INTRODUCTION. — HISTORIQUE
I. Lorsque j'ai entrepris mes recherches sur les phénomènes de la digestion chez les Céphalopodes, je craignais surtout qu'il me fût difficile de me procurer un choix assez varié d'espèces sur lesquelles je pus expérimenter. Il me semblait que, pour qu’une généralisation des résultats fût possible, ces résultats devaient se rapporter à la majorité des espèces de cette classe d'animaux.
Je n’ai pas tardé à reconnaître que l'obtention de conditions physiologiques convenables chez l'individu en expérience avait une tout autre importance que la possession d'un grand nombre d’individus. En examinant, par exemple, les canaux hépatiques et le cæcum spiral des Poulpes communs au moment où Ces animaux arrivent de la grève, qu'ils soient morts ou vivants, cela indifféremment, on constaté que ces organes sont souvent à peu près vides; que, quand
ils renferment un liquide (liquide hépatique, bile des auteurs), ce
liquide est le plus ordinairement brun et rempli de débris de cel-
lules ; que, quelquefois pourtant, il est limpide et presque incolore. fl
Ces variations et d’autres portant sur les propriétés physiologiques de ces liquides et sur l'apparence du foie ne laissent pas d’étonner tout d’abord. C’est en vain qu’on chercherait à déduire de leur simple observation une généralisation ayant une signification scientifique. Il faut commencer par déterminer les circonstances fonctionnelles ou accidentelles qui amènent chacune de ces variations.
Il y a déjà longtemps qu on sait que chez les animaux supérieurs toutes les sécrétions, et en particulier les sécrétions digestives, ont une marche essentiellement intermittente. Quelques-unes, comme le suc gastrique et le suc pancréatique, cessent complètement pendant l’abstinence pour reprendre ensuite leur cours à d’autres moments !. Il y aplus, le pancréas pourrait sécréter un liquide privé de propriétés digestives. Le suc pancréatique ne devient actif que quatre ou cinq heures après le début de la digestion, au moment même où 1l va agir sur le chyme, lorsque les matières déjà soumises antérieurement à l’action de la salive et du suc gastrique passent de l'estomac dans les intestins ?.
Mais parmi les fonctions se rapportant à la vie de nutrition, il en est surtout une dont l'étude est inséparable de celle des fonctions digestives, qui, plus que toutes les autres, présente des variations frappantes : c’est la fonction glycogénique,. |
Sous des influences même insignifiantes en apparence, telles que la captivité, les changements de milieu, une légère mutilation, un commencement d’asphyxie, la fonction peut s’affaiblir et cesser à ce point, que si on analyse l’organe dans lequel cette fonction est surtout localisée : le foie chez les animaux supérieurs, on ne trouve plus ni sucre ni glycogène ?.