‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 22 sur 98 · SE · texte numérisé non relu

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a cru pouvoir dire que l'autorité d'Hérodote et de Ctésias n’égale pas celle d’'Hésiode ou d'Homère (1). Aussi Ctésias n’a-t-il guère été plus heureux en copistes que Manéthon ; et il est bien difficile aujourd’hui d'accorder les extraits que nous en ont donnés Diodore, Eusèbe et le Syncelle.

Lorsqu'on se trouvait en de pareilles incertitudes dans le cinquième siècle avant jésus- Christ, comment veut-on que Bérose ait pu les éclaircir dans le troisième, et peut-on ajouter plus de foi aux quatre cent trente mille ans qu'il met avant le déluge, aux trente -cinq mille ans qu’il place entre le déluge et Sémiramis, qu'aux registres de cent cinquante mille ans qu'il se vante d’avoir consultés (2)?

On parle d'ouvrages élevés en des provinces éloignées , et qui portaient le nom de Sémiramis; On prétend aussi avoir vu en Asie Mineure, en Thrace, des colonnes érigées par Sésostris (3); mais c’est ainsi qu'en Perse au-

(1) Strabon, lib. x1, pag. 507.

(2) Syncelle , pages 38 et 39.

(3) N. BP, Il est très-remarquabie qu'Hérodote ne dit avoir vu de monumens de Sésostris qu'en Palestine, et ne parle de ceux d’Ionie que sur le rapport d'autrui , et en ajoutant que Sésostris n’est pas nommé dans les ins-

jourd’hui les anciens monumens, peut-être même quelques-uns de ceux-là , portent le nom de Roustan; qu'en Égypte ou en Arabie ils portent ceux de Joseph, de Salomon : c’est une ancienne coutume des Orientaux, et probablement de tous les peuples isnorans. Nos paysans appellent Camps de César tous les anciens retranchemens romains.

En un mot, plus jy pense, plus je me persuade qu’il n’y avait point d'histoire ancienne à Babylone, à Ecbatane, plus qu’en Égypte et aux Indes; et au lieu de porter comme Évhémère ou comme Bannier la mythologie dans l'histoire, je suis d'avis qu’il faudrait reporter une grande partie de l’histoire dans la mytholosie.

Ce n’est qu’à l’époque de ce qu’on appelle communément le second royaume d’Assyrie, que l’histoire des Assyriens et des Chaldéens commence à devenir claire; à l’époque où celle des Ésvyptiens devient claire aussi , lorsque les rois de Ninive, de Babylone et d'Égypte commencent à se rencontrer et à se combattre sur le théâtre de la Syrie et de la Palestine.

Il parait néanmoins que les auteurs de ces

criptions , et que ceux qui ont vu ces monumens les attribuent à Memnon. Voyez Euterpe, chapitre cvr.

contrées , OU ceux qui en avaient consulté les traditions, et Bérose, et Hiéronyme, et Nicolas de Damas, s’accordaient à parler d’un déluge ; Bérose le décrivait même avec des circonstances tellement semblables à celles de la Genèse, qu'il est presque impossible que ce qu’il en dit ne soit pas tiré des mêmes sources, bien qu'il en recule l’époque d’un grand nombre de siècles, autant du moins, que l’on peut en juger par les extraits embrouillés que Josèphe , Eusèbe et le Syncelle nous ont conservés de ses écrits. Mais nous devons remarquer, et c'est par cette observation que nous terminerons ce qui regarde les Babyloniens, que ces siècles nombreux et cette grande suite de rois placés entre le déluge et Sémiramis sont une chose nouvelle, entièrement propre à Bérose, et dont Ctésias et ceux qui l’ont suivi n'avaient pas eu l’idée, qui n’a même été adoptée par aucun des auteurs profanes postérieurs à Bérose. Justin et Velléius considèrent Ninus comme le premier des conquérans, et ceux qui, contre toute vraisemblance, le placent le plus haut, ne le font que de quarante siècles antérieur au temps présent (1).

(1) Justin, Kb. r, cap. 1 ; Velleins Paterculus , lib. 1, cap. 7.

Les auteurs arméniens du moyen âge s'aecordent à peu près avec quelqu'un des textes de la Genèse, lorsqu'ils font remonter le déluge à quatre mille neuf cent seize ans ; et l’on pourrait croire qu'ayant recueilli les vieilles traditions , et peut-être extrait les vieilles chroniques de leur pays , ils forment une autorité de plus en faveur de la nouveauté des peuples; mais quand on réfléchit que leur hHttérature historique ne date que du cinquième siècle , et qu'ils ont connu Eusebe, on comprend qu'ils ont dü s’accommoder à sa chronologieet à celle de la Bible, Moïse de Chorène fait profession expresse d’avoir suivi les Grecs, et l’on voit que son histoire ancienne est calquée sur Ctésias (x).

Cependant il est certain que la tradition du déluge existait en Arménie bien avant la conversion des habitans au christianisme; et la ville qui, selon Joséphe, était appelée Ze Lieu de la Descente, existe encore au pied du mont Ararat, et porte le nom de Nachidchevan, qui a en effet ce sens-là (2).

Nous en dirons des Arabes, des Persans, des

(4) Voyez Mosis Chorenensis, Histor. armeniae., lb. r, cap. 1.

(2) Voyez la préface des frères Whiston sur Moise de Chorène, page 4.

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Tures, des Mongols, des Abyssins d'aujourd'hui, autant que des Arméniens. Leurs anciens livres, s'ils en ont eu, n'existent plus; ils n'ont d'ancienne histoire que celle qu'ils se sont faite récemment, et qu'ils ont modelée sur la Bible : ainsi ce qu'ils disent du déluge est emprunté de la Genèse et n’ajoute rien à l’autorité de ce livre.

Il était curieux de rechercher quelle.était sur ce sujet l'opinion des anciens Perses , avant qu'elle eût été modifiée par les croyances chrétienne et mahométane. On la trouve consignée dansleur Boundehesh,ou Cosmogonie,ouvrage du temps des Sassanides, mais évidemment extrait ou traduit d'ouvrages plus anciens, et qu'Anquetil du Perron a retrouvé chez les Parsis de l'Inde. La durée totale du monde ne doit être que de douze mille ans : ainsi il ne peut être encore bien ancien. L'apparition de Cayoumortz (homme taureau , le premier homme ) est précédée de la création d’une grande eau (1).

Du reste, il serait aussi inutile de demander aux Parsis une histoire sérieuse pour les temps anciens, qu'aux autres Orientaux ; les Mages n'en ont pas plus laissé que les Brames ou les

(1) Zendavesta d’Anquetil, tome 11, page 35 4.

Chaldéens. Je n’en voudrais pour preuve que les incertitudes sur l’époque de Zoroastre. On prétend même que le peu d'histoire qu'ils pouvaient avoir, ce qui regardait les Achéménides, les successeurs de Cyrus jusqu’à Alexandre, a été altéré exprès, et d’après un ordre officiel d’un monarque Sassanide (1).

Pour retrouver des dates authentiques du commencement des empires, et des traces du grand cataclisme , il faut donc aller jusqu'audelà des grands déserts de la Tartarie. Vers lorient et vers le nord habite une autre race dont toutes les institutions, tous les procédés, différent autant des nôtres que sa figure et son tempérament. Elle parle en monosyllabes ; elle écrit en Miéroglyphes arbitraires; elle n'a qu'une morale politique sans religion, car les superstitions de Fo lui sont venues des Indiens. Son teint jaune, ses joues saillantes, ses yeux étroits et obliques, sa barbe peu fournie, la rendent si différente de nous, qu’on est tenté de croire que ses ancêtres et les nôtres ont échappé à la grande catastrophe par deux côtés différens; mais, quoi qu'il en soit, ils datent

(4) Mazoudi , ap. Sacy , manuscrits de la Bibliothèque du Roi, tome vu, page 161.

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leur déluge à peu près de la même époque que nous.

Le Chouking est la plus ancien des livres des Chinois (1); on assure qu'il fut rédigé par Confuciusavecdes lambeaux d'ouvrages antérieurs, il y à environ deux mille deux cent cinquantecinq ans. Deux cents ans plus tard arriva, diton , la persécution des lettrés et la destruction des livres, sous l’empereur Chi-Hoangti, qui voulait détruire les traces du gouvernement féodal établi sous la dynastie antérieure à la sienne. Quarante ans plus tard, sous la dynastie qui avait renversé celle à laquelle appartenait Chi-Hoangti, une partie du Chouking fut restituée de mémoire par un vieux lettré, et une autre fut retrouvée dans un tombeau ; mais près de la moitié fut perdue pour toujours. Or ce livre, le plus authentique de la Chine, commence l’histoire de ce pays par un empereur nommé Ÿao, qu'il nous représente occupé à faire écouler les eaux qui, s’étant élevées jusqu'au ciel, baïsnaient encore le pied des plus hautes montagnes , couvraient les collines moins élevées, et rendaient les plaines

(1) Voyez la préface de l'édition du Chouking donnée par M. de Guignes.

impraticables (x). Ce Yao date, selon les uns, de quatre mille cent soixante-trois , selon les autres, de trois mille neuf cent quarante-trois ans avant le temps actuel. La variété des opinions sur cette époque va même jusqu’à deux cent quatre-vingt-quatre ans.

Quelques pages plus loin on nous montre Yu, ministre et ingénieur, rétablissant le cours des eaux , élevant des digues, creusant des canaux, et réglant les impôts de chaque province dans toute la Chine, c’est-à-dire dans un empire de six cents lieues en tout sens; mais l'impossibilité de semblables opérations , après de semblables événemens, montre bien qu'il ne s’agit ici que d'un roman moral et politique (2).

Des historiens plus modernes ont ajouté une suite d’empereurs avant Yao, mais avec une foule de circonstances fabuleuses, sans oser leur assigner d’époques fixes, en variant sans cesse entre eux, même sur leur nombre et sur leurs noms, et sans être approuvés de tous leurs compatriotes. Fouhi, avec son

(1) Chouking , traduction française, page 9.

(2) C’est le Yu- Kong ou le premier chapitre de la deuxième partie du Chouking, pag. 43 à 60.

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corps de serpent , sa tête de bœuf et ses dents de tortue, ses successeurs non moins menstrueux , sont aussi absurdes et n’ont pas plus existé qu Encelade et Briarée.

Est-il possible que ce soit un simple hasard qui donne un résultat aussi frappant, et qui fasse remonter à peu près à quarante siècles l'origine traditionnelle des monarchies assyrienne, indienne et chinoise? Les idées de peuples qui ont eu si peu de rapports ensemble, dont la langue, la religion, les lois, n’ont rien de commun, s’accorderaient-elles sur ce point si elles n'avaient la vérité pour base?

Nous ne demanderons pas de dates précises aux Américains, qui n'avaient point de véritable écriture, et dont les plus anciennes traditions ne remontaient qu'à quelques siècles avant l’arrivée des Espagnols ; et cependant l'on croit encore apercevoir des traces d’un déluge dans leurs grossiers hiéroglyphes. Ils ont leur Noé, ou leur Deucalion, comme les Indiens, comme les Babyloniens, comme les Grecs (1). .

La plus dégradée des races humaines, celle

(1) Voyez l'excellent et magnifique ouvrage de M. de Humboldt sur les monumens mexicains.

des négres, dont les formes s’approchent le plus de la brute, et dont l'intelligence ne s’est élevée nulle part au point d'arriver à un gouvernement régulier , ni à la moindre apparence de connaissances suivies, n’a conservé nulle part d’annales ni de traditions anciennes. Elle ne peut done nous instruire sur ce que nous cherchons, quoique tous ses caractères nous montrent clairement qu'elle a échappé à la srande catastrophe sur un autre point que les races caucasique et altaique, dont elle était peut-être séparée depuis long-temps quand cette catastrophe arriva.

Mais, dit-on, si les anciens peuples ne nous ont pas laissé d'histoire, leur longue existence en corps de nation n’en est pas moins attestée par les progrès qu'ils avaient faits dans l’astronomie; par des observations dont la date est facile à assigner, et même par des monumens encore subsistans et qui portent eux-mêmes leurs dates.

Ainsi la longueur de l’année, telle que les Égyptiens sont supposés l'avoir déterminée d’aprés le lever héliaque de Sirius, se trouve juste pour une période comprise entre l’année trois mille et l’année mille avant Jésus-Christ, période dans laquelle tombent aussi les traditions de leurs conquêtes et de la grande prospérité

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de leur empire. Cette justesse prouve à quel point ils avaient porté l'exactitude de leurs observations, et fait sentir qu'ils se livraient depuis long-tempsà des travaux semblables.

Pour apprécier ce raisonnement, il est nécessaire que nous entrions ici dans quelques explications.

Lésolstice est le moment de l’année où commence la crue du Nil, et celui que les Égyptiens ont dû observer avec le plus d'attention. S'étant fait dans l’origine, sur de mauvaises observations, une année civile ou sacrée de trois cent soixante-cinq jours Juste , ils voulurent la conserver par des motifs superstitieux , même après qu'ils se furent aperçus qu’ellene s'accordait pas avec l’année naturelle où tropique , et ne ramenait pas les saisons aux mémes jours (1). Cependant c'était cette année

tropique qu'il leur importait de marquer pour

se diriger dans leurs opérations agricoles. Ils durent donc chercher dans le ciel un signe apparent de son retour, et ils imaginèrent qu'ils trouveraient ce signe quand le soleil reviendrait à la même position, relativement

(1) Geminus, contemporain de Cicéron, explique au long leurs motifs. Voyez l'édition qu’en donne M. Halma à la suite du Ptolomée , page 43.

à quelque étoile remarquable. Ainsi ils s’appliquèrent, comme presque tous les peuples qui commencent cette recherche, à observer les levers et les couchers héliaques des astres. Nous savons qu'ils choisirent particulièrement le lever héliaque de Sirius; d’abord, sans doute, à cause de la beauté de l'étoile, et surtout parce que dans ces anciens temps ce lever de Sirius coïncidant à peu près avec le solstice, et annonçant l’inondation, était pour eux le phénomène de ce genre le plus important. Il arriva même de là que Sirius, sous le nom de Sothis, joua le plus grand rèle dans toute leur mythologie et dans leurs rites religieux. Supposant donc que leretour dulever héliaque de Sirius et l’année tropique étaient de même durée, et croyant enfin reconnaitre que cette durée était de trois cent soixante-cinq jours et un quart , ils imaginèrent une période après laquelle l’année tropique et l’ancienne année, l'année sacrée de trois cent soixante-cinq jours seulement, devaient revenir au même jour ; période qui, d’après ces données peu exactes , était nécessairement de mille quatre cent soixante-une années sacrées et de mille quatre cent soixante de ces années perfectionnées auxquelles ils donnèrent le nom d’années de Sirius.

Us prirent pour point de départ de cette période, qu'ils appelèrent année sothiaque ou grande année, une année civile, dont le premier jour était où avait été aussi celui d’un lever héliaque de Sirius ; et l’on sait, par le témoignage positif de Censorin, qu’une de ces grandes annéesavait pris fin en centtrentehuit de Jésus-Christ (1) : par conséquent elle avait commencé en mille trois cent vingt-deux avant Jésus-Christ, et celle quiFavait précédée en deux mille sept cent quatre- vingt-deux.

En effet, par des calculs de M. Ideler, on reconnait que Sirius s’est levé héliaquement le 20 juillet de l'année julienne cent trenteneuf, jour qui répondait cette année-là au premier de Thot ou au premier jour de l’année sacrée égyptienne (3). ;

Mais non-seulement la position du soleil, par rapport aux étoiles de l’écliptique, ou l’année sidérale, n’est pas la même que l’année tropique, à cause de la précession des équi-

(1) Tout ce système est développé par Censorin : de Die natali, cap: xvm et xxr.

(2) Ideler. Recherches historiques sur les observations astronomiques des anciens , traduction de M. Halma, à la suite de son Canon de Ptolomée, page 32 et suivantes.

noxes; Fannée héliaque d’une étoile, ou la période de son lever héliaque, surtout lorsqu’elle est éloignée de l’écliptique, diffère encore de l’année sidérale , et en diffère diversement selon les latitudes des lieux où on l'observe. Ce qui est assez singulier cependant, et ce que déjà Bainbridge (x) et le père Petau (2) ont fait observer (3), il est arrivé, par un concours remarquable dans les positions, que sous la latitude de la Haute-Égypte, à une certaine époque et pendant un certain nom-— bre de siècles, l’année de Sirius était réellement, à très-peu de chose près, de trois cent soixante-cinq Jours et un quart; en sorte que le lever héliaque de cette étoile revint en effet au même jour de l’année julienne, au 20 juillet, en 1322 âvant et en 138 après Jésus-Christ (#).

(1) Bainbridge Canicul.

(2) Petau. Var. Diss., lib. v, cap. 6, pag.108.

(3) Voyez aussi La Nauze, sur l’année égyptienne , Académie des Belles-Lettres, tome xrv, page 346 ; et le Mémoire de M. Fourier , dans le grand ouvrage sur FEgypte , Mém. , tome 1 , page 803. |

(4) Petau, loc. cit. M. Ideler affirme que cette ren— contre du lever héliaque de Sirius eut aussi lieu en 2782 avant Jésus-Christ. (Recherches historiques dans le Ptolomée de M. Halma, tome 1v, page 37.) Mais pour l’an-

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De cette coïncidence effective à cette époque reculée, M. le baron Fourier, .qui a constaté tous ces rapports par un grand travail et par de nouveaux calculs, conclut que, puisque la longueur de l’année de Sirius était si parfaitement connue des Égyptiens, il fallait qu'ils l’eussent déterminée sur des observations faites pendant long - temps et avec beaucoup d’exactitude ; observations qui remontaient au moins à deux mille cinq cents ans avant notre ère, et qui n'auraient pu se faire ni beaucoup avant, ni beaucoup après cet intervalle de temps (1).

Certainement ce résultat serait très-frappant si c'était directement et par des observations faites sur Sirius lui-même, qu'ils eussent fixé la longueur de l’année de Sirius ; mais des astronomes expérimentés affirment qu’il est impos- . sible que le lever héliaque d’une étoile ait pu

née julienne 1598 de Jésus-Christ, qui est aussi la dernière d’une grande année, le père Petau et M: Ideler diffèrent beaucoup entre eux. Celui-ci met le lever héliaque de Sirius au 22 juillet ; le premier le place au 19 ou au 20 d’août.

(1) Voyez, dans le grand ouvrage sur l'Égypte , Antiquités, Mémoires, tomé 1, page 803, l’ingénieux Mémoire de M. Fourier, intitulé Recherches sur les sciences et de gouvernement de l'Égypte.

servir de base à des observations exactes sur un pareil sujet, surtout dans un climat où /e tour de l’horizon. est toujours tellement chargé de vapeurs, que dans les belles nuits on ne voit jamais d'étoiles à quelques degrés au - dessus de l'horizon, dans les seconde et troisième grandeurs, et que le soleil même, à son lever et à son coucher, se trouve entièrement déformé (x). Ils soutiennent que si la longueur de l’année n’eüt pas-été reconnue autrement, on aurait pu s’y tromper d’un et de deux jours (2). Ils ne doutent donc pas que cette durée de trois cent soixante-cinq jours un quart ne soit celle de l’année tropique, mal déterminée par l’observation de l’ombre ou par celle du point où le soleil se levait chaque jour, et identifiée par ignorance avec l’année héliaque de Sirius; en sorte que ce serait un pur hasard qui aurait fixé avec tant de justesse la durée de celle-ci pour l’époque dont il est question (3).

(1) Ce sont les expressions de feu Nouet , astronome de l'expédition d'Égypte. Voyez Volney, Recherches nouvelles sur l’histoire ancienne , tome 11.

(2) Delambre, Abrégé d’Astronomie , page 217 ; et dans sa note sur les paranatellons, Histoire de l’Astronomie du inoyen âge, page li].

(3) Delambre. Rapport sur le Mémoire de M. de Pa-

Peut-être jugera-t-on aussi que des hommes capables d'observations si exactes, et qui les auraient continuées pendant si long-temps, n'auraient pas donné à Sirius assez d'importance pour lui vouer un culte ; car ils auraient vu que les rapports de son lever avec l’année tropique ‘et avec la erue du Nil n'étaient que temporaires, et n'avaient lieu qu'à une latitude déterminée. En effet, selon les calculs de M. Ideler, en 2782 avant Jésus-Christ, Sirius se montra dans la Haute-Égypte, le deuxième jour après le solstice; en 1322, le treizième ; eten 139 de Jésus-Christ , le vingt-sixième (1). Aujourd’hui il ne se lève héliaquement que plus d’un mois après le solstice. Les Écyptiens se seraient donc attachés de préférence à trouver l’époque qui ramènerait la coïncidence du commencement de leur année sacrée avec celui de la véritable année tropique ; et alors ils auraient reconnu que leur grande période devait être de mille cinq cent huit années sacrées, et non pas de mille quatre cent soixante-

ravey sur la sphère, dans le toime vu des Nouvelles Annales des Voyages. .

(1) Ideler, loc. cit., page 38.

une (1). Or, on ne trouve certainement aucune trace de cette période de mille cinq cent huit ans dans l'antiquité.

En général, peut-on se défendre de lPidée que si les Égyptiens avaient eu de si longues suites d'observations, et d'observations exactes, leur disciple Eudoxe, qui étudia treize ans parmi eux, aurait porté en Grèce une astronomie plus parfaite, des cartes du ciel moins grossières , plus cohérentes dans leurs diverses parties (2)?

Comment la précession n’aurait-elle été connue aux Grecs que par les ouvrages d'Hipparque, si elle eût été consignée dans les registre des Égyptiens, et écrite en caractères si manifestes aux plafonds de leurs temples ?

Comment enfin Ptolomée, qui écrivait en Écvypte, n’aurait-il daigné se servir d'aucune des observations des Égyptiens (5)?

Il y a plus, c’est qu'Hérodote, qui a tant véeu

(1) Voyez Laplace , Système du Monde , troisième édition , page 17 ; et Annuaire de 1818.

(2) Voyez, sur la grossièreté des déterminaisons de la sphère d’'Eudoxe, M. Delambre, dans le premier tome de son Histoire de l’Astronomie ancienne, page 120 et suivantes.

(3) Voyez le discours préliminaire de l'Histoire de PAs-

avec eux, ne parle nullement de ces six heures qu'ils ajoutaient à l’année sacrée, ni de cette grande période sothiaque qui en résultait; il dit au contraire positivement que les Éeyptiens faisant leur année de trois cent soixantecinq jours , les saisons reviennent au même point; en sorte que de son temps on ne parait pas encore s'être douté de la nécessité de ce quart de jour (1). Thalès, qui avait visité les prêtres d'Égypte moins d'un siècle avant Hérodote, ne fit aussi connaitre à ses compatriotes qu'une année de trois cent soixante-cinq jours seulement (2); et si l’on réfléchit que les colonies sorties de l'Égypte quatorze ou quinze cents ans avant Jésus-Christ, les Juifs, les Athémiens, en ont toutes apporté l’année lunaire, on jugera peut-être que l’année de trois cent soixante-cinq jours elle-même n'existait pas encore en Égypte dans ces siècles reculés.

Je n’ignore pas que Macrobe (3) attribue aux Égyptiens une année solaire de trois cent

tronomie du moyen âge, par M. Delambre, page viij et suivantes.

(1) Euterpe, chapitre 1v.

(2) Diog. Laert., lib. r, in Thlet.

(3) Saturnal., bb. 1, cap. xv.

soixante-cinq jours un quart; mais cet auteur récent comparativement , et venu long-temps après l'établissement de l’année fixe d’Alexandrie, a pu confondre les époques. Diodore (1) etStrabon(2)ne donnent unetelleannéequ’aux T'hébains; ils ne disent pas qu’elle fût d’un usage général, et eux-mêmes ne sont venus que long-temps après Hérodote.

Ainsi l’année sothiaque, la grande année , a dû être une invention assez récente, puisqu'elle résulte de la comparaison de l’année civile avec cette prétendue année héliaque de Sirius ; et c'est pourquoi il n’en est parlé que dans des ouvrages du second et du troisième siècle après Jésus-Christ (5), et que le Syncelle seul , dans le neuvième, semble citer Manéthon comme en ayant fait mention.

On prend, malgré qu’on en ait, les mêmes idées de la science astronomique desChaldéens. Qu'un peuple qui habitait de vastes plaines, sous un ciel toujours pur, ait été porté à ob-

(4) Bibl., lib. 1, pag. mea 46.

(2) Geogr., pag. 102.

(3) Voyez, sur la nouveauté probable de cette période , l'excellente dissertation de M. Biot, dans ses Recherches sur plusieurs points de l'âstronomie égypüenne, page 148 et suivantes.

server le cours des astres, même dès l'époque où il était encore nomade et où les astres seuls pouvaient diriger ses courses pendant la nuit, c’est ce qu'il était naturel de penser; mais depuis quand étaient-ils astronomes , et jusqu'où ont-ils poussé l’astronomie ? Voilà la question. On veut que Callisthènes ait envoyé à Aristote des observations faites par eux, et qui remonteraient à deux mille deux cents ans avant Jésus-Christ. Mais ce fait n’est rapporté que par Simplicius (1), à ce qu'il dit d’après Porphyre, let six cents ans après Aristote. Aristote luimême n’en a rien dit; aucun véritable astronome n’en a parlé. Ptolomée rapporte et em- | ploie dix observations d’éclipses véritablement faites par les Chaldéens ; mais ellesne remontent qu'à Nabonassar (sept cent vingt-un ans avant | Jésus-Christ ) ; elles sont grossières : le temps n'yestexprimé qu'en heureseten demi-heures, | et l'ombre qu'en demi ou en quarts de dia- | mètre. Cependant, comme elles avaient des

| | | | a à L'ONE |

(1) Voyez M. Delambre, Histoire de l’Astronomie , | tome 1, p. 212. Voyez aussi son analyse de Geminus, | iäbid., page 211. Comparez-la avec les Mémoires de

M. Ideler , sur l’Astronomie des Chaldéens, dans le qua- | trième tome du Ptolomée de M. Halma, page 166.

dates certaines, les Chaldéens devaient avoir quelque connaissance de la vraie longueur de l’année et quelque moyen de mesurer 1e temps. Ils paraissent avoir connu la période de dix-huit ans qui ramène les éclipses de lune dans le même ordre , et que la simple inspection de | leurs registres devait promptement leur donner ; mais il est constant qu'ils ne savaient ni expliquer ni prédire les éclipses de soleil.

C’est pour n'avoir pas entendu un passage de Josèphe, que Cassini, et d’après lui Baïlly, ont prétendu y trouver une période luni-solaire de six cents ans qui aurait été connue des premiers patriarches (x).

Ainsi tout porte à croire que cette grande réputation des Chaldéens leur a été faite , à des époques récentes , par les indignes successeurs qui, sous le même nom, vendaient dans tout l'empire romain des horoscopes et des prédictions, et qui, pour se procurer plus de crédit, attibuaient à leurs grossiers ancêtres l’honneur des découvertes des Grecs.

Quant aux Indiens, chacun sait que Bailly, ?

(1) Voyez Bailly, Histoire de lAstronomie ancienne ; et M. Delambre, dans son ouvrage sur le mème sujet, tome 1, page 3.

croyant que l’époque qui sert de point de départ à quelques-unes de leurs tables astronomiques avait été effectivement observée, a voulu en tirer une preuve de la haute antiquité de la science parmi ce peuple, ou du moins chez la nation qui lui aurait légué ses connaissances; mais tout ce système si péniblement conçu tombe de lui-même, aujourd'hui qu'il est prouvé que cette époque a été adoptée après coup, sur des calculs faits en rétrogradant, et

dont le résultat était faux (1).

M. Bentley a reconnu que les tables de Tirvalour, sur lesquelles portait surtout l’assertion de Bailly, ont dü être calculées vers 1281 de Jésus-Christ (il y a cinq cent quarante ans), et que le Surya-Siddhanta, que les brames regardent comme leur plus ancien traité scientifique d'astronomie, et qu'ils prétendent révélé depuis plus de vingt millions d'années, ne peut avoir été composé qu'il y a environ sept cent soixante ans (2).

(1) Voyez Laplace, Exposé du Système du Monde, page 330 ; et le Mémoire de M. Davis, sur les calculs astronomiques des Indiens, Mém. de Caleutta, tome 1, page 225 de l'édition in-8°.

(2) Voyez les Mémoires de M. Bentley sur l'antiquité

Des solstices, des équinoxes indiqués dans |

les Pouranas, et calculés d’après les positions que semblaient leur attribuer les signes du zodiaque indien, tels qu'on croyait les connaître, avaient paru d’une antiquité énorme.

Une étude plus exacte de ces signes ou nacchatrons a montré récemment à M. de Paravey qu'il ne s'agit que de solstices de douze cents ans avant Jésus-Christ. Cet auteur avoue en même temps que le lieu de ces solstices est si grossièrement fixé, qu'on ne peut répondre de cette détermination à deux ou trois siècles près. Ce sont les mêmes que ceux d'Eudoxe, que ceux de Tchéoukong (1).

Il est bien avéré que les Indiens n’observent pas, et qu'ils ne possèdent aucun des instrumens nécessaires pour cela. M. Delambre reconnaît à la vérité, avec Bailly et Legentil, qu'ils ont des procédés de calculs qui, sans prouver l'ancienneté de leur astronomie , en montrent au moins l'originalité (2); et toutefois on ne

du Surya-Siddhanta, Mém. de Calcutta, tome vr, p. 540; et sur les systèmes astronomiques des Indiens, 1id., tome vus, page 195 de l'édition in-8°.

(1) Mémoires encore manuscrits de M. de Paravey, sur la sphère de la Haute-Asie.

(2) Voyez le traité approfondi sur l'astronomie des

peut étendre cette conclusion à leur sphère ; car, indépendamment de leurs vingt-sept nacchatrons ou maisons lunaires, qui ressemblent beaucoup à celles des Arabes, ils ont au zodiaque les mêmes douze constellations que les Égyptiens, les Chaldéens et les Grecs (1), et si l’on s’en rapportait aux assertions de M. Wilford, leurs constellations extra-zodiacales seraient aussi les mêmes que celles des Grecs, et porteraient des noms qui ne sont que de légères altérations de leurs noms grecs (2).

Indiens dans l'Histoire de l’astronomie ancienne de M. Delambre , tome 1, pages 400 à 556.

(1) Voyez le Mémoire de sir Will. Johnes sur l’antiquité du zodiaque indien , Mém. de Calcutta , tome 17, page 289 de l’édition in-8°, et dans la traduction fran çaise, tome 11, pag. 332.

(2) Voici les propres paroles de M. Wilford , dans son Mémoire sur les témoignages des anciens livres indous, touchant l'Égypte et le Nil, Mémoires de Calcutta, tome nr, page 433 de l’édition in-8° :

« Ayant demandé à mon pandit, qui est un savant as « tronome, de me désigner dans le ciel la consteilation « d’'Antarmada , il me dirigea aussitôt sur Andromède , « que j'avais eu soin de ne pas lui montrer comme un « astérisme qui me serait connu. Il m’apporta ensuite « un livre très-rare et très-curieux, en sanscrit, où se “ trouvait un chapitre particulier sur les Upanacshatras

C’est à Yao que l’on attribue l'introduction de l'astronomie à la Chine : il envoya, dit le Chouking , des astronomes vers les quatre points cardinaux de son empire pour examiner quelles étoiles présidaient aux quatre saisons, et pour régler ce qu'il y avait à faire dans chaque temps de l’année (1), comme sil eût fallu se disperser pour une semblable opération. Environ deux cents ans plus tard, le Chouking parle d’une éclipse de soleil, mais avec des circonstances ridicules, comme dans toutes les fables de cette espèce; car on fait marcher un général et toute l’armée chinoise contre deux astronomes, parce qu'ils ne l’avaient pas bien prédite (2) ; et l’on sait que, plus de deux mille ans après, les astronomes

« ou constellations extra-zodiacales, avec des dessins « de Capéya, de Câsyapè assise, tenant une fleur de lo- « tusà la main, d’Antarmada enchaïnée avec le poisson « près d’elle , et de Pârasica tenant la tête d’un moustre

qu'il avait tué , dégouttante de sang et avec des serpens « pour cheveux. »

Qui ne reconnaitrait là Persée , Céphée et Cassiopée ? Mais n’oublions pas que ce pandit de M. Wilford est devenu bien suspect.

(1) Chouking , pag. 6 et 7.

€) Chouking, pag. 66 et suivantes.

chinois n'avaient aucun moyen de prédire exactement les éclipses de soleil. En 1629 de notre ère, lors de leur dispute avec les jésuites, ils ne savaient pas même calculer les ombres.

Les véritables éclipses, rapportées par Confucius dans sa chronique du royaume de Lou, ne commencent que mille quatre cents ans après celle-là, en 776 avant Jésus-Christ, et à peine un demi-siècle plus haut que celles des Chaldéens rapportées par Ptolomée ; tant il est vrai que les nations échappées en même temps à la destruction sont aussi arrivées vers le même temps, quand les circonstances ont été semblables , à un même degré de civilisation. Or on croirait, d’après l'identité de nom des astronomes chinois sous différens règnes (ils paraissent , d’après le Chouking, s'être tous appelés Æ7 et Ho), qu’à cette épeque reculée leur profession était héréditaire en Chine comme dans l'Inde, en Égypte et à Babylone.

La seule observation chinoise plus ancienne qui ne porte pas en elle-même la preuve de sa fausseté, serait celle de l'ombre, faite par Tcheou-Kong vers 1100 avant Jésus-Christ ; encore est-elle au moins assez grossière (1).

(1) Voyez dans la Connaissance des Temps de 1809,

Ainsi nos lecteurs peuvent juger que les inductions tirées d’une haute perfection de l'astronomie des anciens peuples ne sont pas plus coneluantes en faveur de l’excessive antiquité de ces peuples que les témoignages qu'ils se sont rendus à eux-mêmes.

Mais quand cette astronomie aurait été plus parfaite, que prouverait-elle? A-t-on calculé les progrès que devait faire une science dans le sein de nations qui n’en avaient en quelque sorte point d’autres; chez qui la sérénité du ciel, les besoins de la vie pastorale ou agricole, et la superstition, faisaient des astres l’objet de la contemplation générale; où des colléges d’hommes'les plus respectés étaient chargés de tenir registre des phénomènes intéressans , et d’en transmettre la mémoire; où l'hérédité de la profession faisait que les enfans étaient dès le berceau nourris dans les connaissances acquises par leurs pères? Que parmi les nombreux individus dont l'astronomie était la seule occupation, il se soit trouvé un ou deux esprits géométriques , et tout ce que ces peuples

page 382, et dans l'Histoire de l’Astronomie ancienne de M. Delambre , tome 1, page 391 , l'extrait d’un Mémoire du P. Gaubil sur les observations des Chinois.

ont su a pu se découvrir en quelques siècles.

Songeons que depuis les Chaldéens la véritable astronomie n’a eu que deux âges : celui de l’école d'Alexandrie, qui a duré quatre cents ans, et le nôtre, qui n’a pas été aussi long. À peine l’âge des Arabes y a-t-il ajouté quelque chose. Les autres siècles ont été nuls pour elle. Il ne s’est pas écoulé trois cents ans entre Copernie et l’auteur de la Mécanique céleste, et l'on veut que les Indiens aient eu besoin de

milliers d’années pour arriver à leurs informes théories (1)!

On a donc eu recours à des argumens d’un Les monu-

, ps ; mens astrono-

autre genre. On a prétendu qu’indépendam- miques laissés L ; à à I par les anciens

n e qu 1ls ont pu savoir es peuples ne portent pas ro Le PR RU D ont laissé des monumens qui portent , par sivementreculées que l’on a

Pétat du ciel qu’ils représentent, une date cer- cru x voir. taine et une date très-reculée ; et les zodiaques sculptés dans deux temples de la Haute-Épypte

(1) Le traducteur anglais de ce discours cite, à ce sujet, l'exemple du célèbre James Ferguson , qui était berger dans son enfance, et qui, en gardant les troupeaux pendant la nuit, eut de lui-même l’idée de se faire une carte céleste, et la dessina peut-être mieux qu'aucun astronome chaldéen. On raconte quelque chose d'assez semblable de Jamerey Duval.

parurent, il y a quelques années, fournir pour cette assertion des preuves tout-à-fait démonstratives. Ils offrent les mêmes figures des constellations zodiacales que nous employons aujourd'hui, mais distribuées d’une façon particulière. On crut voir dans cette distribution une représentation de l’état du ciel au moment où l’on avait dessiné ces monumens , et l’on pensa qu'il serait possible d’en conclure la date de la construction des édifices qui les contiennent (1).

(1) Ainsi à Dendera (l’ancienne Tentyris) , ville audessous de Thèbes, dansle portique du grand temple, dont l'entrée regarde le nord (*), on voit au plafond les signes du zodiaque marchant sur deux bandes, dont l’une est le long du côté oriental et l’autre du côté opposé :

elles sont embrassées chacune par une figure de femme

aussi longue qu’elle , dont les pieds sont vers l’entrée, la tête et les bras vers Le fond du portique : par consé— quent les pieds sont au nord et les têtes au-sud.

Le lion est en tête de la bande qui est à l’occident ; il se dirige vers le nord ou vers les pieds de la figure de femme, et il a lui-même les pieds vers le mur oriental. La vierge, la balance, le scorpion, le sagittaire et le capricorne le suivent, marchant sur une même ligne. Ce dernier £e trouve vers le fond du portique et près des

(") Voyez le grand ouvrage sur l'Égypte , Antiquités, vol. #v, pl. xx.

DE LA SURFACE DU GLOBE. Bit

Mais pour en venir à la haute antiquité que l'on prétendait en déduire, il fallut supposer premièrement, que leur division avait un rapport déterminé avec un certain état du ciel, dépendant de la précession des équinoxes, qui fait faire aux colures le tour du zodiaque en vingt-six mille ans; qu'elle indiquait , par exemple, la position du point solsticial; et secondement, que l’état du ciel représenté était précisément celui qui avait lieu à l’époque où le monument a été construit ; deux supposi-

mains et de la tête de la grande figure de femme. Les signes de la bande orientale commencent à l'extrémité où ceux de l’autre bande finissent , et se dirigent par conséquent vers le fond du portique ou vers les bras de la grande figure. His ont les pieds vers le mur latéral de leur côté, et les têtes en sens contraire de celles de la bande opposée. Le verseau marche le premier suivi des poissons, du bélier, du taureau, des gémeaux. Le dernier de la série, qui est le cancer ou plutôt le scarabée , car c’est par cet insecte que le cancer des Grecs est remplacé dans les zodiaques d'Égypte , est jeté de côté sur les jambes de la grande figure. À la place qu'il aurait dù occuper est un globe posé sur le sommet d’une pyramide composée de petits triangles qui représentent des espèces de rayons , et devant la base de laquelle est une grande tête de femme avec deux petites cornes. Un second scarabée est placé de côté et en travers sux la première bande, dans

tions qui en supposaient elles-mêmes, comme on voit, un grand nombre d’autres.

l’angle que les pieds de la grande figure forment avec le corps, et en avant de l’espace où marche le lion, lequel est un peu en arrière. A l’autre bout de cette même bande, le capricorne est très-près du fond ou des bras de la grande figure, et sur la bande à gauche le verseau en est assez éloigné ; cependant le capricorne n’est pas répété comme le cancer. La division de ce zodiaque , dès l'entrée, se fait donc entre le lion et le cancer; ou si l’on pense que la répétition du scarabée marque une division du signe , elle a lieu dans le cancer lui-même ; mais celle du fond se fait entre le capricorne et le verseau.

Dans une des salles intérieures du même temple était un planisphère cireulaire inscrit dans un carré, celui-là même qui a été apporté à Paris par M. Lelorrain , et que l’on voit à la Bibliothèque du Roi. On y remarque aussi les signes du zodiaque parmi beaucoup d’autres figures qui paraissent représenter des constellations (*).

Le lion y répond à lune des diagonales du carré ; la vierge , qui le suit, répond à une ligne perpendiculaire qui est dirigée vers l’orient ; les autres signes marchent dans l’ordre connu, jusqu’au cancer, qui, au lieu de compléter la chaine en répondant au niveau du lion, est placé au-dessus de lui, plus près du centre du cercle,

(} Voyez le grand ouvrage sur Égypte , Antiquités, vol. 1v, planche xx.

En effet, les figures de ces zodiaques sontelles les constellations , les vrais groupes d’é-

en sorte que les signes sont sur une ligne un peu spirale.

Ce cancer , ou plutôt ce scarabée , marche en sens contraire des autres signes. Les gémeaux répondent au nord, le sagittaire au midi et les poissons à l’orient, mais pas très-exactement. Au côté oriental de ce planisphère est une grande figure de femme , la tête dirigée vers le midi et les pieds vers le nord , comme celle du portique.

On pourrait donc aussi élever quelque doute sur le point de ce second zodiaque où il faudrait éommencer la série des signes. Suivant que l’on prendra une des perpendiculaires ou une des diagonales , ou l’endroit où une partie de la série passe sur l’autre partie, on le jugera divisé au lion, ou bien entre le lion et le cancer, ou bien enfin aux gémeaux.

A Esné (l’ancienne Latopolis) , ville placée au - dessus de Thèbes , il y a des zodiaques aux plafonds de deux temples différens.

Celui du grand temple , dont l'entrée regarde le levant, est sur deux bandes contiguës et parallèles l’une à l’autre le long du côté sud du plafond (*).

Les figures de femmes qui les embrassent ne sont pas sur leur longueur, mais sur leur largeur ; en sorte que l’une est en travers près de l’entrée ou à lorient , la tète et les bras vers le nord , et les pieds vers le mur latéral

(*) Voyez le grand ouvrage sur l'Egypte, vol. 1, pl. Lxxix,

toiles qui portent aujourd’hui les mèmes noms, ou simplement ce que les astronomes appellent des signes, c’est-à-dire des divisions du zodia-

ou vers le sud , et que l’autre est dans le fond du portique également en travers et regardant la première.

La bande la plus voisine de l’axe du portique ou du nord présente d’abord , du côté de l’entrée ou de l’orient et vers la tète de la figure de fémme , le lion placé un peu en arrière et marchant vers le fond, les pieds du côté du mur latéral; derrière le lion , à l’origine de la bande, sont deux lions plus petits ; au devant de lui est le scarabée, et ensuite les gémeaux marchant dans le même sens; puis le taureau et le bélier, et les poissons, rapprochés les uns des autres, placés en travers sur le milieu de la bande ; le taureau la tête vers le mur latéral, le bélier vers l’axe. Le verseau est plus loir , et reprend la même direction vers le fond que les trois premiers signes.

Sur la bande la plus voisine du mur latéral et du nord l’on voit d’abord , mais assez loin du mur du fond ou de l'occident , le capricorne , qui marche en sens contraire du verseau et se dirige vers l’orient ou l'entrée du portique, les pieds tournés vers le mur latéral. Tout près de lui est le sagittaire , qui répond ainsi aux poissons et au bélier. Il marche aussi vers l'entrée; mais ses pieds sont tournés vers l'axe et en sens contraire de ceux du capricorne.

À une certaine distance en avant , et près l’un de l’autre, sont le scorpion et une femme tenant la balance ;

que partant de l’un des colures, quelque place que ce colure occupe ?

Le point où l’on à partagé ces zodiaques en

enfin un peu plus en avant, mais encore assez loin de l'extrémité antérieure ou orientale, est la vierge , qui est précédée d’un sphinx. La vierge et la femme qui tient la balance ont aussi les pieds vers le mur; en sorte que le sagittaire est le seul qui soit placé la tête à l’envers des autres signes.

Au nord d’Esné est un petit temple isolé , également dirigé vers l’orient, et dont le portique a encore un z0diaque (*); il est sur deux bandes latérales et écartées ; celle qui est le long du côté sud commence par le lion , qui marche vers le fond ou vers l’occident , les pieds tournés vers le mur ou le sud ; il est précédé du scarabée , et celui-ci des gémeaux marchant dans le même sens. Le taureau, au contraire, vient à leur rencontre, se dirigeant à l’orient ; mais le bélier et les poissons reprennent la direction vers le fond ou vers l’occident.

A la bande du côté du nord, le verseau est près du fond ou de l’occident , marchant vers l’entrée ou lorient, les pieds tournés vers le mur, précédé du capricorne et du sagittaire, qui marchent dans le mème sens. Les autres signes sont perdus; mais il est clair que la vierge devait marcher en tête de cette bande du côté de l’entrée.

Parmi les figures accessoires de ce petit zodiaque on

(") Voyez le grand ouvrage sur l'Egypte, Antiquités, vol. r, planche Lxxxvrr. ‘

deux bandes est1l nécessairement celui d’un solstice ?

La division du côté de l’entrée est-elle nécessairement celle du solstice d’été ?

Cette division indique-t-elle , même en général, un phénomène dépendant de la précession des équinoxes ?

Ne se rapporterait-elle pas à quelque époque dont la rotation serait moindre; par exemple,

. doit remarquer deux béliers ailés placés en travers , l’un entre le taureau et les gémeaux, l’autre entre le scorpion et le sagittaire , et chacun presque au milieu de sa bande, le second cependant un peu plus avancé vers l'entrée.

On avait pensé d’abord que dans le grand zodiaque d’Esné la division de l’entrée se fait entre la vierge et le lion , et celle du fond entre les poissons et le verseau, Mais M. Hamilton, MM. de Jollois et de Villiers, ont cru voir dans le sphinx qui précède la vierge une répétition du lion analogue à celle du cancer dans le grand zodiaque de Dendera ; en sorte que , selon eux, la division aurait lieu dans le lion. En effet, sans cette explication, il n’y aurait que cinq signes d’un côté et sept de l’autre.

Quant au petit zodiaque du nord d’Esné , on ne sait si quelque emblème analogue à ce sphinx s’y trouvait, parce que cette partie est détruite (*).

% (”) British Review, février 1817, page 136 ; et à la suite de la Lettre critique sur la Zodiacomanie , page 53.

au moment del’annéetropique, où commençait telle ou telle des années sacrées des Égyptiens, lesquelles, étant plus courtes que la véritable année tropique de prés de six heures, faisaient le tour du zodiaque en mille cinq cent huit ans.

Enfin, quelque sens qu'elle ait eu, a-t-on voulu marquer par là le temps où le zodiaque a été sculpté, ou celui où le temple a été construit ? N’a-t-on pas eu l’idée de rappeler un état antérieur du ciel à quelque époque intéressante pour la religion, soit qu'on l'ait observé ou qu'on lait conclu par un calcul rétrograde ?

D'après le seul énoncé de pareilles questions, on doit sentir tout ce qu’elles avaient «le compliqué , et combien la solution quelconque que l'on aurait adoptée devait être sujette à controverse, et peu susceptible de servir elle-même de preuve solide à la solution d’un autre pro-

blème tel que l'antiquité de la nation égyp-

üenne. Aussi peut-on dire que parmi ceux qui essayérent de tirer de ces données une date, il s’éleva autant d'opinions qu'il y eut d'auteurs.

Le savant astronome M. Burkard, d’après un premier aperçu , jugea qu'à Dendera le solstice est dans le lion, par conséquent de deux signes moins reculé qu'aujourd'hui, et que

le temple à au moins quatre mille ans (1).

Il en donnait en même temps sept mille à celui d'Esné, sans que l’on sache trop comment il entendait faire accorder ces nombres avec ce que l’on connait de la précession des équinoxes.

Feu Lalande, voyant que le cancer était répété sur les deux bandes, imagina que le solstice passait au milieu de cette constellation ; mais comme c'était ce qui avait lieu dans la sphère d'Eudoxe , il conclut que quelque Grec pouvait avoir représenté cette sphère au plafond d’un temple égyptien , sans savoir qu'il représentait un état du ciel qui depuis long-temps n’existait plus (2). C'était, comme on voit, une conséquence bien contraire à celle de M. Burkard.

Dupuis, le premier, crut nécessaire de chercher des preuves de cette idée, en quelque sorte adoptée de confiance, qu'il s'agissait du solstice; il les vit, pour le grand zodiaque de Dendera, dans ce globe au sommet de la pyramide , et dans plusieurs emblèmes placés près

(1) Description des pyramides de Giz , par M. Gro— bert, page 117. Ë (2) Connaïssance des temps pour Fan xrv.

de différens signes, et qui tantôt selon d'anciens auteurs, comme Plutarque , Horus-À poilo ou Clément d'Alexandrie , tantôt selon ses propres conjectures , devaient représenter des phénomènes qui auraient été réellement ceux des saisons affectées à chaque signe.

Du reste, il soutint que cet état du ciel donne la date du monument, et que l’on avait à Dendera l’original et non pas une copie de la sphère d'Eudoxe ; ce qui le conduisit à mille quatre cent soixante-huit ans avant Jésus-Christ, au règne de Sésostris.

Cependant ce nombre de dix-neuf bateaux placés sous chaque bande lui donna l'idée que le solstice pourrait bien avoir été au dix-neuvième degré du signe, ce qui ferait deux cent quatre-vingt-huit ans de plus (x).

M. Hamilton (2) ayant remarqué qu'à Dendera le scarabée du côté des signes ascendans est plus petit que celui de l’autre côté , un auteur anglais (3) en a conclu que le solstice peut avoir été plus près de son point actuel que le

(1) Observations sur le zodiaque de Dendera, dans la Revue philosophique et littéraire, an 1806, deuxième trimestre, page 257 et suivantes.

(2) Ægyptiaca, pag. 212.

(3) Voyez dans le British Review de février 1817,

milieu du cancer, ce qui pourrait nous ramener à mille ou mille deux cents ans avant Jésus-Christ.

Feu Nouet, jugeant que ce globe , ces rayons et cette tête cornue ou d’Isis représentent le lever héliaque deSirius, prétenditque l’on avait voulu marquerune époque de la période sothiaque , mais qu'on avait voulu la marquer par la place qu’oceupait le solstice ; or, dans l’avantdernière de ces périodes, celle qui s’est écoulée depuis 2782 jusqu’à 1322 avant Jésus-Christ, le solstice a passé de trente degrés quarantehuit minutes de la constellation du lion à treize degrés trente-quatre minutes du cancer. Au milieu de cette période il était donc à vingttrois degrés trente-quatre minutes du cancer ; le lever héliaque de Sirius arrivait alors quelques jours après le solstice ; c’est à peu près ce que l’on a indiqué, selon M. Nouet, par la répétition du scarabée, et par l’image de Sirius dans les rayons du soleil, placée au commencement de la bande de droite. D’après cette manière de voir, il conclut que ce temple est de

page 136 et suivantes, l’article vi sur l’origine et l’an—

tiquité du zodiaque. Il est traduit à la suite de la Lettre »

critique sur la Zodiacomanie de Swartz.

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