‹ Recherches Sur Les Ossemens Fossiles (volume 5)Chapitre 8 sur 27 · DEA BATRACIENS FOSSILES · texte numérisé non relu

DEA BATRACIENS FOSSILES

, : ARTICLE PREMIE

Snr le prëteudn homme Jbssile des déciït par ^"^■"""^'"•^

gardé con

IQOATIQDI

déciit par Sclieuchzer

' ' Hure , et i{iii n'est qi

gardé comme un silure , et i{iu n'est qu'i de taille gigantesque el d'espèce

d'CEningen^L

ituraliates ont rc'l

Il était naturel que ceux qui attribuaient " toutes les pétrifications au déluge s'étonnassent de ne jamais rencontrer, parmi tant de débris d'animaux de toutes les classes, des ossemens humains reconnaissables.

Scheudizer , qui a soutenu cette théorie avec plus de détail et de suite qu'aucun autre , était aussi plus intéressé à trouver des restes de notre espèce ; aussi accueillit-il avec une sorte de transport un schiste d'OEningen ,

ïi'OSSiLES. 36 1

qui lui sembla offrir l'empreinte du squelette d'un homme; il décrivit ce morceau en abrégé dans les Transactions philosophiques pour 1 726 (t. XXXIV , p. 38), Il en fit l'objet d'une dissertation particulière ,* intitulée l'Homme témoin du Déluge (Homo Diluvii testis) (i) : i|i*Ie reproduisit dans sa Physique sacrée, pi. 49 9 assurant 9 p. 66, « qu'il est indubi- (c table — et qu'il contient une moitié, ou i< peu s'en faut, du squelette d'un homme; i< — que la substance même des os, et, qui ce plus est, des chairs et des parties encore rc plus molles que les chairs, y sont incorpo- « rées dans la pierre; — en un mot, que c'est (( une des reliques les plus rares que nous « ayons de cette race maudite qui fut enseve- « lie sous les eaux. »

Il fallait tout l'aveuglement de l'esprit de système pour qu'un homme tel que Scheuchzer, qui était médecin et qui devait avoir vu

(1) Homo Dilui^ii testis , et iheoskopos, Tiguri , 1726, in«4*, avec une figure en bois , de grandeur naturelle , qui est encore la meilleure représentation que Ton ait de ce morceau. Celle de la Physique sacrée , copiée dans Dargen ville et ailleurs , est moins nette.

de» squelettes humains, pût se tromper aussi grossièrement; car celte imagination, qu'il a reproduite si opiniâtrement, et que l'on a si long-temps répétée sur sa parole, ne peut supporter le plus léger examen.

Jean Gesner cite encore ce morceau pour un anthropolithe dans son Traité des Pétrifications, imprimé à Leyde en i/SS. Il paraît cependant que ce naturaliste, devenu propriétaire d'un morceau semblable, fut ensuite le premier à élever des doutes sur l'espèce qni l'avait fourni, à conjecturer que ce pouvait bien n'être qu'un mal on salut (Silurus glanis Lin.) (i), opinion que les naturalistes adoptèrent aussitôt avec une confiance égîde à celle qu'ils avaient accordée à Scheuchzer (2).

Le morceau de Jean Gesner n'a pas été

(1) Andrex, I-etties sut la Suisse, p. 52.

(2) Vogel, Miaei-al. Sysiein-, p. 242; Razouinotvsky, Acad. de Lausaune, t. IIl, p. 216^ Bluiiienbacli , Manuel, éd. de 1807, p. 728; et Magasin de Voigl, i. V, p. 22; Karg, Mein. de la Sodélé dei< Naturatisles ik Souabe, t. I, p. 34 et 35, etc., e

gravé, non plus qu'un autre qui était, dit-on , dans le couvent des Augustins d'(MEningen(i); mais on en a découvert un plus complet que celui de Scheuchzer, qui appartenait au docteur Âmmann de Zurich y et qui a passé au Muséum britannique. Il en a paru une gravure publiée par M. Ka^g, dans les Mémoires dé la Société des naturalistes de Souabe, pi. II, fig. 5. Nous la fîmes copier dans notre premièi-e édition , et on la voit réduite au sixième de la grandeur naturelle, pi. ^55, fig. 3; nous fîmes placer à côté le morceau de Scheuchzer, fig. 2, aussi réduit au sixième, 'et un squelette de silure, fig. 4, dans une proportion à paraître à peu près de même grandeur. En tête de la série nous plaçâmes , fig. i , un squelette de salamandre terrestre de grandeur naturelle.

C'était la manière la plus commode de mettre nos lecteurs à même de suivre des raisonnemens qui ont été enfin si complètement confirmés.

La seule comparaison du premier de ces morceaux avec un squelette d'homme aurait

(1) Kazouiiiowsky , loc. cit.

déjà pu désabuser de l'idée que c'était un anthropolithe. ,

Les proportions des parties offrent à elles seules des différences très-sensibles. La grandeur de la tête est bien à peu près celle d'un homme de moyenne taille; mais la longueur des seize vertèbres est de quelques pouces plus considérable qu'il ne faudrait : aussi voit-on que chaque vertèbre, prise séparément, est plus longue à proportion de sa largeur que dans l'homme.

Les autres différences qui se tirent de la forme des parties ne sont pas moins frappantes. La rondeur de la tête, qui aura été la principale cause de l'illusion , n'offre cependant qu'un rapport éloigné avec celle de l'homme. Qu'est devenue toute la partie supérieure, tout ce qu'il devrait y avoir de front? Et si l'on suppose que le front a été enlevé, la rondeur totale ne sera plus qu'un effet du hasard, qui ne prouvera rien.

Gomment les orbites sont-ils devenus si grands? Que la tête ait été comprimée d'avant en arrière , ou qu'il n'y en ait qu'une coupe verticale , cette grandeur d'orbites est égale-

ment inexplicable. Plus on enfoncera la coupe, plus les orbites y deviendront petits.

L'intervalle des orbites est garni d'os entiers y qu'une suture longitudinale distingué. Où est l'analogue de cette structure dans l'homme? Pourquoi ne voit-on ni les os ni la cavité du nez , et s'il n'y a que des restes de la partie postérieure , comment cette suture s'y est-elle formée ? •

Gomment dans une tête , soit comprimée , soit coupée , n'est-il pas resté trace de dents , tandis que le$ dents sont toujours la partie qui se conserve le mieux dans les fossiles? Scheuchzer suppose que les os placés aux deux cotés de la première vertèbre sont des restes de la mâchoire inférieure; mais où est la ressemblance , et pourquoi toujours ce manque de dents ?

Ces motifs et beaucoup d'autres sont sans doute ce qui a fait chercher à ce fossile un autre type que l'homme; mais, au lieu de le chercher par une comparaison directe , on aura employé la voie du raisonnement. Les carrières d'OEningen, aura-t-on dit, fourmillent de poissons d'eau 4ouce, qui paiaissent tous des poissons d'Europe : c'est donc

366 B4TRACIKNS

parmi les poissons, parmi les poissons d'e doa«e, et parmi les poissons d'Europe, qiil nous trouverous notre animal. Or, quel est' parmi ces poissons l'espèce assez grande pour avoir fourni ce squelette? On se sera souvenu alors que le Silnrus glanis atteint souvent une très-grande taille , et qcie sa tète présente à l'extérieur un contour arrondi , et l'on aura cru le problème résolu, sans qu'il fût nécessaire d'établir une comparaison plus directe.

Ce qui est fort singulier, c'est que M. Karg ait encore adopté cette opinion , après avoir observé et fait dessiner l'échantilloQ de M. Ammann, dont la ressemblance avec une salamandre est si frappante, et qu'il ait dit, en termes exprès , « qu'il ne doute pas que le « fossile ne soit un silure , et qu'on j' Toil ta (( télé et les nageoii'es avec une netteté remar- j « quable. » ( Loc. cit. , p. 56, )

Son éditeur, M. Jœger, que j'ai déjà < occasion de citer comme m'ayant donné d'el cellens documens pour mon ouvrage, a pi^l un moyen bien simple pour le réfuter; il a ^it dessiner à côté du fossile le squelette d'un Silurus glanis.

Nous avons imité M. Jœger, en faisant aussi

le squelette du Silurus glanis, et en le faisant dessiner à côté des squelettes fossiles de Scheuchzer et de M. Âmmann.

Dès le p rentier coup d'œil chacun peut remarquer :

I** Qu'à grandeur égale de tête, le silure n'aurait pas plus des deux tiers de la longueur du squelette fossile de M. Âmmann, lequel n'est pas encore complet ;

2"" Que, dans le même espace où l'épine du silure contient quinze vertèbres , celle des deux squelettes fossiles n'en offre pas plus de cinq ou six ;

3*" Qu'il n'y a aucun rapport de forme entre les vertèbres encore plus courtes du reste de l'épine du silure et les vertèbres plus longues que larges des fossiles, et que la totalité de l'épine du silure est de soixante-dix vertèbres, tandis que l'on n'en peut compter que trente ou trente-deux dans l'épine beaucoup plus longue du fossile;

4° Que les fossiles n'offrent aucun vestige des longues apophyses épineuses de la queue du silure;

5"* Que c'est par un pur hasard qu'il y a des os d'extrémité au fossile , vis-à-vis de l'endroit où sont attachées les nageoires ventrales du silure, mais que la correspondance est illusoire : car, dans le fossile , c'est l'extrémité antérieure; dans le silure, c'est la postérieure ;

ô'» Que l'extrémité postérieure du fossile est fort loin en arrière , et que , vis-à-vis du point où elle est attachée , la queue du silure est prête à se terminer;

7* Que ces deux extrémités du fossile présentent des os solides , cylindriques , semblables à ceux des jambes des quadrupèdes et des reptiles , et nullement des rayons articulés ni épineux comme ceux des nageoires des poissons ;

8** Que le silure ne montre rien de semblable aux petites côtes répandues des deux côtés de l'épine dans l'individu de M. Ammann;

9** Enfin si l'on compare la tète , qui a probablement donné lieu à toute la supposition, on n'v trouve de ressemblance ni dans les contours généraux ni dans les détails.

fOSSILES. §69

Le contour du silure est beaucoup moins arrondi 9 et encore cette rondeur est due à la mâchoire inférieure , tandis que ^ dans le fossile f les branches latérales paraissent appartenir presque entièrement à l'arcade zygoma-^ tique.

Les parties placées derrière l'orbite n'ont pas à beaucoup près la largeur qu'elles devraient avoir dans le silure.

Depuis long-temps cette figure arrondie de tête avec ses deux grands orbites me frappait comme singulièrement ressemblante à une tête de grenouille ou de salamandre , et je n'eus pas plus tôt jeté les yeux sur la figure de l'échantillon d'Ammann, donnée par M. Karg, que j'aperçus dans les vestiges de pieds de derrière et dans la queue une démonstration en faveur du dernier genre.

J'appris avec grand plaisir, dans la note jointe par M. Jaeger au mémoire de M. Karg, que mon savant ami, M. Kielmeyer, avait eu de son côté la même idée, et je ne pus que me confirmer dans la mienne sur une autorité aussi respectable.

Je vois même par une lettre de Pierre Gam- X. 24

SyO BATRACIENS

per à feu Burtin, dont ce dernier a inséré il t extrait dans son mémoire sur les Révolutions de la Terre, couronné par la Société de Teyler en 1787 (i), que le grand anatomiste de Franeker en avait déjà pensé ainsi : Un lézard pétrifié y ditril , a pu passer pour un anthropolite,

Prenez, en effet, un squelette de salamandre, et placez-le à côté du fossile, sans vous laisser détourner par la différence de grandeur, comme vous le pouvez aisément en comparant le dessin de salamandre de grandeur naturelle, fîg. i, avec les dessins des fossiles réduits au sixième, fig. 2 et 3.

Tout s'expliquera alors de la manière la iplus claire.

La forme arrondie de la tête , la grandeur des orbites , la suture dans le milieu de leur intervalle, l'angle latéral pour l'articulation de la mâchoire inférieure, la loujgueur (les vertèbres par rapport à leur largeur, les pe-

f 1) Tmpiimé dans le VTIF vol. de la deuxième Société de Harlem , 1790, p. 35 et 36.

tites cotes attachées à leurs deux côtés> les restes d'extrémités antérieures très-sensibles dans les deux squelettes fossiles, ceux d'extrémités postérieures, qui le sont encore davantage dans l'un des deux (celui de M. Ammann) où l'on voit les fémurs, une partie des tibia , et quelques fragmens du bassin ; tout, en un mot, forme preuve pour la famille des salamandres, et exclut toutes les autres.

Je suis persuadé même ( disais-je dans ma première édition ) que si l'on pouvait disposer de ces fossiles et y rechercher un peu plus de détails , on trouverait des preuves encore plus nombreuses dans les faces articulaires des vertèbres, dans celles de la mâchoire , dans les vestiges des très-petites dents, èjt jusque dans les parties du labyrinthe de l'oreille; et j'invitais les propriétaires ou les dépositaires de ces beaux morceaux à procéder à cet examen.

J'ai eu depuis lors l'avantage de le faire moi-même.

M'é.tant trouvé à IIa,ilem qn mai 181 1 , le savant M. Van Marum^ directeur du Musée

S^2 »\tRACIËN9

de Teyler, voulut bien permettre que je fiss creuser dans la pierre qui contient le pré tendu anthropolite de Scheuchzer, afin d* mettre à découvert les os qui pouvaient cil core y être cachés. L'opération se fit en ss présence et en celle de M. Van den Ende , inspecteur général des études, si recommandable par le développement qu'il a su donner à l'instruction primaire dans les Provinces- Unies. Nous avions placé devant nous un dessin du squelette de la salamandre, et ce ne fut pas sans une sorte de plaisir, qu'à mesure que le ciseau enlevait un éclat de pierre, nous voyions paraître au jour quelqu'un des os que ce dessin avait annoncé d'avance. C'est ainsi que cette table de schiste, gravée et regravée vingt fois depuis un siècle comme elle l'est pi. 255, fig. 2, fut mise dans l'état où on la voit pi. 264, fig. 2.

Et d'abord nous avons trouvé autour de la rotondité, à droite et à gauche, une double rangée de petites dents; ce qui nous a fait voir que cette rotondité était produite par les mâchoires et non par le crâne.

Nous y avons découvert ensuite de petites côtes au bout de chacune des apophyses trans*

verses ; comme dans le morceau d'Âmmann et dans les salamandres.

Nous nous sommes assurés que ces côtes étaient de même très-courtes et loin d'avoir pu embrasser le tronc.

Nous avons constaté que la tête s'articule sur la première vertèbre par un double condyle f a y Oy comme dans tous les batraciens.

Passant ensuite aux extrémités antérieures qui n'étaient indiquées que par une petite face de l'humérus gauche, nous les avons mises à découvert toutes les deux«

Il s'est trouvé de chaque côté une omoplate y h y très-dilatée à son bord spinal , dont le contour est demi-circulaire : elle est toutà-fait semblable à celle d'une salamandre aquatique ; mais il paraît que la clavicule et le coracoïdien étaient perdus.

Près des omoplates sont les deux humérus, Cy Cy d'une longueur double de celle des omoplates y un peu élargis dans le haut et dans le bas, avec un sillon pour la séparation des condyles^ absolument encore comme dans les salamandres aquatiques.

Au bout des humérus sont des os des avantbras^ d, d y de moitié plus courts , et Tun un peu plus gros que l'autre. En&n les os des doigts, incomplets à droite, mais complets, quoique un peu en désordre, à gauche, ont fait voir exactement les mêmes nombres de parties que dans les salamandres aquatiques, savoir : quatre doigts, un métacarpien et deux phalanges pour chacun , excepté le troisième qui a trois phalanges.

Quelques années après (en 1818), m'étant trouvé à Londres lorsque le morceau d'Âmmann venait d'être placé au Muséum britannique , j'eus la facilité de l'examiner à loisir et de le faire dessiner tel qu'on le voit pi. 254, fig. I.

Les omoplates et les humérus y sont les mêmes que dans celui de Scheùchzer, mais les avant-bras et les mains y manquent. Ett revanche on y voit les cuisses et les jambes vis-à-vis la dix-neuvième vertèbre (une de nos salamandres aquatiques a, comme lious l'avons dit , son bassin suspendu à la dix-huitième ).

Les os des jambes y sont de mbitié pitts

courts que les fémurs, et le tibia est fort large. On aperçoit aussi quelques restes du bassin et des doigts; mais, pour en voir davantage^ il faudrait des opérations que je n'ai pu faire.

En arrière du bassin, il y a encore quinze vertèbres, et y on peut juger à la grandeur de leurs apophyses trans verses qu'il devaft encore y en avoir plusieurs derrière elles dans la queue entière.

La tête de ce morceau du Muséum britannique montre aussi des dents vers son pourtour ; sa forme est absolument la même qu'au morceau de Harlem , et plus large, à prQportion que dans nos salamandres. La grande des monts AUeganis en approche davantage, et lui ressemble aussi par la largeur de ses ptérygoîdiens, et par la proéminence de son occiput en arrière des productions latérales qui portent la mâchoire inférieure.

Il ne reste doûlc à ex-pUquer que les deux àhyhy A, placés d^ chaque côté de Tocciput, et' qui se retrouvent dans l'uii et l'autre morcfâàil. J'avais cru, lofs de lïiâ première édition, qû^ls annonçaient un appareil branchial

376 batbacikns

considérable et pcnuiinent, co qui in'avail fait rapporler ces animaux au genre des proteus ; mais aujourd'iiui qu'une étude plus suivie de l'os hyoïde m'a fait mieux, connaître les pièces de celui qui subsiste dans la salamandre aquatique, je n'bésite point à penser que les deux os eu question sont les deux pièces de la corne postérieure : la première est encore en partie cachée soùs le crâne j la seconde se voit bien entière , et exactement de même forme que dans nos salamandres aquatiques. Voyez fig. g un os hyoïde de lamandre aquatique en h, h.

Ainsi nul doute que le prétendu anthropolite d'OEningen ne fut une salamandre aquatique d'une taille gigantesque dans son genr& à

On peut en donner toutes les dimensions.

Sa tête était longue de 0,120

— large en arrrière de OïlW-j

Le diamètre de ses orbites de OjOttl

Sa longueur totale de l,10ft|

Ses esti'cmilés de derrière et celles de devant

étaient à peu près à la distance de. . . .

La longueur de sa queue était au inoïns de. (^SO^'a

Longueur de son bras 0,053 3

— de son avant-bras , . 0,033 I

Longueur de sa main au plus long doig^ • • 0,0{0

— de son fémur. . . « 0)055

— de sa jambe 0,032

Mais comment un animal si remarquable n'a-t-il été trouvé que dans ce seul endroit ? et comment y est-il entouré de poissons si semblables à ceux de nos eaux douces d'à présent ?

En effet , lors de l'examen assez rapide que j'ai fait de la grande collection de poissons acquise par le Muséum britannique , et parmi plusieurs morceaux isplés y recueillis dans divers cabinets , je n'y ai vu que des poissons des genres du brochet , de la perche, de l'anguille , et surtout des cyprins de différentes grandeurs ; Jes uns avec des caractères du sous-genre de la carpe, les autres avec ceux du sous-genre des ablettes.

Je vois aussi dans lés catalogues donnés par de Sa.ussure , Razoumowsky et Karg, que l'on assure y avoir trouvé V anguille ( Murœna an-giulla)f le chabot (Cottus gobio)^ la perche ( Perça Jluviatilis) j la truite {Salmo fario), le brocliet ÇEsox lu dus) y la carpe (Cjprinus carpio ) , la tanche ( Cyprinus tinca ) , et les

Cyprinus gobio , carassius , cephalus , brama , rutilas y nasus y alburnus , phoxinus , bj^punctatus et gryslaginej mais je ne serais pas aussi hardi que plusieurs naturalistes qui ont cru pouvoir déterminer toutes ces espèces.

Indépendamment du prétendu silure qui rend les autres dénominations suspectes , celui qui y parmi les poissons du Muséum bri^ tannique , pourrait passer pour une perche , d'après sa forme générale , ses rayons épi* neux, les dentelures de son préopercule ^ etc^ n'a que vingt-trois vertèbres, et notre perche de rivière en a quarante-deux ou quarantetrois.

Celui dont la ressemblance avec le brochet est réellement des plus frappantes , et qu'ont réprésenté Scheuchzer ( Piscium quereke^ pi. I) et Knorr (Monumens du Déluge, t. ï, pi. XXVI et XXVI a ) , ne paraît cependant ofirir aucune dés grandes dents qui caractérisent liotre brochet vulgaire.

Je vois alissi , par le mémoire de M. Karg , qû6 l'on a cru reconnaître des blennies y des irigles , des gobies et des aspèdopïiores ( Cottiis cdtaphracius ) qui sont tous dés poissons de

FOSSILES. 37g

mer^ ce qui se concilierait peu avec le grand nonibre des autres espèces.

Au surplus , je ne désespère pas de revenir un jour sûr ce sujet , et d'offrir alors à mes' lecteurs des idées plus arrêtées.

C'est ici le lieu de dire un mot des célèbres carrières qui ont fourni tant et de si beaux fossiles.

Elles ont été décrites en abrégé, en 1776,

dans une note des Lettres sur la Suisse d'An-^

dreae, p. 56 ; le comte Grégoire Razoumowsky

en a donné une autre notice dans son mé->

moire sur l'Origine des parties basses de la

Suisse et de la Bavière p inséré en 1 788 parmi

ceux de l'Académie de Lausanne ; M. de Saus«

sure en a fait une description sur les lieux ^

et Ta faite entrer dans le troisième volume de

ses Voyages aux Alpes, imprimé en 1796;

enfin M. Karg , médecin de Constance , lés a

décrites tout récemment, et dans le plus

grand détail, dans un mémoire exprès, pii«»

blié dans le premier volume de la Société des

]Nataralist6& de Souabe, p. i. Ces quatre ou*

vrages, mais surtout le dernier, nous ont

fourni ce que nous allons dire.

3do II\TKAi:ili»S

On sait que le Rhin, après avoir formé le lac de Constance, et s'èlre rélrcci près de la ville du même nom, se dilate encore pour former le lac appelé Zellersee, et ne reprend l'élroitesse ordinaire de son Ut qu'auprès de la petite ville de Stein.

C'est sur la rive droite, un peu au-dessus de Stein , qu'est le village d'OEningen , appar* tenant autrefois à l'cvèque de Constance, et soumis aujourd'hui , comme le reste de 1 evéché, au grand duc de Bade.

La carrière des ichtyolithes est à trois quarts de lieue de là, sur le penchant méridional d'une montagne appelée Schiener-Berg , et au moins à cinq cents pieds au-dessus du niveau du lac (i). Un petit ruisseau coule le long de son côté oriental , la partie élevée de la montagne est d'un grès micacé tendre, et l'on trouve dans les champs des granits roulés rouges et verts.

La carrière est ouverte sur deux cent soixante-dix pieds de longueur et sur trente

(1) Karg , p- 2.

de profondeur, mais le fond en est souvent plein d'eau. Sous la terre végétale se trouve d'abord une marne bleuâtre friable, de deux pieds d'épaisseur, que l'on emploie, faute de bonne argile, à faire des tuiles et des briques. Sous cette marne sont plusieurs pieds d'un premier schiste, gris jaunâtre, tendre, à lames très-minces, rempli d'empreintes végétales. Vient ensuite une seconde marne bleuâtre, semblable à la première, épaisse d'un demi-pied, et sans corps organisés. Toutes les couches suivantes sont calcaires , et répandent, quand on les raie, une odeur de pétrole plus ou moins forte. On les distin-> gueen plusieurs bancs; le premier est nommé par les ouvriers le gros banc ou la, pierre soufréej il a de deux à six pieds, et ne se divise point en feuillets. Le deuxième s'appelle ardoise blanche ', il est épais de quatre pouces, très-argileux, tendre, et se divise en lames très-minces. On y voit des plantes, des insectes, et les premiers poissons. Un autre schiste le suit, nommé ;7e^/^^ morceaux ^ épais de deux pieds, divisible en feuillets minces, composé en grande partie de débris de végétaux, et renfermant beaucoup de coquilles bivalves, excessivement petites, rondes et nacrées.

58a BATRACIENS

Le banc suivant se nomme gros morceaux)

c'est un calcaire feuilleté , épais de deux pieds,

montrant à peine quelques traces de végétaux

détruits.

• On trouve ensuite deux lits y à peine de deux

pouces de haut , nommés plaques noires ^ qui

paraissent aussi teints par des débris de végé-

taux.

I4L première plaque blanche les suit. On en faj^tdes dalles pour les appartemens, et l'on y voit quelques grands poissons , quoique , en petit nombre ^ et de belles dendrites. Elle a trois pouces de haut, et se divise en gros feuillets.

iEnfin vient la plaque poissonneuse , qui tire son nom de la grande quantité de poissons qu'elle recèle avec de petits limnées. C'est iin calcaire blanc ^ à grain fin^ à feuillets minces , d'une dureté médiocre.

Sous elle est la petite peau, très-mince, d'un gris noirâtre ; puis la troisième plaque noire, haute de deux pouces et demi^ que suit la pierre à cordons ou pierre d* indienne* Celle-ci est un schiste gris, à gros grains, piqueté et rayé de blanc et de jaune, rempli de

poissons et d'autres empreintes animales et Végétales. On la recherche beaucoup, et son épaisseur est de quatre pouces.

\jà pierre aux moules est un calcaire micacé , noirâtre, plein de débris de végétaux, de petits limnées et de fragmens encore nacrés de moules : elle est épaisse d'un pied.

Le dill streckeriy schiste calcaire un peu micacé, à gros feuillets, d'un gris blanchâtre, épais de dix pouces, n'a point de fossiles.

La petite peau blanche^ schiste calcaire, tendre, à feuillets minces, est d'un pouce de hauteur.

La petite pierre aux moules^ schiste cal-» caire, à gros grains, sec , jaunâtre , çpntient une quantité innombrable de petits limnées^ diverses autres coquilles d'eau douce ou leurs noyaux , et des empreintes végétales.

La grosse plaque y schiste gris, d'un demipied, à feuillets épais, ne contient que quelques fibres végétales.

\jà. plaque blanche y schiste calcaire, à gros grains, est très-riche en pétrifications et en

S84 b\tracîeNs

cmpreiates de toute espèce, et l'on y retrouvé rapproché tout ce qui existe séparé dans les autres couches.

Enftn la pierre de chaudière est le dernier banc où l'on puisse arriver, encore dans les grandes sécheresses seulement; c'est un schiste gris ou roussâtre , à feuillets minces, contenant d'innombrables limnées et de trèsbelles empreintes de feuilles de diverses couleurs.

Elle repose sur un grès grossier, bleuâtre, qui forme généralement les bords du Rhin dans cette contrée, où Ton voit quelques veines de houille, et quelquefois de nombreuses moules que l'on assure être d'eau-douce.

A un petit quart de lieue au-dessus de la carrière d'OEningen, du même côté et plus près du lac, est une autre carrière qui appartient au village de Wangen, et où l'on voit les mêmes pétrifications, à ce qu'il parait, dans des couches analogues.

M. Brongniart a décrit (i) les couches su-

(1) Tome IV, p. 534.

përposées à celles dont parle M. Karg. A fleirr de terre sont d'abord des cailloux roulés qqi lui ont paru venir de ce qu'en Suisse on nomme nagelfluej puis une marne sablçuneuse jaunâr tre; un lit de grès mollassèi dur; une couche de marne argileuse, jaunâtre , feuilletée, divisée par des lits très-minces de mollasses.; une couche de marne argileuse rubannée, et enfin la marne bleue à faire des tuiles, par où commence rénumération de M. Karg.

M. Karg, partant delà supposition que tous les animaux de ces couches sont les mêmes que dans les eaux envirpi^nanteSy a cherché à faire voir qu'elles ont dû se former assez récemment dans un étang qui se sera vidé ensuite par quelque accident arrivé à ses digues, et cette hypothèse l'a empêché sans doute de nous donner plus de renseignemens sur leur position par rapport aux couches voisines, et de nous mettre en état de juger de leur ancienneté relative; mais son opinion n'est point celle des plus sa vans géologistes, et M. de Humboldt et M. Reuss s'accordent à regarder les schistes d'OEningen comme appartenant à . une formation ancienne et régulière; le dernier parait même les croire de sa troisième

Page 1