‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 39 sur 98 · REMARQUES PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

REMARQUES PRÉLIMINAIRES

SUR CÉS SORTES DE TERRAINS ET SUR LA FAMILLE DES PACHYDERMES EN GÉNÉRAL.

PLusreurs raisons nous ont déterminé à choisir les ossemens de pachydermes des ter-

rains meubles pour les objets de nos premières recherches.

D'abord les os fossiles en général sont beau- | coup plus communs dans les terrains meubles |

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et d’alluvion que dans toutes lesautres couches. Ceux de quadrupèdes sont même si rares dans les couches pierreuses régulières , que des géologistes célèbres ont douté qu'ils y existassent.

En second lieu , la nature meuble de ces terrains fait qu’on en retire les os plus entiers et plus reconnaissables.

Troisièmement, comme ces terrains forment les couches les plus superficielles du globe, ce sont eux que l’on fouille le plus souvent ; et enfin, comme les couches superficielles sont nécessairement aussi les plus récentes , les os qu’elles recelent sont plus semblables à ceux des animaux d'aujourd'hui, et par conséquent plus faciles à déterminer quant à leurs genres et à leurs espèces.

Il y a néanmoins encore de grandes diffé rences d'ancienneté entre les couches meubles : les unes, qui forment le fond des grandes vallées ou la superficie des grandes plaines, s’étendent à de grandes distances et à de grandes profondeurs ; ce sont elles qui font l’objet principal de nos recherches actuelles; la plupart des 6s qu’elles recèlent appartiennent évidem= ment à des animaux au moins étrangers à nos climats, tels que des éléphans, des rhinocéros, des buffles, etc.

Les autres couches meubles, moins éten-

dues et surtout plus récentes, sont déposées journellement par les rivières, soit lors de leurs inondations, soit dans les endroits où leur bord est plus concave. Elles forment ce que l’on nomme proprement des alluvions.

Composées presque uniquement de sables roulés, elles n’enveloppent que des os d'animaux du pays.

Mais parmi tous les os des couches meubles nous avons encore eu des raisons particulières de commencer par ceux des pachydermes.

Ce sont eux que l’on a le plus généraleraent recueillis, parce que la plupart des espèces qui appartiennent à cette famille sont fort grandes , et qu'étant toutes étrangères à nos climats, si l'on en excepte le cheval et le cochon , leurs dépouilles ont dü frapper davan-

tage les curieux par leur singularité. Ainsi | nous avons eu des matériaux plus abondans | que pour les autres.

| L'examen ostéologique en était aussi plus aisé, parce que l'ordre des pachydermes ne comprend qu’un petit nombre de genres; que ces genres sont fort distincts les uns des autres, et qu'il est par conséquent plus facile | d’en reconnaître les parties. Il n’y a pas une | de leurs dents, ni de leurs os de la tête ou des extrémités, qui ne soit isolément en état de

fournir des caractères distinctüifs suffisans : c’est ce que les ruminans , par exemple, ne feraient point, parce qu ils sont pin semblables entre eux.

Enfin l’état de la science nous donnera-un dernier ordre de motifs. J'avais besoin pour toute la suite de mes démonstrations, et particulièrement pour la détermination des amimaux extraordinaires de nos pierres à plâtre, qui font l’objet de ma seconde partie, et que je regarde comme mes principales découvertes en ce genre, J'avais besoin, dis-je, de l’ostéologie de plusieurs animaux de cette famille, dont les squelettes n’ont point encore été décrits. x |

On ne connaissait point les squelettes du rhinoceros, de l’hkippopotame ni du taptr; celui de l'éléphant lui-même n’était encore qu'im=

parfaitement connu. J'avais done à les dé- | crire ; et l'endroit le plus naturel pour le faire |

était celui où je devais parler des os fossiles | |

des mêmes genres.

Ainsi c'était par ces fossiles que je devais | commencer mon travail. 1 Quand j'en aurai terminé l’histoire, je pas- # serai, dans ma seconde partie, à celle des animaux de nos pierres à plâtre, qui sont aussi | presque tous de la famille des pachydermes,

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Tire

mais de genres entièrement inconnus; puis revenant aux fossiles des terrains meubles, je traiterai successivement, dans ma troisième partie, des carnassiers et des autres onguiculés fossiles, ainsi que des ruminans, c'est-à-dire des animaux à sabots non pachydermes.

Je parlerai enfin des cétacés et des reptiles.

L'ordre que je suivrai ne sera donc ni rigoureusement géologique ni rigoureusement zoologique ; mais ce sera le plus commode pour conduire le lecteur à travers tant de recherches difficiles, et pour lui faire saisir le fil et sentir la justesse des preuves, en lui dévelop-

pant la véritable marche suivie dans les découvertes.

Cette famille si naturelle des pachydermes, entièrement méconnue par Linnæus, et encore plus par ses prédécesseurs, n’a été bien sentie que par Storr (1).

Il l'avait définie mammifères à sabots, a plus de deux doigts.

Mais comme j'ai découvert, dans le cours de mes recherches sur les fossiles, un genre à deux doigts seulement, qui n’en est pas moins

(4) Prodromus methodi mammalium. Tubing. 1780.

un vrai pachyderme (les anoplotheriums de nos carrières à plâtre); comme j'ai même trouvé, en consultant l’ensemble de la structure , qu’il fallait associer les solipèdes avec les pachydermes ordinaires , il est évident que le nombre des doigts ne peut être pris en considération dans cette famille plus que dans aucune autre. Il devient donc nécessaire pour la caractériser, de se renfermer dans les expressions d'animaux à sabots non-ruminans.

Cet ordre des pachydermes ne comprenait autrefois que cinq genres : les é/éphans, les rhinocéros, les hippopotames, les tapirs et les cochons ; J'Y en ai transporté deux : les chevaux et les damans ; j'en ai démembré un de celui des éléphans (les mastodontes), et deux | autres ont été démembrés de celui des cochons (les pécarts et les phacocheres); enfin j’en ai dé- | couvert quatre que je ferai connaitre dans cet ouvrage, et dont deux, les anoplotheriums et | les Name sont déjà publiés et bien |

connus des naturalistes : ce qui portele nombre total des genres de pachydermes à quatorze. | Les hippopotames, les cochons, les phaco= chères et les pécaris forment entre eux un | petit groupe particulier qui a des rapports marqués avec les ruminans, surtout par l’os-

téologie des pieds, et qui se lie à cet égard avec

le chameau, per l'intermédiaire de mon nouveau genre des anoplotheriums.

On sait que le chameau lui-même s’écarte assez du commun des ruminans, par ses incisives supérieures, ses nombreuses canines,un os de plus au tarse, une autre nature de sabots, et même par quelques différences dans la forme de l'estomac.

Un autre petit groupe est celui qui comprend le rAinocéros , le tapir et le daman.

Le daman lie par ses dents le rhinocéros à mes deux nouveaux genres du palæotherium et de l’anoplotherium ; car ces quatre genres ont presque absolument les mêmes mâchelières.

D'un autre côté, le palæotherium le le tapir au rinocéros par la forme des pieds ; comme

| le tapir lie le palæotherium aux pécaris, et par | suite aux cochons, mais surtout au cheval, par le moyen des incisivés et des canines.

| L’anoplotherium seul reste isolé à ce dernier | égard, ne ressemblant à aucun animal connu, | à cause de la série non interrompue que for- | ment ses trois sortes de dents.

Les dents de devant ne sont pas le seul rap- | port du cheval avec le tapir, le palæotherium et ‘ le rhinoceros ; les os des extrémités de ces ani- | maux sont très-semblables. Quoique le cheval | |

ait l'air de n'avoir qu'un doigt, il en a réellement trois, les latéraux, presque réduits à rien, se trouvant cachés sous la peau ; et nous verrons une espèce de palæotherium où le doigt du milieu de derrière est déjà beaucoup plus grand que les deux autres.

La trompe du tapir, à laquelle celle du palæotherium devait fort ressembler, n’est aussi qu’un prolongement des naseaux du cheval.

Plusieurs muscles très-singuhers sont communs à ces deux genres, comme on peut le voir dans mon Ænatomie comparée; tandis que la trompe de l'éléphant est construite sur un plan qui lui est absolument propre.

L’éléphant ne trouvera d’analogues que dans les mastodontes où animaux de l'Ohio, de S1morre, etc.

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