RESUME
Malgré les inévitables lacunes d'un travail exécuté dans des conditions aussi défectueuses de milieu et de temps, une notion très nette se dégage des mesurations effectuées. Aucune des séries de crânes, quelque soit le degré d'antiquité qu'on veuille lui accorder, ne peut être confondue avec le type égyptien des époques pharaoniques. A défaut de toute autre preuve, Texamen des moyennes de Tindice céphalique suffirait pour le démontrer.
De plus, si Ton accorde à l'abaissement du plan du trou occipital, au-dessous de l'épine nasale, la valeur qui lui est en général attribuée, on doit admettre que l'influence de la race nègre s'est fait sentir chez quelques-uns des sujets des trois premières séries (voir le tableau).
La classification des nécropoles adoptée dans ce mémoire m'a été indiquée, a priori^ par M. de Morgan'. Elle est basée sur l'examen des poteries trouvées avec les squelettes et sur la forme des tombes. L'étude des procédés de conservation qui vont en se compliquant de plus en plus, de Beit-AUam à Guebel-Silsileh, apporte à ce classement un premier élément de confirmation. Elle indique, pour les différentes peuplades étudiées, ou une souche commune, ou d'étroits rapports religieux. Elle pourra servir à marquer la date de la séparation des peuples qui ont essaimé vers les contrées lointaines et n'ont plus eu de communication avec leur pays d'origine*.
La marche ascendante de l'indice céphalique marque ou des changements ou des mélanges de races, et, dans ce dernier cas, sert à établir l'âge respectif de chacune de ces races. Si nous cherchons maintenant quelle est l'origine de la race la plus ancienne, nous voyons que, par son indice moyen de 70,6 pour les hommes et de 70,77 pour les femmes, le type de Beit-Allam semble se rattacher à
1. LeUre de M. Jéquier, assîstaat de M. de Morgao, it\ mars 1897.
2. Les ChamiteSt Indes pré-aryennes, origine des Ég'jptiens, etc. Viç-wa-Milra. Paris, 1892.
la race élevée de l'Inde qui a fourni les Guèbres, dont Tindice est de 70 (Khanikoff, Duhousset*). La chevelure noire et lisse, la douceur de caractère se rapportent bien aux observations que j'ai faites. Ces peuples devaient avoir des mœurs paisibles, car sur 23 crânes ou squelettes, je n'ai trouvé la trace que d'une seule lésion traumatique. Les rares cheveux dont j'ai pu constater la présence avaient l'aspect, le mode d'implantation et toute la manière d'être de ceux que j'ai pu observer à Tétat moderne sur des Persans à crâne allongé. La tradition biblique, qui attribue aux Égyptiens une provenance asiatique, serait ainsi confirmée*. L'industrie de la pierre taillée- étant admise en Egypte pour les temps préhistoriques (de Mortillet), attribuée à Tépoque quaternaire (Haynes, Lubbock)», c'est sans doute à cette époque que l'immigration a eu lieu et des siècles nombreux ont pu s'écouler entre l'arrivée de ces peuplades en Egypte et le moment où elles ont fourni la nécropole qui nous occupe. Les renseignements ethnographiques, en indiquant le degré de civilisation des hommes de Beit-Allam, pourront trancher la question.
A Négadah sud, l'indice céphalique de 72,73 pour les hommes, 73,13 pour les femmes, incite à les comparer aux Hottentots, aux Boschimans (72,42), aux Cafres (72,54). La trouvaille faite, à Négadah môme, de statuettes stéatopyges, par M. Flinders Pétrie*, lui a suggéré la même idée, à laquelle il n'a pas paru s'arrêter, en dernière analyse. 0n sait cependant que cette race a pénétré jusqu'en France et a pu passer par l'Egypte en rétrogradant. Le manque d'éléments directs de comparaison, la nature lisse des rares cheveux observés, le moins grand épatement du nez, me font suspendre mon jugement. Cette série n'est, du reste, pas absolument homogène, Texamen des tableaux et surtout celui des crânes le montre suffisamment. Aucun os sain ne m'a été fourni pour me laisser soupçonner quelle pouvait être la taille de ces hommes au visage tourmenté et bestial. Devant tant de desiderata^ la réserve la plus absolue s'impose. Je noterai seulement deux faits : 1*^ l'introduction probable d'un élément berbère dans la série, voir n® 32 (fig. 17 et 18) ; 2*^ le rapport très frappant des dimensions moyennes des diamètres antéro-postérieur
r. Dict des se, anthropol.t p. f\io,