ADDITION A CET ARTICLE
Quand cet article a été réimprimé, j’ignorais encore l’origine des blocs qui renfermaient les débris de cette espèce remarquable. M. Graves, qui a été pendant quelque temps conservateur adjoint du Cabinet d'histoire naturelle de la ville de Bordeaux, vient de m'adresser à cet égard des renseignemens précis qu'il a découverts dans les anciens catalogues du cabinet de M. Journu-Aubert.
Celui des deux blocs en question qui se trouvait dans cette collection et un second que l’on y voit encore, ont été recueillis entre Dax et Tartas, département des Landes, et envoyés par feu M. le président de Borda au grandpère de M. Graves, après la mort duquel ils passèrent à son oncle, M. Journu-Aubert.
On ne peut pas douter que l’autre bloc, celui qui se trouvait depuis long-temps au Cabinet du roi, ne soit provenu du même lieu. L'iden-
tité de la gangue, les rapports que M. de Borda entretenait avec Buffon et Daubenton , à qui il avait envoyé plusieurs autres fossiles curieux, rendent la chose à peu près certaine. C’est donc dans ce canton qu’on pourrait espérer de retrouver d’autres restes de cet animal si intéressant.
Je viens de recevoir encore deux os bien caractérisés de ce petit hippopotame; savoir un astragale pareil à celui que je viens de décrire (voy. page 487 et pl. 32), et un os du métatarse qui est le troisième du côté gauche. Ce dernier est aussi semblable que possible à celui dugrand hippopotame vivant; mais il n’a que moitié de sa longueur. L’astragale est long de 0,039 et sa poulie tarsienne a 0,033 de largeur. L’os du métatarse est long de 0,058 et large au milieu de 0,010.
Je dois la connaissance de ces deux morceaux intéressans à MM. Lajonkaire et Basterot qui les ont reconnus dans le cabinet de M. Decken à Bruxelles, et ont obtenu de ce savant qu’il voulüt bien me Îles confier.
ARTICLE III. Du moyen hippopotame fossile,
Les débris de cet animal ont été découverts et donnés au Cabinet du roi par M. Dubuisson, conservateur du Cabinet d'histoire naturelle de la ville de Nantes.
Ils ont été trouvés à Saint - Michel de Chaisine, département de Maine-et-Loire, dans un tuf calcaire qui a toute l'apparence d’être un produit de l’eau douce.
Le morceau que nous représentons à moitié grandeur (pl. 38, fig. 9) est une portion fracturée du côté gauche de la mâchoire inférieure, contenant la dernière et la pénultième molaire, les racines de l’antépénultième et quelques restes de l’alvéole de celle qui la précédait. M. Dubuisson a de plus envoyé une pénultième molaire du côté droit, sortie de son alvéole.
Le morceau de mâchoire est cassé en dessous de manière à montrer une partie du canal maxillaire et deux des conduits qui aboutissent aux trous mentonniers, ainsi que ceux qui conduisent les nerfs vers les canines et les incisives : 1} est aussi cassé en dessus, de façon
qu'il ne laisse voir qu'imparfaitement la courbure qui aboutit à la symphyse.
Les dimensions des deux dents entières et toutes celles des parties de cette mâchoire qu'il est possible de déterminer, sont telles qu’on ne peut douter que ce ne soit une espèce beaucoup plus petite que l’hippopotame commun.
La dernière molaire est longue de 0,03. Dans un hippopotame vivant de taille ordinaire elle est deo,064, et dans la mâchoire fossile denotre Muséum de 0,085. Cette dernière dimensionest presque triple. ,
La pénultième est longue de 0,028; dans l’hippopotame vivant elle a 0,058 ; dans le fossile je ne l'ai pas assez entière pour la mesurer.
En prenant les bases des trois dents, on a 0,07. Dans le vivant on trouve 0,17.
Outre leur petitesse, ces dents ont des caractères pris de la forme.
1° Elles n’ont point de collet ou de rebord saillant autour de leur base.
2° Les disques de leurs couronnes ne représentent pas des trèfles aussi distincts que ceux de l’hippopotame. Ce sont plutôt des lobes plus larges en dehors et un peu échancrés, que de véritables trèfles.
3° La dernière n’a pas un talon aussi longi-
tudinal et aussi simple que la dernière de l'hippopotame commun , mais seulement trois tubercules formant un talon transverse comme dans la pénultième.
Ces pièces ne surpassent pas beaucoup pour la grandeur leurs analogues dans le petit hippopotame; mais comme d'ailleurs elles n’ont pas plus de ressemblance avec elles qu'avec celles du grand, il n’est pas douteux qu'elles ne constituent une espèce particulière, et leurs rapports avec l’hippopotame sont assez grands pour faire penser que leur espèce doit être rapportée à ce genre.
On ne pourra cependant resarder cette assertion comme démontrée que lorsqu'on aura trouvé les incisives et les canines de cette espèce (1).
(1) M. Christol, de Montpellier, ayant découvert une mâchoire de cette espèce fossile, a reconnu qu’elle n’avait pu appartenir à un hippopotame, et que , par ses formes , elle rappelait celle du dugong, dont elle diffé rait cependant beaucoup par les dents. Il résulte de cette observation que cet hippopotame moyen présente réellement les caractères d’un genre nouveau, voisin peut-
être des dugongs. F. 0:
FOSSILES. 495 ARTICLE HV.
De quelques dents qui indiquent une espece voïsine de l'hippopotame et plus petite que le cochon.
Elles ont été trouvées avec des dents de croéodiles à vingt pieds de profondeur, dans un banc calcaire près de Blaye, département de la Charente. Je ies dois à M. Jouannet de Bordeaux.
Deux d’entre elles (pl. 38, fig. 12-17) offrent d’un côté un trèfle assez marqué, bien qu'usé fort profondément; mais le côté opposé n'offre encore qu'un petit cercle.
Une troisième (fis. 18 - 20) usée encore plus profondément, présente deux figures à quatre lobes.
Les deux premières ont chacune 0,018 de longueur et de largeur; leur couronne est haute de 0,01.
La troisième à la même longueur qu'elles; mais elle n'est large que de 0,014.
Ces dents ont l’émail teint en fauve et encore très-brillant.
Leur forme, comme on le voit, ressemble beaucoup à celle des molaires d’hippopotame ;