ADDITIONS A CETTE SECTION
Addition à la page 331.
M. Rousseau, cultivateur à Angerville en Beauce, m'a communiqué le dessin d’une grande mâchelière de mastodonte à dents
(1) Voyage au Pérou, trad. fr., in-4°,1, 527.
Ir. 33
étroites, trouvée à Chevilly, près d'Orléans, enfoncée dans un lit de marne calcaire. C’est une mächelière inférieure qui n’a point encore de racines et dont les pointes ne sont pas encore usées. Elle est longue de 0,14, et large de 0,065.
Autre addition.
Lesenvirons d'Avaray, département de Loiret-Cner, paraissent abonder en ossemens de Rhinocéros, de Tapirs gigantesques et de Mastodontes.
M. Lockhart, membre de la Société royale des Sciences d'Orléans, a lu à eette compagnie, le 5 janvier 1821, un mémoire sur le dépôt qui & été découvert par M. Chouteau, dont j'at déjà sarlé à l’endroit cité, et dont je parlerai de nouveau chap. iv, deuxième séction, et chap. x, deuxième section.
« Ces essemens (dit M. Lockhart ) sont hors « de la vailée de la Loire, entre la grande « route et le village d'Avaray, dans un lit de « sable iininédiatement porté par le banc cal- « caire d'eau douce qui constitue la plaine de « Beauce. Ce sable est trés-varié, composé de « petits fragmens calcaires, et de quartz roulé « de grosseur et de couleur différentes ; il con- « tient des morceaux d'argile bruns à odeur
« fétide, des fragmens noircis de chaux car- « bonatéeet de silex. Samasse entière est dure, « grisâtre, quelquefois colorée en jaune par « l’oxide de fer. On y remarque de grandes ta- « ches brunes dues à la décomposition lente « et au carbone des substances organisées.
« Son épaisseur est d’un mètre, et il paraît « former un bassin particulier qui s'étend au .« midi de la carrière ( de calcaire d’eau douce) « où l’on peut observer sa coupe. Sa position « est assez élevée sur la pente d’une colline, « à peu près à 20 mêtres au-dessus du sol de « la vallée de la Loire. »
Cet observateur ayant eu la complaisance de me communiquer les os qu'il a recueillis, j’y ai reconnu divers morceaux de Mastodonte, SAVOIT :
° Plusieurs fragmens de mâchelières parfaitement caractérisées pour appartenir à cette espèce.
2° Un calcanéum gauche assez mutilé, mais où l’on reconnait cependant les caractères généraux de la famille des Proboscidiens, en même temps que des caractères spécifiques très-distincts.
L’apophyse inférieuré interne est cassée et a disparu entièrement avec sa facette astragalienne. Le bord interne de la face cuboïdienne
est également fracturé, maisil en reste la plus grande parte. La tubérosité postérieure a été passablement conservée, ainsi que la facette articulaire péronienne et une partie de la fa-. cette astragalienne interne.
Comparé aux éalcanéums de l'Éléphant et du Grand Mastodonte , il a sa tubérosité postérieure beaucoup plus longue, et moins renflée au bout; sa facette péronienne remonte, comme dans le Grand Mastodonte, aussi haut que l’astragalienne externe, le long de laquelle elle est placée; la facette cuboïdienne est plus haute et plus étroite que dens l’Éléphant ; la tubérosité placée sous le bord inférieur de cette facette est moins large, en sorte que ce caleanéum , tout mutilé qu'il est, aurait indiqué à lui seul une espèce particulière de Proboscidiens. 15)
Sa plus grande longueur, depuis l'extrémité de sa tubérosité postérieure jusqu’au bord supérieur de sa facette cuboïdienne, est de 0,10.
Sa plus grande hauteur, depuis le sommet de sa facette péronienne jusqu’à sa tubérosité inférieure, est de 0,11.
Cette grandeur correspond à peu près à celle d'un Éléphant de 8 pieds de haut.
5° Un grand os du carpe du côté gauche, mutilé, mais reconnaissable. Ce qui en reste
est semblabie aux parties analogues de celui de l'Éléphant, mais il est plus étroit à proportion. Sa facette inférieure latérale pour l'os de l'index est aussi un peu plus large en avant: il est haut de 0,06, large de 0,07, et a de diamètre antéro-postérieur 0,08.
Il y avait dans la même couche des fragmens considérables d'ivoire : ce qui concourt à prouver que le Mastodonte à dents étroites portait des défenses.
Mais ce qui le prouve encore mieux , c’est la découverte que l’on vient de faire dans le département des Hautes-Pyrénées, à Sariac, canton de Castelnau , dans la vallée du Gers, et dans une marnière d'environ 24 pieds de profondeur, située à près d’un demi-quart de lieue de la rivière. M. Lourtau, jeune docteur en médecine de ce pays, m’a communiqué les objets intéressans trouvés en ce lieu, et qui consistent en trois molaires entières, en deux fragmens de molaires, et en plusieurs troncons de défenses grosses et petites.
Les deux premières màchelières ont quatre paires de pointes lobées, comme à l'ordinaire, et un petit talon. Les deux pointes de la paire antérieure sont déjà usées, et offrent des trèfles irréguliers. L'une de celles de la deuxième paire l’est aussi un peu; les autres sont entie-
res.Ces dents ont la couronne longue de 0,14, et large en avant de 0,075. L’émail est absolument comme dansles dents de Simorre, d’un blanc bleuûtre , nuancé en divers endroits de roussâtre.
La troisième est attachée à un troncon d’un ivoire altéré et incrusté d’une sorte de croûte stalactitique, long de 0,27. Il est pointu et comprimé; sa coupe a 0,7 de grand diamètre et 0,5 de petit; mais il se Joint à d’autres tronçons avec lesquels il forme une défense longue au moins de 0,86, et dont le diamètre vers la base est de 0,13. D’autres fragmens se laissent aussi rejoindre ensemble, et forment alors une seconde défense de plus d’un mètre de longueur sur 0,13 à sa base. Deux derniers morceaux se réunissent en un tronçon de 0,52 de long et de même grosseur que les autres. Ces trois portions de défenses paraissent avoir été à peu près droites. L'ivoire en est fort altéré : l’enveloppe qui s’est formée dessus , et qui a même pénétré dans les interstices de ses lames, est d'un gris-verdâtre et entremêlée de plusieurs lames dures et iranchantes.
Mais le fragment le plus important est un tronçon un peu arqué, long d'environ 0,14, et cassé aux deux bouts, sans diminuer notablement de grosseur. Il doit avoir fait partie
d'une longue défense qui ne pouvait manquer de sortir de la bouche, et cependant il est enveloppé d'un véritable émail très-dur,. et non pas tendre, comme la croûte des défenses d'Éléphant; son épaisseur est d'environ un millimètre et demi; ilest un peu cannele et légèrement grenu à sa face externe.
La coupe de ce fragment de défense est un ovale très-régulier, dont le grand diamètre est de 0,065, et le petit de 0,05.
La décomposition en a divisé sensiblement les couches par des anneaux concentriques, comme on les observe dans l'ivoire fossile ; mais les fissures ont été remplies après coup par une cristallisation ferrugineuse ou spathique. Je n'ai pu apercevoir ces lignes disposées en losange qui caractérisent si distinctement l'ivoire de l’'Éléphant. |
Malgré le rapport que l'émail donne à cette défense avec celles de l'Hippopotame, sa coupe n’est pas la même ; néanmoins on voit que le Mastodonte à dents étroites se rapprochait de cet animal par cette circonstance , comme par la division en trèfles des collines de ses mâchelières.
On vient de trouver encore en Toscane de nouveaux débris de cet animal.
M. le chevalier Fossombroni, ministre de
S. A. I. legrand-duc, et savant aussi profond qu'administrateur éclairé et vertueux, a bien voulu m'envoyer un dessin représentant une portion considérable de mâchoire, avec une dent à huit pointes, très-reconnaissable. Ce morceau a été découvert par des paysans à Bettolli, près du sommet d’un petit coteau qui s'élève au milieu du val de Chiana, de cette contrée où le nom de M. Fossombroni sera immortel. Il était à deux pieds de profondeur dans une couche un tuf que l’on a jugé marin, et qui était parsemé de coquilles fort adhérentes. L'émail de la dent est gris et très-dur.
On remarquera que Bettolli est fort près de Monte-Foïilonico, où Baldassari avait trouvé la mâchoire qu'il décrivit, en 1767, dans les Mémoires de l’Académie de Sienne.
Entre ces deux endroits est Asina-Lunpga , où, en 1815, le docteur Giuli trouva deux Mächoires de la même espèce, dont il a fait aussi hommage à l’Académie de Sienne.
Ainsi, nous ne pouvons douter que cet animal n'ait été fort nombreux dans le val de Chiana, à l'époque où les terres qui forment aujourd'hui la Toscane étaient peuplées des Hippopotames, des Rhinocéros et des Éléphans de l’ancien monde.
I serait bien à désirer que des fouilles faites
avec intelligence pussent faire sortir du sol les autres os d’une espèce si remarquable qui ne peuvent manquer de s’y rencontrer à peu de distance de ces mâchoires. On pourrait alors la reproduire dans son entier , comme on est parvenu à le faire pour l'Hippopotame du val d’Arno et pour le Rhinocéros du pays de Parme. Ce serait un nouveau service que la Toscane aurait rendu aux sciences, qui lui doivent déjà tant.
Autre addition.
Les recherches que l'on fait en Toscane révélent de plus en pius combien cette contrée est classique pour l’histoire des animaux fossiles.
On vient d’y déterrer le squelette presque entier d’un mastodonte à dents étroites. M. le professeur Nesti, de Florence, se propose d'en publier incessamment la description, qui sera un document bien important pour ce genre de recherches, et je m'empresserai d'en faire connaitre les détails à mes lecteurs aussitôt qu'elle aura paru.
Il se trouve aussi des os de ce mastodonte en Pologne.
M. Bojanus, célèbre anatomiste et profes-
seur à Vilna, vient de m'envoyer le dessin d'une mâchelière à quatre paires de pointes et un talon, parfaitement bien conservée, qui a été trouvée à Tulezyn, ville de l’ancien palatinat de Braklaw, aujourd'hui du gouvernement de Podolie, située sur l’un des affluens du Bog. Elle est singulièrement semblable, pour la forme et pour la couleur, à celle de Lombardie, que nous avons représentée, pl. 29, fig. 2.
Autre addition sur le Mastodonte a dentsétroites, et sur les os de Mammifères des lignites.
J'ai reçu encore plusieurs dents de cette espèce, ou leurs dessins, de France, d'Italie, d'Allemagne et d'Angleterre. M. Rarzani m'en a adressé le moule d’une grande trouvée sur les pentes de l’Apennin , du côté de Bologne. Tout récemment, il s’en est découvert une superbe près de Montpellier, dont je dois un beau dessin à M. Node Veran; elle a douze collines, toutes divisées , et sa longueur va à 0,257. Mais le plus beau morceau de ce genre dont j'ai eu connaissance, c'est une demimâchoire inférieure , à laquelle il ne manque qu'un peu de son apophyse coronoïde , et dont M. le comte de Breuner, directeur des mines
en Autriche , a bien voulu envoyer un modèle peint au Cabinet du roi. Elle a été trouvée
dans une des terres de ce gentilhomme, à Stel- tenhof, au cercle du Bas-Manhartsberg, dans la Basse-Autriche, et à peu près à trois lieues au nord-ouest de Krembs, où nous avons vu (pages 332 et 333 du présent volume)qu'il avait été recueilli en 1645 des os de ce genre qui passaient pour ceux d’un géant.
Cette demi-mächoire, à ce que M. le comte de Breuner m'a fait l'honneur de m'écrire, était sur le sommet d’une colline élevée à quatre cents pieds au-dessus du niveau du Danube, dans un sable ferrugineux, agglutiné, qui repose immédiatement sur le calcaire grossier, et qui est recouvert par le terrain meuble où se trouvent des os d’éléphans et quelquefois de rhinocéros. Les os de mastodontes sont ainsi plus profondément et presque toujours cassés. Ceux d’éléphans et de rhinocéros sont plus superficiels et plus entiers ; M. de Breuner en a même trouvé les squelettes presque complets de cinq individus dans un mème lieu.
La mâchoire de mastodonte en question est fort semblable à celle du grand mastodonte, c'est-à-dire que son angle est moins arrondi que celui de l'éléphant, son bord inférieur
plus rectiligne, son bec dirigé plus en avant. Elle porte une première dent à huit pointes et un talon , usée, et une seconde aussi à huit pointes, maïs encore intacte. Les deux ensemble occupent une longueur” de 0,32; la hauteur de l’apophyse condyloïde , au-dessus du bord inférieur, est de 0,43, celle de la coronoïde de 0,40; la largeur de sa branche montante, au-dessous de ses deux apophyses, de 0,3; la hauteur de sa branche dentaire, entre les deux dents, de 0,19, et en avant de l'antérieure de 0,24. De ce point, la ligne oblique qui descend jusqu'au bout du bec, est de 0,24.
M. Boué, si connu par ses descriptions géologiques de l'Écosse et de l'Allemagne, ainsi que par ses nombreuses observations, m'assure avoir vu dans le cabinet impérial de Vienne de ces os de mastodonte, dans une gangue qu'il regarde comme analogue à la craie. Ils ont été trouvés dans le Leithagebirge, chaine qui sépare la Basse-Autriche, au nord du Danube, de la partie voisine de la Hongrie. Ces dessins, que M. Boué m'a adressés, prouvent incontestablement que les os viennent en effet de ce genre, mais il serait peut-être nécessaire de revoir leur gisement avant de leur donner une si haute antiquité.
Cependant M. Boué cherche à appuyer son opinion par des os de ruminans qu'il m'a remis dans une gangue assez semblable à notre calcaire grossier, et il allègue aussi en sa faveur les lignites de Suisse, si riches en ossemens de mammifères, dont Je vais parler.
Je ne puis en effet aucunement douter que ces lignites ne contiennent des os de plusieurs grands quadrupèdes, et notamment de ce mastodonte à dents étroites dont nous nous occupons maintenant, ainsi que M. Meissner l’a annoncé dans le Muséum d'histoire naturelle de Berne, et dans l’Indicateur de la Société helvétique d'histoire naturelle, où il a décrit et représenté des portions très-reconnaissabies de dents de mastodonte des lignites de Kœpfnach, sur le bord occidentai du lac de Zurich,
M. le comte Vitalien Borromeo , de Milan, a eu l’extrème complaisance de me confier, pour que je pusse les examiner, quatre morceaux tirés des lignites d'Horgen, un peu audessous de Kæpfnach, et parmi lesquels il y a une petite molaire à quatre pointes, et deux fragmens de défense parfaitement reconnaissables à leur tissu intérieur, pareil à celui de l'ivoire , et à leur émail cannelé longitudinalement comme celui du fragment de Sariec, dont nous avons déjà parlé.
J'ai sous les yeux un dessin fait par M. Schintz, professeur à Zurich, de trois grandes mâchelières , dont deux adhèrent encore à la mâchoire, et qui sont manifestement de mastodonte ; elles ont été tirées aussi des lignites de Kæpfnach. Il y avait avec elles une défense brisée, dont la longueur doit avoir été de deux pieds et demi. Son émail est cannelé comme celui des morceaux que je viens de décrire.
. Le mastodonte n’est pas le seul genre dont ces lignites renferment les restes.
Un autre dessin de M. Schintz représente une portion de mâchoire supérieure de rhinocéros , probablement de l'espèce à narines cloisonnées, contenant encore trois dents, dont deux entières. Ce morceau vient d'Elspg, près de Winterthur, sur la frontière du canton de Zurich et de celui de Thurgovie.
Je tiens de l'amitié de M. Brongniart un frasment de mâchoire de castor avec des màchelières bien caractérisées, encore enfermé dans le lignite, et du même lieu d’Horgen. Ces faits sont probablement du même ordre que ceux qui concernent les os de lophiodon des terres noires des environs de Laon , dont nous parlerons chap. x, 2° section, art. vur. Ou ils annoncent , pour l'existence des mammifères,
une période plus ancienne que nos autres recherches ne nous portent à l'admettre, ou bien ils donnent à croire qu’il y a encore des distinctions à faire entre les couches de lignites, plus nombreuses que celles que les géologistes ont reconnues jusqu'à présent.
Il n’y a pas si long-temps que l’on confondait les lignites et les houilles ; ainsi l’on pourrait bien confondre encore des lignites de plusieurs âges. Ausurplus, cette recherche est digne, sans contredit, de toute l'attention des géolopistes.
Le Muséum a reçu tout récemment, par les soins généreux de M. de Humboldt, plusieurs os de ce mastodonte , déterrés près de Santa- Fé de Bogota en Colombie, au lieu dit Caño del Fiscal. Il y à dans le nombre un humérus presque complet et un calcanéum bien entier.
L'humérus est plus court à proportion que dans le grand mastodonte, long de vingt-etun pouces (0,568) sur sept de large dans Île bas (0,189), ce qui confirme l’idée que m’avait sugpérée un tibia du même canton ; savoir, que le mastodonte à dents étroites était plus bas sur jambes que les espèces voisines.