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que plusieurs de ses compatriotes, qu'on en voit quelquefois de dix-huit pieds, ce qui doit s'entendre sans doute de pieds du Rhin.
Ainsi l’on ne peut expliquer ce que les anciens ont dit à ce sujet, qu’en supposant que les éléphans que les rois d'Égypte ou les Carthaginois ont possédés dans leurs armées, n’arrivaient pas à la taille que ces animaux at? teisnent à l’état sauvage dans les contrées de l'Afrique où ils trouvent une nourriture abondante.
& Des pays habites par chacune des deux espèces d’éléphans vivans.
Pour terminer cette histoire et cette description comparative des éléphans vivans, il serait nécessaire de fixer avec précision les limites des pays qui leur sont assignés par la nature.
L'espèce que nous avons appelée des ]ndes habite en effet dans toute l'Inde en-decà du Gange, car c’est de ce pays-là ou de Ceylan que sont venus les nombreux individus dont nous avons observé les crânes ; il n’y a pas de raison de douter que ce ne soit elle aussi qui se trouve dans l'Inde ultérieure et qui peuple les forêts de Siam , de l'empire des Birmans et de la Cochinchine.
L'espèce que nous avons appelée d'Afrique se trouve au Sénégal, d’où venait le squelette fait pour Louis XIV et que nous possédons encore, et au cap de Bonne-Espérance, d’où est arrivé le crâne isolé qui a formé le second sujet de notre description. On a don: tout lieu de croire que les pays intermédiaires, le long de la côte occidentale de l'Afrique, n’en ont pas d'autre.
Mais cela est-il généralement vrai de toute cette partie du monde? Les éléphans de la côte orientale, le long de la mer des Indes, sont-ils de la même espèce ? Ces éléphans que les rois d'Égypte avaient appris à dompter et qu'ils employaient à la guerre avec tant de succés, étaient-ils semblables à ceux qu'aucune des nations nègres n’a pu encore rendre domestiques ? Et les Carthaginois qui ont eu tant d’éléphans, qui sont parvenus à leur faire traverser la mer, les Alpes et les Apennins, d'où les avaient-ils tirés, et de quelle espèce les prenaient-ils ? Voila des questions qui restent à résoudre pour les critiques et pour les voyageurs.
Nous savons déja positivement par l'inscription d'Adulis (comme je l'ai fait remarquer ) que c'était de PAbyssinie que les Ptolomées traient leurs éléphans, et c’est de ces elé-
phansmèêmes des Ptolomées que lon a dit qu'ils étaient plus petits, plus faibles et plus timides que ceux des Indes. Nous avons vu aussi que, selon Cosmas, voyageur et négociant éclairé, c'étaient les mêmes éléphans d’Éthiopie que les Ethiopiens de son temps ne savaient plus dresser, qui portaient les plus grandes défenses et qui fournissaient le plus d'ivoire au commerce. Ces deux indications semblent annoncer que les éléphans de la côte orientale sont les mêmes que ceux de la côte opposée.
Ludolph, néanmoins, dans son Histoire d’Abyssinie, dit expressément que les femelles n’y ont pas de défenses : Sols maribus competunt; fœminæ ut céervæ illis carent (1), et cette assertion semble indiquer l'espèce des Indes; mais on trouvera peut-être qu'un homme qui ne parlait que sur la foi d'un moine abyssin ignorant, dont toutes les figures sont empruntées d’autres auteurs, et qui va/même jusqu’à donner à lAbyssinie un animal évidemment d'Amérique (l’ouistiti), mérite peu de foi.
Cependant son témoignage est confirmé par Bruce, au moins pour un cas particulier ; car,
ODSAISC ZEtD:. LD, rc x.
dans le récit d’une chasse aux éléphans à laquelle il assista(r ), il dit que les défenses d’une femelle étaient très-petites, tandis que le mâle en avait de fort grandes.
Quant aux Carthaginois, nous ne voyons, par aucun passage positif, d’où venaient leurs éléphans de guerre; mais ce que rapporte Appien (Bell. pun., p. m. 5) de la commission qu'ils donnèrent à Asdrubal pour en prendre, la treizième année de la deuxième guerre punique, 205 ans avant J.-C., lorsqu'ils apprirent que Scipion menaçait de descendre en Afrique , et la rapidité avec laquelle il parait qu'Asdrubal exécuta cette chasse, prouvent bien qu'ils n’allaient pas les chercher très-loin , et surtout qu'ils n’allaient pas jusqu’en Éthiopie.
À la vérité la Barbarie ne parait plus produire d’éléphans aujourd’hui, mais elle -en
avait du temps des anciens. Pline en place en
Libye, au-delà des Syrtes, eten Mauritanie (2) : Ælien, dans les forêts et les pâturages du pied de l'Atlas (3). Les Carthaginois devaient donc
(1) Voyage aux sources du Nil, trad. fr., in-8°, t. xr, page 114.
(@) Plin., Hb. var, cap. x1.
(3) Ælian., lib. vu, cap. n.