‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 77 sur 98 · MASTODONTE A DENTS ÉTROITES · texte numérisé non relu

MASTODONTE A DENTS ÉTROITES

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DEUXIÈME SECTION

SUR UN MASTODONTE MOINDBE QUE CELUI DE L'OHIO, ET QUE JE NOMME MASTODONTE A DENTS ÉTROITES.

Nous avons vu, dans la section précédente, que la première gravure d'une grande molaire de l'Ohio est celle que Guettard publia en 1792; mais ces dents et l'animal dont elles provenaient n’acquirent une véritable célébrité en Europe qu'entre 1760 et 1770, par les Mémoires de Collinson et de William Hunter.

Long-temps auparavant il existait des notices de quelques-unes de celles dont je vais parler ; mais les naturalistes y avaient fait peu d'attention, faute d'objets de comparaison ; et lorsque les dents de l'Ohio vinrent à être connues, on confondit les autres avec elles:

de manière qu'il m'a été réservé de montrer les différences spécifiques de celles dont on avait fait mention avant moi, et d'en faire

connaitre pour la première fois plusieurs qui étaient ignorées.

Dès 1656, on en trouve une figure trèsreconnaissable dans le Museo de Moscardi, p. 1:22; elle y est annoncée comme une dent de géant. Une seconde fut publiée par Grew en 1081 (Mus. Soc. reg., pl. xix, fig. 1)sous le titre de dent pétrifiée d’un animal de mer. Camper cite cette figure ({Vov. Æct. petrop., 1, 259) comme si elle était de l'espèce de l'Ohio.

En 1715, Réaumur, décrivant les mines de turquoises de Simorre, et faisant voir que ces turquoises n'étaient que des os et des dents de différentes espèces, pétrifiés et imprégnés de quelque oxide métallique, fit graver un fragment d’une dent semblable à celle de Grew, croyant aussi qu'elle pouvait venir de quelque animal marin. (Mém. de l’Ac. des Sc., 1715, p. 174.) .

En 1755, Dargenville en représenta une entière qu’il jugeait également d’un poisson inconnu (Oryctologie, pl. xvin, fig. 8). Knorr en donna une autre dans ses Monumens, sup., pl. viu, ce; et Walch, dans son Commentaire sur ces planches, se borna à renvoyer à Dargenville. Ni l’un ni l’autre de ces auteurs n'indiqua l'origine de son morceau.

On avait fait venir dans l'intervalle quelques échantillons des dents de Simorre pour le Cabinet du roi. Daubenton les décrivit, mais sans figures (Hist. nat., XI, n° 1109, 1110 et 1111), et y Joignit (n° r112) le morceau représenté par Réaumur, sous le titre de dents pétrifiées ayant des rapports avec celles de l'hippopotame; tandis qu’il nommait celles de l'Ohio à six pointes, les seules qu’il connüt alors de cette grande espèce, dents fossiles d’hippopolame.

Il distinguait donc dès-lors les unes des autres, jusqu’à un certain point; mais bientôt on les confondit entièrement.

Joseph Baldassari décrivit et représenta en 1767, dans les Mémoires de l’Académie de Sienne, tome 11, p. 243, deux portions considérables de mâchoire inférieure, trouvées au mont Follonico, près de Monte-Pulciano, et en jugea les dents absolument semblables à celle de Guettard, qui était de la grande espèce.

Une de ces dents, très-srande, fut trouvée à Trévoux en 1784, par M. de Lollière, dans un monticule de sable, et indiquée en 1785, par M. de Morveau, dans le tome vi de lAcadémie de Dijon, p. 102, comme si elle eût été de l'espèce de l'Ohio.

Camper en parle aussi sous ce nom (/Vor.

Act. petrop., u), et Merk en fait autant (n° lettre, p. 28, note).

Cette mème année 1785, ldéphonse Kennedy décrivit trois portions de ces dents, et en donna des figures dans les nouveaux Mémoires philosophiques de l’Académie de Bavière, t.IW, p. 1; il les prend également pour les mêmes que celles de l'Ohio. Elles avaient été trouvées le 6 avril 1762, près de Reichenberg en Basse-Bavière , par des paysans qui tiraient du sable d’une colline pour raccommoder la grande route, à trente pieds au-dessous du sommet ; l’auteur joint une portion antérieure de mâchoire de rhinocéros déterrée en même temps.

En 1786, après tous les travaux de Daubenton, de Camper et de tant d’autres, Guettard, qui lui-même avait publié une dent de l'Ohio trente-quatre ansauparavant, venant à donner une dent de notre animal trouvée à Montabusard, près d'Orléans , doutait encore s’il fallait l'attribuer à un -hippopotame ou à quelque cétacé.

On peut donc dire que les naturalistes n'avaient pas donné à ces dents toutc l’attention qu'elles méritaient, et j'eus lieu d’être fort surpris lorsque je m'aperçus, par ma cor-

respondance, qu'elles étaient assez communes en différens lieux de l’Europe et de l’'Amérique.

En effet, outre celles de Toscane, de Simorre, de Bavière et de Trévoux, qui avaient été précédemment décrites, j'en ai vu de Sort, près de Dax, dans le cabinet de feu M. de Borda ; M. G.-A. Deluc m'en a communiqué une des environs d’Asti, en Piémont; M. Fabroni m'a envoyé des plâtres de celles du val d'Arno qui sont au cabinet de Florence; M. Faujas m'en a rapporté des dessins de trois trouvées, l'une à la Rocchetta di Tanaro, près d’Asti; la seconde, au pied des Alpes cénédoises; la troisième, auprès de Padoue. Toutes celles que Dombey et M. de Humboldt ont rapportées du Pérou, et celles que ce dernier a trouvées au Gamp-des-Géans, près de Santa- Fé de Bogota, en Terre-Ferme, sont encore semblables.

Depuis ma première édition, il m'en a été présenté une du département de l'Isère.

M. Chouteau m'en a envoyé des fragmens d’Avaray, près de Beaugency, trouvés avec des morceaux de paleotheriums, de ruminans et de trionyx. M. Biot m'en a remis une fort grande, encore adhérente à une portion de sa mâchoire ; elle venait de Santa-Fé de Bogota,

et probablement aussi du Camp-des-Géans.

J'en ai vu à Florence les moules de deux trèsbeaux et très-crands germes à six paires de pointes , dont les originaux , trouvés à Palaïa, entre San-Miniato et Livourne, sont dans le cabinet de feu M. Baldovinetti, prevôt du chapitre de Livourne. Le cabinet de l’Académie de Turin, celui de l’Institut de Boloone, celui de l'Université de Pise, celui du Collése romain , m'en ont offert des morceaux plus ou moins considérables. M: Georges Santi, professeur à Pise, m'en a donné des dents trouvées dans le Siennois, et-que j'ai déposées au Cabinet du roi. Jen ai aussi rapporté de Rome qui ont été trouvées près de Monte-Verde.

Tout récémment M. Sœmmerring m’annonce dans une lettre du 12 avril 1810, qu'on en a découvert à Darmstadt, à Alzey, non loin de Worms, et près du lac de Zurich en Suisse, et qu'on lui en a envoyé de ces divers endroits des moules et des fragmens.

Le même savant, dans l’appendix de son mémoire Ju à l’Académie de Bavière, sur les dents de Kennedy, nous apprend qu'il se trouve une mâchelière de cet animal dans le cabinet de l’université d'Erlang. L’étiquette porte qu'elle avait été déterrée en 1645, près

de Krembs, non loin du Danube, et qu’elle devait avoir appartenu à un géant de seize coudées de haut. Il n’est donc pas douteux que ce ne soit là un reste de ce prétendu géant trouvé en 1645 près de Krembs, et dont il est parlé dans divers auteurs.

Feu l’abbé Amoretti, dans une lettre à M. della Torre, archevêque de Turin, insérée dans les Mémoires de l’Institut italien, sur la dent de la Rocchetta di Tanaro, annonce en avoir vu une dent à Vienne, chez le baron Joseph de Brudern, provenant des terres de ce gentilhomme en Hongrie, et, dans le cabinet impérial, une äemi-machoire inférieure venant de Moravie. | ;

André Stütz parle de dents de mème espèce que celles de cette mâchoire, trouvées dans la Basse-Autriche, au midi de Vienne, près de Brünn, d'Entzersdorf et de Modling (1).

M. l’abbé Borson a décrit et représenté dans le xxrv° volume des Mémoires de l’Académie de Turin (p. 167, et pl. 1 et n) deux portions de mâchoire, contenant chacune une dent, et reuvées auprès d'Asti, il y a plus de soixante

(1) Oryctographie de la Basse-Autriche. Vienne, 1807, page 74.

ans, ainsi que deux germes trouvés à Castelnuovo - Calcea, dans la même province.

J'en ai encore eu plusieurs ; soit en dessin, soit en nature, dont on n'a pu m'indiquer l'origine ; mais qui, jointes aux précédentes et à celle dont on avait déjà parlé avant moi, achèvent de prouver que les animaux qui les ont fournies doivent avoir laissé une assez grande quantité de leurs dépouilles.

Toutes ces dents sont hérissées, comme celles du grand mastodonte , de pointes coniques plus ou moins nombreuses qui s’usent par la mastication; et comme nous verrons par la suite que les formes de quelques os trouvés avec ces dents ressemblent aussi à ceux du grand mastodonte, et qu'il y a lieu de croire qu'elles étaient accompagnées de défenses, on peut en conclure, avec assez de probabilité, que les animaux dont elles proviennent étaient également du genre des mastodontes.

Mais ces dents se distinguent aussi de toutes celles du grand mastodonte de l'Ohio par quelques caractères spécifiques. Le principal et le plus général est que les cônes de leur couronne sont sillonnés plus ou moins profondément, et tantôt terminés par plusieurs pointes, tantôt accompagnés d’autres cônes

plus petits sur leurs côtés ou dans leurs intervalles : d’où il résulte que la masticätion produit d’abord sur cette couronne plusieurs petits cercles, et ensuite des trèfles où figures à trois lobes, mais jamais de losanges.

Ce sont ces trèfles qui ont fait prendre quelquefois ces dents pour des dents d’hippopotame. Nous avons vu ci-dessus que Daubenton leur trouvait quelques rapports; et à l’article de l’hippopotame, nous rapporterons des juÿemens semblables de Pierre Camper et de M. Faujas : mais il est aisé de prévenir le renouvellement de cette erreur. Indépendamment de la grandeur, les dents de l’hippopotâme n’ont jamais que quatre tréfles, et celles dont nous parlons en ont ordinairement six où dix. Il n’y a que les antérieures sur lesquelles on pourrait hésiter ; mais nous verrons à leur article qu'on les distingue aussi aisément.

il est plus difficile d’assigner les caractères spécifiques de ces diverses dents entre elles; car elles ne se ressembient pas entièrement.

I y a d’abord les différences de position dans la mâchoire, que l’on peut juger par le nombre des pointes; il y a énsuite celles de l’âge, qui se déterminent par le degré de la détrition.

Examinons et comparons-les successivement d’après ces rapports.

Je commence par une dent de Simorre, pl. 26, fig. 4. C'est celle que décrit Daubenton, Hist. nat., XII, n° 1100.

Longue de 0,116, large de 0,06, elle est déjà à moitié usée. De ses six paires de pointes, les deux antérieures sont confondues en un disque à quatre lobes, a, b; une des mitoyennes, c, est déjà en trèfle, laissant encore un petit disque rond isolé ; l’autre, d, est elliptique, bilobée ; les dernières, e, f, n'offrent encore que quatre disques, dont un seulement commence à se lober. On voit qu'un peu plus usée, cette dent aurait eu trois disques à quatre lobes. En arrière est un talon de deux pointes mousses sillonnées, dont l’une, g, est plus haute.

Cette couronne est moins usée, et par conséquent plus haute, du côté des disques non lobés, a, d, e, que nous verrons bientôt être le côté externe. Deux grosses racines, rompues l’une et l’autre, se dirigent en arrière; la postérieure, z, est de beaucoup la plus grosse : enfin il y a en avant, en k#, un aplatissement qui fait juger que cette dent était précédée par une autre dans la mâchoire.

J'ai trouvé la même dent encore implantée

dans le palais, dans le cabinet de M. de Borda à Dax. Elle a les mêmes éminences, avec les mêmes figures et les mêmes proportions, pl. 28, fig. 2; seulement elle est un peu plus petite et moins usée, les deux disques antérieurs n'étant pas encore confondus.

Elle y est effectivement précédée d’une dent à deux paires de pointes, 4, b, et l’on voit en arrière, c, qu'elle devait être suivie d’une autre encore.

J'ai trouvé une troisième fois la même dent parmi celles que Dombey a rapportées du Pérou (pl. 26, Gg. 7), implantée dans une portion de palais, et parfaitement semblable à celle de Simorre par les contours et les proportions, mais un peu plus usée. Les deux disques du milieu sont déjà confondus en un disque quadrilobé, et les deux postérieurs sont tout près de l'être. Il n’y a plus de petite dent en avant ; son alvéole a déjà disparu, et le corps de la dent subsistante commençait même à s’entamer vers & En arrière est encore, vers », un reste de l’alvéole de la dent qui suivait celle-ci.

La dent du Pérou est précisément longue comme celle de Simorre, quoiqu'il en manque un peu en avant, et n'a que 0,005 de plus dans sa plus grande largeur.

Il, 22

Malgré l'éloignement des lieux, il m'est donc impossible de ne pas reconnaitre ces deux dents comme de la même espèce.

Ces pièces constatent done déjà, outre la forme de eette dent, qu'il y en avait deux autres à la mâchoire supérieure de l'animal, une en avant qui n'avait que quatre pointes, et une en arrière.

Elles constatent de plus que ces dents se poussaient d'arrière en avant comme dans l'éléphant et le mastodonte, et que les antérieures disparaissaient à une certaine époque.

Je crois encore qu'on peut en conclure que la dent antérieure était susceptible de remplacement de haut’en bas, comme dans l’Appopotame, dont les dents: de remplacement ne laissent pas de tomber aussi. Ma raison est que cette petite dent de Dax n'est pas encore usée, et qu'il faut qu'elle soit venue après la grande, qui l’est.

Le morceau de Dax nous fait aussi reconnaître une dent de Simorre de notre Muséum (pl. 26, fig. 2), à demi-usée, et présentant une figure à quatre lobes en avant, et deux disques ronds en arrière.

Une dent pareille (pl. 28, fig. 14), mais non usée, et n'offrant que ses quatre cônes, est dans le cabinet de M. Hammer, qui en ignore

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l’origine : seulement elle. a un petit talon qui pourrait faire croire que c’est celle de la mächoire opposée, par conséquent l’inférieure ; car celle de Dax, qui est là supérieure, n’a point de talon, non plus que celle de Simorre.

Peut-être aussi est-ce la dent de ait.

L'identité d'espèce des dents de Simorre et de celles qu'avait apportées Dombey une fois bien constatée, nous pouvons aller plus loin.

Parmi les morceaux de Dombey, est un fragment considérable de mâchoire inférieure (pl. 28, fig. 4, au quart de sa grandeur). Il se termine en avant par une espèce de bec, comme celui de l'éléphant et du rnastodonte.

Ainsi motre espèce actuelle n'avait, comme ces deux-là, ni incisives ni canines en bas.

Ce morceau contient deux dents : la postérieure , longue de 0,175, large de 0,075, avait cinq paires de pointes dont les postérieures sont plus courtes : les deux premières sont déjà réunies en figures quadrilobées ; les deux suivantes sont prêtes à l’être; les deux dernières et le talon sont intacts. Telle est donc la molaire postérieure inférieure de notre animal.

lei c’est le côté externe qui est le plus usé : par conséquent c’est l’interne qui est le plus saïllant ; et cela devait être’ainsi, pour que les

dents d’en bas correspondissent à celles d’en haut , où l'inverse a lieu.

Ce sont les pointes externes qui forment des trèfles, et en haut ce sont les internes ; encore suite d’une loi générale dans les herbivores : quand les deux côtés d’une dent ne se ressemblent pas, ils sont placés en sens contraire dans les deux mâchoires. Ainsi les ruminans ont la convexité des croissans de leurs dents supérieures en dedans, et celles des inférieures en dehors.

On voit aisément, par la convexité de cette longue dent en arrière, qu’il n’y en avait point derrière elle.

Celle qui est en avant est tellement usée et mutilée qu’on ne peut distinguer sa figure; mais j'ai bientôt trouvé moyen d’y suppléer.

Nous avons au Muséum une dent de Simorre à six pointes (Daub. , xir, n° mex), qui diffère de la première , parce qu'elle n’a pas de talon. (Voyez pl. 28, fig. 3 ). Il était naturel de croire que c'était celle qui répondait à cette première dans la mâchoire inférieure; cela était d'autant plüs naturel à croire, que les dernières dents inférieures de l’hippopotame diffèrent aussi, par l'absence d’un talon, des supérieures qui leur correspondent.

L2 mâchoire inférieure de Baldassari en

donne la certitude : on y voit cette dent à six pointes en place et sans talon.

Il ne nous reste donc à connaitre que la postérieure supérieure , pour avoir toutes les maâchelières de notre animal.

Il n’est pas difficile de voir que c’est la dent de Trévoux, pl. 26, fig. 5.

Ce n’est qu'un germe encore entièrement intact et sans racines, long de 0,185, large de 0,08 ; haut, depuis le collet jusqu’au sommet d’une des pointes , de 0,06. Cinq sillons profonds le divisent en six rangées d’éminences, chacune subdivisée en deux , excepté la dernière, Les éminences partielles d’un côté ont en avant une partie saillante qui leur aurait nécessairement donné la figure d’un trèfle, si la dent était usée à demi. Celles du côté opposé seraient restées elliptiques. Celles-ci sont donc les intérieures. La dernière éminence, ou le talon , est un gros mamelon 1 impair, entouré d’ its plus petits.

Il y a-donc un talon ou un amas impair d’éminences de plus qu’à la dent postérieure inférieure ; et c’est encore une analogie avec l’hippopotame et un rapport avec la supérieure moyenne.

Toutes ces dents, comparées une à une avec leurs correspondantes dans le grand masto-

donte de l'Ohio, offrent un caractère trèssensible dont je me servirai pour dénommer cette espèce : c’est qu’elles sont beaucoup plus étroites à proportion de leur longueur.

Une fois ces caractères obtenus, il nous a été aisé de reconnaitre les dents ou portions de dents isolées de cette espèce qui se sont offertes à nous.

PI. 29, fig. 7, est la supérieure postérieure, qui se trouve avec sa congénère dans le cabinet de feu M. Baldovinetti, de Livourne. Assez semblable à celle de Trévoux, pl. 26, fig. 5, elle a ses collines un peu plus lisses et son talon un peu plus allongé. Elle est longue de 0,248, large dans son milieu (en d) de 0,096.

PI. 26, fig. 5, du eabinet de M. de Drée, est la moitié antérieure d’une supérieure postérieure dont toutes les pointes ne font que de commencer à s'enfamer. Les racines n’y sont pas développées.

PI. 28, fig. 7, en est une à peu près semblable , où le talon seulement est un peu moins usé.

PL. 27, fig. 10, du cabinet de M. Hammer, en est une dont la détrition est plus avancée et les racines plus développées.

PL. 20, fig. 1 et 2, est dans le même état.

Elle a été trouvée à’ La Rocchetta di Tanaro,

près d’Asti, et appartient à M. d'Incisa à Milan. M. Faujas m'en a donné le dessin : elle est d’un blanc de cire.

PI. 26, fig. 6, du Pérou, rapportée par Dombey, en est une dont la détrition est déjà profonde en avant, et, je ne sais par quelle raison, pas encore commencée en arrière.

PL. 27, fig. 13, du val d’Arno, envoyée par M. Fabbroni , est la partie postérieure d’une, non encore usée.

PL. 20, fig. 5, du cabinet de l’université de Padoue, est la mème partie , plus usée. Jen:

dois encore le dessin à M. Faujas. Elle est teinte en roux vif, et son émail est très-luisant.

PL. 26, fig. r, de Simorre ( Daub., n° wexi), est un germe d’inférieure postérieure , cassé en avant.

PE 27, fig. 8, du val d'Arno, est la partie postérieure d’une inférieure de derrière, peu usée.

PL. 27, fig. 6, du Camp-des-Géans , rapportée par M. de Humboldt, est la même partie, nullement usée; et fig. 4, une partie moins considérable qui commençait à s’user.

PI. 28, fig. 1, de Simorre , est la première rangée d’une postérieure supérieure non encore sortie ni usée,

Quelqnes morceaux se sont trouvés trop

mutilés pour être aussi parfaitement déterminés : tel est le dessin envoyé par M. Fabbroni , d’une dent du val d’Arno, cassée aux deux bouts (pl. 27, fig. 9 ); la dent cassée lonsitudinalement , trouvée aux environs d’Asti par M. G.-A. Deluc (pl. 27, fig. 7 ); celle du cabinet du comte d’Ario à Padoue, trouvée dans les Alpes cénédoïses, et cassée en arrière (pl. 29, fig. 4); celle du cabinet de l’université de Pise (pl. 20, fig. 6 ), cassée en arrière et au bord interne, mais remarquable par des festons plus nombreux que dans les autres.

Cependant tous ces morceaux viennent bien de la même espèce que les autres dents, quoique l’on ne puisse pas assigner leur place.

Une pièce bien intéressante , et qui prouve jusqu'à quel point la détrition pouvait user les dents de cet animal, c'est la portion de mâchoire (pl. 28, fig. 5). Elle est déposée au Cabinet du roi, et on la croit originaire de France. La grande molaire postérieure y reste seule, et ne présente plus sur sa couronne qu'un disque uniforme de substance d'ivoire.

L’alvéole même de la molaire antérieure a disparu.

Après avoir ainsi rapporté à leur place toutes les mâchelières de cette espèce secondaire de mastodonte , il s'agirait de reconnaitre et de

décrire les autres os ; malheureusement nous en avons fort peu.

Nous ne possédons ici du crâne que les deux faibles portions de palais indiquées ci-dessus , et qui, étant rompues de toute-part, ne fournissent aucun caractère.

Le palais conservé au Muséum britannique, et représenté par Camper (Nov. Act.

petr., 11, pl. vin), appartient à cette espèce, et non pas à la grande de l'Ohio, comme le croyait ce savant anatomiste. Un dessin de grandeur naturelle , que je dois à M. Wiedemann, montre, dans la molaire postérieure , toutes les formes de nos dents étroites, qui ont été rendues presque méconnaissables dans la gravure. Or, nous apprenons par ce morceau que les molaires supérieures du mastodonte a dents étroites divergent en avant comme celles du grand mastodonte de l'Ohio.

L’analogie rend probable que l'espèce dont nous parlons aujourd’hui avait des défenses comme celle de l'Ohio ; et nous avons une probabilité de plus, en ce que Daubenton dit (Hist. nat., x1, n° 1011) qu'il a reconnu de l’ivoire parmi les morceaux envoyés des mines de turquoises de Simorre. Cet ivoire venait vraisemblablement des mêmes animaux que les mâchelières qui donnent les turquoises.

Nous avons aussi trouvé deux lames d'ivorre parmi les fragmens que M. Chouteau nous a envoyés d’Avaray.

Mais, pour avoir une preuve directe, il faudrait qu’une défense , ou au moins son alvéole, eût été trouvée avec une mâchelière adhérente ; et cela n’est point arrivé.

La mâchoire inférieure est bien celle d'un animal à longues défenses. Celle du Pérou, pl. 28, fig. 4, est fort semblable, dans ce que nous en avons, à celle de l'Ohio : seulement elle est moins haute à proportion ; son bord inférieur est moins rectiligne, et sa surface externe plus bombée. Les trous mentonniers sont aussi plus avancés. Sa longueur, depuis l'extrémité de la grande mäâchelière jusqu’à l'angle antérieur, est de 0,35. La même dimension est de 0,40 dans celle de FOhio:

c’est précisément la proportion de leurs grosses dents, longues de 0,20 et 0,175. Mais la proportion de la largeur de ces dents est bien différente : 0,115 et 0,075. La dénomination de mastodonte à dents étroites est donc bien justifiée.

La hauteur de la mâchoire du Pérou est de 0,12; celle de FO, de 0,18. Leur épaisseur, vis-à-vis le milieu de la grosse dent, 0,14

et 0,15. Ainsi la première est moins haute, mais plus bombée à proportion.

Comparée à celle de l'éléphant, la mâchoire du mastodonte à dents étroites a le bec antérieur plus long , plus étroit dans son milieu; elle n’est pas tronquée si verticalement; ses trous mentonniers sont l’un derrière l’autre, et non l’un au-dessous de l’autre , comme dans l'éléphant.

La mâchoire inférieure de Baldassari ( Mém.

deSienne, t. 1, pl. vretvir }complète en arrière ce qui manque à celle de Dombey. Elle nous apprend que le mastodonte à dents étroites avait cette partie plus arrondie que le grand mastodonte, et qu’en ce point il ressemblait davantage à l'éléphant.

Tousees caractères se retrouvent dans la prétendue mâchoire d’éléphant du cabinet de Florence, publiée par M. Nesti ( An. mus. Flor., tom. r, pl. r, fig. r et 2), et m’engagent à la rapporter à l'espèce dont je traite à présent. En conséquence, je me crois autorisé à conelure que le mastodonte à dents étroites avait le bec de la mâchoire inférieure dilaté en avant et tronqué, comme on le voit dans cette màchoire de Florence.

Nous n'avons ici pour tout grand os des extrémités qu’un #bia rapporté du Camp-des-

Géans par M. de Humboldt, et fort mutilé à tous ses angles ; ce qui rend ses caractères peu déterminés.

Il est représenté au quart de sa grandeur, pl. 28, fig. 8, o, 10 et 11.

Quoiqu'’un peu plus épais à proportion que celui de l'Ohio, il ne parait pas s’en éloigner beaucoup par les formes. Long de 0,40, large en haut deo,15, on voit aussi qu'ilestplus court à proportion des dents; car celles-ci, ainsi que les màchoires, ne sont moindres que d’un huitième, et le tibia l’est de plus d’un tiers. Le mastodonte à dents étroites aurait donc été beaucoup plus bas sur jambes; ainsi sa trompe aurait été plus courte, ete. Mais j’oublie qu’il ne faut pas se laisser aller aux conjectures sur un seul ossement.

M. Canali dit bien avoir un tibia trouvé près du Tibre, et qu'il croit de mastodonte , mais il n’en donne pas de figure, ni de description précise (x).

J'ai vu et dessiné à Sienne, dans le cabinet de l’Académie des Fisiocritici, un fragment de bassin trouvé avec la mâchoire décrite par Baldassari ; mais il ne m'a pas fourni des caracte-

(4) Dans sa correspondance avec M. Spadoni, p. 48;

res assez marqués pour que j'aie jugé utile de le faire graver.

Dans les fragmens de M. Chouteau , il n’y avait qu'un os du métacarpe qui fût bien reconnaissable. |

Il ressemble beaucoup en petit à celui d’un éléphant.

Il paraît que les mastodontes a dents étroites

sont plus souvent enfouis avec des corps marins, que ne l’est la grande espece de l'Ohio. À la vérité, Réaumur ne parle point de coquilles dans sa description des minières de turquoises de Simorre; il dit seulement que les dents et les os sont sur une terre blanchûtre, recouverts et encroûtés d’un sable fin, gris, et quelquefois bleuâtre, mêlé de petites pierres, sur lequel est un autre lit de sable semblable à celui de la rivière.

Les grosses dents sont accompagnées de dents plus petites, trop mal dessinées sur les planches pour qu’on puisse les déterminer exactement. Cependant les unes m'ont paru les dents antérieures à quatre pointes du même animal, et les autres, celles du grand tapir fossile.

Je ne sais pourquoi Réaumur, et tous ceux qui ont écrit d’après lui, mettent Simorre en Bas-Languedoc. Cette petite ville , aujourd’hui du département du Gers, appartenait au comté

d’'Estarrac en Gascogne; elle est sur la rivière de Gimont. On trouve des dents semblables, selon Réaumur, un peu plus bas, à Gimont même, ainsi qu'à Auch sur la rivière de Gers. Je sais qu’on trouve aussi dans ce dernier endroit des dents de taptr gigantesque.

Il ne reste pas la même incertitude sur le morceau de M. de Borda. Il avait été trouvé à Sort, non loin de Dax, département des Landes, dans une couche vraiment marine, avec des màchoires d’une espèce de dauphin dont je parlerai ailleurs, des glossopètres, et des màchoires que j'ai reconnues pour venir de diodons et de tétrodons, lorsque le propriétaire me les fit voir dans son cabinet.

Baldassari ne dit point de quoi la machoire qu'il décrit étaitimmédiatementaccompagnée, mais seulement qu'elle fut découverte par léboulement d’un monticule, et que le pays des environs est plein de corps marins; qu'il y a même de grosses vertèbres de cétacés au milieu du mont Follonico.

‘La dent de Trévoux avait été prise par M. Lollière dans l’intérieur d’un monticule de sable; on ne dit rien des autres fossiles qui pouvaient s'y trouver.

Quant aux os de l'Amérique méridionale, les anciens auteurs espagnols en ont fait beau-

coup de récits merveilleux. Ce sont ces os qui ont donné lieu à tout ce qu’on rapporte des géans qui doivent avoir existé autrefois au Pérou, et sur lesquels on peut consulter laGigantologie espagnole de Torrubia , ou mieux encore le récit de Pedro Creca, copié par Garcilasso, lib. 1x, cap. 1x.

On trouve aussi quelque chose sur ces prétendus os de géans dans divers voyageurs. Legentil diten avoir vu des restes dans son voyage au Pérou, et mème que ses guides lui montrèrent les traces de la foudre qui les avait détruits (1).

On conserve encore à Lima, soit dans le cabinet public, commencé en 1792, soit chez divers particubers , de ces dentsqui passent pour être de géans (2).

C'est probablement sur une tradition semblable que l’un des lieux où l’on trouve le plus de ces os, près de Santa-Fé de Bogota, est nomimé le Camp-des-Géans. M. de Humboldt dit qu'il y en a un amas immense. Ceux qu'il a rapportés sont pénétrés de sel marin.

(1) Nouv. voy: autour du monde , par M. Lexentil, 1798, v, 74-et 75.

(2) Fourn. littér. de Gœttingue, 27 fév. 1806.

On parle beaucoup plus souvent encore des os de géans du Mexique : mais comme nous n'avons pas vu de dents venues de l'Amérique septentrionale qui appartinssent aux espèces dont nous traitons maintenant, nous pensons que les os du Mexique seront plutôt de la grande espèce de l'Ohio, ou même de l'éléphant fossile; car nous savons que l’on trouve l’une et l’autre en ce pays-là.

Ce que les os de l'Amérique méridionale ont de plus particulier dans leur gisement, c’est l'extrême hauteur où ils se trouvent quelquefois. Le Camp-des-Géans est à 1300 toises audessus du niveau de la mer.

Mais il y en a aussi dans les parties basses. Dans une lettre de Joseph de Jussieu, dont je reparlerai bientôt, il est dit qu'à Sainte-Hélène, près de Guayaquil, dans un terrain d’alluvion voisin de la mer, on découvre, en creusant des puits, des ossemens monstrueux qui appartiennent fort probablement à cette espèce.

Dombey n’a point laissé de note sur le lieu des morceaux qu'il a rapportés ; il dit seulement qu'ils étaient pénétrés de parcelles d’argent natif. Il ne m'a pas été possible d’en retrouver les traces ; mais les os étaient incrustés en plusieurs endroits d’un sable ferrugineux endurci; et comme au Pérou les paillettes

d'argent se trouvent souvent dans le sable, il est possible qu'il y en ait eu d’attachées à ces morceaux.

Don Georges Juan (1)dit que l’on trouve des filets d'argent dans les ossemens des Indiens qui ont périanciennement dans les mines. Peutêtre ces deux faits ont-ils quelque liaison.

Il est ficheux que les prétendues turquoises que fournissaient les dents déterrées à Simorre n'aient pas acquis dans le commerce un prix suffisant pour faire continuer les fouilles : nous aurions probablement aujourd'hui un plus grand nombre de parties de l'animal à qui elles appartenaient; mais, outre que ja plupart n'avaient point de consistance et éclataient quand on voulait les chauffer, celles même qui résistaient à l’action du feu y prenaient rarement une couleur bien égale et bien vive.

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