Séance du 18 décembre
prendre Tune après l'autre les raisons qui militent en faveur de l'opinion qui fait venir de l'Asie les premiers Égyptiens, espérant fournir des preuves suffisantes pour éclairer la question d'un jour nouveau et la trancher; mais, avant tout, je dois rendre hommage à la courtoisie parfaite avec laquelle les diverses opinions ont été exprimées à la Société anthropologique de France.
Linguistique. — Bien que partisan de l'origine africaine des premiers Egyptiens, M. G. Maspero * reconnaît une parenté réelle entre les idiomes sémitiques et la langue des Pharaons : « On peut presque affirmer que la plupart des procédés grammaticaux en usage dans les langues sémitiques se retrouvent dans l'égyptien à l'état rudimentaire. On dirait que le parler des habitants de l'Egypte et ceux des peuples sémites, après avoir appartenu à un même groupe, se sont séparés de très bonne heure, dans un temps où leur système grammatical flottait encore. Soumises à des influences difi*érentes, les deux familles auraient traité de façon diverse les éléments qu'elles possédaient en commun. »
Or nous connaissons les langues sémitiques et égyptienne d'après des documents presque contemporains, remontant à une antiquité très reculée, par conséquent très voisins de l'origine commune Nos appréciations ont donc bien plus de poids que si nous les faisions porter sur des langues dont nous ne connaîtrions que la forme moderne. Cette opinion d'un linguiste dont l'autorité est absolument indiscutable est d'un poids considérable dans la question.
Écriture. — Plus de quatre mille ans avant notre ère il n'existait dans le monde entier que deux peuples en possession de l'écriture : les Ghaldéens sémites et touraniens qui vivaient côte à côte, et les Égyptiens habitant un pays fort éloigné des rives de l'Euphrate. Ces deux écritures étaient issues d'une même origine, la figuration des objets, et cette idée primitive avait été interprétée de deux manières diff'érentes suivant la nature du pays où elle s'était développée. Nous trouvons donc là encore un lien entre les peuples qui nous occupent.
On dira que l'interprétation de la pensée à l'aide de la représentation a été découverte chez les Esquimaux, les Indiens de l'Amérique et chez d'autres peuples et que, par suite, il se peut qu'elle ait été découverte en même temps en Afrique etenChaldée. S'il en était ainsi,
I, Histoire ancienne des peuples de V Orient, p. 4^.
nous en rencontrerions des traces chez les nègres africains et, à ma connaissance, il n'en existe pas. Il semble plus rationnel d'admettre que la découverte fut unique et que l'un des peuples la transmit à l'autre. La distance qui sépare les rives de TEuphrate de celles du Nil n*est, en ligne droite, que de 1,200 kilomètres, et de 1,800 environ si nous tenons compte des difficultés que présente le désert : les relations entre la Chaldée et TEgypte étaient donc relativement trop aisées pour qu'il soit nécessaire de doubler le nombre des foyers d'invention.
Métaux. — Dès l'époque des sépultures royales de Négadah et d'Abydos, c'est-à-dire dès le début des arts et des usages pharaoniques, nous trouvons le bronze dans les tombeaux ; or la connaissance du bronze est d'origine asiatique.
Il est aujourd'hui avéré que l'Afrique passa de l'usage de la pierre à celui du fer, sans qu'il y ait eu la transition du bronze. Les Africains découvrirent-ils le fer ou en reçurent-ils la connaissance des Egyptiens? la question importe peu dans la discussion des origines égyptiennes. L'usage du bronze suffit à démontrer que les habitants de la vallée du Nil avaient ou avaient eu dix mille ans avant nous des relations très suivies avec l'Asie.
Arts, — La plupart des objets et des monuments de l'Ancien Empire présentent des analogies frappantes avec les objets et les monuments analogues trouvés en Chaldée. Je citerai : les statues de Ra- Hotep et de Nofri, les lions en albâtre de Saqqarah, les lions et les chiens en ivoire de Négadah, certains vases de pierre dure, et enfin le tombeau de Négadah lui-même qui, par la singulière dentelure de son plan, rappelle les monuments de la Chaldée.
Briques, — Nous ne rencontrons de monuments de briques qu'à l'époque égyptienne, les indigènes en ignoraient l'usage. Or on sait quel rôle important joua la brique crue dans l'architecture de la Chaldée dont le sol ne fournissait aucune sorte d'autres matériaux. Le fait que la brique crue n'apparaît qu'avec les premiers Egyptiens prouve que sa découverte n'est pas indigène à TÉgypte, et Ton est porté à penser que c'est dans la vallée du Tigre et de TEuphrate que Tinven. tion fut faite.
Mesures. — M. C. Mauss* a constaté que l'unité de mesure qui a
I. C. Mauss, V église Saint- Je rémie à Abou-Gosch. Mesure théorique des piliers de Tello, 1894.
servi à la construction des monuments de Tello est identique à la coudée égyptienne. Cette coïncidence de Tunité.de mesure dans les deux pays est un lait de la plus haute importance en ce qui concerne les origines égyptiennes.
Cylindres. — Dans les débuts de Tempire égyptien (Négadah, Abydos) les cachets étaient faits au cylindre. Ce n'est que plus tard que le véritable sceau apparut, il prit des formes diverses mais plus généralement celle du scarabée. En Ghaldée, au contraire^ Tusage du cylindre persista jusqu'aux derniers temps de l'époque achéménide. Cette constatation mérite qu'on en tienne grand compte, car l'idée de cacheter en roulant un cylindre sur une substance molle semble, dans les origines, être très particulière à la Ghaldée.
Animaux. — Parmi les animaux que nous voyons figurés dans les mastabas de l'Ancien Empire, au milieu d'une foule d'espèces africaines, sont le bœuf, le mouton et la chèvre asiatiques, c'est-à-dire les principaux animaux qui composaient les troupeaux. On rencontre aussi, il est vrai, des gazelles, des antilopes et d'autres espèces indigènes, mais la présence dans les premiers troupeaux égyptiens de trois espèces asiatiques est fort importante.
Végétaux. — Le blé et l'orge abondent dans les offrandes que contenaient les sépultures royales de Négadah et d'Abydos; or nous savons que ces céréales sont d'origine mésopotamique, et je n'ai jamais rencontré la moindre trace de graines céréales dans les tombes antérieures à la civilisation égyptienne.
Sépultures. — Les tombeaux indigènes sont simplement creusés dans les alluvions, ceux d'époque égyptienne sont soit construits dans le désert, comme les monuments de Négadah et d'Abydos, les mastabas et les pyramides, soit entaillés dans la roche des falaises, comme les tombes de Thèbes, de Siout, de Béni Hassan, etc., soit enfin creusés au travers des couches géologiques comme les puits de Saqqarah, de Dahchour, etc.
11 y a lieu également de rapprocher l'incendie du tombeau de Négadah et de quelques-unes des sépultures royales d'Abydos de l'usage assyrien de brûler les rois morts daiis leur palais.
Je crois avoir donné les principales raisons qui me portent à conserver mon opinion au sujet de l'origine asiatique des Égyptiens. Nous rencontrons, en effet, un si grand nombre de coutumes, d'usages, d'éléments communs entre les civilisations primitives des deux pays qu'il est bien difficile de refuser aux deux peuples un lien étroit de
parenté. Il me serait aisé craccumuler un grand nombre d'autres documents en faveur de cette thèse, mais je pense que ceux que je fournis suffisent; d'ailleurs le lecteur trouvera au cours de ce volume bien des indications qui lui seront précieuses, s'il désire pousser plus à fond la question.
Dans mon précédent volume, j'ai donné une liste sommaire des localités renfermant .des vestiges des indigènes ou des premiers Égyptiens, mais cette liste était peu étendue et fort incomplète. A la suite de mes recherches de Thiver 1896-97, je puis aujourd'hui fournir des renseignements beaucoup plus précis et, grâce aux nombreuses communications qui m'ont été faites par divers savants, je me trouve à même d'étendre les indications jusqu'aux confins de la Nubie.
Chaque année, bien certainement, on découvrira un grand nombre de stations et de nécropoles. Je ne puis donc pas prétendre donner une liste complète; mon but est de faciliter les recherches en permettant aux archéologues de visiter les localités connues avant d'aborder l'exploration des régions encore vierges.
Je commencerai mon énumération par les localités de la Basse- Egypte, pour marcher en remontant le fleuve jusqu'à Ouady-Halfa. J'indique pour chacune des localités la distance qui la sépare du Caire et d'un village important ou d'une ville située sur les rives du Nil.
Gebel-Geneffeh (<â^ J^f)-
Le D' Schweinfurt a trouvé dans les environs de Tisthme de Suez, dans une contrée entièrement inhabitée, un silex taillé de forme trapézoïdale {VerhandL d. Berl, anthrop, Ges., 1886, p. 646).
Tell el-Yahoudieh (\^y^\ J^, Basse-Egypte.
M. Hertwig a récolté une assez grande quantité de silex taillés près
du Tell (Mook, Aegyptens vormetallische Zeit^ p. 22) et le Musée de Gizeh possède une hache en pierre polie et une pointe de flèche trouvées en 1884 par M. Le Mesurier.
Le Caire (S^^UJl ^\ j-^).
Mook [Aegyptens vormetallische Zeit^ p. 22) cite quelques exemplaires de silex taillés, trouvés à TAbbasieh, dans la direction des tombeaux des Califes. D'autres couteaux ont été ramassés par M. Heimann dans le voisinage de Basatin.
Près de la forêt pétrifiée, Tabbé Richard a découvert des haches de grandes dimensions en « grès pétrifié » [Matériaux pour l'histoire de Vhomme^ 1870, p. 248). Le professeur Haynes y a recueilli de nombreux silex, entre autres des haches chelléennes [Mem. ofthe Amer. Acad. of Arts and Sciences^ 1881, vol. X, p. 358).
GizÈH (Pyramides) (•jjf-l f 'u^0> ^ ^ kilomètres environ à l'ouest du village de Gizeh (à 4 kilomètres au sud-ouest du Caire). On rencontre assez rarement dans le désert, à la surface des graviers, des instruments chelléens. Près des pyramides elles-mêmes les silex taillés sont encore plus rares, ce sont des fragments d'outils néolithiques.
M. Arcelin a récolté des silex entre Gizeh et Saqqarah; le professeur Hayser Lewis a trouvé une belle scie à Zawyet el-Arian. Outre cela, on y a recueilli de nombreux fragments, de formes peu précises. (Virchow, VerhandL der Berl.anthr. Ges., 1888, p. 356).
Abou-Roach (v/Ijj y}y, à 8 kilomètres environ au nord des pyramides de Gizeh (14 kilomètres à l'ouest du Caire).
On rencontre dans cette localité, au pied des collines, sur la lisière des cultures, une station néolithique très importante : elle occupe une bande de terrain de 300 mètres environ de large sur 20 kilomètres de longueur.
Au début de notre siècle il existait à Abou-Roach un atelier de taille pour les pierres à fusil, mais les débris de cette industrie sont aisément reconnaissables et ne peuvent être confondus par un œil expérimenté avec les restes de taille de l'antiquité.
Abou-Sir (jj-» y\), à 5 kilomètres environ à Touest de Hawamdieh (à 18 kilomètres au sud du Caire).
I. Cf. Recherches sur les origines de V Egypte ^ 1896, P» 69.
On rencontre parfois dans le désert quelques éclats de silex et des instruments très grossièrement travaillés.
Saqqarah (ôU-»), à 4 kilomètres environ à l'ouest de Bedrechin
(à 22 kilomètres environ au sud du Caire).
Les silex taillés sont très rares à Saqqarah ; ce sont des objets néolithiques brisés à l'usage ou jetés au rebut. Près du Sérapeum, suivant Mariette, ils seraient plus abondants. Malgré des recherches faites avec le plus grand soin, je n'ai rencontré que des éclats informes*.
Dahchour (j>^j)*, à 8 kilomètres environ au sud-ouest de
Bedrechin (à 22 kilomètres environ au sud du Caire).
Près de la pyramide d'Amenemhat II, à la surface du monticule qui renfermait les sépultures princières, j'ai rencontré quelques grossiers instruments chelléens. Quant aux restes néolithiques, on ne les trouve, comme à Saqqarah, qu'à l'état d'objets rebutés ou brisés, et encore sont-ils très rares.
Dans la sépulture spoliée d'un prêtre de Snefrou et dans un puits creusé à l'époque d'Ousertesen III, j'ai rencontré quelques silex taillés dont l'époque exacte ne saurait être précisée.
Helouak (jIjU-), à 24 kilomètres environ au sud-est du Caire.
Les premiers silex recueillis dans cette station Tout été par le D' Reil {Verhand. der Berl. anthrop. Ges,, 1874, p. 120; 1876, p. 156). Les travaux les plus importants publiés sur cette localité sont ceux de Mauthey (iéwi.,1879,p. 351); Inkes Browne {Journ. Anthrop JnsUt. y 1878, vol. VII, p. 396) ; Mook [Aegyptens vormetallische Zeit) ; Jagor {Verh. der Berl. anthrop, Ges., 1882, p. 560) et Schweinfurth [ibid,, 1885, p. 302).
Depuis cette époque la ville s'est étendue vers le Nil; elle couvre aujourd'hui une partie de la station préhistorique^.
Licht(*:jJ)*, à 3 kilomètres environ à Touest de Matanieh (à 55 kilomètres au sud du Caire).
MM. J.-E. Gautier et G. Jéquier ont constaté la présence d'une station néolithique sur le monticule où s'élève aujourd'hui la pyramide
d'Ousertesen I®'. Les silex taillés y étaient relativement abondants.
Meïdoum (f^x-t), à 8 kilomètres au nord-ouest de Wasta (à 85 kilo mètres au sud du Caire).
M. W. M. Flinders Pétrie* signale dans cette localité quelques silex taillés qu'il attribue à Tépoque de Snefrou (IIP dynastie).
Kasr-ks-Sagha (Us-Jl juJ) (Fayoum).
Le professeur Schweinfurth a trouvé près du temple, au nord de Dimeh, de nombreux instruments de silex {VerhandL der Berliner anthrop. Ges,, 1886, p. 646).
Medinet-Madi (^U <^'^) (Fayoum).
M. Virchov^a trouvé des éclats de silex, très peu nombreux, sur les ruines de la ville {VerhandL der Berl, anthrop. Ges.^ 1888, p. 356).
Omm-el-'Atl (J^ f\)* (Fayoum), localité située au nord du village de Tamiyeh.
Il existe trois stations distinctes de Tépoque néolithique : Tune à
3 kilomètres à Test, une autre à 4 kilomètres au nord et la troisième à 5 kilomètres environ au nord-ouest dans le désert. Ces stations fournissent en abondance les couteaux, les pointes, les racloirs, les têtes de javelot et de flèche ; on y rencontre parfois, mais rarement, des haches dont le tranchant a été poli.
KoM-AcHiM {f^J f jK ) ' (Fayoum), localité située au nord-est du
village de Tamiyeh. On y voit un kom important, ruines d'une cité gréco-romaine.
La station néolithique se trouve à 4 kilomètres environ au nord du kom, entre les ruines et le désert. Les instruments qu'on y rencontre sont en tout semblables à ceux des stations de Dîmeh et d'Omm el- 'Atl.
DiMEH (<£^)* (Fayoum), station préhistorique la plus importante
du Fayoum ; elle est située à 3 kilomètres environ au sud des ruines de la ville romaine qui elles-mêmes s'élèvent sur la montagne bordant à l'ouest le Birket-Karoun.
Les silex taillés se rencontrent à Dîmeh sur une surface d'environ
4 à 500 hectares ; mais c'est surtout dans un ancien golfe du lac, dont