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(1) Mém. de l’Inst., Classe de Math. et Phys., t.1r, page 15.
(2) Description anat, d’un éléph.; in-fol,, page 19.
égale, n’en donnerait-il point ? C’est ce que j'ai examiné sur un grand nombre de dents des Indes et fossiles , et j'ai presque toujours trouvé les lames de ces dernières plus minces, et par conséquent plus nombreuses dans un même espace.
J'en ai dressé une table que je joins à la fin de cet article. On peut y voir :
1° Que les lames varient d'épaisseur dans les divers individus de chaque espèce ;
2° Qu'il y a, comme nous l'avons dit plus haut, un rapport entre cette épaisseur et le nombre des lames , c’est-à-dire que plus il y a de lames dans une dent, plus chaque lame prise à part est épaisse ;
3° Que cependant en comparant ensemble des dents de même nombre de lames, ces lames occupent presque toujours un espace sensiblement moindre dans les molaires fossiles ; et que cette différence va très-loin dans certains échantillons , et d'autant plus loin que le nombre des lames est plus fort.
Ainsi, lorsque M. Camper m’oppose une dent d’éléphant vivant, à lames minces, et une autre à lames épaisses, c’est que la première, qu'il a représentée, planche xx, fig. 2 de son ouvrage, n'a que douze lames, et vient d’un jeune éléphant; et que l’autre, #d., fig. 6, ainsi
que celle pl. xur, fig. 4 et 5, en a vingt-trois, et vient d’un vieux. Il ne faut comparer ensemble que des dents de même nombre de lames.
Il résulte de ce premier caractère (l’étroitesse des lames ) que le nombre de ces lames, qui servent à la fois à la trituration, a pu être plus considérable dans l'éléphant fossile que dans l'éléphant des Indes,
Corse dit expressément que ce dernier n’en a guère que dix ou douze en-activité à la fois; et l’on trouve très-souvent des dents fossiles qui ont leurs vingt-quatre lames usées : telle est celle de la forêt de Bondy, représentée pl. 12, fig. 1.
Un second caractère, qui ne me paraît pas moins sensible, c’est que les lignes d’émail qui interceptent les coupes des lames, sont plus minces et moins festonnées dans les dents fossiles que dans les autres. Je le remarque sur la plupart des échantillons de ce Muséum , et je ferai connaître tout à l'heure ceux qui font exception.
Un troisième caractère est pris de la largeur tant absolue que proportionnelle des dents, beaucoup plus considérable dans l'éléphant fossile que dans celui des Indes. On peut s’en assurer par la cinquième colonne de ma table :
on y voit que les fossiles ont presque toutes de 0,08 à 0,09 de largeur , et les dents du vivant de 0,06 à 0,07.
Si ces différences étaient seules , elles ne seraient peut-être pas suffisantes pour établir une distinction d'espèces ; mais comme elles sont d'accord avec les différences des mâchoires et avec celles des crânes, ainsi que nous le verrons bientôt, elles prennent de l’importance.
Cependant ces trois caractères sont-ils également constans ? Toutes les dents fossiles sontelles larges , et à lames minces et peu festonnées ?
Je dois reconnaître que j'ai observé quelques exceptions relativement à l'épaisseur des lames et à leur festonnement.
J’aiannoncé ci-dessus un échantillon à lames larges ; il a été déterré auprès de Porentruy, département du Haut-Rhin. Sans être fort altéré , 1l l’est assez pour être regardé comme vraiment fossile. Neuf lames y sont restées entières, et il en a été enlevé en arrière un nombre qu'on ne peut déterminer. Ces neuf lames sont grosses, très-ondulées , et occupent un espace de 0,180 en longueur. Leur largeur est encore plus considérable que dans les autres dents fossiles ; elle va à 0,092 : cette dent de-
vait appartenir à un irès-vieux éléphant.
Mes deux mâchoires fossiles de Romagnano (pl. 15, fig. 8) et de Monte - Verde ( #bid., fig. 3) offrent aussi des lames plus épaisses qu’à l'ordinaire.
La mâchoire d’un jeune éléphant, donnée par M. Nesti (1), parait avoir eu également les lames de ses molaires un peu plus épaisses à proportion que le pius grand nombre des éléphans fossiles.
Du reste, cette mâchoire, entièrement semblable pour la forme aux autres mâchoires fossiles, n’a rien qui doive la faire regarder comme appartenant à une espèce particulière, ainsi que l'avait pensé l’estimable professeur que nous venons de citer. Sa mâchelière antérieure conserve six lames fort usées , la postérieure en montre autant hors de la gencive, mais en a encore quelques-unes de plus cachées dans l’alvéole. Ce que nous avons dit ci-dessus de la succession des maächelières d’éléphant, explique très-bien cet état de choses d’après l'âge.
Ainsi l’on ne peut pas considérer la minceur des lames comme un caractère de l'éléphant fossile aussi sénéral que ia largeur de ses dents,
(1) Ann, Mus, Florent., tome :, pl 11, fig, 1,
FOSSILES. 181 et que les formes de ses màchoires et de son crâne. Cependant la largeur seule de ses màchelières suffit pour les reconnaitre, parce qu'elle est beaucoup plus constante.
Au surplus , il est des individus où cette différence d'épaisseur est plus apparente que réelle, et tient à l’âge de la dent. Les dernières lames de chaque dent sont plus épaisses que les premières , et quand une dent est détruite de sa partie antérieure et profondément usée dans la postérieure, elle doit montrer alors des lames beaucoup plus larges qu'auparavant.
C’est le cas où se trouvaient quelques-unes des dents dont j’ai parlé.
Quant aux molaires fossiles d’éléphant venues de l’Amérique septentrionale, elles offrent assez souvent une apparence singulière; les lignes alternatives d’émail, de cément et de substance osseuse s’y montrent non-seulement à la couronne , mais sur les deux faces latérales et jusqu'aux racines, ce qui provient uniquement de ce que ces dents ont été usées par les côtés , et indique qu’elles ont été longtemps roulées par les vagues avant d’être déposées où on les trouve.
Voyez les figures que nous avons données de deux de ces dents, pl. 15, fig. g et 11.
I reste à savoir s'il ne s’est pas quelquefois rencontré parmi les fossiles des dents d’éléphant plus voisines de l’espèce d'Afrique que de celle des Indes.
Je dois déclarer que je n’en ai point encore constaté d'exemple.
M. de Humboldt dit à la vérité, dans une lettre insérée dans les Annales du Muséum, tomeir, page 337, avoir trouvé , près de Santa- Fé, une immensité d'os fossiles d’éléphans, tant de l'espèce d’ Afrique que de celle de l Ohio ; mais un examen plus approfondi a montré depuis , comme nous le verrons ailleurs , que tous ces os étaient d’une espèce particulière de mastodonte.
M. Autenrieth m'avait aussi annoncé dans le temps avoir vu à Philadelphie des dents qui lui ont paru tenir de plus près à l'éléphant d'Afrique qu’à celui d'Asie; mais M. Barton m'a assuré depuis positivement que ce sont des dents fraîches apportées d'Afrique.
Je n'ai vu moi-même que deux morceaux qui aient été dans le cas de me donner de l’incertitude.
L'un des deux était dans le cabinet de M. Ebel, à Brême, et le second est dans notre Muséum ; tous deux sont altérés et d’une teinte grisâtre. On ignore d’où celui de Paris provient. M. Ebel
assurait que le sien venait d'Æichstedt : si cette dernière origine était certaine , il faudrait bien convenir qu'il existe une deuxième espèce fossile; mais comme il arrive souvent que l’on nous rapporte des dents trouvées en Afrique à la surface de la terre, et plus ou moins altérées par les élémens , je n’oserais établir un pareil fait sur un échantillon isolé , et sur le gisement duquel lé possesseur pourrait avoir été trompé par ceux qui le lui ont donné.
ADDITION
Sur des dents semblables à celles de l'éléphant d Afrique par leur lame en forme de losange , que l’on dit étre fossiles.
Outre les dents de cette forme, que je viens de citer, j'ai reçu : 1° de M. Schleyermacher, le dessin d’une dent à neuf lames, parfaitement semblables à celles d'Afrique, qui était avec le titre de fossile dans le cabinet de M. le baron de Hupsch , mais sans indication du lieu de son origine; ce qui peut faire douter de sa nature.
2° M. Goldfuss en a fait représenter une (dans les nouveaux Mémoires de l’Académie des Curieux de la Nature, tome x, 2° partie,
pl:xuiv ), de six ou sept lames, qui provenait, mas également sans indication de lieu , de la collection de feu M. de Mœhring, chanoine de Cologne.
Dans le x1° volume du même recueil, 2: partie, il,en représente une autre, pl. zvir, à neuf lame ggglont trois seulement commencent à s'usep# ‘Elle, venait, dit-il, de la collection de Beuth ; etavait été déterrée sur les bords de la Roër ;, dans le duché de Berg ; mais je ne: vois pas que la forme de ses lames soit bien certaine , et il serait nécessaire de la scier pour en être sûr.
M. Goldfuss dit encore avoir vu de ces dents dans divers cabinets; mais je soupçonne encore qu'il y a eu quelque erreur dans l’allégation de l’origine , attendu qu'une de ces dents, soidisant fossile , qui m'a été envoyée par ce savant professeur, n’a bien certainement éprouvé que les modifications qu'occasione l’exposition à l'air; mais que son tissu intérieur a conservé tout le soyeux et toute la consistance des dents fraiches.
Ce qui est remarquable, c'est que M. de Bæhr (de fossil. mammal. relig. in Prussià, p. 19) fait les mêmes observations sur des dents d'Afrique que l’on prétendait avoir été déterrées près de Dantzick. Une des deux avait
FOSSILES. 185 même encore des membranes dans l’intérieur de ses racines.
Quant aux dents d'Afrique que l’on a cru reconnaitre parmi celles de Tiede, comme on n’en a point encore de figures exactes , il est impossible d’en porter un LL QUEE*
J'ajouterai à ces observations qu’ un marchand en qui j'avais eu jusqu’alorS pleine confiance, et qui est mort maintenant , a cherché un jour à me tromper en me présentant une dent d'Afrique qu'il avait encroûtée de marne , et même Je sais qu'il a été plus heureux dans sa supercherie auprès d’une autre personne, et que ce fossile artificiel est déposé dans un certain cabinet où peut-être, dans quelques années, on voudra le présenter comme une preuve en faveur de cette seconde espèce d’éléphans ; mais il sera toujours aisé de reconnaitre la vérité au simple aspect de sa cassure.
x TABLEAU compararir des molaires fossiles