‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 17 sur 98 · G. CUVIER · texte numérisé non relu

G. CUVIER

La première édition de cet ouvrage, publiée en 1812, n’est qu’un recueil des Mémoires insérés successivement par l’auteur dans les Annales du Muséum d’Histoire Naturelle, auxquels il a cherché seulement à donner quelque liaison au amoyen d'articles supplémentaires. et qu’il a fait précéder par une introduction.

Ce mode de publication a fait que divers chapitres sont demeurés incomplets,

. que d’autres se trouvent composés de plu-

| sieurs fragmens écrits à des époques différentes et en coniradiction les uns avec les autres, et qu'il n’a pas été possible de les disposer tous dans un ordre suflisamment méthodique.

Cependant cette édition a été promp-

tement épuisée ; quelques-unes de ses parties ont été traduites en diverses langues avec des commentaires et des additions des traducteurs. Il existe, par exemple, quatre éditions anglaises du Discours préliminaire, suivies d’extraits du reste de l’ouvrage et de notes intéressantes de l’éditeur, M. Jameson, professeur de Géologie à Édimbourg. Un savant naturaliste américain, M. le docteur Mitchill, en a donné à New-York une édition, .qu'il a enrichie d'observations précieuses sur la Géologie des États-Unis.

La sciéhce des fossiles a fait d’ailleurs de grands progrès en Europe depuis lépoque de cette première édition. Des savans célèbres ont recueilli les fossiles de leur pays, et en ont publié des figures et dés descriptions excellentes : tels ont été surtout le baronnet sir Everard Home à Londres, le conseiller privé M. de Sœmmering à Munich, M. le conseiller Cortest à Plaisance, M. le professeur Buckland à Oxford, M. le président de Schlotheim

à Gotha, M. le professeur Nesti à Fiorence, M. Le conseiller aulique de Fischer à Moscou, et divers autres géologistes ou anatomistes dont les ouvrages et les correspondances ont fourni à l’auteur des matériaux abondans.

Il a lui-même continue avec une ardeur soutenue ses recherches en France, et il a fait des voyages en Italie, en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, principalement dans la vue de recueillir des fossiles, de décrire ceux qui avaient été rassemblés dans les Cabinets publics ou particuliers, et d'observer avec attention les gîtes où ils se sont trouvés. Partout il a été accueilli avec une complaisance infinie par les personnes à portée de l’instruire ou de lui fournir des objets ; les observateurs établis en différens lieux de la France et de l’étranger n’ont pas mis moins de zèle à le seconder, en lui faisant part de leurs découvertes : et il s’est vu ainsi en état de déposer au Cabinet du Roi, à Paris, une quantité considérable

de richesses nouvelles, ou de réunir dans son porte-feuille un grand nombre de dessins intéressans qui vont former les matériaux de la présente édition.

Non-seulement, au moyen de tous ces secours, beaucoup d’objets déjà connus ont pu être étudiés avec plus de soin, mais une infinité d'objets nouveaux se joignent à ceux que l’on connaissait : dès ce moment, le nombre des hippopotames fossiles est porté à quatre; celui des rhinocéros, également à quatre ; celui des crocodiles à six ou sept, sans parler du nouveau genre des ichtyo-saurus. Autour de Paris seulement, deux genres , et peutêtre dix ou douze espèces nouvelles, viendront augmenter le catalogue des êtres perdus.

L'histoire des couches dans lesquelles {

les os fossiles sont renfermés, des minéraux , des coquilles et des autres producuons animales et végétales qui les accompagnent , a recu aussi, depuis 1812, de grands et d’importans perfectionnemens:

Il s’est formé en divers pays des sociétés savantes , uniquement dans le but d’eclaircir cette partie de l’histoire du globe. La Société géologique de Londres a déjà publié plusieurs volumes in -4° de ses Mémoires ; son président, M. Greenough, plusieurs de ses membres les plus distingués, ont parcouru les îles Britanniques et les principales contrées de l'Europe.

Déjà il est résulté de leurs recherches une superbe carte géologique de l'Angleterre, qui montre l’analogie et la liaison des couches de ce pays avec celles du nôtre.

Nos géologistes francais ne sont point restés étrangers à ce grand mouvement ; un ami et un collègue de l’auteur, M. Brongniart, membre de l’Académie des Sciences, qui avait-pris une part principale à lexamen des terrains des environs de Paris, s’occupant d’un traité général de | géologie positive , a visité, dans le plus | grand détaik, l'Allemagne, la Suisse , lI- | talie et la plus grande partie de la France, | pour en étudier les couches. Le plus in-

téressant des terrains de nos environs, celui que MM. Brongniart et Cuvier ont nommé terrain d’eau douce , a été suivi en Angleterre par M. Webster, en France par MM. Beudant et de Férussac, et par ce dernier jusqu'aux extrémités de lEspagne et de la Silésie. On s’est assuré qu’en une infinité d’endroits il est recouvert par des terrains d’origine purement marine, ce qui ne laisse plus de doute sur ce grand fait, non moins important pour l’histoire des hommes que pour celle de la terre , qu’à une certaine époque les continens Lerrestres, auparavant habités par des quadrupèdes et des oiseaux, couverts de végétaux et arrosés par des eaux douces, ont été envahis par les eaux de la mer.

L'autre science auxiliaire de celle des os fossiles , l’ostéologie des animaux , n’a

pas recu des accroissemens moins 1mpor- |

tans que celle des couches du globe; les eflorts qu'a faits eonstammient Pauteur

pour augmenter la grande collection des !

squelettes qu'il a formée au Muséum d'Histoire Naturelle, ont été vivement secondés par les voyageurs envoyés récemment par le Roi dans toutes les parties du monde, tels que MM. Leschenault de la Tour, Milbert, Lesueur, de Lalande, Auguste de Saint-Hilaire, Diard, Duvaucel, etc. C’est ainsi qu'il a obtenu des squelettes de plusieurs espèces ou variétés de rhinocéros, detapirs, de tigres, d’hyènes, de chiens, d’ours , de cerfs, de fourmiliers, qui lui manquaient lors de ses premiers travaux , et qu’il s’est procuré sur les os de presque tous ces animaux , aux différentes époques de leur accroissement, des notions sans lesquelles ses résultats n'auraient pu acquérir une entière solidité.

Pendant qu’il travaillait à la rédaction de ce premier volume, M. de Lalande à apporté du cap de Bonne-Espérance les squelettes complets de lhippopotame, du rhinocéros bicorne, de l’oryctérope, et de plusieurs autres espèces impor-

tantes pour cet ouvrage. En même temps, MM. Diard et Duvaucelont envoyé de Batavia le squelette d’une espèce nouvelle de rhinocéros, propre à l’île de Java , celui de cette grande et belle espèce de tapir qu'ils ont découverte en Asie, et quelques autres non moins inconnus.

. Les travaux de plusieurs anatomistes qui se sont occupés de l’étude philosophique de lostéologie comparée, comme MM. Geoffroy Saint-Hilaire, Spix, Oken, Bojanus , Ulrich, Tiedeman, etc., ont aussi fait connaître ou ont engagé à examiner de plus près des os et des parties d'os de divers animaux , dont il a été possible de tirer un grand parti pour l’explication des os fossiles.

L’étude approfondie des dents des quadrupèdes faite par M: Frédéric Cuvier, et les objets de comparaison qui en sont résultés, n’ont pas été moins utiles, suriout par la facilité que l’on en a retirée de reconnaître chaque quadrupède en quelque sorte par une seule dent.

Enfin, l’histoire des anciens peuples, base si nécessaire de toute opinion posiüve sur l’histoire du globe lui-même, n'a pas laissé que d’obtenir aussi quelques éclaircissemens dans ces dernières années, par les études de plusieurs savans allemands et français, et par les extraits que des savans anglais nous ont donnés des livres sacrés des Indous, ou plutôt ces méditations, ces extraits, ont montré de plus en plus combien tous ces peuples, sans exception , étaient nouvellement établis à l’époque où lhistoire commenca d’en parler, et combien sont vaines et fabuleuses celles de leurs traditions qui multiplient pour eux les siècles et les dynasties.

Tout s'accorde donc chaque jour davantage pour démontrer la vérité d’une grande catastrophe qui a changé la face des continens , détruit des races vivantes, transporté à de grandes distances les faibles restes de celles qu'elle a épargnées , et pour nous faire suivre les traces de plu-

90 AVERTISSEMENT sieurs Catastrophes du même genre qui avaient précédé celle-là.

C’est avec ces nombreux matériaux que l’auteur a entrepris cette édition nouvelle. Il y fera connaître tout ce qu'il a rassemblé et tout ce que d’autres auteurs ont décrit depuis 1812 de relatif, soitaux os fossiles, soit à l’ostéologie des espèces vivantes , voisines de celles d’où proviennent ces 05.

Ne se bornant point aux quadrupèdes

ovipares et vivipares, 1l s’occupera aussi des cétacés, et il espère donner sur lostéologie de cette famille , si importante à bien connaître , beaucoup de faits qui paraîtront encore nouveaux après les ouvrages récens de Camper et d’Albers.

L'auteur s’est efforcé d’ailleurs de mettre tout l'ouvrage dans un meilleur ordre, et d'empêcher qu'il ne se ressente de la manière fragmentaire et successive dont avaient été rédigés les Mémoires qui composaient la première édition ; chaque fait, chaque idée y sera à sa place, et on

pourra le lire et l’étudier de suite, sans être obligé de revenir sur les premiers Mémoires, et de les rectilier au moyen des idées nouvelles et des supplémens contenus dans les Mémoires suivans.

Il'aurait voulu pouvoir mettre le même ordre dans les figures, et qu’elles se suivissent sur les planches comme elles sont mentionnées dans le texte; mais il aurait fallu pour cela regraver toutes les anciennes planches, ce qui aurait exigé des dépenses qui n'auraient pas eu de proportion avec les avantages de cette nouvelle ordonnance. Peut-être même la nécessité de chercher ces figures dans les planches où elles sont éparses, obligerat-elle à plus d'attention; et d’ailleurs il sera aisé à chaque lecteur de les calquer, pour les arranger de la manière qui lui paraîtra la plus favorable à son étude.

Enfin l’auteur , depuis huit ans, n’a pas cessé de revoir, de compléter et de coordonner son travail, et il espère que cet ouvrage, sous sa nouvelle forme, ne

sera pas trouvé moins digne de l’attention des savans et des personnes qui s’occupent avec quelque intérêt des grandes questions qui y sont traitées.

Au Jardin du Rot, À Paris. Juillet 1821.

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