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CHAPITRE XIV

DU GENRE PHOLIDOPHORUS Agass.

Si le genre Lepidotus comprend en général des poissons de grande taille , le genre Pholidophorus n'est, par contre, composé que de petites espèces, qui constituent en quelque sorte la plèbe de la faune ichthyologique de l'époque jurassique. Les espèces en sont nombreuses, et ce sont elles qui servaient en grande partie de pjUure aux poissons voraces ; car on trouve une quantité de leurs écailles dans les coprolithes des grands Sauriens du lias.

Les Pholidophores sont, comme les Lepidotus , des poissons réguliers, tantôt élancés, tantôt plus ou moins trapus , mais ne présentant jamais de ces formes bizarres qui caractérisent d'autres genres. Ils devaient avoir à-peu-près la physionomie de nos Harengs, aux écailles près, qui sont émaillées et de forme rhomboïdale. La fig. 2 de Tab. C , Vol. I , représente ce type, tel que j'ai essayé de le restaurer d'après les débris fossiles. La position des nageoires est à-peu-prés la même que dans le genre Lepidotus. La dorsale , de moyenne grandeur, est opposée aux ventrales ou à l'espace compris entre les ventrales et l'anale. La caudale est largement échancrée , à lobes égaux , supportés par un pédicule d'ordinaire large et vigoureux. Les rayons extérieurs des lobes supérieur et inférieur sont garnis de fulcres plus ou moins développés. Les écailles sont assez uniformes , conformées de la même manière que celles des Lepidotus , avec cette différence cependant qu'elles sont souvent plus serrées dans leur superposition. Les mâchoires sont armées de petites dents en brosse. Je n'ai rencontré jusqu'ici aucune espèce de ce genre munie de grosses dents en cônes obtus , comme en montrent les Lepidotus. J'i' gnore également si l'intérieur de la gueule est armé de dents en pavé , conMne c'est le cas chez les Lepidotus ; mais j'en doute fort.

On comprend que dans un genre aussi uniforme que celui des Pholidophores , il soit difficile de distinguer les espèces , surtout si le nombre en est considérable. Il faut souvent avoir égard à des détails en apparence très-insignifians et comparer minutieusement toutes les parties du corps. Les écailles sont ici de la plus haute importance , parce que leur substance les rend propres à résister à la décomposition. Il y en a de plusieurs types, que l'on distingue facilement , malgré les variations individuelles et locales auxquelles les écailles en général sont assujéties. La plupart des espèces ont des écailles anguleuses, carrées ou rhomboïdales, mais il y en a aussi chez lesquelles les écailles sont plus ou moins arrondies en arrière , par exemple le

Vh. Stricklandi. Parmi les anguleuses, les unes ont le bord postérieur lisse, les autres l'ont dentelé. Il est probable que cette structure, différente selon les espèces, correspond à d'autres particularités de l'organisation , et que les espèces qui présentent cette particularité appartiennent à un genre différent; mais ce qui m'a empêché jusqu'ici de séparer les Pliolido- |)hores à écailles anguleuses de ceux à écailles arrondies , c'est l'état de conservation de ces derniers, qui ne m'a pas encore permis d'en faire une étude détaillée.

Les caractères particuliers des espèces résident en grande partie dans les détails de la structure des écailles ; mais pour que ces distinctions aient une valeur réelle , il faut avoir soin de prendre les écailles des espèces qu'on veut comparer sur la même partie du corps ; car, de même que dans les Lepidotus, il existe des différences considérables d'après les régions du tronc. Les dentelures du bord postérieur des écailles, dans les espèces à écailles anguleuses, sont surtout soumises à des variations notables, et il peut arriver qu'elles soient trèsgrosses mais peu nombreuses dans la région de la queue , tandis qu'elles seront fines et serrées dans la région antérieure du corps. L'articulation des séries dorso-ventrales a lieu au moyen d'onglets dont les dimensions varient suivant les espèces.

Le genre Pholidophorus prédomine , comme le genre Lepidotus , dans l'époque jurassique. Le nombre des espèces en est considérable, depuis le lias jusqu'au portlandien inclusivement ; elles vivaient probablement en grandes troupes ; leur fréquence dans tous les terrains jurassiques et l'occurrence simultanée d'un grand nombre d'exemplaires dans chacune des diverses localités où l'on en a découvert, nous donnent du moins la certitude que nulle part les Pholidophores ne vivaient isolés. C'est du reste un fait assez général que la fréquence des individus dans les genres qui comptent de nombreuses espèces.

M. le comte de Miinster vient d'établir dans ses Beitrâge zur Petrefactenkunde , S" cahier, p. 60, 1842 , un nouveau genre sous le nom d\4ethalion, qu'il caractérise de la manière suivante : « Dents en brosse ; dorsale opposée à l'espace compris entre l'anale et les ventrales; caudale fourchue. Apophyses des vertèbres caudales distantes des corps de vertèbres et non accolées. » Cette diagnose ne me paraît pas suffisante pour distinguer les poissons de ce type des vrais Pholidophores.

l. Pholidophorus Bechei Ag.

Vol. 2, Tab. 39, fig. 1-4.

Transactions of the Geological Society. 2" sér. Tom. I, Tab. 7, fig. 1.

La connaissance de cette espèce est due à M. De La Bêche, qui le premier l'a décrite et figurée dans les Transactions de la Société géologique de Londres. Elle est de taille moyenne et moins élancée que la plupart des autres Pholidophores ; l'exemplaire de M. De la Bêche en

particulier est très-trapu , et comme le corps est forlemenl courbé , et que les écailles sont pour la plupart disloquées , il en résulte que le poisson parait plus large (pi'il n'est réellement. Les écailles des flancs sont grandes , carrées et plus hautes que longues , surtout dans la partie antérieure du corps ; elles sont proportionnellement assez épaisses, et surtout plus massives que celles du Ph. onychius. Leur surface est lisse et unie ; aucun de leurs bords n'est dentelé. Chaque écaille est munie à sa face inférieure d'une quille plate , qui s'étend d'un onglet a l'autre, ou plutôt du bord supérieur au bord inférieur. Les onglets eux-mêmes qui en sont le prolongement sont gros et courts (fig. 2.) Les écailles du dos et du ventre sont beaucoup plus petites que celles des flancs. On remarque entre autres sur le milieu du dos , en arrière de la dorsale , une série impaire d'écaillés lancéolées , dont le bord postérieur est arrondi. La ligne latérale est très-difficile à reconnaître , car les écailles de cette série n'ont pas toutes des ouvertures muqueuses; il y en a ordinairement une perforée qui alterne avec une imperforée ; mais quelquefois aussi il y en a deux ou trois non perforées, pour une perforée. L'ouverture muqueuse est un très-petit trou en forme de croissant, ouvert du côté postérieur du corps. J'ai indiqué dans ma figure par des points blancs les écailles perforées. Les fig. 2 , 3 et 4 représentent des écailles grossies , dont plusieurs de la ligne latérale , sur lesquelles on distingue l'ouverture muqueuse. Les os de la tête, et en particulier les frontaux, sont parsemés de fines granules qui parlent du centre d'ossification et rayonnent vers les bords. La face supérieure du crâne est plate ; très-large en arrière des orbites , elle se rétrécit rapidement vers le bout du museau , ensorte que ses contours paraissent triangulaires dans les exemplaires où la tête se voit d'en haut. Le bord de l'orbite est à peine indiqué par une échancrure très-fortement évasée.

Les nageoires ne sont qu'imparfaitement conservées dans tous les exemplaires connus. Leurs rayons sont en général grêles ; toutefois le rayon externe des pectorales est un peu plus fort et porte de très-petits fulcres. La caudale est assez profondément échancrée. Ses rayons extérieurs sont simples sur plus de la moitié de leur longueur, tandis que ceux du centre sont bifurques jusque vers leur base. Leurs divisions transversales sont rapprochées , mais cependant de manière que les articles sont encore un peu plus longs que larges. L'extrémité de tous ces rayons est finement bifurquée à plusieurs reprises. Les fulcres du lobe supérieur sont »plus forts , plus gros et moins inclinés que ceux du lobe inférieur ; ils sont aussi plus intimement soudés aux écailles. Dans un exemplaire de la collection de sir Phillip Egerton, dont tout le squelette est disloqué et décomposé, j'ai pu m'assurer que les corps des vertèbres ne sont pas complètement osseux ; la partie ossifiée est seulement à l'extérieur et forme une sorte de gaine autour du centre des vertèbres, ensorte que les fragmens des corps de vertèbres qui sont épars sur cette plaque apparaissent comme des segmens de cylindres.

Le Ph. Bechei est une espèce assez fréquente dans le lias de Lyme-Regis; jusqu'ici elle n'a été trouvée que dans cette seule localité. L'exemplaire figuré par M. De la Bêche se trouve dans la collection de la Société géologique de Londres. L'original de ma figure fait partie de ToM. II ■ .36

la collection de miss Philpot à Lyme-Regis. Il y en a d'autres exemplaires très-bien conservés dans les collections de sir Philipp Egerton, de lord Enniskillen et de M. le D"^ Buckland. On trouve aussi dans les coprolithes de cette localité des écailles de ce poisson ; d'où nous concluons qu'il formait , avec les Pholidophoriis onychivs et Ihnbatus , les Tetragonolepis et les Dapedius , la pâture ordinaire des grands Sauriens de cette époque.

Il se pourrait que j'eusse étiqueté dans quelques collections cette espèce du nom de Ph. limbatns. Dans ce cas, l'erreur pourra maintenant être facilement redressée.

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