids dans les questions relatives aux origines, s'exprima en ces termes :

« D'où provenaient ces envahisseurs ? M. de Morgan les fait arrriver d'Asie^ car ils apportaient la métallurgie et, suivant lui, la métallurgie, l'invention du bronze, viennent de l'Asie centrale, de la Chine méridionale. Je ne m'étends pas davantage sur la partie fort importante de l'ouvrage qui concerne les métaux, parce que, bien que partageant les idées de M. de Morgan concernant l'origine du bronze, je ne suis pas de son avis sur la source de la civilisation égyptienne. Il la croit asiatique, je la crois africaine. »

Reprenant la même question, M. Zaborowski ajouta :

« Je suis très heureux que M. G. de Mortillet ait bien voulu nous donner un compte-rendu du livre de M. de Morgan. Je lui avais d'ailleurs demandé son avis sur certaines tendances que j'y avais vu exprimées, bien que je ne Taie pas encore lu. Dans son ouvrage sur le Caucase, M. de Morgan n'a élevé aucune critique sur les données courantes de l'histoire, et il est même resté fidèle à la légende classique sur l'origine des éléments de la civilisation. Ses études sur l'Egypte ont-elles changé sa manière de voir ? En tout cas M. de Mortillet vient de nous dire qu'il ne la partage pas. Lorsque, pour mon compte, j'ai étudié les éléments premiers de cette civilisation du Nil, si étonnante par son ancienneté, ce qui m'a frappé surtout c'est leur physionomie africaine. Personne jusqu'à présent n'a pu, môme par hypothèse, nous indiquer un lieu du monde ou un peuple en possession de ces mêmes éléments de culture avant l'Egypte. »

Depuis que j'ai écrit mes deux volumes sur le Caucase, mon opinion ne s'est pas modifiée, mais je n'entrerai pas ici dans une discussion générale sur les origines delà civilisation asiatique et européenne, un pareil sujet serait déplacé dans ce volume. Je me contenterai de re-

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