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Maintenant parcouronsles livres des anciens et leurs monumens ; comparons ce qu'ils ont dit de l'ibis, ou les images qu'ils en ont tracées, avec l'oiseau que nous venons de décrire;
inous verrons toutes les difficultés s’évanouir et tous les témoignages s’accorder avec le meilleur de tous, qui est le corps même de l'oiseau conservé dans la momie.
« Les ibis les plus communs, dit Hérodote « ( Euterpe, n° 76), ont la tête et le devant du « cou nus, le plumage blanc, excepté sur la « tête , sur la nuque, aux bouts des ailes et du « croupion, qui sont noirs (1). Leur bec et « leurs pieds ressemblent à ceux des autres « ibis. » Et il avait dit de ceux-ci : « Ils sont « de la taille du crex, de couleur entièrement « noire, et ont les pieds semblables à ceux de
« la grue, et le bec crochu, »
Combien de voyageurs ne font pasaujourd'hui de si bonnes descriptions des oiseaux qu'ils observent, que celle qu'Hérodote avait faite de libis!
(1) Vo env pans , a ray daipy rAcuv. Asvxn nrepoïot,
äpov. Feu Larcher, Hérodote, traduction française , tome 11, page 327 , a bien fait sentir la différence de ces
| mn repaXnc | HAL aUyevos Aa GrpOY TOY FTELÜYOY | AËL TUYov | mots, avynv, la nuque, et dsion ou dpn, la gorge.
Comment a-t-on pu appliquer cette description à un oiseau qui n’a de nu que la face, et qui l’a rouge, à un oiseau qui a le croupion blanc et non recouvert au moins comme le nôtre par les plumes noires des ailes?
Cependant ce dernier caractère était essentiel à l'ibis. Plutarque dit (de Iside et Osiride} qu'on trouvait dans la manière dont le blanc était tranché avec le noir dans le plumage de cet oiseau , une figure du croissant de la lune. C’est en effet par la réunion du noir des dernières plumes des ailes avec celui des deux bouts d’ailes que se forme, dans le blanc, une grande échancrure demi-circulaire qui donne à ce blanc la figure d’un croissant.
I est plus difficile d'expliquer ce qu il a voulu dire en avançant que les pieds de Pibis forment avec son bec un triangle équilatéral. Mais on conçoit l'assertion d'Élien, que lorsqu'il retiré sa tête et son cou dans ses plumes, il représenté un peu la figure d’un cœur (x). Il était à cause de cela l'emblème du cœur humain, selon Horus Apollo , c. 35.
D’après ce qu'Hérodote dit de la nudité de la gorge, et des plumes qui couvraient le dessus,
(4) Ælian., lib. x, cap. 29.
du cou, il parait avoir eu sous les yeux un individu d'âge moyen; mais il n’en est pas moins certain que les Égyptiens connaissaient aussi très-bien les individus à cou entièrement nu. On en voit de tels représentés d’après des sculptures en bronze dans le recueil d’antiquités égyptiennes de Caylus ( tome 1, planche x, n° 4, et tome v, planche x1, n°r). Cette dernière figure est même tellement semblable à notre oiseau de la planche 5 , que l’on dirait qu'elle a été faite d’après lui.
Les peintures d'Herculanum ne laissent non plus aucune espèce de doute; les tableaux nos 138 et 140 de l'édition de David , et tome 11, page 315, n°50, et page 32r, n° 60, de l'édition originale, qui représentent des cérémonies égyptiennes, montrent plusieursibis marchant sur le parvis des temples ; ils sont parfaitement semblables à l'oiseau que nous avons indiqué : on y reconnait surtout la noirceur caractéristique de la tête et du cou, et on voit aisément par la proportion de leur figure avec les personnages du tableau, que ce devait être un oiseau d’un demi-mètre tout au plus, et non pas d’un mètre ou à peu près comme le tanta- Jus ibis.
La mosaïque de Palestrine présente aussi dans sa partie moyenne plusieurs ibis perchés
sur des bâätimens; 1ls ne différent en rien de ceux des peintures d'Herculanum.
Une sardoine du cabinet de D. Mead, copiée par Shaw, app. tab. v, et représentant un ibis, semble être une miniature de l'oiseau que nous décrivons.
Une médaille d’'Adrien, en grand bronze, représentée dans le Muséum de Farnèse, tome vi, planche xxvur, figure 6, et une autre du même empereur, en argent, représentée tome 11, planche vi, figure 9, nous donnent des figures de l’ibis qui, malgré leur petitesse, ressemblent assez à notre oiseau.
Quant aux figures d'ibis sculptées sur la plinthe de la statue du Nil, au Belvédéere, et sur sa copie au jardin des Tuileries, elles ne sont pas assez terminées pour servir de preuves; mais parmi les hiéroglyphes dont l'institut d'Égypte a fait prendre des empreintes sur les lieux, il en est plusieurs qui représentent notre oiseau sans équivoque. Nous donnons (planche 6) une de ces empreintes que M. Geoffroy a bien voulu nous communiquer.
Nous insistons particulièrement sur cette dernière figure, attendu que c’est la plus authentique de toutes, ayant été faite dans le temps et sur les lieux où libis était adoré, et étant contemporaine de ses momies; tandis
SUR L'IBIS. 44x
que celles que nous avons citées auparavant , faites en Italie et par des artistes qui ne professaient point le culte égyptien, pouvaient être moins fideles (1).
Nous devons à Bruce la justice de dire qu'il avait reconnu l'oiseau qu'il décrit sous le nom d’abou-hannès pour le véritable ibis. I dit expressément que cet oiseau lui a paru ressembler à celui que contiennent les cruches de momies ; il dit de plus que cet abou-hannès ou pére-
jean est très-commun sur les bords du Nil,
tandis qu’il n’y a jamais vu l'oiseau représenté par Buffon sous le nom d’ibis blanc d'Égypte.
M. Savigny, l’un des naturalistes de l’expédition d'Égypte, assure également n'avoir point trouvé le tantalus dans ce pays; mais il a pris beaucoup de nos zumenius près du lac Menzalé dans la Basse-Ésypte, et il en a rapporté la dépouille avec lui.
L’abou-hannès a été placé par Latham, dans son /ndex ornithologicus, sous le nom de tantalus æthiopicus; mais il ne parle point de
(1) Tout nouvellement M. Champollion nous a fait voir une figure qu’il vient de copier en Égypte , et qui représente notre oiseau sans équivoque et dans tous ses détails.
la conjecture de Bruce sur son identité avec l'ibis.
Les voyageurs antérieurs et postérieurs à Bruce paraissent avoir tous été dans l'erreur.
Belon a cru que l’ibis blanc était la cigogne, en quoi il contredisait évidemment tous les témoignages ; aussi personne n’a-t-il été de son avis en ce point, excepté les apothicaires, qui ont pris la cigogne pour emblème, pañfce qu'ils l'ont confondue avec l'ibis, auquel on attribue l'invention des clystères (1).
Prosper Alpin, qui rappelle que eette invention est due à l’ibis, ne donne aucune description de cet oiseau dans sa médecine des Égyptiens (2). Dans son Histoire naturelle d'Égypte, il n’en parle que d’après Hérodate, aux termes duquel il ajoute seulement, sans doute d’après un passage de Strabon que je rapporterai plus bas, que cet oiseau ressemble à la eigogne par la taille et par la figure. I dit avoir appris qu'il s’en trouvait en abondance de
(1) Ælian., lib. 11, cap. 35; Plut., de solert. an.; Cic., de nat. deor., lib. n ; Phile, de anim. prop., 16, etc.
(2) De Med. Ægypt., lib. 1, fol. 1, vers. Édition de Paris , 1646.
blanes et de noirs sur les bords du Nil; mais il est clair, par ses expressions mêmes, qu'il ne croyait pas en avoir vu (1).
Shaw dit de l’ibis (2) qu'il est aujourd’hui excessivement rare, et qu'il n’en a Jamais vu. Son emseesy où oiseau de bœuf, que Gmelin rapporte très-mal à propos au tantalus ibis, a la grandeur du courlis, le corps blanc, le bec et les pieds rouges. [Il se tient dans les prairies auprès du bétail : sa chair n’est pas de bon goût , et se corrompt d’abord (3). Il est facile de voir que ce n’est pas là le tantalus, et encore moins l’ibis des anciens.
Hasselquist n’a connu mi libis blane, ni libis noir ; son ardea ibis est un petit héron qui a le bec droit. Linné avait très-bien fait de le placer, dans sa dixième édition , parmi les hérons; mais il a eu tort, comme je l'ai dit, de le transporter depuis comme synonyme au genre tantalus.
Demaillet (Description de l'Égypte, partie, pag. 23) conjecture que l’ibis pourrait être l’oi-
(1) Rer. Ægypt., lib. 1v, cap. 1 , tom. 1, pag. 199 de l'édition de Leyde, 1735.
(2) Voyez la traduction française, tom. n, pag. 167.
(3) Voyez Shaw, traduct. franç., tom. 1 , pag. 330.
seau particulier à l'Égypte, et qu’on y nomme chapon de Pharaon, et à Alep saphan-bacha.
Il dévore les serpens. Il y en a de blanes et de blancs et noirs; et il suit, pendant plus de cent lieues, les caravanes qui vont du Caire à La Mecque, pour se repaitre des carcasses des animaux qu’on tue pendant le voyage, tandis que dans toute autre saison on n’en voit aucun sur cette route. Mais l’auteur ne regarde point cette conjecture comme certaine ; il dit même qu'il faut renoncer à entendre les anciens lorsqu'ils ont parlé de manière à ne vouloir pas être entendus. Il finit par conclure que les anciens ont peut-être compris indistinctement sous le nom d'ibis tous les oiseaux qui rendaient à l'Égypte le service de la purger des dangereux reptiles que ce climat produit en abondance, tels que le vautour, le faucon, la cigogne, l’épervier, etc.
Il avait raison de ne point regarder son chapon de Pharaon comme l’ibis ; car, quoique sa description soit très-imparfaite, et que Buffon ait cru y reconnaitre l’ibis , il est aisé de juger, ainsi que par ce qu’en dit Pokocke, que cet oiseau doit être un carnivore ; et en effet, on voit par la figure de Bruce (tom. v, pag. 19x de l'édition française ) que la poule de Pharaon n'est autre chose que le rachama ou le petit
vautour blanc à ailes noires (vultur percnopterus Linn.), oiseau très-différent de celui que nous avons prouvé plus haut être libis.
Pokocke dit qu'il paraït, par les descriptions qu’on donne de l'ibis, et par les figures qu’il en à vues dans les temples de la Haëte-Ésypte, que c'était une espèce de grue. J'ai vu , ajoute= t-il, quantité de ces oiseaux dans les iles du Nil; ils étaient la plupart grisâtres. (Traduction française, édition in-12, tom. 11, pag. 153.) Ce peu de mots suffit pour prouver qu'il n’a pas connu l’ibis mieux que les autres.
Les érudits n’ont pas été plus heureux dans leurs conjectures que les voyageurs. Middleton rapporte à l’ibis une figure de bronze d’un oiseau dont le bec est arqué, mais court, le cou très-long et la tête garnie d’une petite huppe, figure qui n’eut jamais aucune ressemblance avec l'oiseau des Égyptiens (antig. monum., tab. x, pag. 129). Cette figure n’est d’ailleurs point du tout dans le style égyptien , et Middleton lui-même convient qu'elle doit avoir été faite à Rome. Saumaise sur Solin ne dit rien qui se rapporte à la question actuelle.
Quant à l'ibis noir qu’Aristote place seulement auprès de Péluse (1), on a eru long-
(4) Hist. anim., lib. 1x, cap. 27, et lib. x, cap. 30.
temps que Belon seul l'avait vu (1). L'oiseau qu'il décrit sous ce nom est une espèce de courlis à laquelle il attribue une tête semblable à celle du cormoran, c'est-à-dire apparemment chauve, un bec et des pieds rouges (2); mais comme il@me parle point de libis dans son voyage (3), je soupçonne qu’il n’a fait ce rapprochement qu’en France , et par comparaison avec des momies d’ibis. Ce qu’il y a de certain , c’est que l’on ne connaît pas en Égypte ce courlis à becet pieds rouges (4), mais qu’on y voit très-communément notre courlis vert d'Europe (scol. falcinellus, Linn., enl. 819), qu'il y est même plus abondant que le numenius blane (5); et comme il lui ressemble pour les formes et pour la taille, et que de loin son plumage peut paraître noir, on ne peut guère douter que ce ne soit là le véritable ibis noir des anciens. M. Savigny l’a aussi fait peindre
(1) Buffon. Histoire naturelle des oiseaux, im-4°, tom. vin, pag. 17.
(2) Belon. Nature des oiseaux, pages 199 et 200 ; et Portraits d'oiseaux , folio 44, vers.
(3) Observations de plusieurs singularités , etc.
(4) Savigny. Mémoire sur l’ibis, pag. 37.
(5) Savigny. /bidem.
en Égypte (r), mais d’après un jeune individu seulement. La figure de Buffon est faite d’après l’adulte ; mais les couleurs en sont trop claires.
L'erreur qui règne à présent touchant l’ibis blanc a commencé par Perrault, qui même a le premier, parmi les naturalistes , fait connaître le tantalus ibis d'aujourd'hui. Cette erreur, adoptée par Brisson et par Buffon, a passé dans la douzième édition de Linné, où elle s’est mêlée à celle d'Hasselquist, qui avait été insérée dans la dixième pour former avec elle un composé tout-à-fait monstrueux.
Elle était fondée sur l’idée que l’ibis était essentiellement un oiseau ennemi des serpens, et sur cette conclusion bien naturelle, qu'il fallait pour dévorer les serpens un bec tran-
chant et plus ou moins analogue à celui de la eigogne et du héron : cette idée est même la seule bonne objection qu’on puisse faire contre l'identité de notre oiseau avec l’ibis. Comment, ‘dira-t-on , un oiseau à bec faible, un courlis, pouvait-il dévorer ces reptiles dangereux?
| On pouvait répondre que des preuves posi-