‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 90 sur 98 · Des lieux où l’on en a trouvé · texte numérisé non relu

Des lieux où l’on en a trouvé

Les premiers morceaux qui m'’aient averti de l'existence des ossemens d’hippopotame parmi les fossiles furent donc ceux du Muséum , indiqués par Daubenton sous les n° mor et Meiv.

J'ai représenté le premier, pl. 33, fig. 1.

C’est une portion de la mâchoire inférieure du côté droit, contenant la pénultième et l’antépénultième molaire. On juge, à l’état peu avancé de la pénultième, que la dernière de toutes ne devait pas encore être sortie. L’antépénultième est beaucoup plus usée que l’autre. En avant de ces deux dents est l’alvéole d’une troisième , dont il ne reste que quelques fragmens de racine. Le bord inférieur est cassé sur toute la longueur du morceau. La grande dent a 0,05, et la petite 0,055 de longueur.

La largeur de l’une et de l’autre est de 0,025 à 0,027. Les dents pareilles, mesurées dans un hippopotame ordinaire, ont chacune 0,005 de plus, c’est-à-dire qu'elles sont à peu près d’un dixième plus longues. L’émail est teint en noi-

râtre; la substance osseuse, ainsi que l'os maxillaire , en brun foncé.

Le second morceau, pl. 33, fig. 2, est une pénultième molaire d’en haut, dans un état de détrition moyenne; outre qu’elle est devenue un peu friable par son séjour dans la terre, elle à été roulée, et toutes ses formes se sont arrondies ; les racines sont cassées ; son émail est jaunâtre, et n’a point la teinte noire du morceau précédent. On pourrait, d’après ces circonstances, douter qu'ils vinssent du même endroit, et ce que j'ai soupçonné plus haut de leur origine pourrait n'être vrai que pour l’un des deux seulement.

Le troisième morceau fossile de grand hippopotame qui se soit offert à mes recherches est du cabinet de feu Joubert , aujourd’hui à M. de Drée. Je l’ai représenté, pl. 32, fig. 2. Celui-ci est de la grandeur des individus vivans ordinaires. C’est un fragment de mâchoire supérieure, contenant deux dents précisément dans l’état de détrition où elles sont le plus facilement reconnaissables par les trèfles et les autres linéamens de leur couronne ; ce sont la dernière et l’avant-dernière molaire du côté gauche.

Ce morceau estévidemment fossile et pénétré

d’une substance ferrugineuse, mais ne porte II. 29

non plus aucune indication du lieu de son origine. Cependant, comme M. Joubert était trésorier des Etats de Languedoc ; et que sa place l’'appelait souvent à Montpellier; il est trèspossible que ce soit là qu’il ait acquis ce morceau ; et même qu'il l'ait tiré précisément de ce lieu de la Mosson dont Antoine de Jussieu en avait déjà eu de semblables. Lors de mon passage à Montpellier en 1802, je m’enquis soigneusement de tous les fossiles qui pouvaient y être dans les cabinets; je visitai même avec soin celui de mon respectable confrère M. Gouan, et celui de l’École centrale, que dirigeait alors feu Draparnaud ; mais je n’y aperçus aucun ossement d’hippopotame.

Quelque temps après avoir vu ce morceau du cabinet de Joubert, examinant divers fossiles recueillis dans le val d’Arno par M. Miot, dans le temps qu'il était ministre de France près le grand-duc de Toscane, j’y remarquai un astragale que je ne pus rapporter à son espèce : M. Miot ayant eu la bonté de me lé prêter pour l’examiner à loisir ; je vis bientôt qu'il n’appartenait ni à l'éléphant ni au rhmocéros; èt comme sa grandeur ne permettait pas de croire qu'il vint d’un animal plus petit que ces deux-là , je ne doutai plus qu'il n'appartint à l'hippopotame.

Sa forme confirmait cette idée. Elle ressemble à peu de chose près à celle de l’astragale du cochon , et le cochon est certainement de tous les animaux celui qui approche le plus de l’hip: popotame par son organisation.

Ces deux considérations ne me laissaient déjà presque aucun doute ; maïs j’eus le plaisir de trouver une preuve encore plus directe lorsque j'eus fait faire le squelette de fœtus d’hip= popotame dont j'’ai.parlé dans la section précédente. L’astragale de ce fœtus ne présenta, la grandeur exceptée , aucune différence avec le fossile, que je pusse apprécier à cette époque où je n'avais pas encore le même os tiré de l'adulte.

M'étant ainsi assuré de l’un des lieux où l’on pouvait trouver des ossemens d'hippopotame, je m’empressai d'écrire à M. Fabbroni, qui était alors directeur du Cabinet royal de physique à Florence , savant universellement célèbre par ses qualités aimables autant que par l'étendue de ses connaissances : je ne doutais pas qu’on ne düt trouver parmi les fossiles du cabinet qu'il dirigeait plusieurs morceaux de la même espèce, et il s’en trouva en effet.

M. Fabbroni m'envoya les dessins de trois dents qui ont évidemment appartenu à l'hip-

popotame. J'ai fait graver ces dessins, pl. 32, fig. 3 et 5, et pl. 53, fig. 10.

Le premier , pl. 32, fig. 5, est l’antépénultième molaire, soit d'en haut, soit d’en bas, à demi usée.

Le second, celui de la pl. 32, fig. 5 , est la dernière molaire d'en bas, au moment où elle était près de percer la gencive;com me elle n’avait point encore servi à la mastication, les pointes de ses collines se sont conservées ; son émail n’est point entamé , et ce dessin peut servir pour indiquer la forme des germes de molaires d'hippopotame; car il n’offre absolument aucune différence, si ce n’est qu'il paraît un peu plus grand : je ne sais si c’est la faute du dessinateur , car M. Fabbroni ne m'a point envoyé de mesure.

Le troisième dessin, pl. 33, fig. ro, représente un fragment de défense ou canine inférieure. C’est encore un morceau très-recon— naissable pour avoir appartenu à l’hippopotame; aucun autre animal n’a des défenses de cette forme; et l'éléphant, qui les a plus grandes, ne les à ni anguleuses, ni striées : le morse, qui les surpasse aussi, les a bien striées vers la racine, mais non pas anguleuses. Le narval a la sienne droite, comme tordue en spirale par les stries de la surface. Le tissu

de la substance osseuse est d’ailleurs très-différent. Dans l'éléphant on y voit des traits brunâtres qui se croisent en losanges curvilignes très-régulières. Dans le morse, il y a des grains bruns comme pétris dans une substance plus blanche ; dans le narval, tout semble homogène; dans l’hippopotame enfin, ce sont des stries fines,concentriquesau contour de la dent.

. M. Fabbroni m'écrivait, touchant cette défense, qu’elle diffère de celle de l'hippopotame d'Afrique , en ce que son diamètre a un plus grand rapport avec sa longueur, et parce que sa courbure en spirale est beaucoup plus marquée.

Il ajoutait que ces dents se trouvaient éparses ça et là dans le val d’Arno supérieur, mais sans mâchoires ni autres ossemens.

Cependant l’astragale rapporté par M. Miot prouvait dès-lors qu'avec un peu de soin on aurait pu aussi recueillir les autres parties.

En effet, les recherches postérieures furent plus heureuses.

À mon premier voyage en Toscane, en 1809 et 1810, je trouvai, soit au Cabinet de Florence, soit dans celui de l’Académie du val d’Arno à Figline, une telle abondance d’ossemens fossiles d’hippopotame, qu’il n’y aurait eu presque aucune difficulté à en recomposer le

squelette. J'en ai même rapporté et placé au Cabinet du roi une quantité considérable, que j'aiachetée sur les lieux des paysans : etcomme l'on a continué d'en rassembler depuis, je vois dans l’ouvrage de M. Breislack, qu'il y en avait dès 18:16, dans le Cabinet du grand-duc, un squelette presque entier, et des parties d'au moins onze autres individus (r). En un mot, il est constant que les ossemens d’hippopotame sont dans le val d’Arno supérieur presque aussi nombreux que ceux d'éléphant, et plus que ceux de rhinocéros. Du reste ils se trouvent pêle-mèêle avec les uns et les autres dans les mêmes couches, c’est-à-dire dans les collines sableuses qui forment les premiers échelons des montagnes qui enceignent cette belle vallée.

A mesure que lon a mis plus d'intérêt à rechercher les os fossiles, on en a découvert d'hippopotames dans un plus grand nombre de lieux.

Ainsi j'en ai vu deux mâchelières bien çaractérisées au Cabinet de l'université de Pise, provenant du bas val d’Arno.

À Bologne, outre les dents qu'on trouve

(1) Géologie de Breislack , trad, all., page 445.

dans Aldrovande, j'en ai observé une belle tête inférieure de fémur.

À Rome, dans le Cabinet du collége romain, il y en a des défenses, trouvées aux environs de cette ville.

En France, indépendamment des morceaux des environs de Montpellier dont j'ai parlé ci-dessus , il s’en est trouvé jusque tout près de Paris. J'en ai donné au Cabinet du roi une belle défense déterrée dans le sable à la plaine de Grenelle,

L'abbé de Tersan en possédait une mâchelière aussi de nos environs, qui parait avoir été dans un tuf ferrugineux.

En Angleterre, M. Trimmer en a recueilli auprès de Brentfort, dans le comté de Middlesex, une défense, deux incisives inférieures, une mâchelière entière et une portion d’une autre, et les a représentées dans les Trans.

phil. de 1813, pl. 1x et x. Elles étaient dans ce grand dépôt où se trouvaient aussi des os d’éléphant, de rhinocéros et de cerf, et dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. |

On ne peut donc pas douter que des hippopotames n'existent à l’état fossile dans plusieurs des endroits où il existe des éléphans, des rhinocéros et des mastodontes ; mais il est singulier que le seul de ces pays où l’on en ait

découvertune abondance proportionnée à celle des autres genres, soit le val d’Arno supérieur.

Partout ailleurs on n’en a eu que des fragmens peu considérables et en petit nombre.

C’est donc d’après ces pièces recueillies dans le val d’Arno que nous allons principalement établir nos comparaisons , et que nous allons montrer que l’hippopotame fossile et le vivant différent presque autant que les éléphans et les rhinocéros fossiles différent de ceux d’aujourd’hui.

IL. Comparaison ostéologique du grand hippopotame fossile avec le vivant.

Les caractères distinctifs du grand hippopotame fossile ne sont pas tout-à-fait aussi sensibles que ceux des éléphans et des rhinocéros du même temps, et tant que les morceaux que j'en possédais ont été en petit nombre et que je n'ai pas eu de squelette complet de l'hippopotame vivant à leur comparer, j'ai presque désespéré de pouvoir assigner à cette espèce des différences certaines; mais aujourd'hui l'incertitude où j'étais lors de ma première édition est entièrement dissipée : presque tous les os, pris un à un dans les deux espèces, montrent des différences, et la règle géologi-

que relative aux genres étrangers trouve son application pour celui-ci, comme pour tous les autres.

1° La téte.

La téte fossile (pl. 35, fig. r et 2), vue en dessus, a la crête occipitale plus étroite, les arcades zygomatiques moins écartées en arrière, la portion du cräne, que ces arcades limitent, par les côtés, plus longue à proportion; la Jonction de la pommette au museau s’y fait par une ligne oblique et non par une subite échancrure, d’où il résulte aussi que la partie rétrécie du museau est moins longue à proportion. Outre les différences qui résultent, dans le profil, de celles que nous venons d’énoncer, On y remarque encore que l’occiput s’y relève plus vite, en sorte que la chute de la crête sagittale vers l’intervalle des orbites y est plus rapide, et par conséquent la hauteur verticale de l’occiput y est plus grande.

La tête fossile que nous représentons est un des beaux morceaux qui enrichissent le Cabinet du grand-duc à Florence.

Dans la mächotre inférieure (pl. 55, fig.3 et4), je trouve l'intervalle des deux branches sensiblement plus étroit, et l'angle qu’elles font

ensemble par leurs faces internes, moins arrondi en avant ; l'échancrure vers l'angle postérieur inférieur revient moins rapidement en avant, et le bord inférieur se relève aussi un peu moins en avant, et forme par conséquent dans cette partie un rebord moins convexe, ce qui lui fait faire avec le bord antérieur au-dessous de la canine un angle prononcé qui n'existe pas dans l’hippopotame vivant.

La mâchoire inférieure fossile assez bien conservée , dont nous donnons la figure, est aussi du Cabinet de Florence.

Nous en avons déposé une un peu moins complète au Cabinet du roi. Ses dimensions sont les suivantes :

, . s Distance de l’angle antérieur au postérieur. 0,456

D'un angle antérieur à l’autre. . . . . . . . 0,335 D'un angle postérieur à l’autre. . . . . .. 0,443 Longueur de l’espace occupé par les mâche-

1hV 2 220 AN] LAN LORIE F4 POLE CEE ES LE) ONE SON Distance entre les premières molaires anté-

pe NE TT LPSC IT iirset nt 00 Distance entre les dernières molaires. . . . . 0,057 Largeur de la branche montante. . . . . . . 0,155 Largeur de l’apophyse coronoïde. . . . . . . 0,118

Hauteur de la mâchoire, de l'angle postérieur à l’apophyse articulaire coronoïde. . . . . 0,336 Longueur de la symphyse. ; . . . . . . . . 0,186

FOSSILES. 459 2°. Les vertébres.

J'en ai eu cinq, dont aucune n’est completement semblable à sa correspondante dns l’hippopotame vivant.

Une cervicale fossile d’hippopotame, qui parait avoir été la cinquième, avec un corps d'un quart plus large et plus haut, n’est pas plus longue, et sa partie annulaire est d’un tiers plus étroite; mais ses apophyses articulaires et transverses paraissent avoir été à un près les mêmes.

Une quatrième ou cinquième dorsale (pl. 36, fig. 12)se distingue sensiblement par le bas de son apophyse épineuse beaucoup plus large et plus mousse en avant.

Une treizième dorsale, ou à peu près, a les faces articulaires plus allongées, et l'apophyse épineuse plus couchée en arrière.

Une première lombaire (pl. 36, fig. 13)ne se distingue que par une apophyse épineuse moins large et plus droite.

Une première sacrée (pl. 36, fig. 14) a le corps moins déprimé et les apophyses articulaires antérieures plus grandes et plus rapprochées du corps de l’os.

D'après ces données, l’hippopotame fossile

peut avoir eu le col plus court que le vivant, mais les autres parties de son épine doivent avoir peu différé pour les proportions.

3°. Les grands os de l'extrémité antérieure.

L'omoplate. La portion que je possède (pl. 36, fig. x et 2) diffère sensiblement de l’omoplate vivante par une face articulaire plus arrondie, non pointue en avant, et par un tubercule coracoïde plus mousse et plus recourbé en dedans.

Ce fragment devait venir d’un individu de quatorze à quinze pieds.

L’Aumérus. J'en ai fait dessiner la tête supérieure (pl. 56, fig. 5 et 4) au cabinet de Florence et j'en ai rapporté le tiers inférieur à peu près, mais de deux individus; on voit sensiblement dans l’un et dans l’autre (pl. 36, fig. 5 et 6) que sa poulie articulaire est plus étroite et plus grosse , et que la crête au-dessus du condyle externe y remonte plus et est plus saillante que dans le vivant. À en juger par la largeur entre les deux condyles, le plus grand de ces deux fragmens devait venir d’un individu de treize pieds neuf pouces.

Les os de l'avant-bras (pl. 56, fig. 7 et8, 9 et ro) forment, comme dans l’hippopotame

vivant, une seule pièce, et offrent dans le détail à peu près les mêmes configurations ; mais leur proportion est fort différente.

Leur ensemble est beaucoup plus large à proportion : dans le vivant, la plus grande largeur des deux os vers le bas est contenue deux fois dans la longueur du radius; dans le fossile , elle n’y est contenue qu’un peu plus d'une fois et demie.

La limite entre les deux os n’est pas marquée dans le fossile par un sillon enfoncé et à bords tranchans. Cet endroit est creusé d’une large concavité dont le fond est plein, sauf le trou qui perce de part en part dans sa partie supérieure, et qui se voit dans le fossile, comme dans le vivant, mais est placé beaucoup plus haut dans le premier que dans l’autre. Sa distance de la facette sigmoïde est à la longueur du radius dans le fossile comme 1 à 4 +, dans le vivant comme 1: à 3 :. La partie qui contient l’olécrane et la facette sigmoïde est plus grande par rapport au reste du cubitus dans le fossile que dans le vivant.

La fosse qui sépare les deux parties de la facette sigmoïde est beaucoup pluslarge et moins profonde dans le fossile; la face antérieure du radius y est plus régulièrement cylindrique.

La face inférieure des deux os y est plus large

à proportion de son diamètre antéro - postérieur; la facette pour le deuxième os du carpe est plus grande à proportion. des deux autres et surtout de celle du premier.

L'avant-bras que nous possédons est long de 0,460, et large par le bas de 0,184; sa longueur annoncerait un individu de treize pieds six pouces; sa largeur le ferait beaucoup plus grand; il est probable que sa taille était moyenne entre ces deux résultats, et de plus de quatorze pieds.

4° Les os du carpe.

Le scaphoide. Le fossile est plus haut à proportion ; sa facette radiale est distinguée par une arête plus nette de la semi-lunairienne supérieure; la facette trapézoïdienne est plus large transversalement; celle qui répond au grand os est plus étroite et beaucoup plus pointue en arrière : en sorte qu'elle présente un triangle isocèle aigu, tandis que dans le vivant c'est un rhomboïde irrégulier; ces deux facettes sont aussi séparées par une arête plus prononcée.

J'ai les scaphoïdes du carpe des deux côtés; l’un et l’autre présentent très-distinctement ces caractères.

D’après leur rapport de grandeur avec ceux du vivant, 1ls devaient venir d'individus d’environ quatorze pieds de long.

Le semi-lunaire. J'en ai vu et dessiné un du côté gauche dans le cabinet de l’Académie du val d’Arno, à Figline; il pouvait provenir d’un individu d'environ quatorze pieds de longueur. Sa face supérieure ou radiale était sensiblement plus large et moins oblique; l’antérieure était plus haute du côté scaphoïdien ; la facette cunéiformienne inférieure plus haute, et la face postérieure plus large dans le haut qu’on ne les observait dans les os analogues de l'hippopotame vivant.

Le cunéiforme ( pl. 56, fig. 17 ). Le fossile est plus haut à proportion ; sa facette cubitale est moins large et plus concave; la semi-lunairienne et celle pour le pisiforme sont également bien moins larges.

J'ai eu ceux des deux côtés bien conservés.

Le plus grand annonce un individu de dixsept pieds. |

Le grand os ( pl. 36, fig. 15). Le fossile diffère bien sensiblement du vivant; il est plus haut à proportion. La facette scaphoïdienne y est pointue en arrière; dans le vivant elle est large et se perd insensiblement; l’arête qui la sépare de la semi-lunairienne se continue

beaucoup plus en arrière dans le fossile; la facette semi-lunairienne y est plus large, et concave en arrière; la facette pour l’unciforme y est très-concave; la tubérosité postérieure s’élargit et se porte en dehors sous forme de crochet; la facette trapézoïdienne inférieure s’y prolonge et s’y élargit en arrière comme en une petite facette de plus, dont il n’y a pas de trace dans le vivant; la facette métatarsienne est plus large en arrière.

J'ai eu des grands os fossiles des deux côtés ; le plus grand devait provenir d’un individu de quinze pieds neuf pouces de longueur.

L’unciforme ( pl. 56, fig. rr ). Le fossile diffère assez peu du vivant. Sa tubérosité postérieure est plus courte, plus grosse, moins courbée en dehors.

Le bord interne de sa facette semi-lunairienne avance davantage en dedans.

La facette qui porte le quatrième métatarsien est plus large et s’unit sur un plus long espace à celle du troisième; l’arête de leur union est plus saillante en arrière.

Je n’ai eu cet os qu’une fois d’un individu d'environ dix-sept pieds.

5° Les grands os de l'extrémité postérieure.

L'os innominé. J'ai rapporté de Toscane deux os innominés, l’un du côté droit, l’autre du côté gauche, tous les deux à peu près de la grandeur de notre squelette de l’espèce vivante, en sorte qu’en les plaçant chacun à côté de son analogue, on en saisit sur-le-champ les différences; malheureusement le pubis y est cassé.

Le fossile ( pl. 37, fig. 1 et 2) a les deux ailes de l'os des iles plus égales; l’externe ne surpasse point l’autre en largeur; la ligne rentrante, qui va de l’épine externe à la cavité cotyloïde, est de même courbure que celle qui va du sacrum à l’ischion. Dans le vivant la première est moins courbée, ce qui donne à l'os des iles une obliquité et un défaut de symétrie qui ne sont pas dans le fossile. La cavité cotyloïde du fossile est d’un quart plus large que celle du vivant. L'ischion est plus court et beaucoup plus gros; son bord supérieur, à l’endroit où il s'élargit, tranchant dans le vivant, est carré dans le fossile; sa partie élargie n’est pas concave en dedans, et la partie supérieure de sa tubérosité s’écarte en dehors, tandis que dans le vivant elle

monte verticalement et parallèlement à celle I, 30

de l’autre côté. En général, tout l'os innominé fossile est plus épais que le vivant.

Le fémur fossile ( pl. 37, fig. 3,4, 5et6) diffère infiniment peu du vivant. Je trouve seulement le grand trochanter de celui-ci plus pointu, et l’échancrure qui le sépare de la tête plus profonde. J'en ai un de 0,6, qui annonce un individu d'environ treize pieds.

La rotule fossile est plus haute à* proportion de sa largeur que celle du vivant, et d’une forme plus rhomboïdale. Celle que j'ai venait d'un individu de dix-sept pieds et demi de longueur.

Le téhia fossile ( pl. 37, fig. 9, 10, 11 etr2) est plus gros à proportion de sa longueur que le vivant: ce qui s'accorde avee les dimensions de l'avaat-bras pour faire juger que ihippopotame fossile avait encore les jambes plusgrosses et plus courtes que celui d'aujourd'hui; mais ces différences de forme sont très-peu de chose : à peine s’aperçoit-on que sa face articulaire inférieure est moins large d'avant en arrière et que son condyle externe saille un peu plus en dehors. Sa longueur de 0,593 indique unindividu de douze pieds six pouces; mais en supposant que le tibia etait plus court à proportion, on peut croire que l'animal était encore plus grand.

FOSSILES. 467 6° Les os du tarse.

L’astragale ( pl. 32, fig. r et 4 ). Le fossile est plus plat; la fosse ligamenteuse de sa poulie est beaucoup moins creuse et plus petite à proportion; sa grande facette calcanéenne est beaucoup plus large et d’une tout autre figure, allant rejoindre la tubérosité de l’angle interne antérieur de la face inférieure, dont elle demeure séparée dans le vivant par une grande fosse, ce qui fait qu'elle est beaucoup plus large à cet endroit dans le fossile. Du reste,

ces deux os se ressemblent beaucoup.

Le plus entier des astragales fossiles que j'ai observés est au vivant, pour ses dimensions linéaires, comme 3 à 2: ce qui supposerait seize pieds et demi de longueur à l’animal; c’est celui du côté droit.

Le calcanéum (pl. 37, fig. 15 et 14) a sa grande facette astragalienne plus large dans le haut, comme il convient pour recevoir celle de l’astragale. Je ie trouve aussi plus allongé à proportion de sa hauteur : car sa hauteur est à la distance de sa tubérosité à la facette astragalienne comme : à 2 +; dans le vivant, elles sont comme 1 à 2. Sa fosse pour le tendon d'Achille est moins longue ; la tubérosité

de sa face inférieure est bien moins saillante ; sa troisième facette astragalienne moins haute; la facette cuboïdienne plus large; en un mot, l'œil habitué voit clairement que c’est un calcanéum de même genre , mais d'autre espèce.

Mes deux meilleurs calcanéums sont du côté gauche; leur longueur totale est à celle du vivant comme 9 à 7; ils devaient venir d’un individu d'environ quatorze pieds trois pouces.

Le cuboïde du tarse (pl. 37, fig. 7 et 8 )asa facette astragalienne plus large en arrière dans le fossile; elle n’y est pas séparée de l’autre par uneéchancruresiprofonde; elle n’est paséchancrée du tout à son bord interne; le rhombe de sa face inférieure est plus oblique, et sa tubérosité postérieure inférieure beaucoup moins saillante vers le bas.

J'en ai eu un bien entier du côté droit; il éfait à notre vivant comme 7 à 5 ; l'animal devait avoir environ quinze pieds et demi.

Un premier métatarsien gauche d'un individu de plus de quatorze pieds et demi ne présente pas de caractère distinctif bien marqué.

Mais un deuxième métatarsien ( pl. 37, fig. 15 ) droit, de longueur égale à celle du vivant, a un cinquième de plus en largeur, et sa tête supérieure est coupée plus à angles droits.

J'ai une première phalange de l’un des doigts mitoyens de derrière, qui ne diffère de son analogue dans le vivant que par des dimensions d’un cinquième plus fortes.

7° Conclusion.

Chacun peut voir maintenant que, malgré la ressemblance générale de ces os avec ceux du vivant, ils offrent cependant tous assez de caractères pour faire admettre une différence d'espèce , et que le grand hippopotame fossile n'échappe point à la règle qui frappe et les éléphans et les rhinocéros et les autres pachydermes de nos couches meubles.

Quant aux deux autres espèces d’hippopotames fossiles, cette règle s'y applique dans toute son étendue et même avec plus de force qu'aux éléphans; c’est ce que l’on va voir dans l’article suivant.

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