‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 48 sur 98 · Voyez Pinel, Journ. de Phys., xzur, p · texte numérisé non relu

Voyez Pinel, Journ. de Phys., xzur, p

de l’autre dans l'éléphant des Indes (comme 26 à 14). Elle est d’un peu moins d’un quart plus srande seulement dans l'éléphant d’Afrique (comme 21 à 16).

Outre ces différences dans les proportions, il y en a dans les contours : 1° le front de leléphant des Indes est creusé en courbe rentrante et concave; celui de l'éléphant d’4frique ést au contraire un peu convexe.

»° Le trou sous-orbitaire est plus large dans l'éléphant des Indes. Vans celui d'Afrique , 1] ressemble plutôt à un canal qu'à un simple trou. | |

5° La fosse temporale est plus ronde dans l'éléphant d'Afrique, et lapophyse qui la distingue de l'orbite, plus grosse que dans celui des /ndes, où cette fosse a un contour ovale.

Considérés par leur face antérieure, ces crànes offrent des différences tout aussi marquées.

1° La plus srandé longueur de cette face, prise du sommet au bord de lalvéole, est à sa-plus grande largeur, prise éntre les apophyses post -orbitaires du frontal, commé 5 à 3'dans l’'ééphunt des Indes, comme 3 à 2 dans l'éléphant d Afrique. ISERE

2° L'ouverture du nez est à peu près au milieu de la face dans l'éléphant des Indes ; elle est plusiéloignée d’un cinquième du bord de

RD ae

l'alvéole que du sommet de la tête dans l’é/éphant d'Afrique.

Vus d’en haut, ces crânes différent surtout par leurs arcades zigomatiques , plus saillantes dans l'éléphant d'Afrique que dans celui des Indes.

Par derrière on est frappé de nouveaux caractères :

1° La hauteur des ailes du sphénoïde fait, dans l'éléphant des Indes , plus des trois quarts de celle de la face occipitale ; tandis que, dans l'éléphant d'Afrique, elle n’en fait pas à beaucoup près la moitié.

2° Dans l'éléphant d'Afrique ; Vextrémité postérieure des arcades zigomatiques est presque de niveau avec les condyles occipitaux ; dans celui des Zndes, elle est beaucoup plus

‘basse.

= 3° L’occiput est terminé supérieurement ;

| dans l'éléphant d'Afrique, par ‘une courbe

demi-elliptique et sa base est formée par deux

dignes en angle très-ouvert. Dans celui des Zades, les côtés sont en arcs convexes et le haut ‘en arc lévèrement concave.

Les molaires sont placées ; dans l’une etil’autre espèce, sur deux lignes qui convergent en avant : elles ne diffèrent que par leurs lames, ‘ainsi que nous l’avons dit ci-dessus. ::

Ces caractères, pris de la forme du crâne, sont, commeon voit, parfaitementdistinets, et très-suffisans pour faire connaitre les espèces vivantes, même à lextérieur; mais avant d’en faire l'application aux erànes fossiles, il: était nécessaire de déterminer les variétés que le crâne peut subir d’an individu à l’autre dans la même espèce.

J'ai donc soumis mes crânes des Indes à une # comparaison entre eux, et ]j en ai fait autant! de mes crânes d'Afrique.

Ces derniers, dont je n'ai eu, il est vrai, que deux, ne m'ont presque point offert de différence appréciable.

Quant aux premiers, dont j'ai eu un plus grand nombre, et pour la connaissance desquels j'ai encore été aidé par de beaux dessins faits à Londres par M. Clift, conservateur du:eabinet du Collége des chirurgiens, et des-| sinateur habile autant qu'anatomiste instruit, | Jai trouvé qu'ils offraient quelques variétés re-| lativement. à EU et aux alvéoles des déz| fenses. :: (109.891

L’occiput est plus ar en tout sens dans!

les uns que dansles-autres,;:sans “pps avec!

la longueur.des défenses. 3 |

=: est-aussr moins élevé dans quelques-uns!

et par conséquent lesommet de la tête est plus,

VIVANS. 56x

arrondi, comme on peut le voir au crâne de mooknah, male et adulte, donné par M. Corse au cabinet des Chirurgiens de Londres, et représenté pl. 18, fig. 3. À en juger par le crâne du jeune squelette du cabinet de M. Brooks (pl. 18,fig. r et 2), les jeunes individus auraient aussi cette partie plus arrondie.

Lesalvéoles des défenses de dauntelah sont un peu plus obliques en avant; ceux des #100knah se portent un peu plus directement vers le bas. Ces derniers alvéoles sont un peu plus minces, mais pas à beaucoup près dans la proportion des défenses elles-mêmes, Ce qui manque à la grosseur des défenses est compensé par une plus grande épaisseur de la substance osseuse de l’alvéole. La raison en est que l’alvéole , servant de base et d'attache aux muscles de la trompe, n'aurait pu se rapetisser autant que la défense, sans que la trompe ne perdit la grosseur et la force qui lui sont nécessaires. Enfin, il y a un peu de variété dans la longueur des alvéoles, et, ce qui est bien remarquable encore, sans aucun rapport avec celle des défenses. Notre grand squelette #700knah les a plus longs que nos deux dauntelah, quoique ses défenses soient les plus petites de toutes. Les alvéoles les plus longs que j’aie encore vus sont ceux du mooknah (pl. 18, fig. 3); L; 36

mais un très-vieux dauntelah, à défenses trèsgrosses et très-émoussées, dont le crâne, conservé au cabinet de la Compagnie des Indes à Londres , a été dessiné par M. Clift, et est gravé pl. 18, fig. 4, est, de tous les crânes que j'ai vus, celui dont les alvéoles sont les plus courts à proportion.

Au reste, cette différence de longueur ne va pas à deux pouces; elle n'aurait pu être considérable sans que l’organisation de la trompe changeât essentiellement, parce que les muscles de sa partie inférieure sont insérés sous le bord inférieur des alvéoles des défenses, et que ceux de la partie supérieure le sont au front, au-dessus des os du nez. La base de la trompe a donc nécessairement de diamètre vertical la distance entre ces deux points ; et si les alvéoles se prolongeaient audelà d’une certaine mesure , la trompe prendrait une grosseur monstrueuse.

Cet article est très-important à remarquer, parce qu’il fournit le caractère le plus distinctif de l’éléphant fossile,

Si l'on veut comparer ensemble le petit nombre de figures de crânes d’éléphans qu’on trouve dans les ouvrages des naturalistes, Je ne crois pas qu'on y découvre des différences plus fortes que celles que je viens d'exposer.

À la vérité, feu M. Faujas avait supposé entre les cranes des mâles et des femelles une différence dont nous n'avons point fait mention ; mais il avait été trompé par de simples apparences extérieures.

Notre mäle mooknah de Ceylan portait à la racine de la trompe une proéminence très-sensible qui manquait à sa femelle. M. Faujas, imaginant que cette proéminence tenait aux parties osseuses, fit représenter ces deux têtes à la pl. 12 de son Essai de Géologie : « Afin, dit- « il, p. 238, d'éviter une erreur dans le cas « où l’on trouverait, par l'effet d’un hasard « heureux, des têtes fossiles d’éléphans mâles « et femelles, parce que, étant prévenu du fait, « l’on ne serait pas tenté d’en faire deux es- « pêces différentes. »

Mais la dissection montra que cette proéminence n'était produite que par deux cartilages qui recouvrent l'entrée des canaux de la trompe dans les narines osseuses.

Ces cartilages étaient un peu plus bombés dans ce mâle que dans les autres individus.

Ce n’était pas même un caractère commun à tous les mâles ; le dauntelah du Bengale que nous avons possédé ensuite, ne l'avait point.

Le même auteur avait fait donrer à ses figures des défenses beaucoup plus grandes que ces

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deux individus ne les avaient : « Afin, dit-il, « page 269, de faire comprendre à ceux qui « n’ont jamais vu d’éléphans, la manière dont « ces animaux portent leurs défenses. » Mais alors il n'aurait pas dü en faire donner de grandes à la femelle, qui n’en porte jamais de pareilles dans l’espèce des Indes.

Je ne laisse subsister ces remarques critiques sur l’ouvrage de mon défunt confrère, que parce qu'il importe que des erreurs graves consignées dans un livre, d’ailleurs utile , ne puissent se propager.

4° Différences relatives aux oreilles extérieures.

La plupart des caractères que nous venons d’énoncer, contribuant à la configuration générale de la tête, sont sensibles au dehors ; il en est un autre plus extérieur encore, et qui peut faire distinguer les espèces au premier coup d’œil. Je crois aussi l'avoir remarqué le premier : il consiste dans la grandeur des oreilles.

L’éléphant des Indes les a médiocres; elles sont énormes et couvrent toute l’épaule dans l'éléphant d'Afrique.

Je me suis assuré du premier point: 1° sur les trois éléphans que j'ai vus vivans et que

j'ai disséqués ensuite : deux étaient de Ceylan et le troisième du Bengale ; 2° sur deux autres individus que j'ai vus vivans, et sur deux que j'ai observés empaillés ; 3° sur toutes les figures bien connues pour appartenir à l’espèce des /ndes, notamment celles de Buffon, de Blair et de Camper; 4° sur la figure d’un embryon d’éléphant de Ceylan, décrit par E. A.

W. Zimmermann (1).

Quant au second point, j’en ai pour preuve :

1° l’éléphant de Congo, disséqué par Duverney : on peut voir sa figure dans les Mémôires pour servir à l’Hist. des anim. , part. 111, et je suis sûr que l'oreille n’y est point exagérée, parce qu'on la conservait encore, il y a quelque temps, au Muséum, et que je l’y ai vue et examinée ; ù

2° Une oreille conservée au cabinet du roi de Danemark, et prise d’un éléphant tué au cap de Bonne-Espérance par le capitaine Magnus Jacobi, en 1675. Elle a trois pieds et demi de long , et deux pieds et demi de large (2);

3° Un jeune éléphant d'Afrique qui a été dans notre Muséum, et se trouve maintenant dans celui de l'Université de Leyde; ses oreilles,

(1) Erlang, 1783, in-4°.

(2) Oliger Jacobæus, Mus. reg. Dan., 1697, fol., p. 3.

quoique raccornies par le desséchement , sont encore aussi grandes que sa tête ;

4 Un émbryon d’éléphant d’Afrique de notre Muséum (1);

5° Toutes les figures bien connues pour être d’éléphans d'Afrique.

D’après ces caractères, on peut s'assurer sur quelle espèce ont été faites les figures dont l'origine n’est pas connue, ou celles que nous offrent les monumens.

Ainsi les éléphans représentés sur les médailles romaines sont presque tous d’Afrique (2).

La figure de Gessner (3), copiée par Aldrovande (4), est de l'éléphant d'Afrique. Celle de Valentin (5), copiée par Labat (6), et altérée par Kolbe (7), en est également.

Au contraire celles de Jonston (8), qui sont

(1) La Ménagerie du roi possède aujourd'hui un trèsbel éléphant d’Afrique femelle qui confirme ce caractère tiré de la grandeur de l'oreille. F. C.

(2) Cüper, De Elephantis in nummis obviis , passim.

(3) Quadr., p. 377.

(4) Zbid., Mb. 1, p. 465.

(5) Amphitheatr. zoot., tab. 1, f. 3.

(6) Afr. Occ., nr, p. 271.

(7) Relation du Cap., trad. fr., in-12, tome, p. 11.

(8) Quadr., tab. vii, vin et 1x.

fort bonnes, et qui ont servi de modèle à la plupart de celles d’Hartenfels (1), dont Ludolph (2) a ensuite emprunté les siennes ; celles de Neuhof (3), dont les défenses sont seulement trop relevées; celles d'Edwards (4), dont la tête est trop ronde, parce qu’elle est prise d’un jeune sujet auquel il a fallu ajouter des défenses, sont de l’é/éphant des Indes.

Les deux figures de Buffon (5) copiées par Schreber (6) et par Alessandri (7) sont les deux sexes de l'espèce des Indes.

Meyer donne une assez bonne figure d’un mâle dauntelah { V'orstell. allerh. thiere, 1, pl. Lxix) ; mais le squelette (44., Lxx) est copié de Blair sans aucune correction.

Le fœtus d’éléphant conservé à l'hôtel de la Compagnie des Indes occidentales à Amsterdam , et représenté par Séba, tome 1, pl. ur, est aussi de l’espèce des Indes.

(1) Elephantograph. curios. passim.

(2) Æthiop., lib. 1, cap. 9.

(3) Ambass. orient., Descr. gén. de la Chine, page 94.

CD) Av. 221, °he, À.

(5) Hist. nat., x1, pl. 1, et suppl., 11, pl. zix, et vi, pl. 1.

(6) Quad., 11, tab. 78.

(7) Zbid., 1, pl. n.

59 Différences prises des parties du squelette autres que la tête.

Je n'ai eu pour les objets traités dans ce paragraphe qu’un seul squelette de l'espèce d'Afrique, et d’un individu femelle, celui que Duverney avait préparé sous Louis XIV, et qu'ont décrit Perrault et Daubenton ; mais j'en ai eu trois de l'espèce des Indes, préparés sous mes yeux par M. Rousseau, mon prosecteur. Il y en a deux d'individus mâles : le premier de la variété dite aux Indes mooknah, qui n’a jamais que des défenses très-courtes ; l’autre, de celle dite dauntelah, ou à longues défenses, qui est aujourd’hui dans le cabinet de l’Université de Leyde. Notre individu, qui appartenait à la variété mooknah par ses dents, appartenait par sa forme à la variété komarea où trapue ; le daunteluh, au contraire, appartenait à la variété merghée ou élancée.

Ainsi ils réunissaient à eux deux les principales différences que les éléphans des Indes peuvent offrir. Le troisième est d’une femelle de cette même variété komarea, qui était venue de Ceylan avec son mâle, et avait vécu long - temps avec lui, soit en Hollande, soit à Paris.

J'ai vu encore un quatrième squelette d’un jeune individu à Florence, dans le cabinet

du grand-duc, et un cinquième, encore plus jeune, à Londres, dans le cabinet deM. Brooks.

Enfin M. Mertrud avait conservé quelques os isolés d’une femelle de l'espèce des Indes de la variété komarea, morte à la ménagerie de Versailles en 1782, et dont la peau bourrée a été donnée par notre Muséum au cabinet de l’Université de Pavie.

Nos squelettes mâles des Indes m'ont montré que les différences de proportions des variétés se réduisent à peu de chose.

Les os de feinelles ont prouvé que les sexes ne produisent point dans le squelette de caractères très-sensibles, si ce n’est un peu plus de minceur dans les os longs de la femelle et quelques différences au bassin : mais j'ai vu en même temps que les espèces en produisent de telles, que plusieurs os, examinés chacun séparément avec attention, peuvent faire connaître à eux seuls s'ils viennent de l’espèce d'Afrique ou de celle des Indes.

1° L’omoplate, par exemple, fournit des caractères aussi tranchés que le crane. Ses trois côtés ont d’autres proportions, et ses angles d’autres ouvertures ; enfin son cou est beaucoup plus large, et l’apophyse récurrente de son épine est tout autrement placée dans l'éléphant des Indes que dans celui d'Afrique.

Dans l’omoplate de l'éléphant des Indes (pl. 14, fig. 6), l’apophyse est entre le milieu et le tiers inférieur de la longueur de l'os; dans celui d'Afrique (4., fig. 7), elie est audessous du quart inférieur.

2° L’humérus donne des caractères spécifiques moins frappans que l’omoplate.

Cependant celui d'Afrique est plus grèle que celui des Indes. Sa crête deltoiïdienne descend plus bas ; sa crête inférieure externe fait moins de saillie en dehors. (Voyez pl. 7, fig. 4, À, celui d'Afrique, et 1, celui des Indes. )

Le canal du biceps est aussi plus large dans l’humérus d'Afrique que dans celui des Indes.

Voyez pl. 7, fig. 3, où les têtes supérieures des trois humérus sont représentées.

5° L’avant-bras. Les fig. 16 - 23 de la pl. 15, toutes au douzième, en donnant une idée de la singulière conformation de l’avant-bras, telle que nous l’avons décrite ci-dessus, montrent aussi que ces os sont, comme les autres, plus grêles dans l'éléphant d'Afrique (fig. 16, 19) que dans celui des Indes (fig. 20, 23). La comparaison des fig. r9 et 23, qui montrent les têtes supérieures vues perpendiculairement, fait voir que celle du radius est posée plus obliquerment dans l’éléphant des Indes, plus transversalement dans celui d'Afrique.

Je n’ai pas trouvé entre le bassin de l’éléphant des Indes et celui de l'éléphant d’Afrique, de différences assez fortes pour qu'un dessin püt les rendre sensibles.

4 Le fémur. Dans les éléphans en général, cet os est très-long et fort aplati d'avant en arrière. L'espèce d'Afrique l’a plus grêle et à col plus court, ce qui rend sa partie supérieure moins large que dans l'espèce des Indes. ( Voyez pl. 11, fig. 6 et 7.)

5° La jambe. Le tibia d'Afrique est beaucoup plus grêle que celui des Indes. On peut en juger par les fig. 10, 11 et 12 de la pl. 15, qui représentent le tibia des Indes, comparées aux fig. 13, 14 et 15, qui sont de celui d’Afrique, toutes au douzième.

Du reste, les formes de ces os et de leurs facettes offrent peu de différences.

6° Le pied de devant ne m’a offert, entre l'éléphant des Indes et celui d'Afrique, d’autres différences que plus de grandeur dans tous les os du pouce, et un peu plus de grosseur dans le métacarpien de l’index , et dans celui du petit doigt du premier.

7° Le pied de derriere de l'éléphant d’ Afrique se distingue de celui des /ndes : 1° parce que la facette tibiale de son astragale est plus oblique; 2° la facette péronéenne de son calcanéum

plus large ; 3° son premier os cunéiforme plus petit, appuyant beaucoup moins sur le métatarsien du second doigt; 4° los unique, qui représente le gros orteil, plus petit et plus pointu; 5° le métatarsien du second doigt, beaucoup plus mince à proportion. (Voy. pl.8, fig. 6, le pied des Indes, et, fig. 7, celui d’Afrique. ) Ces différences s'accordent , ainsi que celles du pied de devant, avec celles que nous ferons bientôt remarquer dans le nombre des ongles.

6° Différences prises des ongles.

On sait qu’il y a depuis long-temps de l’incertitude parmi les naturalistes, sur le nombre des ongles de l'éléphant, et que quelques-uns ont pensé qu'il est sujet à varier.

Il se peut en effet qu'un ongle tombe par accident; il est arrivé aussi quelquefois que l’on a pris pour des ongles des excroissances de la semelle du pied; mais il ne doit pas moins y avoir un nombre naturel, et que les circonstances peuvent seules altérer.

Je crois m'être aperçu que ce nombre n'est pas le même dans l'éléphant d’Asie et dans celui d'Afrique; et si ma conjecture se vérifie, ce sera un troisième caractère extérieur à aJou-

ter à ceux que fournissent déjà la forme de la tête et la grandeur des oreilles. ;

Voici sur quoi cette conjecture se fonde.

Tous les éléphans de l'Inde, bien examinés, se sont trouvés avoir cinq ongles devant et quatre derrière. |

C’est le cas de l'éléphant modelé à Naples, et représenté par Buffon, tome xr1; de l’éléphant mort à la ménagerie de Versailles , et disséqué par Mertrud ; de celui qui mourut à Cassel, et dont parle Zimmermann ; du fœtus du cabinet de Brunswick, décrit par ce dernier ; de celui que représente Séba; enfin, du jeune éléphant décrit par Camper.

Les trois éléphans des Indes de notre ménagerie avaient aussi ce nombre.

M. Corse dit qu'il est regardé aux Indes comme l’uñe des marques d’un éléphant parfait.

À la vérité, Blair dit du sien : Æach shod With four hoofs ; mais il donne aussi dans sa figure cinq doigts au pied de devant gauche, et quatre à ceux de derrière.

Je n’ai eu que deux individus d'Afrique à examiner à cet égard : un jeune, empaillé, et un fœtus, dont le premier est à présent au cabinet de Leyde, et dont l’autre nous est resté. Leurs pieds, surtout ceux du dernier, n'étaient

point altérés par la marche, et présentaient distinctement, ceux de devant quatre ongles, et ceux de derrière trois.

Perrault, seul naturaliste qui ait bien décritun éléphant d'Afrique adulte , ne lui donne que trois ongles à tous les pieds ; mais il serait très-possible que les excroissances monstrueuses que son individu avait à toutes les semelles, eussent masqué un ongle aux pieds de devant (1).

7° Variétés relatives à la taille.

Plusieurs naturalistes ayant écrit que les os fossiles étaient en général d'une grosseur monstrueuse et de beaucoup supérieure à celle des espèces vivantes qui leur correspondent, il était nécessaire d'examiner à quelle taille parviennent aujourd'hui les éléphans dans les pays qu'ils habitent naturellement. Malheureusement le nombre des témoignages à consulter est peu considérable : car, dans une telle

(1) ‘éléphant d’Asie et l'éléphant d'Afrique qui se trouvent aujourd’hui à la Ménagerie , présentent le premier, cinq ongles aux pieds de devant et quatre à ceux de derrière , et le second quatre ongles aux pieds de devant et trois à ceux de derrière. F.-C.

matière, on ne peut s’en rapporter aux assertions vagues de tant de voyageurs ; il faut des dimensions précises, prises immédiatement sur l'animal, et rapportées en mesures connues.

Nous nous sommes assuré, par les individus qui ont vécu à la Ménagerie et que nous avons disséqués, que l'éléphant peut atteindre à pres de huit pieds de hauteur au garrot, sans avoir encore les épiphyses réunies aux corps des os, et par conséquent sans être entièrement adulte ; notre mâle Æomarea dont les épiphyses sont encore distinctes, n'avait pas toutà-fait huit pieds ; mais sa femelle, qui avait vécu quelques années de plus, et dont la hauteur était de huit pieds deux pouces, ne montre plus aucune séparation de ces parties.

Il ne parait pas que les éléphans domestiques arrivent aujourd’hui beaucoup au-dessus de cette taille.

Selon M. Corse, qui a eu long-temps le soin des éléphans de la Compagnie des Indes, la hauteur des femelles est communément de sept à huit pieds (anglais); celle des mâles de huit à dix. Le plus grand dont cet observateur attentif ait entendu parler, avait, du sommet de la tête en bas, douze pieds deux pouces ; des épaules , dix pieds six pouces; et

du front à l’origine de ja queue, quinze pieds onze pouces (toujours mesure anglaise) : ce n’est pas neuf pieds et demi au garrot. Sur cent cinquante éléphans que la Compagnie des Indes employa dans la guerre contre Tippoo, il n’y en avait pas un de dix pieds anglais, c’est-àdire de neuf pieds deux pouces.

Je remarque que cette hauteur d'environ neuf à dix pieds a été observée sur l'éléphant vu à Constantinople dans le seizième siècle par Gillius (1), et sur un éléphant vu en 1629 à Nuremberg ; un autre, observé dans cette dernière ville par Sturm, n'en avait que neuf; celui de Naples, décrit par Serao et dont Buffon a donné la figure, avait neuf pieds deux pouces. Trois éléphans que j'ai vus vivans, indépendamment de ceux que j'ai disséqués, étaient tous plus petits que ces derniers ; il paraîitrait donc que l’on pourrait regarder la taille ordinaire des éléphans dans l’état d’esclavage comme étant de neuf à dix pieds.

Cependant il est incontestable que certains individus ont surpassé considérablement cette dimension ; et, sans ajouter foi aux vingt-sept pieds que l’on donne à celui de Cosroës, sans

(1) Elephanti nova descriptio , Hamb., 1614.

même vouloir m'appuyer des dix-neuf pieds que J.-J. Sauer attribue au sien, je puis citer

‘éléphant conservé au Cabinet de l’Académie de Pétersbourg , et qui a seize pieds et demi de hauteur (1). Cet éléphant venait des Indes et avait été donné à Pierre le Grand par le roi de Perse.

D’après tout ce que les anciens ont dit de la petitesse relative des éléphans d'Afrique, on ne devrait pas s'attendre à en trouver aujourd'hui d'aussi grands dans cette partie du monde. Il y en existe cependant qui ne le cédent point pour la taille aux éléphans des Indes, et, sans s’en rapporter à Pigafetta qui parle d’éléphans de dix-huit pieds, Bosman (2) donne aux éléphans de Guinée de dix à treize pieds de haut, et dit avoir vu des défenses dont la paire pesait deux cent cinquante livres, et M. Lichtenstein (3) rapporte qu’un colon hollandais de sa connaissance avait tué un éléphant de quatorze pieds dont les défenses pesaient cent cinquante livres, et assurait, ainsi

(1) Essai sur la Bibl. et le Cab. de l’Ac. de Pétersbourg , par Bacmeiïster, Pétersb., 1776 , 8, p. 189.

(2) Voyage de Guinée, page 244.

(3) Voyage de l’Afr. mérid., 1, 349.

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