ADDITIONS A CET ARTICLE
L’abondance des objets curieux qui m'arrivent continuellement me parait prouver que, malsré les efforts des géologistes, cette partie de nos connaissances est à peine effleurée , et que l’on peut s’attendre à tout instant à voir sortir de terre des espèces non moins extraordinaires que toutes celles qui en ont déjà été tirées.
Comme je l'ai déjà remarqué, il ne m'est pas possible de citer toutes les découvertes d’os
(1) Nous réunissons ici les additions placées successivemert à La fin des volumes de l’édition in-4, et qui n'étaient parvenues à M. Cuvier qu'après la publication du chapitre des Éléphans. Nous rapprocherons ainsi de chacun des autres chapitres les additions qui les concernent. (Note de l'Évrreur.)
d’éléphans qui se font chaque jour et dans tous les pays; mais je ne puis m'empêcher de mentionner trots têtes de ce genre qui sont au Muséum du grand-duc de Toscane et qui ont été déterrées récemment dans ce pays : deux de ces têtes l’ont été pendant le mois de novembre 1822.
FrAncé. — À la fin d'août 1824, on a découvert près de Lyon, sur la colline qui sépare le Rhône de la Saône, et dans la commune de Calvire, à sept pieds et demi de profondeur, plusieurs ossemens d’éléphant, un humérus long dé deux pieds et demi, un tibia de même longueur, uné tête de fémur, les deux branches de la mâchoire inférieure, contenant chacune deux dents. Une lettre de M. Bredia, directeur dé l’École royale vétérinaire de Lyon, contenant le détail de cette découverté, a été insérée dans plusieurs journaux, et notamment dans le Moniteur du 13 septembre de la même année,
M. le duc Decazes a donné au Câbinét du roi une mâchelière d’éléphant déterrée à Bonsac, sur la rive gauche de la Dordogne, à cent vingt pieds au-dessus de son niveau, et à quinze piéds de profondeur, dans du graviér recouvert
par six pieds de terre grasse mêlée de débris de silex.
M. Dubuisson , conservateur du Cabinet d'histoire naturelle de Nantes, m’a adressé des dessins de grandeur naturelle d’une portion considérable de bassin d'éléphant fossile, contenant la fosse cotyloïde et une partie des trois os, pêchés dans la rivière de Seille, en Bourgogne. Ce morceau est fort altéré et presque friable; une croûte de fer hydraté limoneux l’enduit , et a pénétré dans son tissu. La cavité cotyloïde a 0,2 de diamètre.
Madame la maréchale d’Eckmübhl a donné au Cabinet du roi une portion de défense déterrée, dans le courant de mai 1814, à Viry- Châtillon, département de Seine-et-Oise, près de la route de Fontainebleau, dans un lit de gravier, à cinq ou six pieds de profondeur, à environ cent cinquante toises du lit de la rivière.
Tout récemment il m'a été apporté un beau fragment de défense retiré des sablières de Vaugirard, dans la plaine de Grenelle, près de Paris.
Au mois de septembre 1823, des ouvriers qui travaillaient à un chemin vis-à-vis de la fer-
me de Sainte-Croix, appartenant à S. A. R.
Monseigneur le duc d'Orléans, et située dans la vallée de la Bresle , entre Le Tréport et la ville d’'Eu, ayant à enlever une partie de terrain, d'environ dix pieds d'épaisseur, mirent à découvert une portion de défense et une mâchelière d’éléphant. M. Étancelin, régisseur des domaines de S. A. R., recueillit avec soin ces morceaux, qui depuis ont été donnés au Cabinet du roi par M. le duc d'Orléans. Plusieurs os de cheval accompagnaient ceux d’élé-
phant.
On vient encore de déterrer, en novembre 1821, dans le faubourg d’Abbeville dit de Menchecourt, une belle défense d’éléphant, toujours jointe à des os de rhinocéros, de cerf, de cheval et de bœuf.
HoLLanDe. — Le 24 mars 1820, François van der Willigen, laboureur du village de Heukelom, dans le pays de Goreum , en Hollande, entre le Whaal et le Leck, en visitant une rupture faite à une digue, découvrit une tête presque entière de l'éléphant fossile. M. de Boemans, propriétaire à Dort, a bien voulu me donner une gravure qui a été faite de ce morceau, d’au-
tant plus précieux que l’on y voit dans leur enter les longs alvéoles des défenses qui caractérisent cette espèce. La longueur, depuis le bord de ces alvéoles jusqu'aux eondyles occipitaux, est de 41’ du Rhin (1,072), et les alvéoles mêmes sont longs de vingt-trois pouces (0,6}et larges de 7 (0,185). Du, reste cette tête est entièrement conforme à celles qui sont décrites plus loin, page 199 et suivantes.
ALLEMAGNE. — À Stuttgart même, à l’occasion de fouilles pour l'établissement de nouvelles rues, on a trouvé, en 1819 et en 1820, plusieurs os et dents d’éléphans, entre autres un fragment de défense qui était sous deux pieds de terre végétale et neuf pieds d’argile rouge , et sous lequel, après un pied et demi de la même argile, se trouvait une couche de fragmens de grès roulés, épaisse de cinq pieds et reposant sur du tuf;
Uu fragment d’omoplate, à einq pieds de profondeur dans de largile noirâtre; et dans un rayon de cinquante pieds de cet endroit un fragment de défense, une partie de mâchoire inférieure et un péroné, le tout d’un jeune individu et accompagné d'os de bœufs et de cerfs ;
Une grande molaire, dans un autre lieu, à six pieds de profondeur, et non loin de là une molaire de rhinocéros.
Près de Canstadt on a également trouvé. de nouveaux morceaux, et même à quelque distancede Canstadt, au village d'Unterturkheim, àune certainehauteur, on a eu desosd’éléphans et une dent d’hyène.
On peut consulter sur ces découvertes la relation insérée par M. Jæger le jeune, dans l'Annuaire würtembergeois de 1820, p. 147 et suivantes.
Les découvertes d’os d’éléphans dans le Würtemberg se multiplient chaque jour.
M. Jæger a encore annoncé, dans l’Annuaire würtemberseois de 1823, celles qui ont été faites pendant les deux années précédentes. A Stuttgart même , en creusant une cave, on a trouvé une défense d’éléphant avec un humérus et une portion de péroné de rhinocéros, une omoplate et des portions de cràne de trèsgrands bœufs.
Le Mereure de Souabe, du 22 avril 1823, donne les détails de plusieurs grands ossemens déterrés au Kahlenstein , colline des bords de la vallée du Necker, où le roi fait construire un château. Il y avait une défense longue de treize
pieds sept pouces, quoique mutilée à la racine, un grand morceau du bassin, une molaire, un humérus d’un pied de diamètre dans le bas, etc. Tous ces morceaux étaient dans du sable semblable à celui de rivière, à quatrevingt-deux pieds au-dessus du niveau du Necker, et à dix-sept ou dix-huit pieds de profondeur. Ce sont les plus grands que l’on possède dans le Cabinet royal.
Le reste de l'Allemagne n’est pas moins fécond. Dans le seul dernier numéro des Archives du Monde primitif de MM. Ballenstedt et Krüger, on annonce une défense de huit pieds de long , retirée, le 16 mai 1823, de la Lippe, près de Ham, par un pêcheur ; un fémur pesant quarante livres, retiré le 9 août suivant par le même pêcheur ; une molaire de neuf lames, longue de neuf pouces, trouvée à la fin de 1825 à Laufen, non loin de Mülheim, en creusant un puits; une autre de huit pouces, déterrée pendant l'été de la même année près de Philisbourg; et une défense de huit pieds, retirée, le 12 février 1824, d’une sablonnière près du Weser, dans le voisinage de Minden.
Le 16 septembre 1819, on a déterré des mâ-
chelières d’éléphant à Mersebour£, sur la Saale, un peu au-dessus de Halle, en Saxe (1).
Antérieurement on en avait trouvé près du confluent de l’Helme dans l’Unstrut, où les hautes eaux les avaient détachées de la berge. En 1821 on en a retiré à Wester-Egeln, village près de la petite ville d'Egeln, au duché de Brunswick, et à Watenstedt, dans le même duché, qui ont été achetées et portées à Berlin. Les premières étaient dans un banc d’argile, et les secondes voisines d’une carrière de gypse (2).
Le 21 janvier 1818, un pécheur retira du Rhin une dernière phalange et une omoplate d’éléphant (3).
On continue de trouver des ossemens fossiles dans le Würtemberg. M. Jæger m'annonce qu'on en a encore découvert près de la source d’eau minérale de Canstadt, dans la carrière de tuf calcaire qui en a tant fourni. Ils y sont avec des os de rhinocéros , d’hyère, etavec une immense quantité d’os de chevaux et d'os de bœufs semblables à ceux que l'on
(1) Ballenstedt, Archives du monde primitif, tomer, pag. 65 et 3768,
(2) Jb., vol. 11, page 403.
(3) 1b., page 66.
Il, 11
trouve dans les tourbières de Sindelfingen, à trois lieues de là; il y a aussi des os très-grands de l'espèce du cerf.
Prusse ET PoLoGxE. — En 1812, un fragment de molaire a été déterré sur la rive polo-
naise de la Dreventz, frontière de Prusse (1).
M. Charles Ernest de Bæhr, directeur du cabinet de zoologie et professeur à l’université de Kænigsberg, dans une dissertation imprimée dans cette ville en 1823, de fossiibus Mammalium reliquits in Prussiä adjacentibusque regionibus repertis, a procuré un riche supplément à cet ouvrage.
Il rappelle : 1° une dent d’éléphant trouvée en 1780 à huit milles de Kænigsberg, dans une colline sableuse au bord de la Pregel, dont Bock (2) et M. Hagen (3) ont déjà parlé.
2 Une molaire retirée en 1811 du fond de la Dreventz, l'un des affluens de la Vistule, et
(1) Ballenstedt, Archives du monde primitif, vel. nr, page 217.
(2) Hist. nat. de Prusse, en allemand , 11, page 402.
(3) Matériaux pour la connaissance de la Prusse, en
allemand, 1, page 56.
que M. Hagen a décrite et analysée. Elle.est au» cabinet de Kænigsberg. |
3° Deux dents que possédait feu le nhéties seur de Baczko, et dont l’une avait été détérrée dans une colline sableuse près de la porte de Kæœnigsberg, dite de Brandebourg; et l'autre à Graudentz, sur la Vistule.
4° Denombreux ossemens avec des défénses trouvés sous neuf pieds de tourbe, et au milieu de beaucoup de trones d'arbres dont l'écorce était encore bien conservée, près du canal de Bromberg.
5° Une molaire fort usée, déterrée près de Dantzick, vis-à-vis de la porte d’Oliva.
Russre. — Il faudrait des volumes pour rapporter seulement tous les lieux où il se déterre journellement des os et des dents d’éléphans.
Nos journaux s'expriment, par exemple, en ces termes :
Pétersbourg, 13 déeembre 1827.
« On mande de Woronesch que l’on vient « de faire une découverte fort singulière dans un village de ce gouvernement, nommé « Krinta. La fonte des neiges ayant causé une « profonde ravine, on y aperçut une grande
La
« quantité d'os d’éléphans ; quelques-uns sont « du poids de 12 à 13 livres, quoiqu'ils soient « déjà en partie rongés par le temps.
«En creusant, on a trouvé deux squelettes « entiers de ces énormes animaux. Les dé- « fenses, quoique ayant perdu leur longueur, « ont encore plusieurs pieds.
« On présume que ces éléphans auront pu « être amenés dans le pays à l’époque de l’in- « vasion des Tartares, sous la conduite de Ma- « may (1).»
Ce qui certainement est plus singulier que la découverte, c’est qu'en décembre 1827, on n'ait pas su, Ou que l’on ne se soit pas souvenu à Pétersbourg, que l'empire de Russie est plein de ces os; que les environs de Woronesch sont particulièrement connus pour les recéler en grande abondance; que l’on yen avait déjà trouvé beaucoup du temps de Pierre le Grand, et qu'aucune expédition ni des Monsols, ni des autres peuples, ne peut exphiquer ce phénomène.
- ANGLETERRE, — On a trouvé à Atwick, pres de Horn-Sea, dans le comté &'York, une por-
(1) Journal de l'Étoile, du 4 janvier 1822.
FOSSILES. 165 tion de défense d’un belivoire, longue d’environ 38 pouces ( anglais), et de 20 pouces de circonférence (x).
M. Howship, habile chirurgien de Londres; dont j'ai déjà reçu plusieurs renseignemens importans sur l’objet de mon ouvrage, m'a envoyé le dessin d’une mâchoire inférieure d’éléphant, trouvée àNewnham, près deRugby (comté de Warwick), dans la même fouille qu'un crane de rhinocéros dont il sera parlé en son lieu.
Cette mâchoire a la même forme obtuse et les mêmes molaires larges et à lames minces, que toutes celles d’éléphant fossile qui sont décrites plus bas.
Le Journal philosophique d’Édimbourg ; d'avril 1821, page 426, rapporte qu’une défense d’éléphant a été déterrée en creusant le canal de l’Union près de Linlithsow, à environ 18 milles d'Édimbourg, et que M. Bald, qui l’a recueillie, a lu un mémoire à ce sujet à la société Wernerienne.
Tout nouvellement, on a trouvé des os d’éléphant dans une caverne du comté d’York, près de Kirkdale, dans la vallée de la Grove,
(1) Ma gaz. phil. de Tilloch. Août 1822; page 154.
petite rivière qui se jette dans la Rye. Ils y étaient pêle- mêle avec des os d’hyènes, de ugres, de rhinocéros , d’hippopotames , d’une grande espèce de cerf, et de quelques autres ruminans. Il y avait aussi des os de renard et de rat d’eau.
Toutes: ces dépouilles étaient enveloppées d’une sorte de marne en partie recouverte par de la stalactite, et la caverne creusée dans une roche de calcaire oolitique avait une ouverture fort étroite ; en sorte que ce dépôt ressemblait de tout point à ceux qu’on a découverts en si grand nombre en Allemagne, et dont nous parlerons au long dans notre quatrième partie.
M. le professeur Buckland a lu à la Société royale, sur ce sujet intéressant, un mémoire qu'il a bien voulu me communiquer, et dont j'extrais cette notice en attendant le moment où je pourrai en faire un plus grand usage ; M. Clift y a joint de très- beaux dessins des pièces principales; et tout nouvellement M. Salmouth m'a adressé une belle collection d’échantillons choisis des différentes espèces, en sorte qu'il ne me manquera rien pour bien faire connaître ce dépôt remarquable (x).
(1) Cette caverne où des os de grands pachydermes
en
J'avais parlé dans ce volume, page 710, d’après la carte géologique de l'Angleterre, des os d’éléphans trouvés sur la côte de Kent, près de Hamton, dans un lieu que recouvrent les hautes marées. On vient d’y en découvrir encore, selon la Gazette de Kent, et avec un crâne du genre du bœuf. dE
LA
ETS
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. — Le capitaine russe Kotzebue a découvert, comme on sait,
étaient renfermés avec des os de carnassiers, montre une analogie sensible avec celle de Fouvent , département de la Haute-Saône , dont je parle à la page 61 de ce volume, et au chap. des Rhinocéros fossiles.
Celle d’Oreston , près de Plymouth , que j'ai mentionnée au même chapitre, a offert un mélange de même nature. Outre les os de rhinocéros que l’on y avait découverts en 1817, on vient d’y trouver, ou du moins dans une caverne attenante , des os d’ours et de cerfs que M. Whitbey a envoyés au collége des chirurgiens de Londres, et dont sir Everard Home a donné le catalogue dans les Transactions philosophiques de 1821 , première partie, page 133. |
Ces réunions ; et celles qu’on a observées à Breugue et à Pælitz (voyez le chapitre des Rhinocéros fossiles), forment un phénomène d’un genre particulier et qui méritera l’attention des géologistes. Nous y reviendrons dans notre quatrième partie.
108 ÉLEPHANS
sur la côte d'Amérique, au nord du détroit de Behring et par -delà le cercle polaire, une entrée spacieuse qui pourrait bien conduire vers l'est soit à la mer vue par Mackenzie en 1789, soit au passage où le capitaine Parry a pénétré en 1819.
fl y a des os fossiles d’éléphans jusque dans ces affreuses contrées : on les y trouve sur une langue de sable et très-près de la glace.
M. Adalbert de Chamisso, savant naturaliste qui accompagnait M. de Kotzebue, en a rapporté une défense longue de quatre pieds sur cinq pouces à peu près de plus grand diamètre, qu'il a déposée au cabinet de Berlin, et dont il a bien voulu m'envoyer un dessin colorié.
Elle est légèrement arquée et très-pointue.
Les couches de l’ivoire sont fort délitées, en partie enlevées; leur surface est crevassée et raboteuse, et la teinte générale de ce fossile est fort brune.
Cette défense ressemble beaucoup à l'une de celles que l’on à trouvées dans le canal de l’Oureq; en sorte qu'il n’y a pas de motif de croire qu’elle ne soit pas du mammouth ordinaire des Russes.
M. de Chamisso dit que l’on trouva au même endroit des molaires et un fragment plus petit
FOSSILES. 169 de défense; que l’ivoire fossile y était commup, et que les matelots en brülèrent plusieurs morceaux à leurs feux. Les naturels du pays l’emploient à divers ouvrages aussi bien que les dents de morse et de cachalot (1).
M. Richard Harlan, dans le Journal de l’Académie des Sciences naturelles de Philadelphie, juin 1823, page 66, parle de quatorze échantillons de cette espèce trouvés en Kentucky, en Caroline, et sur l'Ohio. Il en représente quelques dents dans lesquelles on voit
les mêmes accidens de détrition que dans celle d'Europe (2).
(1) Voyez la relation allemande du voyage de M. Otton de Kotzebue, Weimar, 1821, tome 11, page 171.
(2) M. Pentlan a fait connaitre, dans l’Edinburgh phil. journal, 1832, qu’on a découvert en 1831, dans des cavernes à la Nouvelle-Hollande, des ossemens d’éléphant mèlés avec des restes de dasyures et d’autres didelphes. Ces cavernes , creusées dans la roche calcaire, ressemblent beaucoup à celles de l’Europe par leur position géologique. (LauriLLarp.)
ARTICLE Il.
Comparaison des débris fossiles d’éléphans avec les parties analogues des éléphans vivans.
1° Comparaison des mächelières.
Faute d’avoir connu tous les détails de la formation et de la manière de croître des dents en général, les descripteurs de fossiles ont commis une foule d'erreurs; mais comme les circonstances relatives aux molaires de éléphant sont encore plus compliquées et plus difficiles que celles qui concernent les autres animaux, elles ont été un sujet plus fécond de méprises.
D'abord un grand nombre d'auteurs ont possédé des molaires entières et bien formées d’éléphans fossiles, sans le savoir.
Aldrovande, Leibnitz, Kundmann, Beuth, ont été dans ce cas.
L’inverse a eu lieu souvent aussi ; et l’on a donné pour dents d’éléphans des dents trèsdifférentes.
Aldrovande, de Metallic, donne, sous ce nom, trois dents d’hippopotames.
M. de la Métherie, Théor. de la Terre, v, 200, dit que la dent trouvée près de Vienne
en Dauphiné, et gravée Journ. de Phys., février 1773, p. 135, parait avoir appartenu à l'éléphant d'Afrique. Nous montrerons qu’elle a dû provenir d’une espèce de grand tapir.
Le même auteur, p. 201, assure : « Qu'il est « prouvé aujourd’hui que les dents de l'Ohio « et celles rapportées du Pérou par Dombey « sont celles d’un éléphant qui est de la même « espèce que celui d'Afrique.»
Cependant les dents de Vienne, celles de l'Ohio et celles du Pérou ne se ressemblent point entre elles , et ni les unes ni les autres ne ressemblent à ceiles de l’éléphant d'Afrique.
D’autres auteurs ont cru pouvoir établir des différences spécifiques sur le nombre des dents existantes à la fois dans la mâchoire. Ainsi Merk, H°. Lettre sur les os fossiles de rhinocéros, Darmst., 1584, p. 12 et suivantes, croit pouvoir établir la différence entre les éléphans vivans et les fossiles, sur ce que les mächoires qu'il avait observées ne portaient que deux dents, tandis que celle de l’éléphant décrit par Daubenton en avait quatre. Il remplit huit pages de raisonnemens à ce sujet, et finit cependant par proposer aussi une explication de cette variété dans le nombre des dents, semblable à celle de Pallas, en la rapportant à la différence des âges. M. Morozzo, Mém. de la
Société ital., tome x, p. 1062, nous dit encore que l'éléphant n’a qu'une dent de chaque côté.
Quelques-uns n'ayant pas su comment ces dents diminuent dans tous les sens avant de tomber, ni la grande différence entre les dents des jeunes individus et celles des vieux, ont imapiné que les petites molaires que l’on trouve isolées, provenaient de quelque éléphant d’une espèce plus petite.
D’autres, ne songeant pas que les lames élevées, qui forment la plus grande partie du corps de la dent, sortent d’une base commune, et que dans les dents usées jusqu’à cette base les lames qu’elles produisent doivent se réunir l’une à l’autre plus ou moins irrégulièrement, ontrapporté à des espèces particulières les dents profondément usées. Telle est par exemple celle du dépôt de Thiede, que M. de Strombeck a fait graver dans sa traduction de Breislack, tome 11, p. 428. Les lames y sont tellement larges, et s'unissent si irrégulièrement l’une à l’autre par le milieu, qu’elles produisent sur la couronne de la dent in dessin que l’on a peine à rapporter à ceux des dents fossiles ordinaires; cependant il suffit, pour en obtenir un pareil, de faire scier une dent d’éléphant d'Asie très-près de la racine, Je suis très-convaincu que c’est à quelque circonstance analogue que
tient l’assertion de M. Dœhne et de M. de Strombeck , sur les dents semblables à celles de l'éléphant d'Afrique , qui se seraient aussi trouvées dans ce dépôt de Thiede (1).
Mais les erreurs incomparablement les plus fortes et les plus bizarres sont celles qu’ont occasionées les lames partielles de germes de molaires d’ éléphans, que l’on a trouvées détachées et non usées.
Les anciens naturalistes, qui considéraient généralement les fossiles comme des pierres figurées , trouvèrent à ces lames quelque ressemblance avec un pied ou une main, et leur donnèrent le nom de chrrites.
Kirker en représente sous ce nom dans son Mundus subterraneus , 1, 64. K y en a aussi de pareilles dans son Muséum et dans le Museum metallicum vaticanum de Mereat.
Aldrovande en représente sous le même nom, de Metallic., Lib. 1v, 481.
Mais rien n’approche en ce genre de ce qu’en trouve dans les Rariora Naiuræ el Artis de Kundmann, pl. 1, fig. 2. Cet auteur décrit l’objet représenté par sa figure comme la patte
(1) Voyez Dœhne, dans les Annales de Gilbert, n° xt de 1817 ; et dans la Bibl. univ. de Genève, de fév. 1818, Voyez aussi Strombeck , loc. cit., page 428.
pétrifiée de quelque grand baboun ; 11 assure que la peau, la chair, les ongles, les veines, s’y voyaient entièrement pétrifiés ; que M. Fischer, professeur de Kænigsberg, qui avait vu la plupart des cabinets de l'Europe, regardait cette pétrification comme l’une des plus rares du monde; et qu’enfin le roi de Pologne, éleeteur de Saxe, lui en avait fait offrir une somme considérable pour l’acquérir pour le cabinet de Dresde. Walch, dans son Commentaire sur l'ouvrage de Knorr, tome n, sect. 11, p.150, cite ce morceau parmi les ostéolithes de singe, ete. Cependant un simple coup d'œil jeté sur la figure fait voir que ce n’est qu’une lame de molaire d’éléphant, non encore usée à son extrémité, ni soudée au reste de la dent. Au reste , cette erreur a déjà été relevée par Harrer, apothicaire de Ratisbonne, dans la Correspondance des Savans de Kohl (1).
Quant aux molaires entières, qui sont la partie de l'éléphant que l’on a le plus souvent trouvée et recueillie dans l’état fossile, les questions qui se présentaient d’abord étaient celles-ci :
1° Auquel des deux éléphans vivans les molaires fossiles ressemblent-elles davantage ?
(1) Blumenbach Gott., gel. anz. 2 juin 1808.
> Ressemblent-elles entièrement à lun des deux?
Enfin 3° toutes les molaires fossiles sont-elles semblables entre elles ?
Il n’y a point de doute sur la première question. Le plus grand nombre des dents fossiles, on peut même dire toutes ou presque toutes, ressemblent , à la première vue, à celles des Indes, et se composent comme elles de rubans à peu près d’égale largeur, et festonnés.
On peut s’en assurer en consultant notre planche :2, où nous avons fait représenter des dents fossiles tant supérieures qu'inférieures de différens âges , à moitié de leur grandeur naturelle.
Fig. rest une inférieure d’un vieux éléphant, toute usée, trouvée , il y a quelques années, dans la forêt de Bondy, avec sa pareille.
Fig. 2 en est une d’un très-jeune éléphant; une vraie molaire de lait : de Fouvent.
Fig. 3 est une molaire supérieure d’un éléphant d'âge moyen de Sibérie : c’est le n° mxx11 de Daubenton.
Fig. 4 est une des secondes molaires d’un jeune éléphant. Elle vient des environs de Toulouse. |
Fig. 5 est une molaire inférieure d’un vieux éléphant , usée seulement à demi.
La très-petite dent de Toscane de la fig. 4, pl. 15; et les dents d'adultes, qui adhèrent encore aux mâchoires supérieures, pl. 10, fig. 3 et 4, et aux inférieures, pl. 11, fig. 4 et 5, et pl. 14, fig. 1, confirment cette ressemblance générale.
C’est elle qui a fait dire à Pallas et à presque tous ceux qui sont venus depuis lui, que l’éféphant fossile est le même que celui d’A#ste.
Mais cette ressemblance est-elle complète ?
Je l'ai nié autrefois (1); depuis lors, j'ai hésité un peu à soutenir une assertion qui pouvait paraître hasardée , et sur laquelle les observations de feu mon savant ami Adrien Camper m'avaient inspiré quelques doutes (2). Examinons de nouveau la chose avec impartialité.
Il est certain d’abord que le nombre des lames, considéré seul, ne peut, comme je l'avais cru , donner de bons caractères, puisqu'il est sujet à varier suivant l’âge de l'individu et le rang de sa dent, depuis quatre jusqu'à vingt-trois ou vingt-quatre.
Mais le nombre, pris sur des dents de longueur