‹ Recherches Sur Les Ossemens Fossiles (volume 3)Chapitre 66 sur 73 · BALEINES · texte numérisé non relu

BALEINES

g;ueur de quinze pieds , ce qui , joint à la tête de six pieds , donne pour le squelette une longueur totale de vingt -un pieds (6,8 1); ce ne serait qu'un bien petit rorqual s'il était adulte.

Un autre squelette de la même espèce a été découvert en i8i6 (i) par M. Corteâ, dans des couches de même nature et dans un vallon voisin , près d'un petit ruisseau qui «e jette dans la Cfuavenna^ Tun des afRuens du Pô. U était moins bien conservé, et on n'a pu le dégager aussi complètement des matières qui Tenveloppent. Sa tête n'a que quatre pieds de long f et M. Cortesi assure que la forme en est parfaitement semblable à celle de son premier squelette (2).

La longueur totale de ce deuxième squelette , dans son état actuel , est de douze pieds cinq pouces (4>o5).

Il était situé plus bas que l'autre, à douze cents pieds au-dessous du sommet du monte

(1) Saggi geologici , p. 61 et suiv,

(2) Pdge 64.

FOSSILES. 3l5

Pulgnasco et à quatorze cents du monte Giogo , les deux collines les plus voisines.

ARTICLE II

D'an fragment considérable de tête de baleine déterré dans le sein de la ville de Paris.

En 17799 un marchand de vin de la rue Dauphine à Paris, en faisant des fouilles dans sa cave, découvrit une pièce osseuse d'une grandeur considérable, enfouie dans une glaise jaunâtre et sablonneuse qui paraît avoir fait partie du sol naturel de cet endroit. Ne voulant pas se livrer aux travaux nécessaires à l'extraction complète de ce morceau, il le brisa et en enleva une portion qui pesait deux cent vingt-sept livres, et qui fut vue d'un grand nombre de curieux; mais parmi les naturalistes de profession il n'y eut que le seul Lamanon qui se donna la peine d'en prendre connaissance. Il fit faire de cet os mutilé une copie en terre cuite , et en publia un dessin et une description dans le Journal de physique , du mois de mai 1781 (i), et il conjectura avec

(î) Tome XYII , p. 393 , pi. H.

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raison que ce devait être quelque os de la tête d'un cétacé.

Cependant il ne se faisait point d'idée nette de la place que cet os devait occuper dans la tête. On peut en juger par son dessin, où il met la partie supérieure en bas et réciproquement, et où il figure à coté la manière dont il conçoit que l'o^ devait être joint à son congé" nère, laquelle est tout-à-fait fausse.

Daubenton (i)^ excité par ce travail de Lamanon^ et ayant sous les yeux un des modèles en terre cuite que ce zélé naturaliste avait fait faire y essaya de déterminer Tespèce de cet os, en le comparant avec les seules têtes de cétacés dont il pût disposer, savoir^ celle du dauphin vulgaire, celle d'un glohiceps^ qu'il prenait pour un petit cachalot, et celle du grand cachalot d'Âudierne dont nous avons parlé ci-dessus.

Il ne trouva dans ces têtes , dont il avait (ait une étude assez légère, que les bords des narines postérieures qui lui parussent avoir

(1) Mém. de TAcad. des Sciences, 1782, p. 211 et suiv.

quelque rapport de forme avec la portion oi« seuse qu'il leur comparait ; il crut même re« connaître, dand cette dernière , la suture qui sépare l*ethmoïde de la partie antérieure dé Taile du sphénoïde, et ayant établi ses calculs sur ces données , il en conclut que la pièce fossile devait provenir d'un cachalot de cent pieds de longueur (i).

Comme il n'a point développé ses raisonnemens , ni marqué les points du fossile qu'il jugeait correspondre à des points déterminés dans les squelettes , il est difficile de reconnaître les causes de son erreur; ce qui est certain, c'est que ni le grand cachalot ni le globiceps n'offrent d'analogie réelle avec le morceau en question.

Nous possédons aujourd'hui des objets de comparaison plus nombreux en squelettes de cétacés vivans , et l'os fossile lui-même ayant passé dans le cabinet de Teyler à Harlem , le savant M. van M arum , directeur de ce cabinet , a bien voulu m'en envoyer un dessin p qui, joint à celui de Lamanon, a suffi pour

(1) Loc. dt.^ p. S17.

^l8 tiÂLBlilES

m'ihdiquet* avec toute probabilité l'endroit de la tête dont Fos provietat et le genl*e de cetacc qui l'a fourni. ^.

U est nécessaire d'abord de le considérer dans un sens opposé à celui où la figure de Lamanon est faite, et de la renverser oomme je l'ai fait dans celle que je donne pli 2^8, fig. i6.

On reconnaît alors promptement dans sa partie principale, A, B, G, une portion considérable de l'os temporal droit d'une baleine proprement dite, vu par sa face antérieure, et dans l'autre partie , D , E , une portion du pariétal. En a est la face articulaire qui donne appui à la tête de la mâchoire inférieure. La proéminence, B, est l'apophyse zygomatique. Le hord interne , & , est fort semblable à celui de la baleine, et l'on voit, en y*, le commencement fracturé d'une arête qui se trouve aussi à cette place dans la baleine , et qui s'avance pour servir à l'articulation avec le ptérygoîdien^. Le bord externe est plus ou moins fracturé , de ^ en A. Quant à la suture , Dkmj pour l'articulation avec le pariétal , elle est parfaitement comme dans le squelette.

L'os pariétal est cassé dans I& pstrtié par où

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il se joignait au reste du crâne , mais on voit en p une portion de sa face interne.

Malgré les rapports de forme de ce temporal avec celui de la baleine du Cap^ ce dernier est beaucoup plus large à proportion de éa hauteur. ^

Le fragment fossile avait en diagonale , de B en ^^ quatre pieds trois pouces (i,38) ; maf8> depuis le milieu de son bord inférieur, il n^y avait, en ligne verticale jusqu'eti^, point le plus bas de la suture avec le pariétal , que deux pieds trois pouces (0,73). La largeur de son bord inférieur , B G, était de deux piedy

Dans notre grande baleine du Cap, ces deux dernières dimensions sont au contraire de 0,64 et de 0,8 1. Ainsi la largeur y surpasse une ligne correspondante de hauteur , ce qui est l'inverse du fossile.

Dans la baleine du Groenland , autant que j'en puis juger par mes figures, la même partie a en hauteur o,83 et en largeur 0,72; proportions très-peu difierentes de celles du fossile, car il ne s'en faut que de deux centimètres en largeur qu'elles ne soient semblables.

SdO BALBtlVBS

Or la tête de baleine du Groenland oh j*ii pria ces mesures était longue de dix^huit pieds (5,84).

Êelle dont provenait le morceau fossile devait être à celle-là à peu près comme yS à83 ou comme 64 à j2. Loin, d'avoir cent pieds de long comme Daubenton Tavait conjectaré; sa taille n'était donc pas des plus grandes. Elle devait avoir au plus la tête de 5^ 1 7 ^ ^ sa Iodgueur totale ne pouvait guère surpasser 17,4 ou I y, 5, c'est-à-dire cinquante-trois ou cinquante-quatre pieds , sans compter cependant la nageoire caudale ni l'épaisseur des lèvres, qui pouvaient la porter à soixante pieds environ.

D'après ces rapports de grandeur , on pourrait être tenté de croire que ces pièces osseuses trouvées à Paris étaient simplement des fragmens de baleine franche^ et même qu'elles auraient été autrefois apportées par les hommes; mais indépendamment^de l'état du sol où elles furent déterrées , je ne les trouve pas aussi semblables à la baleine du Groenland par le détail des formes que par la grandeur et par l'ensemble des proportions. Le temporal de la baleine franche est beaucoup plus

oblique ^ la face articulaire pour la mandibule s'y étend davantage , l'angle saillant de son bord externe a au-dessus de lui un arc rentrant très-marqué dont il ne reste rien ici^ etc.

Il y a donc la plus grande apparence que c'est encore ici un fragment de cétacé d'una espèce jusqu'à présent inconnue^ même parmi les fossiles, car on n'aura pas l'idée de le rapprocher du rorqual découvert par M. Cortesi, le temporal des rorquals étant encore plus large et d'une toute autre forme.

VIII, 2* part. 21

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