XVI. Lepidotus mantei.lii Agass
Vol. 2. Tab. 3o, fig. 10 à i5, Tab. 3o c. Fig. i à 7; Tab. 3o Z> fig. 2, et Tab. 3o<7.
fig. 4? 5 et 6.
Cette espèce est une des plus intéressantes que je connaisse ; c'est du moins celle à laquelle j'attache le plus d'importance parce qu'elle a été pour moi la pierre de touche de la validité des inductions que l'on peut tirer de l'analogie , dans la classe des poissons. En effet, lorsque je publiai ma seconde livraison en février 1834, j^ ^^ connaissais encore que quelques écailles de cette espèce que j'avais vues au Musée de Stuttgardt et qui sont représentées Tab. 3o, fig. lo à i5. Je ne connaissais également aloi's qu'une seule espèce bien conservée du genre Lepidotus, le L. Gigas du Lias de BoU, et cependant je n'avais pas hésité un instant à établir dans mon tableau synoptique des Ganoïdes, i"^ livraison, septembre i833, plusieurs espèces de Lepidotus distinctes d'après des fragmens, souvent très-incomplets, qui toutes ont été confirmées depuis par la découverte d'exemplaires .plus ou moins bien conservés. Mais c'est sur le Lepidotus Mantellii que je possédais alors le moins de renseignemens , puisque je n'en avais vu que cinq ou six écailles détachées , dont les plus parfaites sont celles que j'ai figurées dans la planche citée. Quoique je ne possède point encore maintenant d'exemplaire entier de cette espèce, j'en ai cependant vu a-peu-près toutes ^ les parties détachées, et il est évident même déjà d'après les pièces que j'ai repré-
sentées Tab. 30c, et d'après d'autres que j'ai observées dans la collection de M. Mantell . que la position que je lui avais assignée de prime abord lui est définitivement acquise. Mes prévisions se sont même si bien confirmées à cet égard , que j'ai tout lieu de regretter dans celte circonstance, comme dans une foule d'autres encore, que la lenteur, avec laquelle je suis obligé de publier mon ouvrage ne m'ait pas permis de faire connaître les résultats de mes premières investigations . avant que les rapprocbemens que j'avais établis ne fussent confirmés par des pièces plus parfaites. C'eût été fréquemment un triomphe pour les lois d'induction tirées de l'observation consciencieuse des analogues, lois que l'on cherche maintenant si fré- (juemment à décréditer à cause de l'abus qu'on en a fait.
Le Lepidotus Mantellii est une espèce qui atteint des dimensions très-considérables. Le fragment représenté Tab. 30 c, fig. i indique un individu de très-grande taille, car il a plus d'un pied de haut et trois à quatre pieds de long. M. Mantell possède une portion d'un autre exenq)laire bien plus grand encore , dont le pédicule de la queue a environ un pied de largeur à la naissance de la caudale , ce qui suppose un poisson de la largeur de trois pieds sur une longueur de dix à douze pieds. Le squelette est en rapport avec la taille du poisson. Les os sont tous très-robustes et les écailles très-épaisses. Des circonstances favorables m'ayant permis de comparer toutes les parties que je possède de cette espèce avec les pièces correspondantes du L. Fittoni, que l'on trouve dans la même formation et dans les mêmes localités, j'aurai soin de les décrire comparativement, afin de prévenir toute confusion.
La tête du Lepidotus Mantellii est proportionnellement plus grande et surtout plus large que celle du Lepidotus Fittoni. Les pièces operculaires , en particulier, Tab. 30 c, fig. i , ont une forme très'-difïerente ; l'opercule qui est beaucoup plus haut que large, a son bord antérieur presque droit, tandis que dans le Lepidotus Fittoni il est fortement échancré; son bord inférieur qui est également droit et qui ne s'arrondit qu'à l'angle postérieur, est beaucoup plus long que le bord supérieur. Toute la surface de cet os est ornée d'une grosse granulation en forme de petits tubercules détachés. Il en est de même du subopercule qui est comparativement étroit, mais dont la branche montante est très-grosse, pointue et légèrement inclinée vers le bord supérieur de cet os, tandis que dans le Lepidotus Fittoni , elle est plus courte et forme un angle droit avec le bord supérieur. L'interopercule est également étroit et tuberculeux. Le préopercule est lisse sur toute sa surface, sauf à son angle postérieur, où l'on remarque quelques petits sillons verticaux assez rapprochés; sa branche montante, qui se rétrécit un peu dans la partie supérieure , forme presque un angle droit avec la branche horizontale , ce qui rend l'angle postérieur assez saillant , tandis que dans le Lepidotus Fittoni tout cet os est plus arqué et l'angle de ses branches plus ouvert. Le temporal a la forme d'un coin qui se rétrécit insensiblement à sa partie inférieure ; les os de l'arcade palatine ne sont pas assez bien conservés pour que j'aie pu en étudier les formes. En revanche, nous sommes à même d'établir une comparaison directe entre le frontal des deux espèces, d'après les deux pièces figurées dans notre Tab. 50 6, dont l'une (fig. 2) re-
TOM. H. l"^" PARTIE.
présente le frontal gauche du L. Mantellii, tandis que l'autre (fig. 3), représente le frontal droit du L. Fittoni. Dans le premier, le bord interne (inférieur dans la figure) n'est pas aussi droit que celui du Lepidotus Fittoni (supérieur dans la figure); il présente en outre une large sinuosité en arrière et deux échancrures vers sa partie antérieure , ce qui prouve évidemment que les deux frontaux n'étaient pas aussi égaux que ceux du Lepidotus Fittoni. Son bord externe (supérieur de la figure) au contraire, est beaucoup plus uniforme que celui du Lepidotus Fittoni; il n'y a qu'une légère échancrure, tandis que cette même échancrure est beaucoup plus marquée dans l'autre espèce (fig. 3); enfin l'extrémité antérieure du frontal est lacérée dans le Lepidotus Mantellii, tandis qu'elle est tronquée dans le Lepidotus Fittoni.
Les fragmens de mâchoires (Tab. 30c fig. 2 et 3) que j'ai remarqués dans la collection de iVI. Mantell, confirment encore les différences que j'ai reconnues entre le L. Mantellii et le L. Fittoni. Les dents du L. Mantellii ont une forme particulière; au lieu d'être hémisphériques , elles sont terminées en pointe à leur sommet , ce qui leur donne une apparence mucronée, qui en rend la détermination très-facile et qui permet surtout de les distinguer des dents isolées de Pycnodontes. Le fragment de mâchoire figuré représente «ne portion de la mâchoire inférieure gauche, que j'ai tout lieu de croire identique avec le tronc de fig. 1, car il a été trouvé dans la même localité. Je rapporte également à cette espèce les fig. U , 5 et 6 de Tab, 30a, bien qu'elles soient moins pointues.
Les écailles sont grandes et en forme de parallélogrammes assez réguliers sur toute la partie antérieure des flancs. Celles qui avoisinent la ceinture thoraeique ont leur surface distinctement plissée (fig. U), tandis que celles qui recouvrent les flancs un peu plus loin sont parfaitement lisses. D'après cela, il faut envisager les écailles isolées de Tab. 30 fig. 12, 13 et il, comme provenant de la région de la ceinture thoraeique, et celles de fig. fO et H de la même planche comme provenant des flancs. Ces deux dernières écailles nous montrent une partie de leur racine ou de cette portion qui est recouverte par la superposition des autres écailles, et qui est ici très-considérable. Les fig. S , 6 et 7 de Tab. 30c représentent également plusieurs écailles des flancs a\ec leur racine.
Tous les fragmens figui'és font partie de la collection de M. Mantell. Ils proviennent tous sans exception des couches de Hastings, qui font partie de la formation weldienne d'Angleterre. Lors de la publication de son ouvrage sur les fossiles de Tilgate, M. Mantell n'^i connaissait que quelques écailles et quelques dents qu'il a représenté PI. S et PI. dO de son livre. Ce n'est que plus tard qu'il a découvert à Darvel's Wood près de Battel, à Hastings, à Cooksbridge , à Tunbridge Wells , etc. , les beaux fragmens que nous venons de décrire.