‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 14 sur 98 · AC RES · texte numérisé non relu

AC RES

Cet établissement paraît avoir été l'un des plus vastes que les fastes de l'mstruction puissent citer, et mieux que tout autre il aurait pu porter le nom d’ École Polytechnique, Excepté la théologie , toutes les sciences et tous les arts y étaient enseignés. Quoiqu'il n'ait existé qu'un petit nombre d'années, il a produit, outre Schiller

et Cuvier, plusieurs hommes des plus distingués de l'AIlemagne,

Non seulément :1l récoltait des insectes, mais il les péignait avec une rare perfection, Ses manuscrits d'alors, qui portent le titre de Diarium zoologicum, existent encore en partie. On y trouve les figures de 800 insectes avec leur description latine ; et la première fois que son nom parut dans les fastes de la science, ce fat pour faire connaître, en 1792, dans le deuxième volume du Journal d'Histoire naturelle, des observations sur quelques diptères et sur les cloportes.

Plusieurs de ses cahiers d'étude de botanique existent ésalement , et l'on voit par le soin qu'il prenait à dessiner les caractères de la méthode naturelle de Jussieu, que les idées sur lesquelles elle est fondée l'avaient vivement frappé. Il est à présumer que dès cette époque il songeait à l'application qu'on pourrait en faire à la zoologie.

Il s'occupait aussi de la cristallographie, On trouve

encore dans ses cartons plusieurs cahiers d'étude de cette science, et l'on sait qu'il avait adressé de Normandie, à M. Haüy, un mémoire que celui-ci croyait être d'un géomètre. L'auteur de cet écrit a entendu dire à M. Haüy plusieurs fois que personne ne l’avaitalors aussi bien compris que M. Guvier; ce que confirme, au reste, le savant éloge de l’auteur de la cristallographie, prononcé à l'Académie le 2 mai 1825.

C’est une chose digne de remarque que M. Cuvier, disciple en quelque sorte de Kielmeyer, car, étant plus jeune que ce dernier, il recueillait avec avidité ses discours et apprit même de lui à disséquer, se trouve re: présenter, auprès des naturalistes , l'école péripatéticienne, dont la méthode est d'observer les faits, de les comparer entre eux, et de chercher ce qu'ils ont de commun pour en déduire des principes généraux ; tandis que Kielmeyer est le créateur d'une école métaphysique tout-à-fait semblable à l'école académique, en ce qu’elle admet l'existence indépendante des idées générales. Voilà donc un nouvel Aristote disciple d'un nouveau Platon, et tous deux suivant des routes aussi opposées que les deux philosophes grecs, sans cependant cesser d'être amis,

Tel n'était point le système Linnéen , fautif surtout pour les animaux inférieurs.

Les vertébrés se divisent si naturellement en classes, qu'un sentiment instinctif avait porté tous les zoologistes depuis Aristote à reconnaître celles qui sont encore adoptées aujourd'hui ; mais ne reposant que sur ce sentiment qui de sa nature ne raisonne pas, et ne recherche

par consèquent jamais le fondement de ses aperçus, cette division naturelle des classes n’avait pas été portée plus loin ; leurs subdivisions en ordres et en familles exigeaient des observations et des méditations qui n'avaient point été faites généralement. Une meilleure distribution des mammifères, quoique incomplète, avait été proposée par Storr; mais les autres vertébrés attendaient encore un réformateur, aussi bien que les invertébrés. Les formes étant plus variées parmi ceux-ci, l'analogie n'avait présidé à leur arrangement ni par instinct ni par réflexion, et celui qu'avait adopté Linnæus était moins naturel que celui qui se trouve établi déjà par Aristote,

NOTE à.

M. Tessier, que M. Cuvier reconnut, en Normandie, en discourant avec lui sur quelques sujets d'histoire na- Ra Un 4 À turelle et d'agriculture , malgré l'incognito que le premier cherchait à garder pour éviter les persécutions et la fureur des partis.

M. Cuvier dessinait avec une rapidité extrême et de mémoire tous les êtres de la nature, en indiquant leurs caractères et les proportions relatives de leurs parties, avec une justesse qui faisait l'admiration de tous ses auditeurs, lorsque, sur un tableau noir, il semblait plutôt avoir fait paraître une figure par quelque prestige que l'avoir tracée.

L'entomologie, ainsi que toutes les branches de la zoologie ,ayant pris en peu de temps des développemens considérables, il n'était plus possible qu'un seul homme

| étudiât à fond la série entière des animaux. M. Cuvier

| s'associa pour la publication de cet ouvrage M. Latreille qui fut chargé des crustacés et des insectes.

Aucun système basé sûr l'observation d'un seul organe , quelque élevé qu'il soit, ne peut conduire à former comme cette méthode des familles fondées sur leur propre nature ; car il n'en est aucun qui ne rompe les rapports naturels. D'ailleurs comme il est dans la nature de notre esprit qu'avec le temps le système soit considéré comme l'essentiel de la science, cet essentiel est tellement réduit , lorsqu'il ne tire ses caractères que des modifications d'un seul organe, que les ouvrages qu'il fait naître ne sont presque d'aucune utilité ; tandis que la méthode naturelle, fondée sur l'analyse de tous les organes, n’en néglige aucun, et ne produit que des ouvrages durables, et dans lesquels toutes les théories peuvent

puiser.

= Tous ceux qui ont assisté aux lecons de M. Cuvier assurent n'avoir jamais entendu de professeur posséder à ce point le talent de la parole. On en a vu qui montraïent peut-être la même facilité d’élocution , mais ils n'avaient pas sa méthode, ses idées claires, sa justesse d’expression ; ils n'avaient pas ce don de persuasion qui faisait que lorsqu'il avait cessé de parler tout le monde était convaineu , et qu'il devait à sa sévère logique, à l'aspect imposant, à l'air inspiré de sa noble figure.

Outre ses cours au Jardin des Plantes où il professait l'anatomie comparée , et au Collége de France où il exposait lés principes dé l’histoire naturelle et'en dernier lieu l'histoiré de cette science, il s'ést fait enténdre pendant plusieurs années à l’Athénée de Paris; 1 existe

même un livre qui contient l'analyse des lecons qu'il donna dans cet établissement en l’an 15, et rédigé par M. Bosredon Ransijat ; mais nous croyons que l'auditeur n’a pas toujours bien compris le professeur.

Un de ses aides les plus laborieux fut M. Rousseau, père du chef actuel des travaux anatomiques. M. Rousseau était animé d’un zèle si ardent, que dans les jours

d'été il se mettait à l'ouvrage dès cinq heures du matin, .

et ne le quittait qu'à six et même à sept heures du soir, prenant à peine une demi-heure pour ses repas.

Comme il l’a dit quelque part, ces préparations exposées depuis nombre d'années dans les galeries d’anatomie , étaient une sorte de publication dont on ne lui a pas toujours tenu compte. Quelques personnes ont relevé avec aigreur des fautes qui lui sont échappées dans son anatomie comparée, en se gardant bien de dire qu'elles avaient puisé leur rectification dans des pièces préparées quelquefois de la main de M. Cuvier.

M. Cuvier improvisait ses lecons sur de simples | notes : ce furent deux de ses élèves, M. Duméril et |!

M. Duvernoy, qui recueillirent les paroles qui font la

base de cet ouvrage ; mais M. Cuvier a non seulement | revu leurs cahiers et corrigé les épreuves, mais il a mis ! en tête de chaque chapitre les généralités que l'on y |

trouve, NOTE 12.

M. Cuvier considérant que tous les êtres organisés sont dérivés de parens , etne voyant dans la nature aucune

force capable de produire l’organisation, croyait à la pré- |

NOTES. 57 existence des germes : non pas à la préexistence d'un être tout formé, puisqu'il est bien évident que ce n'est que par des développemens successifs que l'être acquiert sa forme ; mais, si l'on peut s'exprimer ainsi, à la préexistence du radical de l'être, radical qui existe avant que la série des évolutions ne commence, et qui remonte au moins certainement, suivant la belle observation de Bonnet, à plusieurs générations.

Le nombre des espèces de vertébrés reconnus par M. Cuvier se monte à 168 , et forment environ 50 genres, dont 15 au moins sont nouveaux. Plusieurs nouveaux genres ont déjà été trouvés depuis, et lorsqu'on réfléchit au petit nombre de lieux explorés avec quelque soin, en est fondé à croire que les espèces perdues sont peut-être plus nombreuses que les espèces vivantes. Les travaux étendus qui s'exécutent sur les poissons, sur les coquilles , sur les madrépores et sur les plantes fossiles, donnent des résultats du même genre que ceux de M. Cuvier sur les mammifères et sur les reptiles.

C'est en travaillant à la minéralogie des environs de Paris de concert avec M. Brongniart, qu'à Fontainebleau M, Cuvier, au sommet du mont Perreux, s’écria tout-à-coup : J'ai trouvé la solution de la difficulté qu nous occupe; c’est qu'il y a des terrains d’eau douce et

des terrains d’eau salée,

Cette succession de terrains marins et lacustres nous parait une des plus fortes preuves de la réalité du sys-

tème de M. Élie de Beaumont sur l'élévation et l’abaissement des terres à des époques peut-être périodiques.

Un grand nombre d’ossemens fossiles avaient été donnés à M. Cuvier personnellement ; un plus grand nombre ont été achetés par lui à haut prix, quoiqu'il n'ait jamais eu de collection particulière. On sait qu'il plaçait dans les galeries du Muséum tout ce qu’il recevait ou achetait, et c'est ainsi que s’est formée cette réunion nombreuse de fossiles qui remplit actuellement toute une salle du Muséum d'histoire naturelle, et qui pourrait en remplir deux, tant ils s'y trouvent pressés.

La religion catholique n'étant point encore arrivée à ce degré de tolérance qui permette à un évêque de cette communion d'instituer des prêtres d’un autre culte que le sien, M. Cuvier, élevé comme ses parens dans la communion luthérienne, fut chargé, lorsque l'évêque d'Hermopolis fut mis à la tête de l'Université, du soin des facultés protestantes, et plus tard de la direction des cultes non catholiques. Cinquante cures nouvelles furent établies, sous son administration, dans des localités qui en réclamaïent depuis long-temps, et son projet était d'en instituer un nombre plus considérable encore; il s'occupait aussi de réunir tous les documens nécessaires à la rédaction d’un règlement de discipline pour les Églises protestantes, dont le besoïn se fait généralement sentir.

On a comparé, faussement suivant nous, cette théorie aux lois de Képler et de Newton, à ces lois de mé-

NOTES. 59 | canique et de physique générales, qui sont de tous les | lieux, et qui régissent non seulement les corps de notre | système planétaire , mais encore tous ceux qui existent * dans l'univers. Si l’on veut absolument établir une com- | paraïison entre ces lois et celles qui gouvernent les corps | vivans, on ne peut la faire porter que sur quelqu'une | de celles que nous nommons physiologiques. Celles-ci | sont en effet générales, et s'appliquent chacune à l’en- | semble des êtres pourvus des organes dans lesquels | elles s'exercent. Dans tous les animaux, la nutrition | se fait sans contredit par les mêmes forces, et la repro- | duction également, Dans tous les animaux à centre | nerveux , l'innervation se fait de la même manière; en- | fin, les lois qui gouvernent ces fonctions, et qui régis-

sent probablement aussi le règne végétal, sont générales, et tout aussi invariables que les lois physiques dont elles ne diffèrent peut-être même pas. En ce sens il y a unité sans doute, et personne que nous sachions ne le conteste ; mais la question qui s’agite ici est une question de formes ou d'intention qui est d'un autre ordre et qui trouve même des applications tout aussi fondées dans le monde planétaire que dans le monde organique. En effet , les lois de Képler et de Newton ne s'opposent pas à ce que la forme de Saturnesoit différente de celle des autres planètes, et à ce que certaines d’entre elles possèdent un ou plusieurs satellites , tandis que les autres en sont dépourvues, en sorte que même pour ces corps bruts il n’y a pas unité de composition, unité de plan. Les lois physiologiques des êtres organisés n'empêchent pas davantage que leur forme ne varie pour des buts divers, Or ce but, c’est la forme, ce sont les organes qui le révèlent. La forme a donc changé, les organes ont été simplifiés ou compliqués quand le but était différent, quand l'intention le réclamait. L'aigle

6o NOTES.

et la couleuvre ne pouvaient avoir la même forme, ne pouvaient être pourvus des mêmes organes , et cependant leurs fonctions physiologiques se font par des moyens semblables ; elles sont les mêmes. La mousse et le chène végètent par les mêmes forces; leur forme seule diffère. C'est donc de la forme des êtres organisés, et non de leurs fonctions générales , non des lois générales par lesquelles ils croissent , ils se nourrissent, ils se propagent, ils sentent, ils veulent quand ils sont animés, qu'il s’agit ici, mais de la forme, qui, nous le répétons, d’accord avec le but, avec le rôle

que chaque être doit remplir, ne pouvait pas être la |

même partout, puisque ce but et ces fonctions varient, Or, pour varier la forme des êtres, pour arriver aux conditions de leur existence, la nature a non seulement modifié les organes dont elle les compose, mais elle en a donné plus aux uns, accordé moins aux autres ; elle a employé toutes les combinaisons d'organes qui n'offrent pas d'ncompatibilités physiologiques, toutes les combinaisons qui ne sont pas contradictoires; comme pour varier le moûe d'action des forces physiques, elle a gratifié certaines planètes d'un ou de plusieurs satellites, ou pourvu Saturne d'un anneau. Nous observerons ici en passant que, si l'on remarque tant de variétés sur onze planètes de notre système, que serait-ce si nous pouvions plonger nos regards assez loin dans l’espace pour découvrir celles de tous les autres systèmes solaires ? Nous trouverions peut-être là des différences presqueaussi tranchées que dans les êtres animés. Nous savons déjà que ces soleils eux-mêmes ne sont pas toujours simples , que quelques uns sont doubles , d'autres triples, et que, par conséquent, il n'y a pas unité, là même où, sans le télescope, l'imagination la plus hardie n'aurait osé supposer le contraire, Qui pourrait calculer l'effet que doi-

NOTES. Gi | vent produire deux ou trois soleils tournant les uns autour des autres sur les systèmes planétaires qui leur appartiennent? et pourtant tous ces corps, quelque variés qu'ils puissent être, obéissent aux lois de Képler et de Newton, comme tous les êtres organisés , quelque divers qu'ils soient de forme et de fonctions, sont soumis aux Mois physiologiques : nous croyons même qu'il n'y au- |rait pas de témérité à penser que ces lois physiologi- |ques s'étendent au-delà de notre planète. Mais qui ose- | rait croire que les formes qui existent sur notre globe ki répètent sur tous les autres ?

Les personnes qui pensent que toutes les lois de la | nature sont simples, sont portées à croire à l'unité de | composition, parce qu'elles voient de la simplicité dans as loi. Il ne serait pas difficile de démontrer qu'il était plus simple d'avoir plusieurs plans que d’en tortu- | rer un seul, comme il aurait fallu le faire pour arriver | à la forme générale des divers embranchemens. Sans

entrer dans cette discussion, nous dirons que cette idée , assez généralement répandue, de la simplicité des | les lois découvertes par le calcul, ne s'appliquant qu'à | des phénomènes simples, sont simples aussi; mais cela | prouve seulement que nos méthodes ne sont point en- | core assez parfaites pour calculer des phénomènes compliqués , des problèmes à plusieurs séries et à plusieurs

inconnues, Sans doute la sagesse que l’auteur de la nature | a montrée dans toutes ses œuvres ne permet pas de | | simples possibles; mais ces voies, simples pour lui, | peuvent être tellement compliquées pour nous, qu’elles | soient peut-être hors de Ja portée de notre intelligence. Nous terminerons en faisant remarquer que, pour

prouver l'identité de plan de tous les animaux , les natu-

lois de la nature , provient sans doute de ce que toutes douter qu'il ne parvienne à son but par les voies les plus

ralistes dont nous parlons sont forcés de transposer par la pensée les organes qui les gènent, d’ajouter ou de retrancher aux matériaux qui les composent. Avec cett manière de procéder , il est certain que tous les êtres peuvent être ramenés à un type unique : mais ce sont précisément ces transpositions , ces additions, ces soustractions auxquelles ils sont obligés de recourir, qui | prouvent contre leur manière de voir; car ces opéra» | tions de l'esprit, qui se font avec des sz, n'apportent au- | cun changement à l'être sur lequel on les exécute ; il n’en | existe pas moins avec toutes les réalités qui le constituent un être à part. Enfin, lorsqu'après ces abstractions le té- | moignage de leurs sens les force à reconnaître encore des différences, un dernier subterfuge leur reste ; ils | avouent que ces animaux présentent rt anomalies. Oui, sans doute, ils en présentent, mais pour les lois que vous avez établies ; et ces anomalies prouvent la fausseté de vos lois ; considérez les être tels que la nature vous les offre, et non tels qu'ils devraient être pour être selon vos règles, et vous ne trouverez point d'anomalies. Ces prétendues anomalies ne démontrent-elles pas évidemment qu'un autre ordre d'idées que les vôtresa présidé à la formation: des êtres organisés, et que vos lois ne sont point celles en vertu desquelles ils existent? et le naturaliste qui adopte plusieurs plans généraux sur lesquels tous ces êtres peuvent être rangés, n'est-il pas plus philosophe que ceux qui n'adraeties qu'un plan unique, et quit sont obligés, même après de nombreuses abstractions, de convenir que certains d’entre eux présentent des | anomalies dans une ou plusieurs de leurs parties ? |

On a cherché dans ces derniers temps à donner aug

NOTES. 63 doctrines diverses que suivent les naturalistes, des dénominations tirées des théories politiques actuelles. On a dit qu'il existe une science du mouvement et une science de la résistance , et l’on a voulu placer M. Cuvier entête des sectateurs de cette dernière, parce qu’il n’admettait pas comme vrais quelques uns des systèmes soi-disant philosophiques de nos jours, Nous croyons que l’on est tombé dans une étrange erreur. Nul, plus que lui, n'était partisan des progrès des sciences, puisqu'il leur attribuait les développemens de la civilisation, et fondait sur eux, depuis leur marche rapide, une ère nouvelle pour l'humanité, comme on peut s'en convaincre par la lecture des Nr sur les sciences qui se trouvent en tête de ses éloges. Nul ne désirait plus vivement de voir Les sciences naturelles s’ appuyer sur des principes généraux semblables à ceux sur lesquels reposent les sciences physiques. Celui qui, dès 1808, disait à Napoléon que les vérités générales forment le noble apanage de l'espèce humaine; celui qui, dans l'introduction de son ouvrage sur les ossemens fossiles, écriyait, Pourquoi l’histoire naturelle n’aurait-elle pas un jour son Newton? ne pouvait être ennemi des théories; mais

aussi personne n'était plus capable de porter un jugement (réfléchi sur toutes celles qui ont paru, parce que personne n'avait comme lui présent à l'esprit tout ce que l’on | possède de connaissances sur l'organisation. J'en ai cherché, j'én ai imaginé moi-même, disitsil en parlant des théories universelles , peu de temps avant sa mort, mais \je ne les ai pas fait connaître, parce que j'ai reconnu qu'elles étaient fausses, comme je crois que le sont toutes celles qui ont été publiées jusqu'à ce jour. Je dis plus, je dis que, dans l’état actuel de la science, il est impossible d'en découvrir une, et c'est pour cela que : jobserve et que je préconise l'observation, parce qu'elle

seule peut amener à la découverte du fait qui conduira son auteur à une théorie générale véritable, Ce fait, ajoutait-il, est peut-être peu important en lui-même; mais relativement à la théorie il deviendra le fait principal, la clef de la voûte; il faut donc le chercher; il faut faire marcher la science, mais il faut se garder de la faire marcher à pas rétrogrades, comme on a fait quelquefois, et comme quelques naturalistes le font peut-être à présent; il faut travailler, non dans le but d'appuyer une théorie, parce qu’alors l'esprit préoc cupé n'apercoit que ce qui la favorise, mais dans le but de découvrir la vérité, parce que de la vérité se déduiront les vraies théories, les vrais principes philosophiques, la vérité étant à elle seule toute la philosophie. Nous repoussons donc de toute notre force le reproche qu'on a osé lui adresser de n'être qu’un simple col: lecteur de faits et de matériaux dont il ne pouvait faire | usage, Est-ce donc se montrer ennemi de toute théorie |

que de dire : Vos théories ne sont point d'accord avec |

les faits, elles sont fausses? Est-ce donc manifester l'in: | tention de ne vouloir jamais construire que de répéter! | Les matériaux que nous avons ne sont pas suffisanss ! ces pierres informes ne peuvent être retenues sans ci* | ment ; unissons nos efforts, ou travaillons chacun de ! notre côté pour en découvrir un, et alors nous élèves | rons un édifice ?

Pourquoi celui qui avait une si vaste connaissance | des faits, s'il ne voyait jusqu'ici aucun principe général qui les expliquit, n'aurait-il pu l'annoncer sans être L taxé d'obscurantisme? Est-ce à lui qu'il faut s'en pren: If dre si les auteurs des systèmes qu'il repoussait n'ont M pu les appuyer de preuves convaincantes ; si, entraînés | par leur imagination, ils ont consulté les idées qui leur |

souriaient plutôt que la nature, ou si lepr défaut de

logique les a conduits à des solutions erronées? Faut-il s'en prendre à lui si, depuis trois mille ans, tous les systèmes ont été culbutés, et si les observations seules sont restées debout? Et ce fait, car c'est un fait, ne peutil être remarqué sans que celui qui l'énonce soit considéré comme un homme qui travaille en aveugle ?

Il est même assez singulier que lon parle ainsi de l'homme qui a su formuler avec tant de netteté les seules lois fournies jusqu'à présent par l'anatomie comparée, les lois de coexistence dans les êtres organisés , lois d’harmonie entre toutes les parties d'un être pour qu'il puisse exercer les fonctions qu'il doit remplir dans la création, et qu'il a su appliquer avec tant de bonheur à la zoologie vivante pour la classification des animaux, et à la zoologie morte pour leur résurrection; c’est surtout dans les conséquences que l’on tire d'un principe, dans les développemens féconds que l'on en donne, qu'on en constate la réalité; car s’il n’est susceptible d'aucune application, s'il est stérile , il est faux. Or, nous le demandons à tous les naturalistes de bonne foi, quelle ap£ plication a-t-on faite et peut-on faire de toutes les théories anatomiques, physiologiques et métaphysiques de nos jours ? Je vois bien que le principe de la corrélation des formes appliqué à la zoologie générale , a perfectionné sa classification , et qu’appliqué à la zoologie souterraine il a donné au globe une histoire, à la géologie un point d'appui. Mais c’est en vain que je cherche les conséquences de ces systèmes que M. Cuvier repoussait; c'est en vain que je leur demande du secours pour classer un être, que je les interroge pour déterminer un ossement fossile, je n'en suis pas moins obligé de savoir qu'il y a des formes autres pour les mammife res que pour les oiseaux , autres pour les reptiles que pour Les poissons ; que les mollusques, queles insec-

66 NOTES. | tes, que les zoophytes, ont des formes qui leur sont propres ; enfin, je suis obligé d'agir comme si ces systèmes n’existaient pas, tandis qu'avec le principe de la corrélation des formes un os me dévoile tout un animal, tout un ordre, toute une classe. Si j'aborde une terre étrangère, quelques débris de corps organisés répandus | sur la plage m'indiquent les êtres qui l'habitent mieux ! que ne pourrait le faire la plupart de ses habitans; si ! j'entr'ouvre le sein de la terre, la nature des dépouilles qu'elle recèle me dévoile celle du terrain mieux que ce terrain lui-même. Et c'est à l'auteur d’un principe si fécond en résultats qu on adresse le reproche d'absence de tout principe!

Nous avouons n'avoir jamais compris Le reproche que ! quelques naturalistes font à M. Guvier, de ne voir dans les êtres que des différences, et de ne point rechercher les analogies ; car tous ses travaux ont pour but constant une classification naturelle des animaux. Or, qu'est-ce qu'une pareille classification , sinon un arrangement des | êtres, fondé sur leur analogie ? Ce sont les analogies qui font réunir les espèces pour en faire des genres, les analogies qui font grouper les genres en famille , les fa- | milles en ordre, etc. Mais, outre ces analogies réelles, | les êtres présentent des différences qui déterminent les | coupes, et ce n'est que pour abréger, pour ne pas tom: ber dans des redites perpétuelles , que, ces analogies une fois admises, on ne fait plus que noter les différences, Sa | manière nous paraît très philosophique , et la seule ca- | pable de parvenir au but que l'on se propose, c'est-à-dire f à la connaissance des espèces, sans être obligé de faire 1 des volumes sur chacune d'elles; et nous citerons pour exemple de sa manière de procéder le dernier de ses ou- |:

NOTES. 67 vrages zoologiques, son Histoire des Poissons. C'est après avoir étudié, analysé , comparé toutes les espèces, qu’il a formé ses genres ; il prend dans chaque genre une espèce pour modèle, et la décrit avec soin; puis, à chacune des espèces suivantes , ilne consacre que quelques mots pour noter les différences qui la distinguent de la première et des autres : mais il ne faut pas oublier que tous les rapports, toutes les analogies, toutes les ressemblances avec l’espèce-modèle sont tacitement comprises dans le rang qu'on lui donne auprès d'elle, sauf les différ ences qui en font une espèce à part. Sa méthode est la mème en anatomie comparée ; il décrit les organes de l'homme, pris pour point de départ; et faisant ensuite abstraction des ressemblances, il n'a plus qu'à noter les différences: mais les parties qu'il compare entre elles sont, par le fait même de cette comparaison , considérées comme analogues. Dans ses fossiles il suit la même marche. Ayant fait connaître en détail l'ostéologie des crocodiles vivans, il ne fait plus pour les crocodiles fossiles qu'exposer les différences qui les distinguent des crocodiles vivans , et celles qu'ils présentent entre eux.

Il est vrai que , comme quelques naturalistes, M. Cuvier ne voyait pas d'analogie de forme et de position relative des organes, ou de connexions entre tous les animaux, et c'est là précisément ce qui faisait le sujet de la discussion qui nous occupe. Il ne pouvait admettre que les poumons ou les branchies des vertébrés, par exemple, fussent dans les mêmes connexions que les branchies des mollusques et des crustacés, situées chez les uns à la base des pieds, ou fixées sur ces pieds mêmes, et chez les autres souvent sur le dos ou autour de l'anus. Il n’admettait point d'analogie entre le squelette des xertébrés et la peau des articulés ; il ne pouvait croire

| que le tœnia et le poulpe fussent construits sur le même

plan, qu'il y eût unité de composition entre l'oiseau et l'oursin, entre la baleine etle colimacon, malgré l'artavec lequel on cherche à effacer par degrés leur disparité; et nous avouons que nous pensons comme lui, et que nous croyons qu'il n'y a de commun entre ces êtres que l'animalité, c’est-à-dire, l'exécution des fonctions générales de la vie,

C'est cette différence de connexions ou de position relative des organes qui empêchait M. Cuvier d'admettre la théorie du passage du fœtus par tous les degrés 4le

l'échelle animale inférieurs à son espèce, puisqu'il est .

bien évident que dans un ensemble où toutes les parties

sont liées les unes aux autres, comme dans un animal,

les organes ne peuvent point changer de place et de

forme pour simuler aujourd'hui un zoophyte, demain un

insecte, puis un mollusque, un poisson, un reptile, un

oiseau, et enfin un mammifère. Ajoutons à cela que, dans certains animaux inférieurs, quelques uns de leurs organes sont plus compliqués que dans les animaux supérieurs. L'estomac des carnassiers, par exemple, est plus simple que celui des ruminans ; ainsi il faudrait que ce viscère, d'abord simple lorsqu'il ressemblait à celui des poissons et de certains reptiles, se compliquât pour arriver au développement qui constitue un ruminant, et qu'il se simplifiät de nouveau pour prendre la forme qui convient aux carnassiers ,aux quadrupèdes et à l’homme. On pourrait citer ainsi une foule d'impossibilités physiologiques, car il en existe de telles aussi bien que de mathématiques ; et cette considération seule que les organes ne suivent pas tous la même échelle de décrois. sement ou de perfectionnement, que les uns augmentent, tandis que les autres diminuent ou disparaissent tout-àfait, nous semble une impossibilité absolue à ce passage du fœtus par tous les degrés de l'échelle, théorie que

NOTES. 69 nous ne croyons fondée que sur une trompeuse apparence de forme ou de la tête ou des extrémités , lorsque ces parties sont dans un état anormal de développement.

Il s'était associé pour la publication de cet ouvrage un de ses élèves, M. Valenciennes, à qui, par testament, 1 a légué tous les matériaux préparés pour la suite de ce travail. La position de M. Valenciennes, qui vient d'être nommé professeur au Muséum d'histoire naturelle, pour les classes des mollusques et des zoophytes ; le met en état de continuer mieux que personne cette histoire des poissons, puisque, ayant travaillé plusieurs années avec M. Cuvier, il a pu modeler sa manière sur celle de ce grand maître, et se pénétrer de son esprit.

Outre ces ouvrages généraux , M. Cuvier a publié plusieurs mémoires sur des points particuliers d'anatomie, sur la composition de la tête des animaux vertébrés, sur les œufs des mammifères, sur ceux de quelques mollusques ; il a donné la description de quelques espèces nouvelles, il a fait plusieurs articles du Dictionnaire des Sciences naturelles, et notamment le prospectus dans lequel on trouve un exposé rapide de sa manière philosophique de considérer l'histoire naturelle.

Les bâtimens de l'ancien collége du Plessis, dans lesquels on avait placé les Facultés, s'écroulant de toute | part, c'est à la demande de M. Cuvier que l’ancienne | Sorbonne fut accordée à l'Université pour les loger, et | c’est à son activité, aux fréquentes visites qu'il faisait à l'architecte chargé de diriger les travaux, aux inspec-

tions réitérées qu'il en faisait lui-même , que les nombreux auditeurs des cours des facultés ont dû de ne poïnt voir leurs études interrompues; c’est aux fonds qu'il a fait accorder pour la création d’un cabinet d'histoire naturelle, et pour l’achat de divers instrumens de physique

et de chimie, que la faculté des sciences doit sa prospérité actuelle,

Il est fort difficile de trouver un mode de nomination aux chaires de professeurs des facultés qui satisfasse l’opinion . publique. La nomination par l'autorité à l'inconvénient, dans les temps où nous vivons, de porter l'empreinte des idées politiques du moment. Le concours éloigne trop souvent les hommes expérimentés, parce que ceux-ci ne veulent pas compromettre leur réputation vis-à-vis de jeunes gens, qui montrent ordinairement d'autant plus d'assurance, qu'ils ont moins approfondi la science. L'élection peut tendre à écarter un rival dangereux. Pour obvier à ces inconvéniens , l'on avait imaginé en Piémont de faire concourir les jeunes gens pour l'agrégation, à cet âge où un échec n'est point irréparable ; ces agrégés étaient de droit professeurs suppléans, et parmi ceux qui se distinguaient dans ces fonc: tions , la faculté choisissait trois oan-kitétié et l'autorité | nommait l’un des trois, M. Cuvier avait introduit dans { l'Université ce système ingénieux, réunion des trois | modes indiqués ci-dessus, et qui lui paraissait offrir beaucoup de chances pour que les choix fussent lesé meilleurs possibles. Avant qu'on ait eu le temps de s’assurer de son efficacité, ce système a déjà subi des modifications. L'impatience francaise ne laisse pas aux instis tutions nouvelles le temps de porter leurs fruits. Elle les modifie ou les détruit avant que l'expérience Li

prononcé,

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