XX. Lepidotus sTRiATUS Agass
Vol. 2, Tab. Siafig. 4.
C'est l'une des petites espèces du genre. Je l'ai appelée striattts , parce que les écailles bien conservées présentent à leur bord postérieur de fines stries longitudinales. Les écailles sont en général très-serrées et à-peu-près toutes d'égales forme et dimension , représentant des carrés allongés, dans le sens de la largeur du poisson.
C'est jusqu'ici le seul Lepidotus crétacé connu. Le fragment figuré représente une partie du flanc droit. Il faisait partie de la collection de M. Regley, et provient de la craie des Vaches-Noires, en Normandie. 11 se trouve aujourd'hui au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
XXL Lepidotus Maximiliani Agass.
VoL 2, Tab. 29 c fig. 8-H.
M. Max Braun a découvert dans les marnes du calcaire grossier , près de la barrière des Fourneaux, à Paris, quelques écailles qui appartiennent évidemment au genre Lepidotus. Ce sont jusqu'ici les seuls débris de ce genre qui aient été signalés dans les terrains tertiaires. Bien qu'il soit difficile de déterminer rigoureusement des débris aussi imparfaits , j'ai cependant la conviction qu'ils proviennent d'une espèce différente de toutes celles que nous venons de décrire dans les pages qui précèdent ; peut-être est-ce du L. (jigas que l'espèce se rapprochait le plus. Les fig. 8 et 9 représentent deux écailles du côté gauche, l'une des flancs (fig. 8 ), et l'autre de la région caudale (fig. 9). La fig. 10 est une écaille du côté droit; fig. 11 est pro* bablement une de ces petites écailles qui entourent d'ordinaire la base des nageoires. Toutes sont lisses et ont le bord postérieur uni.
Outre les espèces que nous venons de décrire , j'en connais encore plusieurs sur lesquelles j'attends de plus amples informations pour les publier. Ce sont, entre autres :
1" Le LEPmoTiTs Virleti Ag. , dont l'original se trouve en la possession de M. Théodore Virlet, à Paris; c'est un fragment avec plusieurs grandes écailles, de la taille des écailles du Lepidotus Mantellii , provenant du grès vert supérieur, sous-jacent à la craie tufau des environs de Modon , en Morée. '
2° LEPmoTUS FRONDOsus Ag. Deux grandes plaques correspondantes, de la collection de M. Hartmann, à Goppingen, provenant du lias de Zell, près de Boll. C'est un poisson de la taille du L. Gigas , mais qui en diffère cependant par la plus grande largeur de la partie antérieure du tronc. Un caractère particulier de cette espèce, c'est que la partie antérieure
de l'émail des écailles, est ornée de petites arêtes sinueuses qui vont en divergeant vers le milieu de l'écaillé.
3° Une espèce de la collection de M. James Johnston , à Bristol , provenant de l'oolite de Purbeck. C'est un poisson entier, de la taille du L. undatus. Les écailles de la partie antérieure du tronc ont deux ou trois gros plis longitudinaux à leur surface , tandis que ceux de la partie postérieure n'en ont qu'un.
Obseïrations sur le squelette du Lepidotus minor. Vol. 2, Tab. 29c, %. 12.
Depuis que je m'occupe de poissons fossiles, j'ai toujours recherché, avec le plus grand soin, les occasions d'étudier plus particulièrement les détails relatifs à l'organisation des espèces que je parvenais à déterminer. Mais jusqu'à présent je n'avais pu réussir à me procurer un squelette de Ganoïde avec les corps de ses vertèbres. Ceux que j'ai décrits et figurés (vol. 2, Tab. D, et pag. 50 et 162), ne m'avaient offert que les os de la tête et de la ceinture thoracique , puis les apophyses épineuses des vertèbres , les côtes et enfin les nageoires et les osselets qui les portent ; mais jamais je n'avais rencontré les corps mêmes des vertèbres dans un Ganoïde fossile. C'est au zèle persévérant de lord Enniskillen , ci-devant lord Cole, que j'ai dû le premier exemplaire de la colonne vertébrale d'un de ces poissons; et bien que ce squelette soit loin d'être entier, j'ai cependant pu reconnaître qu'il appartient au Lepidotus minor, décrit plus haut, pag. 260. II est adhérent à une plaque de calcaire de Purbeck; on y distingue la tête, qui est très-mutilée, mais où l'un des arcs branchiaux est bien en vue , et les corps de seize vertèbres abdominales dont les côtes ont disparu , mais dont les apophyses épineuses sont en partie conservées.
Je m'attendais si peu à voir chez des poissons osseux des corps de vertèbres conformés comme ceux de ce squelette , qu'au lieu de le ranger parmi les Ganoïdes, j'avais placé dans mon portefeuille des Placoïdes le dessin que lord Enniskillen m'en avait envoyé , tant les corps de vertèbres ressemblent a ceux d'un Squale; et ce n'est qu'après avoir examiné le fossile même , au mois d'octobre \ 840 , que j'ai reconnu que c'était im Lepidotus, Ce qui frappe d'abord dans ce squelette, c'est la hauteur des vertèbres comparativement à leur longueur , et l'apparence fibreuse de leur surface extérieure , qui est dépourvue , sur les côtés , de ces fossettes plus ou moins nombreuses que l'on remarque chez tous les poissons osseux. En revanche, on observe de grandes fossettes vers les bords supérieur et inférieur des vertèbres, servant à l'insertion des côtes et des apophyses épineuses supérieures. Ces fossettes sont plus arrondies et moins profondes que chez la plupart des Squales; mais elles ressemblent beaucoup à celles des Ichthyosaures et des Plésiosaures ; il y en a deux en dessus et deux en dessous de chaque vertèbre, qui sont assez distantes l'une de l'autre. Les surfaces articulaires
des vertèbres sont en foraie de cône creux évasé, tandis que leurs bords forment des bourrelets lisses, entre lesquels les plis extérieurs longitudinaux de la surface extérieure sont comme tendus d'avant en arrière. Je ne serais point surpris que parmi les vertèbres détachées d'Ichthyosaures et de Plésiosaures, qui sont maintenant entassées dans tant de collections, il ne se trouvât des vertèbres de grandes espèces de Lepidotus du lias que l'on trouve dans les mêmes localités. Aussi, avant d'admettre définitivement (jue les ïchthyosaures et les Plésiosaures se mangeaient les uns les autres , il importera de comparer attentivement les vertèbres que l'on trouve dans les coprolithes, avec celles des Lepidotus, examen que je n'ai pas encore eu occasion de faire depuis que je connais ces dernières. Je crois même qu'il ne sera pas toujours facile de distinguer des vertèbres isolées de ces divers genres ; car plus j'apprends à les connaître , et plus je sens combien est grande l'affinité qui lie les Ganoïdes aux anciens Sauriens. Cette affinité ressort surtout de la comparaison du mode d'insertion des côtes et des apophyses épineuses , qui rappelle bien plutôt les ïchthyosaures que les Squales. Quant à comparer ces vertèbres à celles des poissons osseux de l'ordre des Cténoides et des Cycloides , c'est chose superflue , puisque nulle part chez ces derniers, les apophyses des vertèbres ne sont insérées dans des fossettes profondes des centres des vertèbres , comme c'est le cas dans le genre Lepidotus et chez une partie des Squales , mais font plutôt corps avec eux. 11 en est de même des Gymnodontes, des Sclérodermes , des Lophobranches , etc., qui font aussi partie de l'ordre des Ganoïdes, mais qui n'appartiennent pas à cette division de l'ordre qui est caractérisée, comme les Lepidotus, par de grandes écailles, en forme de losange, et dont les bords supérieur et inférieur sont parallèles aux contours du poisson.
Dans le squelette figuré , les apophyses des vertèbres , quoique conservées en partie , sont cependant trop mutilées pour pouvoir être décrites. Dans la tète on distingue , en revanche , assez bien la mâchoire inférieure et les os impairs qui forment la base du crâne , savoir : le vomer, le sphénoïde et le basilaire. Quelques-uns des rayons branchiostègues sont aussi conservés; ils sont fixés à des os hyo'ides plats, très-larges et surtout dilatés en arrière. Le bord interne de l'arc branchial, qui est en vue, porte de fortes pièces osseuses dirigées en avant et à l'intérieur , et qui formaient, sans doute , un puissant râtelier sur les côtés de l'avaloir.