‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 21 sur 98 · chapitre 19, ou dans le deuxièine des Paral., chap · texte numérisé non relu

chapitre 19, ou dans le deuxièine des Paral., chap

(1) Suclle, page 40. |

ciens avaient racontées à Solon et à Hérodote.

C’est Vulcain qui commence la série des rois divins : il règne neuf mille ans ; les dieux et les demi-dieux règnent mille neuf cent quatrevingt-cinq ans. Ni les noms, ni les successions, ni les dates de Manéthon ne ressembient à ce qu'on a publié avant et depuis lui; et il faut qu'il ait été aussi obscur et embrouillé qu'il était peu d'accord avec les autres, car il est impossible d'accorder entre eux les extraits qu'en ont donnés Josèphe, Jules Africain et Eusèbe. On ne convient pas mème des sommes d'années de ses rois humains. Selon Jules Africain , elles vont à cinq mille cent un ans; selon Eusèbe, à quatre mille sept cent vingt-trois ; selon le Syncelle, à trois mille cinq cent cinquante-cinq. On pourrait croire que les diffé-

rences de noms et de chiffres viennent des co-

pistes ; mais Joséphe cite au long un passage dont les détails sont en contradiction manifeste avec les extraits de ses successeurs.

Une chronique qualifiée d’ancienne (1), et que les uns jugent antérieure, les autres postérieure à Manéthon , donne encore d’autres calculs : la durée totale de ses rois est de trente-six

| (1) Syncelle, page 51. | | | | | |

mille cinq cent vingt-cinq ans , sur lesquels le Soleil en a régné trente mille, les autres dieux trois mille neuf cent quatre-vingt-quatre, les demi-dieux deux cent dix-sept : il ne reste pour les hommes que deux mille trois cent trenteneufans : aussi n’en compte-t-on que cent treize générations, au lieu des trois cent quarante d'Hérodote.

Un savant d’un autre ordre que Manéthon, l’astronome Ératosthènes, découvrit et publia, sous Ptolomée Évergète, vers deux cent quarante ans avant Jésus-Christ, une liste particulière de trente-huit rois de Thèbes, commençant à Menés, et se continuant pendant mille vingt-quatre ans : nous en avons un extrait que le Syncelle a copié dans Apollodore (r).Presque aucun des noms qui s’y trouvent ne correspond aux autres listes.

Diodore alla en Égypte sous Ptolomée Aulètes, vers soixante ans avant Jésus-Christ, par

conséquent deux siècles après Manéthon et qua- |

tre après Hérodote.

fl | }

Il recueillit aussi de la bouche des prêtres | l’histoire du pays, et il la recueillit de nouveau L

toute différente (2).

(1) Syncelle, page 91 et suivantes.

(2) Diod. Sic., hb. I, sect. x.

Ce n’est plus Menès qui a construit Memphis, mais Uchoréus. Long -temps avant lui, Busiris Il avait construit Thebes.

Le huitième aïeul d'Uchoréus , Osymandyas, a été maitre de la Bactriane et y a réprimé des révoltes. Long-temps après lui, Sésoosis a fait des conquêtes encore plus éloignées ; il est allé jusqu’au-delà du Gange, et est revenu par la ScythieetleTanaïs. Malheureusement ces noms de rois sont inconnus à tous les historiens précédens, et aucun des peuples qu'ils avaient conquis n’en a conservé le moindre souvenir.

Quant aux dieux et aux héros, selon Diodore, ils ont régné dix-huit mille ans, et les souxerains humains quinze mille : quatre cent soixante-dix rois avaient été Égyptiens, quatre Éthiopiens, sans compter les Perses et les Macédoniens. Les contes dont le tout est entremêlé ne le cèdent point d’ailleurs en puérilité à ceux | d'Hérodote.

L'an 18 de Jésus-Christ, Germanicus, neveu

de Tibère, attire par le désir de connaitre les

| antiquités de cette terre célèbre, se rendit en | Écypte , au risque de déplaire à un prince aussi soupconneux que son oncle : il remonta le Nil

| jusqu’à Thébes. Ce ne fut plus Sésostris ni Osymandyas dont les prêtres lui parlèrent comme | d’un conquérant , mais Rhamsès. A la tête de

sept cent mille hommes il avait envahi la Libye, l'Éthiopie, la Médie, la Perse, la Bactriane , la Scythie , l'Asie mineure et laSyrie(r).

Enfin, dans le fameux article de Pline sur les obélisques (2), on trouve encore des noms de rois que l’on ne voit point ailleurs : Sothies, Mnevis, Zmarreus, Eraphius, Mestirès, un Semenpserteus, contemporain de Pythagore , etc. Un Ramisés, que l’on pourrait croire le même que Rhamses, y est fait contemporain du siége de Troie.

Je n’ignore pas que l’on a essayé de concilier ces listes en supposant que les rois ont porté plusieurs noms. Pour moi, qui ne considère pas seulement la contradiction de ces divers récits, Mais qui suis frappé par-dessus tout de ce mélange de faits réels attestés par de grands monumens, avec des extravagances puériles,

(4) Tacit., Annal., hb. 11, cap. 60.

N. B. D'après l'interprétation qu'Ammien nous a conservée, lib. xvir, cap. 4, des hiéroglyphes de l’obélisque de Thèbes , qui est aujourd’hui à Rome sur la place de

Saint-Jean de Latran , il paraît qu’un Rhamestès y était |

qualifié, à la manière orientale , de seigneur de la terre

habitable, et que l’histoire faite à Germanicus n’était |

qu'un commentaire de cette inscription.

(2) Pline, lib. xxxvr, cap. 8, 9,10, 11.

il me semble infiniment plus naturel d'en conclure que les prêtres égyptiens n'avaient point d'histoire ; qu'inférieurs encore à ceux des Indes, ils n'avaient pas même de fables convenues et suivies; qu'ils gardaient seulement des listes plus ou moins fautives de leurs rois et quelques souvenirs des principaux d’entre eux, de ceux surtout qui avaient eu le soin de faire inscrire leurs noms sur les temples et les autres grands ouvrages qui décoraient le pays ; mais que ces souvenirs étaient confus, qu'ils ne reposaient guère que sur l'explication traditionnelle que lon donnait aux représentations peintes ou sculptées sur les monumens, explications fondées seulement sur des inscriptions hiéroglyphiques conçues, comme celle dont nous avons une traduction (1), en termes trèsgénéraux , et qui, passant de bouche en bouche, s’altéraient, quant aux détails, au gré de ceux qui les communiquaient aux étrangers; et qu'il est par conséquent impossible d’asseoir aucune proposition relative à l'antiquité des continens actuels, sur les lambeaux de ces traditions , déjà si incomplètes dans leur temps, et devenues tout-à-fait méconnaissables sous la

(1) Celle de Ramestès dans Ammien, loc. cit.

plume de ceux qui nous les ont transmises.

Si cette assertion avait besoin d’autres preuves, elles se trouveraient dans la liste des ouvrages sacrés d’'Hermès, que les prêtres égyptiens portaient dans leurs processions solennelles. Clément d'Alexandrie (1) nous les nomme tous au nombre de quarante-deux , et il ne s'y trouve pas même, comme chez les Bramines, une épopée ou un livre qui ait la prétention d’être un récit, de fixer d’une manière quelconque aucune grande action , aucun événement.

Les belles recherches de M. Champollion le jeune, et ses étonnantes découvertes sur la langue des hiérogiyphes (2), confirment ces conjectures , loin de les détruire. Cet ingénieux antiquaire a lu, dans une série de tableaux hiéroglyphiques du temple d’Abydos (3), les prénoms d’un certain nombre de rois placés à la suite les uns des autres ; et une partie de ces

(1) Stromat , lib. vi, pag. 633.

(2) Voyez le Précis du Système hiéroglyphique des an ciens Égyptiens, par M. Champollion le jeune ; p. 245, et sa Lettre à M. le duc de Blacas, page 15 et suivantes.

(3) Ce bas-relief important est gravé dans le Voyage à Méroë, de M. Cailliand , tome 11, planche xxxrr.

prénoms (les dix derniers) s'étant retrouvés sur divers autres monumens, accompagnés de noms propres , ilen a conclu qu'ils sont ceux des rois qui portaient ces noms propres, Ce qui lui a donné à peu près les mêmes rois, et dans le même ordre que ceux dont Manéthon compose sa dix-huitième dynastie , celle qui chassa les pasteurs. Toutefois la concordance n’est pas complète : il manque dans le tableau d’Abydos six des noms portés sur la liste de Manéthon ; il yen a qui ne ressemblent pas; enfin il se trouve malheureusement une lacune avant le plus remarquable de tous, le Rhamsès qui parait le même que le roi représenté sur un si grand nombre des plus beaux monumens de l'Ésypte, avec les attributs d’un grand conquérant. Ce serait, selon M. Champollion, dans la liste de Manéthon, le Séthos, chef de la dix-neuvième dynastie, qui, en effet, est indiqué comme puissant en vaisseaux et en cavalerie, et comme ayant portéses armes en Chypre, en Médie eten Perse. M. Champollion pense, avec Marsham et beaucoup d'autres, que c’est ce Rhamsès ou ce Séthos qui est le Sésostris ou le Sesoosis des Grecs; et cette opinion a de la probabilité, dans ce sens que les représentations des victoires de Rhamsès, remportées probablement sur les nomades voisins de l'Égypte, ou tout au plus

en Syrie, ont donné lieu à ces idées fabuleuses de conquêtes immenses attribuées, par quelque autre confusion , à un Sésostris; mais dans Manéthon, c’est dans la douzième dynastie, et non dans la dix-huitième, qu'est inserit un prince du nom de Sésostris, marqué comme conquérant de l'Asie et de la Thrace (1). Aussi Marsham prétend-il que cette douzième dynastie et la dix-huitième n’en font qu'une (2). Manéthon n'aurait donc pas compris lui-même les listes qu’il copiait. Enfin, si l’on admettait dans leur entier et la vérité historique de ce bas-relief d’Abydos et son accord, soit avec la partie des listes de Manéthon qui paraît lui correspondre , soit avec les autres inscriptions hiéroglyphiques, il en résulterait déjà cette conséquence que la prétendue dix-huitième dynastie, la première sur laquelle les anciens chronologistes commencent à s’accorder un peu , est aussi la première qui ait laissé sur les monumens des traces de son existence. Manéthon a pu consulter ce document et d’autres semblables ; mais 1l n’en est pas moins sensible qu'une liste, une série de noms ou de portraits,

(1) Syncelle, page 59.

(2) Canon., page 353.

comme il y en à partout, est loin d’être une histoire.

Ce qui est prouvé et connu pour les Indiens, ce que je viens de rendre si vraisemblable pour les habitans de la vallée du Nil, ne doit-on pas le présumer aussi pour ceux des vallées de l’'Euphrate et du Tigre? Établis, comme les Indiens (1), comme les Égyptiens, sur une grande route du commerce, dans de vastes plaines qu'ils avaient èté obligés de couper de nombreux canaux, instruits comme eux par des prêtres héréditaires, dépositaires prétendus de livres secrets, possesseurs privilégiés des sciences, astrologues, constructeurs de pyramides et d’autres grands monumens (2), ne devaientils pas leur ressembler aussi sur d’autres points essentiels ? Leur histoire ne devait-elle pas également se réduire à des légendes? J’ose presque

(1) Toute l’ancienne mythologie des Bramines se rapporte aux plaines où coule le Gange, et c’est évidemment là qu'ils ont fait leurs premiers établissemens.

(2) Les descriptions des anciens monumens chaldéens ressemblent beaucoup à ce que nous voyons de ceux des Indiens et des Égyptiens ; mais ces monumens ne sont pas conservés de même, parce qu'ils n'étaient construits qu'en briques séchées au soleil,

dire non-seulement que cela est probable, mais que cela est démontré par le fait.

Ni Moïse ni Homère ne nous parlent encore d’un grand empire dans la Haute-Asie. Hérodote (1) n’attribue à la suprématie des Assyriens que cinq cent vingt ans de durée, et n’en fait remonter l’origine qu'environ huit siècles avant lui. Après avoir été à Babylone et en avoir consulté les prêtres, il n’en a pas même appris le nom de Ninus, comme roi des Assyriens, et n’en parle que comme du père d’Agron (2), premier roi Héraclide de Lydie.

Cependant il le fait fils de Bélus; tant il y avait dès-lors de confusion dans les souvenirs. S'il parle de Sémiramis comme de l’une des reines qui ont laissé de grands monumens à Babylone, il ne la place que sept générations avant Cyrus.

Hellanicus, contemporain d'Hérodote, loin de laisser rien construire à Babylone par Sémi- ‘ramis, attribue la fondation de cette ville à Chaldæus, quatorzième successeur de Ninus (3).

Bérose, Babylonien et prêtre, qui écrivait à peine cent vingt ans après Hérodote, donne à

(4) Glio , cap. xcv.

(2) Clio, cap. vu.

(3) Etienne de Byzance, au mot Chaldær.

Babylone une antiquité effrayante ; mais c'est à Nabuchodonosor , prince relativement trèsmoderne, qu'il en attribue les monumens principaux (1).

Touchant Cyrus lui-même, ce prince si remarquable, et dont l’histoire aurait dü être si connue , si populaire, Hérodote, qui ne vivait que cent ans après lui, avoue qu'il existait déjà trois sentimens diflérens ; et en effet, soixante ans plus tard Xénophon nous donne de ce prince une biographie tout opposée à celle d'Hérodote.

Ctésias , à peu près contemporain de Xénophon, prétend avoir tiré des archives royales des Mèdes une chronologie qui recule de plus de huit cents ans l’origine de la monarchie assyrienne, tout en laissant à la tête de ses rois ce même Ninus, fils de Bélus, dont Hérodote

avait fait un Héraclide; et en même temps il attribue à Ninus et à Sémiramis des conquêtes vers l'occident , d’une étendue absolument incompatible avec l’histoire juive et égyptienne de ce temps-là (2).

Selon Mégasthènes , c'est Nabuchodonosor

(1) Josephe (contre Appion), lib. 1, cap. 19. (2) Diod. Sic., lib. 1.

qui avait fait ces conquêtes incroyables. Il les a poussées par la Libye jusqu’en Espagne (x).

On voit que, du temps d'Alexandre, Nabuchodonosor avait tout-à-fait usurpé la réputation que Sémiramis avait eue du temps d’Artaxerxés ; mais on pensera sans doute que Sémiramis, que Nabuchodonosor, avaient conquis Éthiopie et la Libye , à peu près comme les Égyptiens faisaient conquérir, par Sésostris ou par Osymandyas, l’Inde et la Bactriane.

Que serait-ce si nous examinions maintenant les différens rapports sur Sardanapale, dans lesquels un savant célèbre a cru trouver des preuves de lexistence de trois princes de ce nom, tous trois victimes de malheurs semblables (2); à peu près comme un autre savant trouve aux Indes au moins trois Vicramaditjya, également tous les trois héros d'aventures pareilles ?

C'est apparemment d’après le peu de concordance de toutes ces relations, que Strabon

(1) Josèphe (contre Appion), lib. 1, cap. 6; et Strabon , lib. xv, pag. 687.

(2) Voyez dansles Mémoires de l’Académie des Belles- Lettres , tome v , le Mémoire de Fréret sur l’histoire des

Assyriens.

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