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MOŒEURS DES CÉPHALOPODES AU POINT DE VUE DE LEUR NOURRITURE

À Roscoff, le Poulpe commun (Ocfopus vulgaris, Lamarck) se rapproche des côtes pendant la belle saison. Il se tient habituellement dans les excavations comprises entre le sol et les blocs irréguliers de granit, qui sont de tous côtés sur la grève. Du fond de son trou, il attire à lui, à l’aide de ses longs bras garnis de ventouses, les animaux marins dont il fait sa nourriture. Il ne laisse pourtant point de quitter sa retraite pour poursuivre ceux qui passent à trop longue portée. Il peut se faire, alors, qu’il les mange sur place, comme semblent l'indiquer les débris éparpillés à une assez grande distance de son gîte; mais peut-être aussi les emporte-t-il souvent sous son rocher pour les y manger à loisir.

Le poulpe pousse soigneusement au dehors tous les débris de ses repas et, si l’on veut savoir quelles sont les espèces marines qui sont la base de son alimentation, il suffit d'examiner les abords de sa cachette. On y voit accumulés des débris de crabes de toute éspèce ; Portunus puber, Carcinus mænas, etc., des coquilles de Vénus, de Moules, de Cardium et d’autres Lamellibranches. Lorsque le erabe

est de pelite taille, il est souvent séparé en deux parties : l’une com-

1 Vergleichend Anatomische Untersuchungen über das sogenannte Pankreas der Cephalopoden. Amsterdam, 1882, p. 95.

prenant la carapace avec la tête et ses appendices, l’autre l’abdomen et le thorax avec les pattes et les branchies. Le poulpe partage sa proie à peu près comme l’homme partage une écrevisse. Si le crabe est d’une certaine taille, il est divisé en un plus grand nombre de débris, et les pattes sont détachées. Tous ces débris sont d’ailleurs complètement vides. Les bivalves sont également vides, etla plupart de ceux qui viennent de servir au repas du poulpe ont souvent leurs valves rapprochées comme pendant la vie.

Ces mœurs, particulières au poulpe, permettent de le découvrir assez facilement. On le cherche à marée basse, en parcourant la grève en tous sens, en examinant surtout avec attention les endroits couverts de rochers un peu en contre-bas, où il reste par conséquent toujours quelques centimètres d’eau. Avec un peu d'habitude, et les marins du pays possèdent à cet égard un coup d’œil surprenant, on devine même de loin, aux débris qui les couvrent, les abords du trou - dans lequel se tient l’animal.

Pour le prendre et l'avoir dans des conditions convenables, il n'y a qu'un moyen, c’est de retourner la pierre et de le saisir rapidement. Lorsque la chose est impossible, ce qui n’est pas rare, les blocs de rochers pouvant être trop considérables, les pêcheurs, qui se servent de la chair de poulpe comme d’appât, l’arrachent avec un crochet. Mais un animal ainsi mutilé ne peut être conservé, il ne peut par conséquent servir à des expériences physiologiques.

Comme la capture a lieu souvent fort loin de la côte, on a soin de se munir d’un seau dans lequel on met le poulpe, et qu’on remplit ensuite d’eau de mer. On concoit, surtout lorsqu'on rapporte ainsi deux ou trois de ces animaux, et bien qu’on change de temps en temps l’eau du seau, que les poulpes, ainsi confinés dans un vase de petite dimension, sont dans un état d’asphyxie lente qui amène, comme je l’ai dit plus haut, des perturbations dans certaines fonctions‘.

1 CI. BerNaRp, Liquides de l'organisme, t. I, p. 17.

L'animal, arrivé au laboratoire, ne peut donc être dans des conditions physiologiques convenables!, et il faut autant que possible le rendre à sa vie ordinaire, en le mettant dans une eau constamment renouvelée, et dans un réservoir spacieux qui lui permette les mouvements les plus étendus. Mais cela ne suffit pas encore ; pour des recherches sur la digestion, il faut que l'animal mange, et mange pour ainsi dire à la volonté de l’expérimentateur, car il est nécessaire qu’on puisse l'avoir à son gré, tantôt à jeun, tantôt en digestion. Le problème est plus difficile à résoudre que chez ceux des animaux supérieurs qui servent à des recherches analogues et qui sont pour la plupart des animaux domestiques.

J'ai remarqué que, placés dans de petits aquariums, les poulpes ne se décident pas volontiers à manger; au moins dans les endroits où il y a constamment du monde. J’en ai gardé dans un aquarium, cinq ou six jours et même davantage, sans qu'ils aient voulu prendre la moindre nourriture, et cela bien qu’on eût mis à leur disposition les crabes et les bivalves, qui sont leur proie habituelle, et bien que l’eau füt renouvelée à l’aide d’une conduite d’eau de mer et d’un siphon. Je suis d’ailleurs porté à croire que, même dans ces conditions de renouvellement d'eau, le poulpe est dans un état maladif dû à un manque d'oxygène, car ses exigences sous ce rapport sont, comme je le montre dans la note ci-dessous, supérieures à ce qu’on est disposé à penser tout d’abord.

Pendant mon premier séjour à Roscoff, je me décidai à transporter

1 Voici du reste quelques chiffres qui feront voir qu’il ne peut en être autrement. On compte chez un poulpe de moyenne taille de 25 à 30 mouvements respiratoires par minute. Si l’on admet que l’eau inspirée et expirée dans chaque mouvement représente environ 100 centimètres cubes, on voit qu’il consomme 3 litres d’eau par minute. En supposant deux poulpes dans un seau, il y aurait 6 litres d’inspirés pendant le.même temps. C’est à peu près ce qu’on met d’eau dans un seau ordinaire. Il faudrait donc renouveler l’eau toutes les minutes. Ajoutons que, dans cette estimation de la quantité d’eau nécessaire à la respiration du poulpe,.il conviendrait de faire intervenir encore la respiration cutanée, qui est certainement très active (voir P. Bert, Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, p. 172 et 181).

mes animaux dans le parc, dépendant du laboratoire. Ce parc entouré par un mur de pierres n’est jamais à sec. Même dans les plus basses mers, il y reste 30 à 50 centimètres d’eau. On les enferma dans une grande boîte en bois percée de trous et on leur apporta chaque jour, au moment de la marée basse, des Portunus ou des Carcinus mœænas. Etait-ce en raison de ce que le milieu leur convenait davantage, ou parce qu'ils étaient moins dérangés? Toujours est-il, que dès le premier jour ilsse mirent à manger, et il me fut dès lors possible de les avoir dans tous les états de la digestion.

L’année suivante, l’existence du réservoir, dont j'ai dit plus haut quelques mots, facilita singulièrement ma tâche à cet égard, puisqu'elle me permit d’avoir constamment à ma disposition et dans les conditions physiologiques voulues les poulpes que j'y conservai.

La seiche me paraît s’accommoder plus difficilement encore que le poulpe de l’état de captivité. On la pêche, avec le plus de succès, à marée basse, là où la mer en se retirant forme un chenal bordé d’herbiers (Pempoul). On use pour cela d’un filet spécial, la senne, qui peut servir d’ailleurs à prendre beaucoup d’autres animaux marins.

Les seiches ainsi pêchées sont ramenées dans de grands baquets dont on renouvelle constamment l’eau, qu’elles noircissent de leur encre. j

Malgré ces précautions, ces Céphalapodes se remettent rarement complètement dans les aquariums, et il ne m'est arrivé qu’une seule fois d’en conserver qui se soient décidés à manger, ce qui m'a permis d'observer, avec plus de précision que cela n’avait été fait jusqu’alors, la facon curieuse dont s'effectue, chez ces animaux, la préhension des aliments. |

Bien que l'examen de leur estomac indique que les seiches se nourrissent de petits crustacés, ce n’est guère que depuis un petit nombre d’années que l’on sait au juste ce qu’elles préfèrent. C'est Paul Bert qui le premier a publié‘ qu’elles chassent les crevettes. Il est

1 Mémoire sur la physiologie de la Seiche (Mém. de la Soc. des sciences phys. et nat. de Bordeaux, 1867, p. 115).

également le premier, je crois, qui ait observé le rôle curieux que jouent les bras tentaculaires durant cette chasse".

On sait que les seiches possèdent dix bras. Huit de ces bras sont à peu près égaux et garnis en dedans de ventouses, sur toute la longueur. Les deux autres, nommés bras tentaculaires, sont beaucoup plus longs, et comprennent une partie élargie qui termine un long pédoncule. Cette partie élargie est la seule portion des bras tentaculaires qui soit munie de ventouses,

En temps ordinaire, ces bras tentaculaires ne font pas saillie au dehors; ils sont retirés dans une cavité formée par la réunion des bras sessiles, entre la base de la troisième et de la quatrième paire. Ils sont là rétractés et roulés en crosse.

A peine a-t-on jeté la crevette dans l’aquarium, que la seiche, par un changement presque insensible du mouvement deses nageoires, se tourne vers le petit crustacé. Les huit bras sessiles, qui étaient auparavant un peu abaissés à leur pointe, se relèvent légèrement pour livrer passage aux deux bras tentaculaires. Ceux-ci sortent d'abord lentement de leur cavité, accolés l’un à l’autre, mais quand ils dé-

passent d’un demi-centimètre environ l'extrémité des autres bras,

1 Il convient pourtant de dire qu’Aristote, dont le génie observateur se révèle là encore comme pour beaucoup d’autres choses, a eu connaissance de ce mécanisme. Il décrit en effet les grands bras tentaculaires de la Seiche comme les organes de la préhension (liv. IX, cap. LXX, Camus, p. 596), et Apostolidès et Delage : les Mollusques d'après Aristote (Arch. de zoo. expér., vol. IV, fase. 3), et cependant des observateurs récents en étaient réduits, relativement au rôle de ces bras, à de simples conjectures (Ferussac et D’'ORBIGNY, Histoire naturelle des Céphalapodes acétabulifères, p. 255).

Quant à l'opinion des anciens, d’après laquelle les bras de la seiche lui serviraient d’ancre pendant les grandes tempêtes, je ne pense pas qu’elle soit aussi fondée que celle qui a rapport à leur rôle dans la préhension des aliments. En captivité, la seiche ne laisse pendre ses longs bras que quand elle est malade. C’est même presque toujours l'indication d’une mort très prochaine. L'animal n’ayant plus la force de retenir les tentacules dans les cavités, ces tentacules tombent au fond de l’eau et rencontrent le sol: les ventouses s'appliquent sur celui-ci, et si peu qu’il y ait de courant ou de mouvement dans l’eau, comme la seiche affaiblie ne peut résister par le moyen de ses nageoires, elle est un peu entraînée, et les ventouses font le vide automatiquement.

ils sont tout à coup projetés au dehors. Ils traversent l’espace comme une flèche, pour revenir aussitôt, mais cette fois sans précipitation, avec la proie qui se trouve immédiatement enveloppée par les bras égaux.

Le premier mouvement est si rapide qu'il est difficile de l’anaiyser. On peut constater, pourtant, que les extrémités élargies des tentacules arrivent toujours à quelques millimètres au-dessus de la cre-

vette. Il est probable qu’à ce moment les ventouses pédiculées de ces extrémités s’allongent vers l’animal et qu’elles le retiennent, par suite du vide qu'elles produisent. Paul Bert a essayé de reproduire ce mouvement de projection des bras tentaculaires sur l'animal mort, par le moyen de courants électriques, et il n’a pas réussi. Peut-être est-il dû à l’afflux subit d’une certaine quantité de liquide? En tout cas, il y a là à faire une recherche anatomique et physiologique intéressante.

La seiche se notrrit de deux espèces de crevettes, qu’on trouve sur la plage, mais elle paraît préférer la plus petite des deux : la crevette de sable (Crangon vulgaris, Fabr.).

Elle saisit aussi les petits poissons qu’on lui jette dans l'aquarium; mais le plus souvent, après les avoir coupés en deux, elle les rejette ‘. Elle opère d’ailleurs la mastication de sa proie sans qu'aucun signe extérieur vienne trahir le mouvement des mandibules.

Je n’ai pu conserver d’autres Céphalopodes vivants, de manière à les étudier au point de vue des phénomènes chimiques de la di-

sestion.

1 D’après Fischer, la seiche dévorerait l’encéphale et les muscles dorsaux des poissons, (Cilé par de Rochebrune, Merveilles de la nature de Brehm : Vers et Mollusques, p. 466.)

DESCRIPTION SOMMAIRE DES GLANDES DIGESTIVES, EXTRACTION DES FERMENTS DIGESTIFS.

Les glandes digestives, ou plutôt, pour ne préjuger de rien, les glandes qui déversent le produit de leur sécrétion dans le canal digestif des Céphalopodes, ont chez ces animaux, au point de vue du volume, une importance notable. Le foie est la seule glande qui paraît conserver, relativement à la grosseur de l’animal, un volume à peu près constant. C’est ce que j’ai constaté chez le poulpe, la seiche, le calmar, l’£ledone moschata et l'Ommatostrephes Todarus.

Les poulpes ont des glandes salivaires antérieures assez petites et des glandes salivaires postérieures très volumineuses. Il en est de même des Zledone. Les seiches au contraire, ainsi que les autres Céphalopodes décapodes‘, ne possèdent pas de glandes salivaires supérieures et leurs glandes salivaires postérieures sont plus petites, relativement à la grosseur de l’animal, que chez les Octopodes.

Cette constance dans la grosseur du foie peut déjà faire supposer que le liquide qu'il sécrète a un rôle chimique dans la digestion, surtout si l’on considère que la nourriture des Céphalopodes est exclusivement animale, et que par conséquent le travail chimique de la digestion est sensiblement le même chez tous. Il paraît, d'autre part, assez naturel de penser que les glandes salivaires, qui varient d’importance et même de nombre d’une espèce à l’autre, ne remplissent qu'un rôle physique, se rapportant à la chasse, à la mastication, à la déglutition, actes qui varient avec la nourriture habituelle de chacun de ces animaux.

La première paire de glandes salivaires est située, chez le poulpe, contre la masse buccale, de chaque côté du pharynx ; à chaque glande correspond un canal excréteur, qui pénètre dans la bouche un peu en avant de la naissance de l’œsophage.

1 Paul BerT, Mémoire cité,

La deuxième paire est située plus loin, derrière le foie, et est accolée contre celui-ci’. Une bride relie chaque glande au jabot, qui est situé en avant. Chaque glande donne naissance à un canal qui va se réunir à son congénère, de manière à n’en former qu'un seul qui remonte derrière l’œsophage et vient s'ouvrir dans la bouche audevant du bourrelet lingual.

Il est singulier que M. Jousset de Bellesme, dans le travail que j'ai cité plus haut, signale le canal excréteur de ces dernières glandes comme se jetant dans le jabot. Ce canal est assez gros, nettement visible. Il a d’ailleurs été décrit, il y a longtemps, par Cuvier?. Peutêtre M. Jousset a-t-il pris pour un canal les brides indiquées plus haut, qui se rendent en effet des glandes salivaires au jabot.

Chez les Décapodes, les glandes salivaires postérieures existent seules, comme je l’ai dit. Chez la seiche, en particulier, ces glandes sont petites et dans les mêmes rapportsavec les organes environnants que chez le poulpe. Chez l’Ommatostrephes Todarus, elles sont encore plus réduites. Les deux glandes, quoique formées de deux parties symétriques, paraissent réunies par la partie supérieure et on ne voit qu'un seul canal excréteur.

Le foie des poulpes est formé par une grosse masse brune, située du côté du dos, fournissant à sa base deux canaux excréteurs qui conduisent un liquide acide. Le tissu qui entoure ces deux canaux à leur sortie de la masse hépatique est d'une couleur différente du reste de la glande. Il constitue un organe particulier, enfoncé dans la masse du foie, auquel on a donné le nom de pancréas, bien ‘qu'il ne soit probablement pas comparable, même au point de vue fonctionne], avec l’organe qui porte ce nom chez les animaux vertébrés.

La structure du tissu du pancréas est différente de celle du foie. Le liquide qu’il sécrète est également acide et va se réunir au liquide hépatique.

1 Dans ces descriptions, on suppose l'axe longitudinal de l’animal placé verticalement. La tête est à l'extrémité supérieure, et l’entonnoir en avant,

2 Cuvier, Leçons d'anatomie comparée publiées par Duméril, édition belge, t. II, p. 438, 453, ou Mémoire sur les Céphalopodes, p. 27. ;

Les deux canaux se rapprochent, et vont pénétrer ensemble dans une sorte de cæcum de l’estomac proprement dit, qu'on a appelé intestin spiral. Ce cæcum n’est vraisemblablement, comme le pense Milne-Edwards, qu’un réservoir du liquide sécrété par le foie ; car, au moment de la digestion, le suc hépatique y arrive en abondance. Je reviendrai plus loin sur ce point !.

On peut avec quelque soin séparer des portions de tissu pancréatique du tissu du foie, bien qu'une séparation complète soit impossible,

Le pancréas est placé différemment chez les Décapodes; de plus, il a, comme on va le voir, une apparence et une structure particulières. |

Le foie de la seiche est formé de deux lobes qui se prolongent en pointe assez loin en arrière. Ges deux lobes sont accolés l’un à l’autre. Ghacun d’eux donne naissance à un canal excréteur qui se rend vers l'intestin spiral. Les deux canaux se joignent au moment où ils atteignent cet organe et déversent la sécrétion hépatique par une seule grande ouverture qui se trouve à leur point de jonction, La secrétion hépatique est acide chez la seiche comme chez le poulpe.

Le prétendu pancréas est ici représenté par des tubes ramifés, dont la totalité constitue une masse assez grande. Ces tubes sont attachés aux canaux hépatiques tout le long de leur parcours et ressemblent, à première Vue, aux Corps spongieux qui entourent les veines caves du même animal. On peut donc les couper et les séparer, de telle sorte qu’ils ne soient mélangés à aucune portion d'autre tissu. Quelques-uns de ces appendices sont attachés à la partie supérieure

de l'intestin spiral et communiquent directement avec cet organe,

comme on peut le constater par une injection, Le liquide que renferment les appendices pancréatiques est acide, | On remarque des dispositions analogues chez le Seprola Rondeletit,

avec cette différence qu'il n’y a pas d’appendices sur le cæcum,

{ Voir plus loin : Mécanisme de la digestion.

Chez l'Ommatostrephes Todarus le foie constitue une glande non lobée. Les deux canaux hépatiques, beaucoup plus gros que chez la seiche, se réunissent dans leur parcours pour donner naissance à un canal unique, qui se jette dans la portion orale du cœcum. Il n'y a pas d’appendices pancréatiques sur le canal commun, dont la longueur est au moins égale à celle de l’un des canaux, depuis sa sortie du foie jusqu'à sa réunion avec le deuxième. Les appendices analogues à ceux des deux Décapodes précédents sont exclusivement sur les deux canaux non encore réunis !.

Le calmar (Zoligo vulgaris) présente, relativement à l'organe pancréatique, une disposition particulière. Les canaux hépatiques prennent naissance l'un près de l’autre, dans la partie inféro-postérieure du foie ; ils sont très larges et, après avoir embrassé la partie pylorique de l'intestin, se réunissent en un vaste canal commun dans la partie supérieure du cæcum. Ces canaux ne portent pas d'appendices indépendants comme ceux que nous avons trouvés chez la seiche, la Sépiole, l'Ommatostrephes. On pourrait croire à l’absence d'organes pancréatiques ; mais la paroi de ces canaux est très épaisse et spongieuse. C’est une véritable paroi glanduleuse, partout traversée par un système ramifié de cavités plus ou moins grandes qui communiquent entre elles ainsi qu'avec le canal hépatique correspondant. Ces cavités sont revêtues d'une simple couche de cellules glandulaires ?. Le pancréas est donc ici représenté par la paroi même des Canaux hépatiques.

En résumé, les seuls organes glandulaires, dont les sécrétions se rendent dans le tube digestif des Céphalopodes, sont : les glandes salivaires, le foie et le prétendu pancréas. On ne trouve rien dans l'estomac de ces animaux qui rappelle les glandes pepsiques des vertébrés. Je reviendrai d’ailleurs sur ce point.

1 Remarquons en passant chez l'Ommatostrephes cette tendance à n'avoir qu’un seul canal excréteur pour chacun de ses deux systèmes glandulaires. On n'en voit qu’un pour le système salivaire; et pour le système hépalique la tendance que je

signale est très marquée.

2 Viceuius. Ouvrage cité, p. 13.

L’extraction des sucs digestifs, ou des ferments que sécrètent ces trois sortes d'organes, présentait des difficultés particulières. Il ne fallait pas songer à effectuer la ligature des canaux des glandes, pour adapter ensuite une canule, comme cela se pratique avec les ani-

maux supérieurs. Ces canaux sont en effet, pour la plupart, d’une

petitesse extrême, et, en raison de leur facile contractilité, une pa-

reille opération n’amènerait aucun résultal. Je l’ai tentée, cependant, sur les canaux hépatiques de poulpes de forte taille, et l'essai a été suivi de succès. J'en parlerai plus loin avec détails.

On a proposé, pour trancher ces difficultés, des procédés qui ne sont pas à l'abri de toute critique. Néanmoins, comme ils sont les seuls, et qu'il paraît douteux qu’on en puisse imaginer d’autres, il n’y à pas lieu de choisir. La connaissance des points faibles d’une recherche suffit d’ailleurs d'ordinaire à éviter l’erreur.

Ainsi, on peut premièrement remplacer le suc de la glande par le liquide obtenu en filtrant une macération du tissu de cette glande avec de l’eau. Si, par exemple, ce liquide transforme l’amidon en sucre, ou digère l’albumine, c’est que la glande produit un ferment diastasique ou un ferment digestif des matières protéiques. Cependant, comme l’a déjà fait remarquer CI. Bernard‘, cette propriété de donner une infusion capable d’agir sur l’empois d’amidon ne caractérise pas uniquement certains tissus glandulairés : « elle appartient à tous les tissus muqueux en général ». Il convient de tenir compte, pour émettre une conclusion, dela rapidité de l’action du liquide, et, pour le cas de l'action diastasique en particulier, de la quantité d'amidon saccharifié. Si un suc digestif renferme de la diastase, l’action saccharifiante peut être constatée presque immédiatement, au lieu que la transformation à laquelle donnent lieu les tissus muqueux est toujours faible et longue à se produire.

Il ne serait pas impossible d’ailleurs que beaucoup de ces actions lentes soient produiles par des végétaux inférieurs, qui se dévelop-

V Leçons de phys:ologie expérimentale, t. II, p. 167.

pent facilement dans les liquides organiques et sécrètent des fer-

ments solubles (peptiques ou diastasiques) à l’aide desquels ils décomposent les matériaux que renferment ces liquides et s’en nourrissent. C’est le cas pour un certain nombre de bactéries’ et de champignons inférieurs qui produisent de la diastase et les ferments des matières albuminoïdes ?. Il faut donc que l'expérience soit faite rapidement, ou que, par un artifice, les liquides soient maintenus à l'abri des germes extérieurs.

Une deuxième manière d'étudier les propriétés digestives d’une glande consiste à rechercher le ferment dans la glande et à l’extraire, quand il existe. On s’appuie pour cela, sur ce que l'alcool le précipite de ses dissolutions aqueuses, sans le détruire. On découpe donc la glande immédiatement après son extraction de l’animal vivant, on l’écrase et on l’additionne de 8 à 10 volumes d’alcool à 90 degrés. On laisse déposer, on décante, on jette sur un filtre et on lave le produit par de l'alcool à 90 degrés, jusqu’à ce que celui-ci passe sans retenir aucun produit en dissolution.

Ce qui reste sur le filtre renferme le ferment ainsi que d’autres matières albuminoïdes solubles dans l’eau, mais qui, pour la plupart, sont coagulées et rendues définitivement insolubles par leur contact aves l'alcool.

On dessèche dans un fort courant d'air ou dans le vide ; on pulvérise et on met la poudre à macérer dans deux fois son poids d’eau distillée. La solution aqueuse, décantée, est filtrée ; on traite le résidu par de nouvelle eau et on jette le tout sur le filtre. On obtient ainsi un liquide tenant le ferment en dissolution. On l’additionne d’alcool à 95 degrés. Il se fait un précipité qu'on laisse déposer. On décante l'alcool, on en ajoute de nouveau, etc. Après deux ou trois décantations, suivant l'importance du précipité, on jette sur un filtre sans

plis et on lave à l’alcool absolu. En dernier lieu, on sèche dans un

1J. WonRTMANN, Untersuchungen über das diastatische Ferment der Baclerien (Zeitschrift für physiologische chemie, 1882, t. VI, p. 287). 2 DucLaux, Microbiologie, p. 190 et suiv., p. 639 et suiv.

ah mé . Ce re

courant d’air ou dans le vide; on pulvérise et l’on conserve dans un flacon sec et bien bouché. Le produit reste actif irès longtemps.

Ce procédé est à peu près celui qu'employait Mialhe‘ pour la préparation de la ptyaline de la salive. Une dernière précipitation par l'alcool donne un produit plus pur, et un dernier lavage à l’alcool absolu permet de dessécher complètement le produit en quelques heures.

C1. Bernard? a fait, relativement à l'emploi de ce procédé d’extraction du ferment des glandes, quelques observations qui lui enlèveraient de sa valeur dans la recherche de la diastase. Il a découvert que tous les tissus muqueux peuvent acquérir, lorsqu'on les à fait macérer dans l'alcool, la propriété de transformer l'amidon en sucre. Le procédé ne pourrait donc être mis en pratique que pour l'extraction du ferment d’un liquide. Je répéterai ici, relativement à

l'observation de Cl. Bernard, ce que je disais plus haut, à savoir qu'il

n’ya sans doute pas là de propriété acquise par le tissu, mais peut-

être l’action du ferment sécrété par une moisissure qui se serait développée dans le temps de la macération aqueuse. Quoi qu'il en soit, j'ai employé ce procédé parallèlement à celui qui a été exposé en premier lieu, et les résultats ont toujours été identiques : positifs ou négatifs, suivant les glandes.

Un troisième mode d’extraction, qui n’est qu’une modification du précédent, consiste à faire intervenir la glycérine comme dissolvant du ferment et à précipiter ensuite celui-ci par l’alcool. Ce procédé est de Wittich 3%. On peut lui opposer les mêmes critiques qu'à celui de Mialhe.

On voit par ce qui précède que le premier procédé est encore celui qui offre le plus de garanties. Les deux autres ne permettent

1 Mémoire sur la digestion el l'assimilation des matières amyloïdes et sucrées, 1846, p. 13.

2 Leçons de physiologie expérimentale, t. II, p. 575.

2 Wirricx, Kœnigsb, med, Jahrb., III, p. 196, cité par Gorup-Besanez, Chimie physiologique, p. 661,

de conclusion, quant à la diastase, que lorsque le résultat est négatif; dans le cas contraire, il est difficile d'affirmer si le ferment dias-

tasique est une sécrétion habituelle de la glande, ou si le traitement Juia donné naissance.

Il faudrait pourtant y avoir recours, si la glande examinée renfermait normalement du sucre : on ne pourrait pas, en effet, effectuer autrement la séparation du ferment diastasique de ce dernier corps, et l’on comprend que cette séparation doit être faite avant de rechercher si l’on a affaire à une glande douée de la propriété saccharifiante.

ACTION DES LIQUIDES DIGESTIFS DES CÉPHALOPODES SUR LES HYDRATES DE CARBONE.

I. Amaidon cru. — On a vu‘! que, d’après Jousset de Bellesme, le liquide sécrété par le foie du poulpe ne peut saccharifier l’amidon, tandis que, d’après les autres physiologistes qui se sont occupés de la queslion, ce même liquide est éminemment propre à effectuer cette saccharification. Il pouvait se faire que cette contradiction fût plus apparente que réelle : M. Jousset ayant en effet opéré sur l’amidon cru, tandis que les autres observateurs avaient exclusivement expérimenté sur l’amidon hydraté (amidon en empois).

J’ai donc repris tout d’abord les expériences de M. Jousset de Bellesme. Je me suis servi, à cet effet, de la fécule de pommes de terre, de préférence aux divers amidons du commerce, par cette raison, que cette fécule est préparée industriellement avec le secours de l’eau seulement, sans l'intermédiaire d'aucun agent chimique. Elle présente pourtant un inconvénient : c’est d’être toujours accompagnée de glucose. Pour s’en assurer, il suffit d’en prendre une petite quantité, de la délayer dans l’eau, de jeter sur un filtre et d'essayer la liqueur filtrée par le réactif cupro-potassique, Il se produit, soit

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sur-le-champ, soit après quelque temps de repos, un précipité rouge de sous-oxyde de cuivre.

Il suffit, pour se débarrasser de ces traces de sucre, de laver la fécule jusqu’à ce que l’eau de lavage, traitée par la liqueur cupropotassique, ne donne plus de précipité. Le produit desséché dans un courant d'air se conserve ensuite indéfiniment. On peut même délayer la fécule ainsi purifiée dans de l’eau distillée froide et constater après cinq ou six jours qu'il ne s’est} pas encore formé de traces de sucre.

Ces précautions ne suffisent pas encore, il faut, lorsqu'on recherche si la fécule a été attaquée par les sucs digestifs, tenir compte de certaines particularités importantes : premièrement, relativement à l’essai par la teinture d’iode. On sait que ce réactif colore en bleu l’'amidon, et ne donne plus de coloration, lorsque l’amidon est saccharifié. Or, lorsqu'on ajoute de {la teinture d’iode à un mélange de fécule brute et de liquide, provenant de la trituration du foie d’un Céphalopode avec de l’eau, les premières gouttes ne produisent aucune coloration ; en sorte que, si l’on s’en tenait à cette indication, on conclurait à la transformation de la fécule, alors que, comme on peut s’en assurer au microscope, les grains sont intacts. Ce fait, déjà connu, doit tenir à ce que l’iode se porte d’abord sur les matières albuminoïdes de préférence à l’amidon!.

Deuxièmement, relativement à la recherche du sucre par la liqueur cupro-potassique. Le foie des Céphalopodes, comme je le montrerai dans un chapitre spécial, renferme un ferment digestif des matières protéiques. Ce ferment après trituration du foie se trouve en contact intime avec les débris de tissus qu'il ne tarde pas à transformer en peptones. Les peptones donnent avec la liqueur

1 On trouve, dans les Comptes rendus (t. LXXXIII, p. 225), une note de M. Ed. Puchot, dont les conclusions sont conformes à cette explication. « Etant données de l’albumine et une solution d’amidon, celui-ci n’est coloré que par un grand excès d'eau iodée. L’albumine agit sans doute en s’emparant de l'iode. En effet, elle décolore complètement la solution de ce corps. »

.Cupro-potassique une coloration violette très intense, en présence de laquelle il est difficile de décider s’il y a réduction. Au reste, les ferments solubles, l’émulsine en particulier, probablement par les matières albuminoïdes qui les accompagnent, donnent lieu avec la liqueur cupro-potassique à une réaction semblable. Voici le procédé auquel je me suis arrêté pour éviter cette coloration :

Le mélange de fécule et de liquide hépatique à examiner est additionné de 4 volumes d'alcool à 90 degrés. On laisse reposer et l’on filtre. On évapore au bain-marie le liquide alcoolique, on reprend par l’eau, on filtre et l’on essaye le liquide filtré. En traitant par l'alcool on élimine la majeure partie des peptones : en évaporant à 100 degrés, on précipite une matière albuminoïde que l’eau ne redissout pas.

Malgré ce traitement, on n'arrive pas toujours à éviter complètcment la coloration. Certaines peptones, en effet, sont solubles en petites proportions dans l'alcool, même concentré. Aussi ai-je dû recourir, dans plusieurs cas douteux, à la fermentation alcoolique.

En résumé, lorsque, au microscope, les grains m'ont paru être restés intacts ; lorsque la teinture d'iode, ajoutée en quantité suffisante, m'a donné la coloration bleue caractéristique; lorsque la liqueur cupro-potassique n’a pas été réduite ou, cette réduction étant douteuse, quand la levure de bière n’a déterminé aucune fermentation, j'ai conclu à la non-existence d’un ferment digestif de la fécule brute.

Voici maintenant le détail des expériences :

1° RECHERCHES FAITES SUR UN POULPE, 25 août; température, 15 à 20 degrés. — a. Glandes salivaires supérieures. — Le liquide obtenu en triturant les glandes avec l’eau est limpide, non visqueux et très légèrement acide. On le mélange avec de l’amidon. On en fait deux portions que l’on met chacune dans un petit tube fermé par un bout.

Après vingt-quatre heures, le contenu de l’un des tubes est traité comme il a été dit pour la recherche du sucre. Pas de réduction avec la liqueur cuivrique, coloration avec l’eau iodée.

Après quarante-huit heures, le contenu du deuxième tube est traité de la même manière; même résultat,

b. Glandes salivaires inférieures. — Le liquide résultant du traitement de la glande par l’eau est incolore, mais très visqueux, même après qu'on l’a étendu d’eau. On le partage également en deux parties après l'avoir mélangé avec de la fécule. On constate, après vingtquatre heures, et aussi après quarante-huit heures, que l’amidon n'est pas transformé. À ce moment, le mélange répand une odeur sulfureuse.

c. Foie. — Le liquide obtenu avec la substance du foie est jaune foncé, tirant sur le brun, trouble. Mélangé avec des grains de fécule, il fournit, après vingt-quatre heures, comme après quarante-huit heures, un extrait alcoolique donnant avec la liqueur cupro-potassique une coloration violette intense, due sans doute aux peptones dont j'ai expliqué plus haut la formation, et suffisante pour masquer . toute action réductrice. Il n’y a donc aucune conclusion à tirer de ce résultat.

Avant de procéder à l’opération précédente, et immédiatement après avoir ouvert l’animal vivant, on avait lié les deux canaux biliaires à leur entrée dans l'intestin spiral. Ensuite, on avait enlevé le foie en y laissant attachés les canaux et l'intestin en question pour le suspendre durant environ un quart d'heure, les canaux étant par en bas. Dans ces conditions, ceux-ci se sont remplis d’un liquide brun renfermant de petites granulations brunes.

Ce liquide ne doit pas être considéré comme représentant la sécrétion hépatique normale, du moins telle qu’elle est au moment de la digestion de l'animal. Le poulpe sur lequel j’expérimentais était à jeun. Ce point sera d’ailleurs examiné plus loin.

Quoi qu'il en soit, ce liquide est additionné de fécule. Après vingtquatre heures, le traitement ordinaire ne révèle aucune formation de sucre. Il ne se produit pas non plus de coloration violette par la liqueur cupro-potassique, ce qui semble confirmer ce qui a été avancé précédemment : à savoir que cette coloration est bien due à des

peptones fabriquées par le ferment peptique du foie agissant sur les tissus de cet organe. |

d. Pancréas. — On détache avec précaution une portion du tissu du pancréas en ayant soin de ne pas aller profondément pour ne pas prendre en même temps quelque partie du foie. Le liquide extrait de ce tissu ne donne lieu à aucun changement de l’amidon, ni après vingt-quatre heures, ni après quarante-huit heures.

2°” RECHERCHES FAITES SUR UN DEUXIÈME POULPE, 30 août; température, 15 à 20 degrés.—Les glandes salivaires, le pancréas donnent les mêmes résultats que ceux qui sont indiqués ci-dessus ; c’est pourquoi je n'insiste pas. Pour ce qui est du foie, on achève l'opération de la

façon suivante : on reprend l'extrait alcoolique par l’eau, on porte à

l’ébullition, il se fait un léger précipité que l’on sépare par filtration.

On essaye alors. le liquide avec la liqueur cupro-potassique : il ne se produit qu'une coloration violette très faible, et pas de précipité de sous-oxyde de cuivre.

Mais on pouvait supposer que la présence d’une petite proportion de peptones avait empêché la précipitation de l’oxydule de cuivre et avait masqué par conséquent le glucose formé !. C’est pourquoi l’on examine ensuite le liquide par fermentation. Pour cela, on met dans un tube fermé par un bout la liqueur aqueuse avec de la levure de bière préalablement lavée sur un filtre. A ce tube est adapté un bouchon que traverse un petit tube en verre recourbé. Celui-ci se rend directement dans un petit flacon contenant de l’eau de chaux S'il se dégage de l’acide carbonique, cet acide, en traversant l’eau de chaux, donnera un précipité de carbonate. Après quarante-huit heures, la température étant de 20 degrés pendant le jour, il ne s’est produit aucun précipité. Il n'y a donc pas de sucre dans le liquide essayé. Un second appareil, monté comme le précédent, mais dans

lequel on ajoute à la levure de bière quelques centigrammes de sucre

1 CI. BERNARD, Leçons de physiologie expérimentale, t. I, p. 459, et t. II, p. 426, et BERTHELOT, Expérience rapportée par Cl. Bernard, même ouvrage, t. I, p. 460,

interverti, présente, au contraire, déjà après vingt-quatre heures, un précipité très apparent de carbonate de chaux.

Je ne relate pas les autres recherches que j'ai faites avec des poulpes à jeun ou en digestion, parce qu’elles m'ont toujours fourni les mêmes résultats négatifs. Pour la même raison, je passerai très rapidement sur les observations relatives à la seiche et au calmar.

3° RECHERCHES FAITES SUR UNE SEICHE EN DIGESTION, 26 août; température, 45 à 20 degrés. — Les glandes salivaires uniques de la seiche fournissent, par trituration avec l’eau, un liquide encore plus visqueux que celui qu’on obtient, dans les mêmes conditions, avec les glandes salivaires inférieures du poulpe. Aussi est-on obligé de passer

à travers un linge fin, la filtration étant impossible. Ce liquide est

acide. Il ne produit pas d’ailleurs la saccharification de l’amidon,

non plus que le foie ni le pancréas. Ce dernier organe étant ici facile à isoler, au moins par portions, il y avait intérêt à l’essayer particulièrement.

4° RECHERCHES FAITES SUR UN CALMAR.—Le contenu de l'estomac d'un calmar, mort depuis quatre ou cinq heures, est filtré ; puis on ajoute au liquide limpide de la fécule. Celle-ci n’est pas attaquée pendant les vingt-quatre heures que dure l'expérience.

Ainsi, aucune des différentes glandes digestives du poulpe, de la seicheet très probablement du calmar ne renferme de ferment capable d'agir à la température ordinaire sur la fécule de pommes de terre brute. 11 était intéressant de voir si, en élevant quelque peu la température, sans se rapprocher toutefois de celle à laquelle la fécule se transforme en empois, on pouvait déterminer la saccharification totale ou partielle de cette fécule.

J'ai adopté, pour résoudre la question, une marche un peu différente de ce qui précède, et je n’ai cru utile de faire d'essais querelativement au foie.On a vu plus haut comment on extrait d’une glande le ferment diastasique, ou plutôt, un mélange de divers ferments et de certaines matières albuminoïdes'; c’est seulement sur ce mélange que j’aiopéré.

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RE LL mm

Qu'il provienne du foie du poulpe ou de celui de la seiche, il donne une solution presque inodore, légèrement ambrée, claire, quoique un peu visqueuse, moussant fortement par l'agitation. Cette solution, additionnée de fécule, est maintenue dans une étuve, à la température de 35 degrés. Un tube, renfermant de l’eau et de la fécule, est placé dans les mêmes conditions. Après vingt-quatre heures, on essaye les deux produits d’après le procédé ordinaire. Il n’y a aucune trace de sucre, ni dans le tube témoin, ni dans le tube contenant la matière supposée fermentaire. |

Les expériences qui précèdent ont donc donné des résultats identiques à ceux que des expériences analogues avaient fournis à M. Jousset de Bellesme. Mais s’ensuit-il que l’on doive conclure à l'absence de la diastase dans les liquides digestifs des Céphalopodes? A ce compte, ni la salive ni le suc pancréatique de l’homme ne renfermeraient de diastase, puisque ces liquides n’agissent pas sur l’amidon cru à la température ordinaire.

En réalité, la saccharification de l’amidon cru dans l’économie est un problème sur lequel nous n’avons encore que des données très incomplètes ‘. Cl. Bernard supposait que l’amidon cru est d’abord hydraté dans l’estomac, ce qui permet ensuite sa digestion dans l’intestin grêle par ia diastase du pancréas”. L'expérience n’a pas justifié cetle supposition.

Quoi qu'il en soit, il n’en est pas moins probable que la digestion de l’amidon cru est le résultat de deux réactions successives *. Nous ne connaissons bien que la deuxième, et c’est celle-ci seulement — saccharification de l’empois — qui jusqu'alors, pour les physiologistes, a caractérisé la présence de la diastase dans un liquide digestif ou dans une glande. C'est ici, par conséquent, que je dois exposer les recherches que j'ai faites avec l’amidon hydraté.

IT. Amidon hydraté. — Pour avoir de l’amidon hydraté, tout à fait 1 DucLaux, Microbiologie, p. 577 et suiv.

3 CI. BERNARD, Leçons de physiologie expérimentale, t. II, p. 401 et 456. William Rogerts, les Ferments digestifs, traduction française, p. 22.

exempt de sucre, on prend de la fécule purifiée, 5 grammes, qu'on délaye dans 20 centimètres cubes d’eau froide. On ajoute assez rapidement au mélange, en agitant convenablement, 280 grammes d'eau bouillante. La température extérieure étant 18 degrés, celle du liquide, à la fin de l’addition d’eau, ne dépasse jamais 76 ou 77 degrés. On obtient ainsi un produit liquide, que l’on peut prendre avec une pipette, et qui, par conséquent, se prête bien à l’expérimentation. Il ne donne aucune réduction de l’oxyde de cuivre. Si on l'examine au microscope, on voit que les grains sont intacts et seulement gonflés par l'absorption de l'eau.

En s’arrangeant de façon à ce que, après refroidissement, l'empois occupe un volume déterminé, 300 centimètres cubes par exemple, il

devient propre à faire des recherches quantitatives d’une précision suf-

fisante. On atteint ce résultat en marquant dans un vase à précipiter l'endroit où affleurent 300 grammes d’eau à 77 degrés, et en additionnant l’empois d’eau à cette température jusqu’à ce qu'il occupe le volume ainsi déterminé.

En traitant la fécule, comme dans la préparation ordinaire de l’'empois, c’est-à-dire en la chauffant après l’avoir délayée dans l’eau froide, jusqu'à l’ébullition, il se fait toujours du sucre réducteur, sans doute parce que certaines portions en contact avec le vase sont portées à une température élevée. On ne peut d’ailleurs conserver longtemps, sans altération, l’amidon hydraté. Après cinq jours, il commence à réduire — plus tôt même, si la température ambiante est élevée — et la réduction va en s’accroissant. Il convient donc d'en préparer toujours àu moment du besoin et de ne faire aucune expérience de trop longue durée, Une bonne précaution est de mettre de côté une portion du liquide amylacé et d’en faire l'essai en même temps qu’on fait celui du produit en expérimentation. Si le liquide témoin renferme du sucre, l’opération est à recommencer.

4° RecuErCuEs. PouLre, 30 août; température, 15 à 20 degrés. — a. Glandes salivaires. — Le liquide provenant de la macération des glandes salivaires inférieures ou supérieures d’un poulpe, addi-

tionné d’amidon hydraté, ne donne aucune réduction de l’oxyde de cuivre, après vingt-quatre heurés de contact. |

b. Foie. — Une portion du foie a été traitée ainsi qu'il suit : on a préparé deux tubes avec un mélange de liquide hépatique et d’amidon hydraté : pour être essayés l’un après vingt-quatre heures, l’autre après quarante-huit heures. Dans les deux cas, même résultat. Le liquide provenant des traitements par l'alcool a donné, avec la liqueur cupro-potassique, un précipité jaune. L’oxydule de cuivre, tel qu'il se précipite dans les réductions ordinaires de la liqueur cupro-potassique, est rouge. Aussi, bien que je me sois assuré que le précipité jaune ci-dessus renfermait du cuivre, j'ai considéré que l'expérience n’était pas concluante.

c. Pancréas. — On a séparé soigneusement une portion du tissu

pancréatique ; on l’a fait macérer avec de l’eau, et le liquide filtré

a été abandonné, avec un peu d’empois d’amidon, pendant vingtquatre heures ; après quoi, l'essai fait dans les conditions ordinaires a donné naissance à un précipité très net d'oxydule de cuivre. Il y avait donc eu saccharification de l’empois.

20 RECHERCHES. POULPE, 8 septembre ; température, 15 à 20 degrés. — Dans cette seconde série de recherches, je me suis attaché non seulement à voir s’il y avait eu formation de sucre, mais encore à constater, à la fin de l’expérience, l’action de la teinture d’iode sur l’amidon trailé.

Les glandes salivaires supérieures ou inférieures n'ont donné lieu à aucune transformation, et au moment de la recherche du sucre, c’est-à-dire après vingt-quatre heures, la teinture d’iode colorait encore en bleu le mélange.

Avec le foie et le pancréas, la réduction de l’oxyde de cuivre a été très nette, et le mélange ne se colorait plus par l’iode.

3° REGHERCHES. POULPE EN DIGESTION, 20 septembre ; température, 15 à 18 degrés. — a. Glandes salivaires. — Pas d'action.

b. Foie. — À peine le mélange du liquide hépatique a-t-il été fait avec l’amidon, que l’iode n’a plus donné lieu à aucune coloration,

sauf sur quelques particules. Le lendemain, réduction très nette. .

c. Intestin spiral. — On s’est d’abord assuré que le contenu de l'intestin spiral ne renfermait pas de sucre. Pour cela, on en a évaporé une portion au bain-marie; on a repris le résidu par l’alcoo!, et l'on a soumis à l'essai le liquide alcoolique. L'autre portion, après filtration, a été additionnée d’empois d’amidon. Le lendemain, il s'était fait dans ce mélange une quantité notable de sucre.

Afin de voir si un autre liquide renfermant des matières albuminoïdes ne pouvait pas donner lieu à une saccharification de l’amidon, on a mis ensemble du sang de poulpe et de l’empois. Il ne s’est pas produit de sucre.

Il était indispensable de s'assurer si l’on obtiendrait avec un autre Céphalopode des résultats identiques aux précédents.

Le 9 septembre, une seiche à jeun est sacrifiée. Le liquide salivaire ; ne produit aucune action. Avec le liquide hépatique on n'obtient qu’une réduction très faible. Avec le pancréas, au contraire, la réduction est nette, et l’action de l’iode sur le mélange nulle à la fin de l'expérience.

Deux autres seiches à jeun me donnent, le 12 et le 17, des résultats semblables.

On sacrifie alors des seiches en digestion. Les résultats sont beaucoup plus nets et un peu différents. Les liquides salivaires sont toujours inactifs; mais le liquide de macération du foie, de même que le liquide pancréatique, se montre éminemment propre à transformer l’amidon en sucre. Cette transformation, ou plutôt le commencement de cette transformation, est si rapide que, dès après le mélange des liquides et de l’amidon, celui-ci a déjà perdu la propriété d’être coloré en bleu par l’iode.

On voit, par les faits qui viennent d’être exposés, que si la pro priété de transformer l’amidon hydraté en sucre appartient aux liquides provenant de deux organes : foie et pancréas, les expériences indiquent pour les différents individus étudiés de notables variations dans la puissance saccharifiante de ces mêmes organes. Ces diffé-

rences dôivent être attribuées à l’état de digestion des animaux en expérimentation. Si l’animal est à jeun, la saccharification est faible. Chez les Céphalopodes, comme chez les animaux supérieurs, il y a dans ce cas ralentissement et même arrêt de la sécrétion et, conséquemment, de la production du ferment. Au contraire, si l’animal vient de prendre sa nourriture, l’action est rapide, considérable.

Voici, en dernier lieu, une observation qui me paraît concluante. Un poulpe, conservé dans le parc de Roscoff, dans des conditions qui ont été indiquées précédemment, fut trouvé, une demi-heure environ après qu'on lui avait donné des crabes, en train de manger l'un de ceux-ci. On le rapporta, ainsi que les restes de son repas, au laboratoire, et l'animal et sa proie furent mis dans un aquarium. Le poulpe reprit immédiatement son repas interrompu, sans paraître autrement contrarié de son changement de domicile.

Au reste, on ne peut que deviner ce qui se passe. Le poulpe maintient le crabe tout près de la mandibule, dans la cavité limitée par les bras et la membrane qui les relie à leur base, et il le mange pour ainsi dire sans mouvement extérieur apparent. Sous ce rapport, poulpes et seiches se conduisent de même.

Après trois quarts d'heure, l’animal, ayant rejeté les débris du crabe, fut sacrifié. Le jabot était plein ainsi que l'estomac. Les deux canaux hépatiques furent liés immédiatement sur l’animal vivant au niveau même de leur entrée dans l’intestin spiral!. Au bout de dix mi-

1 La vivisection chez le poulpe présente quelques difficultés. On sait qu’on a l’habitude de maintenir l’animal sur une planche, en fixant chacun de ses bras à l’aide de fortes. pointes. C’est précisément cette première opération qui est délicate. Le poulpe s’attache avec ses bras garnis de ventouses aux objets environnants, et s’échappe des mains de l’opérateur d’autant plus facilement que son corps est mou et visqueux. Si l’on veut résister en serrant davantage, on s’expose à léser quelque organe intérieur. Le mieux est d'étendre sur une table un lambeau de toile de 50 à 60 centimètres de côté. Sur cette toile, et au milieu, on met la planche sur laquelle on doit fixer le poulpe. Elle a de 20 à 25 centimètres de côté. D'une main on maintient le mollusque, de l’autre on cloue les tentacules. Le poulpe essaie bien, tout d'abord, de s'échapper; mais, ses ventouses n'ayant pas de prise sur la toile, il ne tarde pas à se résigner.

nutes, les deux canaux furent percés et le liquide qu’ils contenaient recueilli dans un verre de montre. On en obtint environ 10 gouttes. C’est un liquide tout à fait incolore, limpide, très peu filant, rappelant la salive mixte après filtration. Il est donc bien différent de ce liquide brunâtre rempli de débris de cellules qui ne tarde pas à descendre dans les canaux hépatiques et même dans l'intestin spiral lorsqu'on suspend le foie frais d’un poulpe à jeun avec ces derniers organes !. Il est probable que c’est ce dernier liquide que Cuvier a décrit lorsqu'il dit que la bile du poulpe est un liquide jaune orangé ?.

Quoi qu'il en soit, on à ajouté à ce liquide 5 centimètres cubes d’empois. Presque immédiatement après, le mélange essayé à l’eau iodée ne donnait plus de coloration, et l'examen microscopique montrait que les grains d’amidon, très visibles et seulement gonflés avant l’addition de la bile, avaient disparu. Le lendemain, il était manifeste que tout l’amidon était saccharifié.

Cette dernière expérience démontre d’une façon péremptoire que le foie ou le pancréas, ou tous les deux — car ces organes possèdent les deux mêmes canaux évacuateurs — donnent naissance à un fer-

ment capable de transformer, et cela aussi rapidement que le fait la

salive, l’amidon en sucre. Je reviendrai sur l'interprétation qu'il faut

donner à tous ces résultats, |

Le contenu de l'intestin spiral du même poulpe possédait également la propriété de saccharifier très rapidement l’empois.

Les ferments extraits des glandes, soit par l'alcool simplement, soit par la glycérine et l’alcool, ne se conduisent pas tout d’abord avec l’amidon hydraté comme le liquide sécrété naturellement, bien qu’en fait le sens de l’action et le résultat auquel elle mène soient identiques. Peut-être le ferment n’a-t-il pas toute sa puissance au moment de sa dissolution dans l’eau? Son action ne se traduit pas

1 Voir page 926.

? Cuvier, ouvrage cité, t. II, p. 453. Dans son Mémoire sur la physiologie de la

Seiche, P. Bert insiste également sur le fait que la sécrétion du foie de ce mollusque est incolore, p. 120.

par une disparition immédiate de la propriété qu'a l’amidon de se colorer en bleu avec l’eau iodée. Cette propriété persiste même plu-

- sieurs heures. Aïnsi, avec 20 centigrammes de ferment hépatique du

poulpe et 10 centimètres cubes de liquide amylacé, l’iode donnait encore une teinte violette après quatre heures de contact. Au bout de vingt-quatre heures la coloration était jaune. C’est, comme on sait, la teinte correspondant à l’une des dernières-dextrines produites dans-l’action de la diastase sur l’amidon hydraté. L'essai à la liqueur cupro-potassique indiquait d’ailleurs, à ce moment, qu'il y avait beaucoup de sucre réducteur de formé.

Des essais analogues ont été faits à l’aide de ferments obtenus avec le foie de la seiche, le pancréas du poulpe et celui de la seiche. Les résultats ont été identiques à ceux qu’avaient donnés les glandes elles-mêmes,

J’ajouterai, en dernier lieu, qu’un essai, fait sur l’empois avec le contenu filtré de l’estomac d’un calmar mort depuis quatre ou cinq heures, a donné également un résultat positif, c’est-à-dire que l’amidon a été saccharifié (15 septembre 1881).

L'existence dans les sécrétions du foie et du pancréas des Céphalopodes d’un ferment soluble saccharifiant l’amidon hydraté étant ainsi définitivement établie, il n’était pas sans intérêt de rechercher si l’action exercée par ce ferment sur la matière amylacée est la même que celle qui est exercée sur la même matière par la diastase des animaux supérieurs, par la diastase salivaire par exemple ; une telle recherche n’ayant jamais été faite. |

On sait depuis longtemps que le produit final de l’action des acides dilués sur l’amidon est du glucose. Kirschoff l’avait montré en 1811 en même temps qu'il annonçait qu’il se forme d’abord des corps intermédiaires de la famille des dextrines. Lors de la découverte de l’action de la salive sur l’amidon, par Leuchs (1831), puis de la diastase de l'orge germé, par Payen et Persoz (1836), on admit par analogie que l’action de ces deux ferments est identique à celle des

ss

acides ; et cette opinion que la salive et la diastase de l'orge germé donnent, en agissant sur l’amidon, du glucose comme sucre s’est perpétuée jusque dans ces derniers temps.

Dubrunfaut avait pourtant annoncé, dès 1847', qu'il n’y a pas identité entre le glucose et le sucre qui se produit par l’action de l'orge germé sur l’empois. Ce dernier sucre, auquel il donna le nom de maltose, possède, d’après lui, un pouvoir rotatoire trois fois plus grand que celui du glucose ordinaire.

Mais son travail passa presque inaperçu et l’on continua à considérer le sucre du malt comme du glucose jusqu’à l’époque (1872) où

Cornelius OU’Sullivan?, dans ses Æecherches sur la transformation de

l’amidon, fut venu confirmer le fait avancé par Dubrunfaut. Avec

O’Sullivan, d’autres chimistes : Schulze*, Marker*, Musculus et Grüber”, etc., étudièrent les propriétés et les conditions de forma, tion du nouveau sucre, et il fut établi définitivement que la diastase du malt, en agissant sur l’empois d’amidon, donne naissance à du maliose et à des dextrines.

O’Sullivan s'était borné à l’étude de l’action de la diastase végétale. Musculus et de Mering f entreprirent de rechercher celle de la diastase animale. Il y avait lieu de supposer que ce dernier ferment donnerait naissance au même sucre et aux mêmes transformations que le premier. C’est en effet la conclusion à laquelle les conduisirent les résultats de leurs recherches.

D’après ces expérimentateurs, la salive et le suc pancréatique fournissent avec l’amidon hydraté les mêmes produits de dédoublement que la diastase, à savoir : dextrines réductrices, maltose et

1 DuruNFAUT, Nole sur le glucose (Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XXI, p.178).

? Action de l'extrait de malt sur l'amidon (Journal of the Chemical Society, juiliet 1872. Traduction dans le Moniteur scientifique, 3e série, t. IV, p. 210, 1874).

3 Ueber Mallose (Berich. d. deuts. Chem. Gesellsch., t. VIT, p. 1047).

* Ueber Mallose (Berich. d. deuts. Chem. Gesellsch., t. X, p. 2234).

5 Ein Beitrag zur Chemie der Stärke (Zeitschrift f. phys. Chemie, t. IT, p. 477).

6 Ueber die Umwandiung von Stärke und glycogen durch Diastase, Speichel, Pankreas und Lebcrferment (Zeischrift f. ph. Ch., & IT, p. 403).

* glucose. Lorsque la salive a achevé son action sur l’empois d’amidon, le pouvoir réducteur du produit à l’égard de l’oxyde de cuivre se trouve être de 52, si l’on représente par 100 celui qu'aurait un poids de glucose égal au poids de matières fixes produites par l’action de la salive sur l’amidon.

Le mélange renferme une quantité de glucose égale à environ 4 pour 100 de la fécule employée et une proportion de maltose égale à 70 pour 100.

D’après O’Nasse, dont le travail parut à la même époque, les ferments salivaires et pancréatiques ne produiraient pas de glucose. Il se formerait sous leur influence un sucre particulier inconnu auquel il donne le nom de péyalose, différent du maltose. Les ferments donneraient naissance en même temps à une dextrine non réductrice. En outre, le pouvoir réducteur de l’amidon n’arriverait pas au-delà de 45 ou 47 sous l'influence de la salive.

L'existence de la ptyalose n’est acceptée aujourd'hui par personne.

Relativement à la quantité maximum de maltose que peut fournir un poids donné d’amidon, on a vu plus haut que Musculus et de Mering l’évaluent à 70 pour 100 de la fécule employée. O’Sullivan a publié des formules représentant la réaction diastasique desquelles il ressort que 100 parties d’amidon peuvent fournir 70.37 de maltose. D’après la formule de Marker, on pourrait en obtenir 79.1, tandis que Baswitz ? prétend qu'il n’a jamais pu dépasser 67.3.

On voit, en définitive, que les chimistes qui ont étudié les transformations que subit l’amidon sous l'influence des ferments diastasiques ne sont pas complètement d'accord, en sorte quil est permis de supposer qu’il reste encore quelques points à éclaircir de ce côté.

Je ne pouvais songer, quant à moi, à chercher à contrôler ces ré-

sultats dans l’espoir d’arriver à comparer plus facilement et avec cer-

1 Bemerkyung zur Physiologie des Kohlenhydrate (Pflüger's Archiv, t. XIV). 2 Baswrrz, Zur kenniniss Diaslase (Bericht d. deutsch. Chem. Gesel., L&. KIT, p. 1827).

titude l’action de la diastase des Céphalopodes avec celle des ferments diastasiques connus. Je suis convaincu, d'ailleurs, que les variations dans les résultats observés par les divers expérimentateurs dont je viens de parler, tiennent en grande partie aux propriétés variables de l’amidon employé, et par conséquent sont indépendantes de l’habileté de l’expérimentateur.

En fait, pour qu’une comparaison puisse être établie, il faut que le point de comparaison soit fixe et non variable. Aïnsi, ce serait s’illusionner que chercher à comparer l’action de deux quantités égales de chaque ferment exercée dans des conditions identiques, car les ferments ne peuvent être isolés à l’état pur, et par conséquent on ne peut en estimer la quantité.

Il me semble, à supposer que l’amidon ait un dédoublement fixe connu ou inconnu, qu’on peut, sans se préoccuper de ce dédoublement, arriver à une comparaison à l’abri de toute critique en opérant ainsi qu'il suit :

1° On traite pendant un excès de temps à une température convenable un même poids d’amidon hydraté: d’un côté, par de la salive; de l’autre, par du ferment diastasique des Céphalopodes; ces ferments étant dans les deux cas en excès. Si dans les deux cas on a communiqué à chacune des quantités d’amidon en expérience le même pouvoir réducteur, c’est que les deux actions sont identiques.

Ce raisonnement suppose : 4° qu’en prolongeant l'expérience audelà d’une certaine durée, on n’accroît pas le pouvoir réducteur; 2° que les proportions du ferment n'ont pas d'influence sur la valeur finale de ce pouvoir réducteur; 3° que la température elle-même, pourvu qu’elle soit inférieure à celle à laquelle la diastase commence à se détruire et supérieure à 10 à 15 degrés, n’a pas d’importance.

Ces proportions ne sont vraies que dans une certaine mesure. Ainsi, on a vu plus haut que, d’après Musculus et de Mering, le pouvoir réducteur d’un empois traité par la salive est de 52 lorsque l’action de la salive est terminée,

De Mering a repris plus tard la question! avec la diastase. Il à remarqué qu’on obtient en moyenne un pouvoir réducteur de 50 en soixante ou soixante et dix heures. Ce pouvoir s'accroît ensuite avec une extrême lenteur; au bout de soixante et dix jours il était arrivé à 65. |

Il faut donc dans des recherches comparées ne pas dépasser la durée de deux à trois jours. |

Relativement à la température, nous avons les données de Kjeldahl?. D’après cet auteur, lorsque la digestion est suffisamment longue, il semble qu'à toutes les températures inférieures à 63 degrés on peut obtenir la même quantité de sucre qu'à cette limite, et que l’action de la diastase est la même à toutes ces températures en tant que la production du sucre peut, à chacune d'elles, atteindre les mêmes proportions, la différence ne portant que sur la rapidité plus ou moins grande avec laquelle ce résultat est obtenu.

Le même .auteur a étudié l’action de proportions variables de ferment * et il ressort de ses recherches qu’un excès de diastase ne peut pas donner lieu à une grande augmentation de sucre ; mais son action se manifeste dans la marche plus rapide de la réaction.

J'ai moi-même examiné ces différents points avant d’effectuer la comparaison dont j’ai parlé. J’ai expérimenté sur la salive. Dans une première série d'expériences j'ai fait réagir une même quanlité de salive sur des volumes d’empois croissants. La quantité de salive était de 1 centimètre cube. Le contact de la salive et de l’empois avait lieu à la température du laboratoire (18 degrés). Après vingt-quatre heures on faisait avec chaque essai un volume de 10 centimètres cubes et l’on examinait ce qu'il fallait de cette solution pour réduire exactement 5 centimètres cubes de liqueur de Fehling à 10 centimètres cubes = 5 centigrammes de glucose.

1 Ueber den Eïinfluss diastalischer Fermente auf Slärke, Dextrin und Mallose (Zeitschrift f. phys. Chemie, t. V, p. 1881).

2 Meddelelser fra Carlsberg Laboratoriet. Andet Hefle. Résumé français, p. 1925.

3 Meddelelser fra Carlsberg Laboralcriet. Andet Hefte. Résumé français, p. 127 et 128.

Dans le tableau quisuit, la première colonne renferme les numéros.

d'expériences; la deuxième, le volume d’empois ajouté à 1 centimètre cube de salive ; la troisième, le nombre de centimètres cubes de solution saccharifiée nécessaire à la réduction des 5 centimètres de liqueur cupro-potassique, et lenfin la quatrième, le nombre de dixièmes de centimètre cube qu'il eût fallu, s’il y avait eu dans chaque essai 60 centimètres cubes d’empois saccharifié comme l'était l’empois de cet essai :

A LUE ARS LS M0 37.4 62.3 ENS eo U-dien 18.9 63.0 COUR E 2 MIO 13.0 63.0 Ne Ne SA 7 18.0 66.6 NA a Ar 150 8.0 66.6 ON | 6.7 67.0

On voit par l'examen de la dernière colonne qu’à la vérité le processus de saccharification examiné au bout de vingt-quatre heures est de moins en moins avancé au fur et à mesure que le volume d’empois augmente, mais que la différence observée est insignifiante.

Dans une autre série d'expériences qu’il est inutile derapporter ici, au lieu de faire varier le volume d’empois, je faisais varier le volume de salive et j’ai observé les mêmes résultats. Ces faits démontrent donc que, comme le pensait Kjeldahl, la quantité de ferment n’a qu'une importance relativement faible au point de vue de la proportion de sucre formé. On doit arriver avec des proportions variables d'un même ferment, à condition d’attendre un temps suffisant et à condition encore que la différence entre ces proportions ne soit pas trop considérable, à des résultats aussi rapprochés que possible, quant aux chiffres qui expriment l’état de la saccharification d’une même quantité d’empois. Ces faits font également prévoir que, pour les conditions dans lesquelles ont été effectués les essais ci-dessus, le processus de saccharification fermentaire doit être terminé au bout de vingt-quatre heures.

Ce dernier point se trouve en effet établi par des recherches dans lesquelles, les quantités d’empois et de salive étant constantes, je fai-

sais varier seulement la durée du contact. Volume d’empois employé, 20 centimètres cubes ; volume de salive, 2 centimètres cubes; température, 18 degrés. A la fin de l'expérience on fait 100 centimètres cubes avec chaque mélange.

Liqueur suerée nécessaire à la décoloration

Expériences. Durée. de 5 cent. cubes de la liqueur cuivrique.

: LA CLONES PE ECS EeE 18 h. 168 LEA CETTE CTI 24 167 PRES LORIE ss 48 172 Be RCÈTE 72 176

La quantité de sucre formé irait, d’après ce tableau, un peu en diminuant. Mais j'attribue ce fait à un commencement de fermentation lactique qui n’a pas d’intérêt ici.

En résumé, on peut donc admettre comme vraies, pour les conditions des recherches qui précèdent, les propositions dont j’ai parlé. Il en résulte qu’il y à un point fixe ou plutôt une sorte de point d'arrêt dans la saccharification de l’amidon par la salive ou la diastase de l'orge germé, auquel on arrive rapidement avec une quantité suffi” sante de ferment, après quoi la saccharification se continue avec une extrême lenteur.

La question de la comparaison du ferment diastasique des animaux supérieurs avec celui des Céphalopodes se résume donc à voir si, avec ces deux ferments, on arrive à ce même point d'arrêt. Si oui, c’est que tous ces ferments sont identiques.

Ce point d’arrêt sera d’ailleurs apprécié par l’examen du pouvoir réducteur communiqué à l’empois d’amidon dans les deux cas. Mais le calcul du pouvoir réducteur, tel que l’entendent Musculus et de Mering, eût nécessité la recherche dans chaque essai de la quantité de matières fixes existant dans le liquide saccharifié, quantité que différents chimistes ont appréciée en prenant la densité du liquide ou en évaporant celui-ci à sec.

J'ai préféré comparer l’action réductrice du liquide de saccharification à celle que possède ce même liquide, lorsqu'il a été soumis à

une ébullition suffisamment prolongée avec de l'acide sulfurique étendu, c'est-à-dire, lorsqu'il a été transformé totalement en glucose *.

Du reste, le pouvoir réducteur, ainsi entendu, diffère à peine du pouvoir réducteur de Musculus et de Mering. Voyons, en effet, ce que devient le pouvoir réducteur du maltose ainsi compris.

D'après Soxhlet, un équivalent de glucose (180) réduit en chiffre rond 10 équivalents d’oxyde de cuivre; 4 équivalent de maltose anhydre (171) n’en réduit que 6,3 : 171 de glucose réduisent donc 9 éq. 5 d'oxyde de cuivre. Si l’on désigne par 100 le pouyoir réducteur du glucose et par x celui du maltose, on a :

E 63? d'où DL 66.

Mais si l’on compare l’action réductrice de 171 de maltose à l’action réductrice que possédera ce maltose transformé en glucose C2H"0!+H0? = C?H"°0?, c’est-à-dire 180 de glucose, on voit que la proportion devient :

100 10 un Re Fini d'où x = 63.

Ces deux valeurs de x sont également fixes, et il n’y a pas d’inconvénient à prendre l’une plutôt que l’autre comme point de comparaison. La deuxième me paraissant plus facile à établir rigoureuse-

ment avec de petites quantités de matière, je l’ai préférée.

! Cette deuxième action réductrice est fixe, puisqu'il s’agit en définitive, dans tous les cas pour lesquels on fait la comparaison, d’une même quantité d'amidon qu’on a transformée totalement en glucose. On a bien prétendu qu’on ne pouvait arriver par le traitement avec l'acide sulfurique étendu à une transformation complète. Mais des recherches indépendantes m'ont prouvé le contraire. C’est ainsi qu'ayant calculé la proportion théorique de glucose que pouvait fournir une fécule, calcul fait sur cette fécule préalablement desséchée à 1!0 degrés, j'ai trouvé 96.35 de glucose pour 100 de la fécule non desséchée, et cette même fécule m'a donné par ébullition avec de l'acide sulfurique étendu 96.38 de glucose pour 100. On peut considérer ces chiffres comme identiques. Mais pour obtenir un tel résultat, il faut un temps assez long, et une assez forte proportion d'acide. J'y suis arrivé en maintenant à l’ébullition pendant deux heures et demie 40 centigrammes de fécule délayés dans 200 centimètres cubes d’eau renfermant 4 grammes d’acide sulfurique monohydraté,

Voici les détails d’un de mes essais qui aideront à faire mieux saisir la question.

On met dans un tube à essai 20 centimètres cubes d’empois récemment préparé et agité préalablement au prélèvement. On ajoute 2 centimètres cubes de salive filtrée. On mélange et l’on abandonne pendant vingt-quatre heures à la température de 20 degrés. On en fait alors 100 centimètres cubes en ajoutant de l’eau distillée ; puis on verse ce liquide, au moyen d’une burette graduée, dans un ballon renfermant 10 centimètres cubes de liqueur cupro-potassique, maintenue à l’ébullition jusqu’au moment où se produit la décoloration. Il faut 34 centimètres cubes de solution,

Sur la liqueur sucrée restante, on prélève 60 centimètres cubes et l’on achève la transformation en glucose, en faisant bouillir ce liquide, additionné de 4 centimètres cubes d'acide sulfurique au tiers, pendant une heure environ. On ramène à 60 centimètres cubes. Cette fois, 1l ne faut plus que 180 divisions pour décolorer les 40 centimètres cubes de liqueur. Représentons par 100 le pouvoir réducteur de cette dernière solution. Les pouvoirs réducteurs des deux ‘solutions sont évidemment en raison inverse de la quantité de ces solutions qu'il faut ajouter, pour amener la décoloration d’un même volume de liqueur bleue, en sorte que, si l’on appelle x le pouvoir réducteur de la solution avant le traitement par l'acide sulfurique, on aura :

= — d’où æ = 32.6.

Si les diastases soumises à l'examen sont identiques, ces chiffres 100 et 52.6 ne doivent pas varier avec le même amidon. C’est cette identité qui a été constatée, comme cela ressort du tableau cidessous, représentant un certain nombre d’essais avec la salive et le ferment diastasiques des Céphalopodes. |

L’empois qui m'a servi est celui dont j'ai décrit précédemment la préparation. On a toujours expérimenté sur 20 centimètres cubes de

cet empois dont on faisait 400 centimètres cubes, l’action de la dias-

tase étant supposée terminée. Pour les ferments, on s'est servi des produits obtenus par l'intermédiaire de l'alcool. La durée du contact a toujours dépassé vingt-quatre heures et l’analyse a toujours porté sur 10 centimètres cubes de liqueur bleue.

Dans la première colonne se trouvent les désignations du fermenl|; dans la deuxième, le volume en centimètres cubes de liquide saccharifié par le ferment seul, qu’il a fallu ajouter à 10 centimètres cubes de liqueur bleue pour les décolorer ; la troisième, le volume en centimètres cubes du liquide sucré, dont la saccharification a été terminée par l’acide sulfurique étendu, qui a dû être ajouté à 10 centimètres cubes de liqueur bleue ; enfin dans la quatrième le pouvoir

réducteur calculé, comme je l’ai dit précédemment.

Saccharific, par le ferment.

Solut. suc. nécessaire

x L) 1m Ferments. | jàla décoloration Sélutsuerée;ele. réducteur, de liqueur bleue, Foie de poulpe (10 c.). 34.6 180 52.0 Foie de seiche (10 c.). 34.2 180 52 6 Salive (4 cent. c.)..... 34.2 180 32.6 Salive (6 cent. c.)..... 33.9 180 52.7

Dans une deuxième série d'expériences, avec un deuxième empois préparé cependant de la même manière, les chiffres de la deuxième colonne se sont rapprochés de 37. Dans une troisième, ces mêmes chiffres ont été de 35.0. Les chiffres de la troisième ont toujours été de 180 et 184, de telle sorte que les pouvoirs réducteurs étaient de 48 dans le premier cas et 52 dans le deuxième.

Ce sont là des variations pour lesquelles il me manque encore une explication. Cependant, comme ces variations se sont produites en même temps pour tous les ferments, il est certain que la diastase des Céphalopodes agit sur l’amidon, comme celle de la salive des

animaux supérieurs.

IT, Dextrine. — Je laisse de côté la question de savoir si la diastase peut saccharifier la dextrine pure ou les différentes dextrines pures,

question qui est encore controversée. Ge qui n’est pas contesté, c’est

qu'elle agit sur la dextrine du commerce, qui n’est, comme on sait, qu'un mélange de dextrines et d’amidon soluble.

On pouvait donc comparer l’action des ferments diastasiques sur ce produit, et cela avec d'autant plus de rigueur qu'il présente sur l'amidon hydraté l’avantage d’être soluble, en sorte qu’on est tou- Jours certain en prélevant des volumes égaux de solution d’avoir des poids égaux de dextrine.

On prend 250 à 300 grammes de dextrine du commerce qu’on dissout dans 600 à 700 grammes d’eau distillée ; on filtre. La solution est précipitée par de l’alcool à 90 degrés. Cette précipitation fournit de la dextrine en consistance gluante. On la redissout dans l’eau, et l’on précipite une deuxième fois par l’alcool à 80 degrés. On répète la même opération une troisième fois en se servant d'alcool faible. Dans ces conditions, la dextrine se précipite sous forme de flocons isolés. On laisse déposer et on lave par décantation avec de l'alcool faible d’abord, puis avec de l’alcoo!l à 80 degrés, enfin par de l'alcool absolu. Ce dernier traitement fournit un produit grenu et d'aspect cristallin.

En essayant cette dextrine à la liqueur cupro-potassique, on trouve qu’elle réduit encore faiblement. Son pouvoir réducteur calculé dans lesmêmes conditions que plus haut est de 3.

La diastase agit sur elle, mais dans des proportions moindres que sar l’empois d’amidon. Cela est, du reste, en accord avec ce que l’on sait de la présence de dextrines dans le produit de l’action de la diastase sur l’amidon.

On a donc fait une solution de cette dextrine dont on a pris des volumes égaux : 20 centimètres cubes qu’on a additionnés de salive ou d'extrait de foie de poulpe ou de seiche. Ces mélanges ont été maintenus à la température de 18 degrés pendant dix-huit heures, puis à celle de 35 degrés pendant trois heures.

Voici un tableau fait de la même manière que celui qu'on a vu précédemment. Les chiffres de la deuxième et de la troisième colonne se rapportent également à 10 centimètres cubes de liqueur bleue.

Saccharification Saccharification É Ferments. par diastase. par SO'. Pouvoir Vol. de sol. sucrée. Vol.desol.sucrée. réducteur. Foie de poulpe (20 cent.)..... 46.0 18.5 40 Foie de sèche (10 c.à la glyc.). 45.6 18.5 40 Salive (5 cent. c.).isitess. 45.8 18,5 40 palive (2 eenk. CA. ..,...0.r 45.8 18.5 40

Ainsi donc, avec la dextrine comme avec l’empois d’amidon, ces diastases donnent lieu aux mêmes dédoublements, puisque finale-

ment on aboutit aux mêmes pouvoirs réducteurs.

IV. /nuline. — L'inuline est un hydrate de carbone analogue à l’amidon, que l'acide sulfurique étendu bouillant transforme en lévulose. La diastase du malt n’agit pas sur elle, et cependant l’inuline est digérée.1l était donc intéressant de voir ce que deviendrait ce corps, en présence des sucs digestifs des Céphalopodes.

L’inuline a par elle-même une action réductrice sur l’oxyde de cuivre, mais ne subit pas la fermentation. On pouvait donc avoir recours à cette dernière opération pour rechercher si elle est transformée. J’ai, cependant, préféré la méthode à la liqueur cupro-potassique.

J'ai fait avec de l’eau bouillante une solution d’inuline de topinambour renfermant 2 grammes pour 100. J’ai déterminé son pouvoir réducteur que j'ai trouvé égal à 5. Puis j'ai mis dans différents tubes à essai 40 centimètres cubes de la solution d’inuline, et des solutions représentant les sucs digestifs des différents animaux en expérience. Le pouvoir réducteur n’a augmenté dans aucun cas.

Le pouvoir réducteur n’augmente pas non plus, lorsqu'on ajoute de la salive à l’inuline, ce qui démontre que la diastase des animaux supérieurs et celle des Céphalopodes se conduisent de même en présence de ce corps.

V. Salicine. — Ce qui m'a engagé à essayer l’action de la diastase des Céphalopodes sur la salicine, c'est l’opinion généralement ré-

1 STAEDELER, Kleinere Miltheilungen über die Wirkung des menschlichen Speichels auf Glucoside (Journ. für pract. Chemie, 1857, t. LXXIT, p. 250).

pandue depuis Stædeler/, que la diastase salivaire des animaux supérieurs dédouble ce corps. Il n’en est rien, comme on le verra plus loin.

On a fait une solution de salicine au centième et l’on a mis 40 centimètres cubes de cette solution dans différents tubes à essai. On a ajouté dans l’un 10 centigrammes de ferment extrait du foie de poulpe, dans un autre, 10 centigrammes de ferment provenant du foie de la seiche, et dans un troisième quelques centigrammes de ferment extrait du pancréas de la seiche. Dans un quatrième, on a mis 5 centigrammes d'émulsine, afin de pouvoir bien distinguer l’action si nette d'un ferment de celle qui se produit parfois spontanément,

Après vingt-quatre heures d'attente, l'examen des tubes a montré que dans les trois premiers la salicine était intacte. Pas de réduction avec la liqueur cupro-potassique. Au contraire, dans le quatrième tube, le dédoublement de la salicine était complet.

Les mêmes essais, répétés à une température comprise entre 35 et 40 degrés, n’ont pas déterminé non plus de dédoublement. Il y avait dès lors intérêt à reprendre les expériences de Stædeler, d’après les quelles la diastase salivaire aurait la propriété de dédoubler la salicine. Il eût été curieux, en effet, que, la diastase de la salive jouissant de cette propriété, la diastase des Céphalopodes en fût dépourvue. En conséquence, on a mis dans un tube à essai 10 centigrammes de ce corps et 10 centimètres cubes d’eau. On a ajouté 2 centimètres cubes de salive. Après vingt-quatre heures aucun dédoublement ne

s’était produit,

On a fait un essai analogue en maintenant d’abord le liquide pendant trois heures à 40 degrés et l’abandonnant ensuite à la température ordinaire (17 degrés) pendant vingt-quatre heures. On n’a pas davantage constaté de formation de sucre.

Peut-être certaines salives, comme le suppose Duclaux, renfermentelles un ferment analogue ou identique à l’émulsine * sécrété par des

infiniment petits qui la peuplent souvent.

# Microbiologie, p. 793.

Mais ce serait là un autre ferment que la diastase et qui doit en être distingué. D’ailleurs la salive dont je me suis servi saccharifiait rapidement l’empois d’amidon : elle renfermait donc de la diastase, et comme cette salive n’a pas agi sur la salicine, il s'ensuit rigoureusement que cette diastase n’a pas d’action sur le glucoside. À \

VI. Saccharose. — Relativement à l’action des diastases de la salive et du pancréas des animaux supérieurs sur le sucre de canne, on trouve également dans la littérature scientifique des données contradictoires. Pour certains physiologistes, ces diastases ne dédoublent pas le sucre de canne, pour d’autres au contraire, elles en déterminent rapidement le dédoublement.

L'une des causes de cette contradiction pouvait provenir de ce que ces derniers ont expérimenté sans se préoccuper de la pureté du sucre employé. Le saccharose chimiquement pur n'existe pas dans le commerce et, pour en avoir, il faut le préparer soi-même, ce qui est particulièrement difficile.

11 est inutile de songer à purifier le sucre en pain du commerce : du sucre pulvérisé, lavé un grand nombre de fois à l’alcool à 90 degrés et en dernier lieu avec l'alcool absolu, réduit encore notablement la liqueur cupro-potassique. |

J’ai néanmoins pensé qu’il était nécessaire, dans mes recherches, de me mettre à l’abri de cette cause d’erreur et pour me procurer du saccharose pur j’ai suivi le procédé suivant, qui m'a été conseillé par M. le professeur Jungfleisch.

On commence par laver avec de l’alcool du sucre en petits cristaux, tel qu’on l’obtient aujourd’hui directement dans les sucreries. On l’essore ensuite à la turbine, ou par une aspiration énergique à la trompe. Dans cette première opération, on enlève la plus grande partie du glycose, qui souille le sucre. On en met un excès dans un ballon avec de l'alcool à 60 degrés. On fait bouillir, et l’on maintient à l’'ébullition jusqu'à sa saturation. On met alors la solution décantée

ou filtrée chaude dans un vase à large ouverture et on la porte sous une cloche à vide en compagnie de chaux caustique.

Peu à peu, l’eau de la solution est absorbée par la chaux; le titre de l'alcool s’élève et la sursaturation s'accroît. Au bout d’un ou deux jours, on refroidit le vase à une température voisine de zéro, on ajoute quelques cristaux de sucre, on agite et on détermine d'ordinaire la précipitation du sucre. Celui-ci est lavé à l'alcool à 90 degrés, puis à l’alcool absolu. On peut alors le regarder comme pur, bien qu’il produise encore une légère réduction lorsqu'on en fait une solution concentrée, et qu’on en ajoute une grande quantité à la liqueur cupro-potassique que l’on maintient quelques minutes à l’ébullition.

On a fait avec ce sucre, et à froid, une solution au cinquantième. On a disposé trois tubes à essai, dans chacun desquels on a mis d’abord 10 centimètres cubes de solution sucrée. On a ajouté, dans l’un, du liquide provenant d’une macération des glandes salivaires d’une seiche en digestion ; dans le deuxième, du suc hépatique, et dans le troisième, du liquide provenant des glandes pancréatiques. Après vingt-quatre heures, la température étant de 18 degrés, aucun des mélanges ne réduisait la liqueur cupro-potassique. Les sucs disestifs de la seiche ne produisent donc pas l’interversion.J’ai obtenu le même résultat négatif en ajoutant à une solution de sucre de canne le ferment extrait du foie du poulpe ou de la seiche par macération dans l’eau et précipitation avec l’alcool.

J'ai répété ces essais en portant les mélanges à l’étuve à une température de 35 à 40 degrés. Même après un séjour de douze heures à cette température, le saccharose n’est pas interverti. Il se fait bien avec la liqueur cupro-potassique une trace presque imperceptible d’oxydule, mais cette si faible réduction peut bien être considérée comme étrangère à l’action d’un sucre réducteur. En produisant d’ailleurs l’interversion du saccharose par le moyen du ferment inver-

sif obtenu avec la levure de bière, il est facile de se convaincre &

que cette interversion, nette, complète, n'a aucun rapport avec ce qui s’est passé dans mes essais.

Ce résultat négatif m’obligeait à reprendre l'examen de l’action de la salive sur le sucre de canne, comme j'avais repris l'examen de l’action de ce liquide sur la salicine. Si, en effet, la salive dédouble le?sucre de canne comme le prétendent certains physiologistes, tout en ne renfermant pas d'invertine, il eût fallu admettre que la diastase salivaire exerce, outre une action saccharifiante sur l’amidon, une action inversive sur le sucre de canne, alors que le ferment diastasique des Céphalopodes n’a pas le pouvoir d'exercer cette action.

Je me suis servi, pour cette nouvelle recherche, du même sucre pur, préparé d’après la méthode indiquée ci-dessus. On a fait à froid une solution renfermant 2 grammes de sucre pour 100 centimètres cubes. On a mélangé :

1° Un centimètre cube de salive filtrée, 10 centimètres cubes de s0lution — 20 centigrammes de sucre; 2° 2 centimètres cubes de salive filtrée, 10 centimètres cubes de solution —20 centigrammes de sucre; 3° 3 centimètres cubes de salive filtrée, 10 centimètres cubes de solution — 20 centigrammes de sucre. Après vingt-quatre heures de contact à la température ordinaire, ces trois mélanges ontété essayés à la liqueur cupro-potassique. Il ne s’est fait aucune réduction. Il n’y avait donc pas eu interversion.

Trois autres mélanges faits de la même manière ont été maintenus à la température de 40 degrés pendant trois heures, puis abandonnés à la température ordinaire pendant quarante-huit heures. Au bout de ce temps, on n’obtint qu'une réduction très faible, -à peine perceptible, avec la totalité de chaque mélange. 10 centimètres cubes de solution sucrée, conservés dans les mêmes conditions, sans addition de salive, donnèrent d’ailleurs une réduction identique. Le résultat contraire auquel est parvenu M. Ch. Richeti pouvait tenir à ce que ce physiologiste s’est servi de sucre candi. Le sucre candi,

* Ch. RicueT, Du suc gastrique chez l’homme et les animaux. Thèse pour le doctorat, p. 116, note, 1878.

surtout quand il est en gros cristaux, renferme une proportion notable de glucose. Le sucre en grains lui-même, tel qu’on l’expédie des raffineries et qui est réputé comme le plus pur, est souvent souillé de proportions très appréciables de sucre réducteur. Un échantillon que j'ai eu entre les mains m’a donné, après lavage à l’alcool, une proportion d'environ 2 grammes de glucose par kilogramme. Il est donc indispensable avant de rechercher si la salive peut intervertir le sucre de canne, de purifier celui-ci, ou bien il faut faire des analyses comparatives avant et après l’essai.

Lorsque j'ai publié pour la première fois ce qui précède, M. Richet m'a fait quelques observations verbales qui m'ont donné à supposer que la différence de nos résultats pouvait tenir à une autre cause.

Ce physiologiste fait son expérience de la facon suivante. Il prend un morceau de sucre candi pur et le mâche pendant quelque temps, après quoi il constate que la salive sucrée réduit notablement la liqueur de Fehling.

On sait que lorsqu'on écrase du sucre dans un mortier en présence de l’eau, on détermine la formation d’une petite quantité de glucose. J'ai en conséquence répété son expérience en en changeant un peu le modus operandi. Ayant préparé une solution de saccharose pur à 2 pour 100, j'en ai pris une certaine quantité que je conservai dans la bouche pendant deux ou trois minutes. J’abandonnai ensuite le liquide pendant deux heures à la température du laboratoire, après quoi je l’essayai à la liqueur cupro-potassique. Le liquide ainsi traité renfermait alors moins de 1 centigramme de sucre réducteur pour 100 centimètres cubes.

J'ajouterai qu’en additionnant une portion de la solution sucrée d’une quantité très faible d’invertine de levure, le dédoublement était terminé dans le même espace de temps.

Néanmoins je pense, comme je l’ai dit plus baut pour la salicine, qu’il peut exister certaines salives douées du pouvoir d'intervertir le sucre de canne. Il y a un grand nombre de microphytes qui sécrètent

de l’invertine, et parmi eux quelques-uns s’accommodent parfaitement

de la salive comme milieu nutritif. C’est l’invertine de ces microphytes qui est la cause déterminante de l’interversion du sucre de canne lorsque celle-ci est observée ! et non la diastase de la salive*.

Peut-être objectera-t-on que la salive dont je me suis servi ne renfermait pas de diastase. Aussi ai-je eu soin dans tous les cas de l'essayer en même temps sur de l’empois d'amidon. Comme la saccharification de l’empois s’est toujours faite avec rapidité, l’objection est réfutée par cela même,

En résumé, la diastase que j’ai rencontrée dans le foie et le pancréas des Céphalopodes se conduit comme la diastase de la salive des animaux supérieurs et comme la diastase de l’orge germée en présence du sucre de canne, c'est-à-dire que ces trois diastases sont

impuissantes à l’intervertir*.

VII. Glycogène. — Les hydrates de carbone sur lesquels j’ai étudié jusqu'à présent l’action des sucs digestifs des Céphalopodes ne font jamais partie des aliments dont se nourrissent ces animaux, qui

sont, comme on sait, exclusivement carnivores. Cette étude n'a

1 Quelques auteurs attribuent également à la diastase de l’orge germée la propriété d’intervertir le sucre de canne. Graham (Chimie de la panification, traduit de l'anglais, 1882, p. 31) a même montré à ses auditeurs le dédoublement du sucre de canne par une macération du malt. Je ferai sur cette expérience une remarque analogue à celle que j'ai faite ci-dessus. Ce n’est pas la diastase qui produit cette interversion, c’est l’invertine sécrétée par certaines moisissures qui végètent sur l'orge pendant la germination. Il n’est pas nécessaire d’être profond observateur pour découvrir sur l'orge germée des fructifications de Penicillium glaucum, et celte moisissure sécrète précisément de l'inverline (DucLaux, Microbiologie, p. 196).

D'ailleurs, si au lieu d'employer la macération de malt, on sépare par plusieurs précipitations à l'alcool la diastase de cette macération, on pourra constater que le ferment ainsi oblenu n’a plus d'action sur le sucre de canne. Ou l’invertine est restée dans les eaux mères, ou plutèt elle a été détruite par le contact avec l’alcool. Celle destruction se fait en effet assez rapidement, comme l’a établi le docteur Mayer (Enzymologie, 1882. Voir la note que j'ai publiée sur ce sujet dans le Journal de pharmacie et de chimie, t. VIII, p. 67, 1883).

? Voir d’ailleurs à cet égard l’opinion de Duclaux, Microbiologie, p. 127.

3 À, Bécuamp a pu laisser en contact de la salive humaine filtrée et une solution de sucre de canne créozotée pendant six mois, sans qu’il se soit produit de glucose (Les Mycrozymas, p. 358).

LA DIGESTION CHEZ LES CÉPHALOPODES. 53 donc eu d'intérêt qu’au point de vue de la physiologie générale : elle nous à fourni simplement des faits nouveaux qui sont venus s'ajouter à ceux que l'on connaît déjà, et qui sont nombreux, tendant à établir que les agents principaux qui président à la digestion chez tous les êtres vivants ne diffèrent pas avec les individus.

Les Céphalopodes, comme tous les animaux carnivores d’ailleurs, ne se nourrissent pourtant pas exclusivement de matières protéiques ; ils trouvent dans la chair qui leur sert d'aliments une matière hydrocarbonée, une dextrine animale à laquelle Claude Bernard a donné le nom de matière glycogène, matière qu'on sait exister dans le foie et les muscles des animaux supérieurs. Le glycogène, sous l’action de la salive ou du suc pancréatique, est saccharifié et fournit, comme l'ont établi MM. Musculus et de Mering, du maltose, des dextrines et une petite proportion de glucose ‘.

Il y avait donc, en ce qui concerne la digestion et la nutrition des Céphalopodes, à rechercher :

1° Si les tissus des animaux marins qui constituent la nourriture habituelle des poulpes renferment de la matière glycogène, et, le cas échéant, dans quelle proportion ils renferment cette matière;

20 Si la diastase de la sécrétion hépatique des poulpes agit sur ce glycogène ;

3° Si l’action de cette diastase est la même que l’action de la diastase salivaire des animaux supérieurs sur cette matière.

Parmi les animaux dont se nourrissent d'ordinaire les poulpes, j'ai choisi comme sujets de recherches à l'égard de ces trois points : un crabe, le Portunus puber, et un acéphale, le Mytilus edulrs.

J'ai traité le foie du Portunus d’après le procédé de Claude Bernard pour l'extraction du glycogène. Aussitôt extrait de l'animal

vivant, le foie est divisé en fragments qu’on laisse tomber au fur et

à mesure dans l’eau bouillante. Après quelques minutes d'ébullition

on enlève la matière, on l’écrase dans un mortier avec du noir ani-

\ Ueber die Umwandlung von Slärke und Glycogen durch Diaslase, Speichel, Pancreas-und Leberferment (Zeitschrift f. Physiol. Chemie, t. IT, p. 403, 1878;.

mal, on fait un nouvelle coction, et on jette la bouillie noirâtre sur un filtre. Le liquide filtré est versé dans de l’alcool à 90 degrés et le glycogène se précipite sous forme de flocons blancs.

On le recueille sur un filtre, on le redissout dans l’eau, on le traite à l’ébullition par de la potasse caustique qui détruit les matières albuminoïdes entraînées; après quoi on neutralise par l’acide acétique et on précipite à nouveau par l'alcool.

J'ai ainsi obtenu une quantité de matière glycogène très petite, suffisante pourtant pour essayer sur elle l’action de la sécrétion hépatique du poulpe et celle de la salive humaine.

Le procédé d'extraction du glycogène de Claude Bernard ne permet pas d’ailleurs de doser ce corps, qui, comme l’a établi Vitzou?, se trouve dans le foie en quantité variable suivant que le moment de la recherche est éloigné ou rapproché de la mue. |

Je n'ai donc fait qu’extraire du glycogène du foie de Portunus puber sans m'’attacher à déterminer les proportions dans lesquelles il y est renfermé; on verra plus loin comment se comporte ce glycogène en présence de la sécrétion hépatique-du poulpe.

Je me suis attaché au contraire à rechercher la quantité de glycogèhe qui se trouve contenue dans les moules. Pour cela j'ai eu recours à une méthode publiée récemment *, méthode que j'ai étudiée spécialement * et qui permet d'extraire du glycogène pur et de le doser assez exactement dans n'importe quel tissu et en présence des autres hydrates de carbone.

Voici, en détail, ce procédé avec les changements que j'ai cru devoir y apporter après plusieurs tâtonnements, parce qu'ils m'ont semblé conduire à un meilleur résultat.

hi Ém. BourqueLor, Sur le dosage du glycogène (Journal des connaissances médicales, mars 1884).

? Recherches sur la structure et la formation des téauments chez les Crustacés décapodes (Thèse pour le doctorat, p. 104 et suiv.).

3 LANDWERR, Zeëlsch. f. phys. Chemie, t. VIII, 1884, p. 165, Eine Neue Méthode zur Darstellüng und quantitativen Bestimmung des Glycogens.

# Ém. BourqueLoT, Sur le dosage du glycogène (Journal des connaissances médicales, 1884, p. 92).

Le dosage a porté sur 5 litres de moules, renfermant environ 1 kilogramme de viande.

On fait chauffer, dans une capsule d’une contenance d’environ 2 litres, 1 litre d'eau distllée additionnée de 2 à 4 centimètres cubes de lessive de soude ordinaire. Dès que l’eau commence à bouillir, on enlève rapidement les mollusques de leur coquille et on les fait tomber au fur et à mesure dans l’eau bouillante. Le feu doit être réglé de telle sorte que l’ébullition se maintienne pendant toute la durée de cette première opération.

Dès qu'elle est terminée, on {décante le premier bouillon qu'on met à part. On porte les moules cuites dans un mortier et on les triture convenablement de manière à les réduire en bouillie; on reporte cette bouillie dans la capsule, on ajoute 1 litre d’eau alcalinisée et on fait une nouvelle décoction d’un quart d'heure à vingt minutes. On laisse déposer, on décante et on met ce deuxième bouillon avec le premier. On passe encore de l’eau distillée bouillante sur le résidu de manière à l’épuiser de toutes ses matières solubles, et on réunit cette troisième eau avec les autres.

L’addition d’une petite quantité de lessive de soude a pour but d'aider à la destruction des tissus, ce qui permet à l’eau chaude de dissoudre plus facilement le glycogène. Employée dans cette proportion de 2 à 4 centimètres cubes par litre, elle n’a pas d’ailleurs d'action sur le produit. Une trituration soignée favorise également la dissolution du glycogène.

Les bouillons rassemblés renferment tout le glycogène contenu dans les moules; mais ils renferment, en outre, différentes matières albuminoïdes qu'il faut maintenant écarter. Pour y parvenir, on mettra à contribution la propriété qu'a l’acétate de zinc de les précipiter dans une solution aqueuse bouillante. |

On porte la solution de glycogène dans une capsule, on neutralise l’excès d’alcali avec de l'acide acétique étendu, puis on chauffe jusqu'à l’ébullition. On ajoute de l’acétate de zinc par petites pincées

jusqu’à ce que celui-ci n’engendre plus de précipité. Il en faut

de 8 à 10 grammes. On maintient l’ébullition un quart d'heure, on laisse déposer et enfin on jette sur un filtre plissé.

On à ainsi une solution de glycogène débarrassée de la majeure partie des albuminoïdes qu'elle renfermait. Si on traitait immédiatement par l'alcool, on précipiterait non seulement le glycogène mais encore quelques matières albuminoïdes et peut-être d’autres hydrates de carbone comme la dextrine, qui se précipitent dans les mêmes conditions.

Pour le précipiter à l’état de pureté, on s'appuie sur ce que le glycogène forme avec le peroxyde de fer une combinaison insoluble qu’on peut laver même à l’eau bouillante sans la décomposer sensiblement.

Le liquide filtré est donc chauffé au bain-marie, puis additionné d’une quantité suffisante de perchlorure de fer. Cette quantité, qui, comme on le comprend facilement, varie avec la proportion de glycogène en solution, doit être dans la recherche actuelle d'environ 35 à 40 centimètres cubes (perchlorure de fer officinal). On ajoute alors de la lessive de soude jusqu'à précipitation totale du fer.

Le précipité ainsi obtenu est la combinaison de glycogène et de peroxyde de fer. Il est lavé par décantation d’abord sur le filtre, ensuite avec de l’eau distillée froide, jusqu'à ce que le liquide filtrant ne précipite plus par le nitrate d'argent.

On met alors le précipité dans une capsule placée sur un bainmarie, maintenu à 80 degrés; on ajoute une petite quantité d’eau, puis 40 grammes d'acide tartrique pulvérisé. On agite jusqu’à dissolution complète et on jette sur un filtre.

Le liquide rouge brun qu'on obtient ainsi est refroidi convenablement, puis additionné rapidement d’acide chlorhydrique concentré jusqu'à ce que la couleur soit devenue jaune, de brun foncé qu'elle était.

On verse alors la solution dans de l'alcool à 90 degrés. Le glycosène se précipite en flocons blancs. On laisse reposer, on lave plu-

sieurs fois à l’alcoo! par décantation; on jette sur un filtre sans pli

LA DIGESTION CHEZ LES CÉPHALOPODES. 57 et on lave en dernier lieu avec de l'alcool absolu additionné d’un peu d'éther.

La dessiccation du précipité doit être commencée dans le vide, continuée à l'étuve à 60 degrés, enfin achevée dans l’étuve à 120 degrés. On a alors un produit blanc, qui se pulvérise facilement et qui est anhydre.

J'ai ainsi obtenu dans un cas 45,50 de glycogène, et dans un autre 8,35 par kilogramme de chair fraiche de moule.

Il est tout naturel que la proportion de glycogène varie avec les moules et même varie dans des limites assez étendues, surtout si on opère, comme c'était le cas, sur des animaux achetés au marché et pêchés depuis un temps plus ou moins long.

Un kilogramme de chair de moules, desséché à 100 degrés, se réduit à 200 grammes environ. Il pourrait donc y avoir de 4 à > grammes de glycogène pour 100 grammes de produit fixe. C’est là une proportion notable que j'aurais peut-être trouvée plus considérable encore si j'avais opéré sur des moules fraiches. Elle montre que cet hydrate de carbone tient une certaine place dans l’alimentalion des poulpes.

Bizio, de Venise !, a dosé le glycogène chez deux autres lamellibranches, le Cardium edule et l’Ostrea edulis, qui sont également la proie ordinaire des poulpes. Il a trouvé, pour le Cardium, 14 pour 100 de glycogène sur la masse totale du corps desséchée à la température de 100 degrés, et, pour l’Ostrea, 9.5 pour 100.

En raison de la méthode qu'a suivie cet expérimentateur, ces résultats doivent être suspectés. Bizio purifie, en effet, le glycogène précipité de sa solution par l'alcool, en le dissolvant dans l'acide acétique fort. Or une des propriétés du glycogène, d’après Claude

Bernard, est de précipiter par l'acide acétique ?.

1 Bizio, Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1866, &. LXIT, p. 675, et 1867, t. LXV, p. 175. -— Sur l'existence du glycogène dans les animaux invertébrés. 2 Leçons sur le diabète, p. 303 et 524.

Krukenberg a déjà fait remarquer‘ cette inconséquence du travail de Bizio; il suppose même que ce chimiste n'a dû séparer, par sa méthode, qu'une matière albuminoïde. Cependant, je dois dire que Bizio prétend avoir fait l'analyse de son produit, et avoir trouvé pour sa formule CH!#0°.

Quoi qu'il en soit, j ai recherché si la diastase du foie des Céphalopodes peut saccharifier le glycogène de la moule, et j’ai opéré de la façon suivante :

25 centigrammes de glycogène desséché à 100 degrés ont été dissous dans 10 centimètres cubes d’eau. On a ajouté à la solution 10 centigrammes du ferment obtenu par précipitation par l'alcool d’une macération aqueuse de foie de poulpe en digestion et on a porté le mélange à 35 degrés. Dès les premiers moments de l’expérience, l’opalescence de la solution de glycogène a disparu. Après dix-huit heures, on a étendu le liquide à 100 centimètres cubes et l’on a essayé son action réductrice sur la liqueur cupro-potassique.

Pour décolorer complètement 5 centimètres cubes de ce liquide, il a fallu 200 dixièmes de centimètre cube de solution glycogénique. Comme le glycogène n’a par lui-même aucun pouvoir réducteur, il suit de là qu'il a été saccharifié par le ferment.

La partie de la solution de glycogène non utilisée dans cette première opération a alors été additionnée de 45,3 d’acide sulfurique, et portée à l’ébullition. Après ébullition d'une heure, on a laissé refroidir et ramené au volume primitif : 119 dixièmes de centimètre cube de cette solution ont suffi, cette fois, pour réduire 5 centimètres cubes de liquide cupro-potassique. La solution restante a été de nouveau soumise à l’ébullition pendant une heure, puis refroidie et ramenée, comme dans l'expérience précédente, au volume qu'elle avait avant cette dernière ébullition, Il ne fallait plus que 102 divisions de la liqueur sucrée. Une troisième ébullition n’a pas amené

\ Uniers. aus d. Physiol. Instil. d. Un. Heidelberg, t. III, p.202.

de nouvelle diminution dans ce dernier chiffre. L'action hydratante de l'acide sulfurique était donc terminée.

En exprimant en glucose le sucre qui s’est formé dans la solution on voit (10 centimètres cubes de liqueur cupro-potassique correspondant à 05,5 de glucose) qu'elle renfermait 05,245 de glucose pour 100. Cette proportion étant fournie par 05,25 de glycogène desséché à 100 degrés, il est à présumer que la transformation de cet hydrate de carbone en sucre était complète.

Si maintenant on établit le pouvoir réducteur de la solution de glycogène ayant subi l’action du ferment, par rapport à l’action réductrice de la solution alors que le glycogène est complètement transformé en glucose, cette dernière étant représentée par 100, on voit que ce pouvoir est de 51. ÿ

J’ai répété cette expérience sur un autre échantillon de glycogène, purifié par plusieurs dissolutions dans l’eau et précipitation par l'alcool, puis finalement desséché à 120 degrés, par conséquent anhydre. L'expérience a été conduite comme ci-dessus, et m'a donné, comme pouvoir réducteur de l’hydrate de carbone saccharifié par la diastase hépatique, 49.

J'ai établi également, pour continuer mon étude comparative de la diastase des Céphalopodes avec la diastase salivaire, le pouvoir réducteur que communique la salive à ce même glycogène de la moule, et j'ai trouvé des chiffres compris entre 48 et 55.

J'ai répété ces recherches sur le glycogène du Portunus puber, et j'ai trouvé, dans la seule expérience que j’ai faite, expérience relative à l’action du ferment diastasique du poulpe, 46.

Musculus et de Mering, dans leur travail déjà cité, ont trouvé avec du glycogène d'animaux supérieurs, traité par la salive d’une part, et par la diastase de l'orge germée d'autre part, 46 dans le premier cas et 36,5 dans le deuxième. D’après la remarque que j'ai déjà

faite ‘, les chiffres qui expriment dans mes expériences le pouvoir

i Voir page 42.

réducteur devant être un peu supérieurs à ceux de ces observateurs en raison même de la base que j'ai choisie, on voit qu'il y a en réalité entre tous ces chiffres une concordance assez grande pour qu'on puisse regarder les actions fermentaires comme identiques dans tous les cas, et par conséquent les divers ferments (salive, diastase de l'orge. diastase hépatique du poulpe) comme agissant de la même facon à l'égard du glycogène.

Il y a cependant un écart considérable entre les deux chiffres relatés par Musculus et de Mering : 46 et 36. Cet écart peut être dans l'ordre des choses; mais il peut également provenir de causes étrangères à l’action des ferments. Si le glycogène employé par ces observateurs renfermait dans le deuxième cas plus d'impuretés que dans le premier, le pouvoir réducteur devait évidemment atteindre un chiffre moins élevé, étant donnée la base adoptée par eux pour établir ce pouvoir réducteur.

En second lieu, s’il s’est développé une fermentation acide dans le deuxième cas, l’action fermentaire a pu être arrêtée plus tôt et l’action réductrice n’a pu atteindre son maximum.

Ces deux influences possibles ne paraissent pas avoir frappé MM. Musculus et de Mering, qui supposent, pour expliquer l'écart par eux observé, que la diastase du malt agit sur le glycogène

moins énergiquement que la salive.

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