‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 136 sur 289 · QUELQUES REMARQUES · texte numérisé non relu

QUELQUES REMARQUES

SUR LES LEPIDOIDES EIV GENERAL.

Les genres nombreux que nous venons de décrire dans la première partie de ce volume , ont pour caractère commun d'être abdominaux , d'avoir le corps revêtu d'écaillés émaillées , et les mâchoires armées de dents obtuses ou en velours ras. Or, n'est-il pas surprenant que tous les poissons auxquels on peut appliquer cette diagnose , qui ne laisse pas que d'être assez vague, appartiennent, sans exception, à des types éteints, dont pas un seul n'a de représentant dans l'époque actuelle? C'est là un des faits les plus curieux de la zoologie comparée , qui nous explique en même temps les nombreuses acquisitions que l'ichthyologie a faites dans ce domaine , depuis que l'attention des naturalistes a commencé à se porter sur les poissons fossiles. Depuis la publication du tableau synoptique qui est en tête de ce volume , le nombre des espèces s'est considérablement accru , et un grand nombre de genres nouveaux sont également venus prendre rang dans cette grande famille , de manière que le nombre des espèces, qui était alors de soixante-quatre, répartis dans quatorze genres, est aujourd'hui d'environ deux cents , répartis dans vingt-huit genres. Je n'avais pas plutôt reconnu et circonscrit la famille des Lépidoïdes , que je me vis forcé de la diviser en deux grands groupes , d'après la structure de leur nageoire caudale. Le premier de ces groupes, celui des Lépidoïdes hétérocerques , comprend les Lépidoïdes chez lesquels la colonne vertébrale s'étend jusqu'à l'extrémité du lobe supérieur de la caudale. Ce lobe , toujours plus long que le lobe inférieur, est muni de rayons qui vont en diminuant graduellement du milieu de la nageoire jusqu'à son extrémité , tandis que le lobe inférieur, qui s'attache sous la colonne vertébrale, est toujours moins saillant, alors même que ses rayons sont plus longs. Le groupe des Lépidoïdes homocerques est composé de poissons qui ont la même physionomie générale , mais chez lesquels la caudale est en général équilobe , en ce sens , que les deux lobes sont articulés de la même manière à l'extrémité de la colonne vertébrale, de façon que lors même que l'un des lobes déborde plus ou moins l'autre , cette inégalité ne peut être envisagée que comme un caractère secondaire. J'attache d'autant plus d'importance à cette distinction , qu'elle correspond à l'âge géologique des couches qui recèlentles ichthyolites de ces différens types, si bien que tous les Lépidoïdes hétérocerques , à une seule exception près , sont antérieurs à la for-

nialion jurassique , lundis ((ue les Lépidoïdes homocerques ne commencent à paraître qu'avec léjioque du Lias,

Dans chacun de ces deux groupes se trouvent des genres à corps plus ou moins fusifornie , et d'autres à corps plat. Le rapport numérique de ces différens groupes se trouve indiqué dans les tableaux ci-dessus, page 4 78 et page 297, avec les remarques relatives à leur

gisement.

Chacune de ces grandes divisions renferme en outre plusieurs types distincts. Il régne surtout une grande dissemblance entre les genres des hétérocerques , où nous distinguons des poissons à écailles très-petites et granulées (les genres Acanthodes , Cheiracanthus et Cheirolepis) , et d'autres à grandes écailles rhomboïdales, [Dipterus , Osteolepis , Amhlyplerus, Gijrolepis , Platysomus , Eioy notas. La seconde de ces sections peut encore se subdiviser d'après la forme de la dorsale, qui est tantôt double (Dipterus, Osteolepis) , et tantôt simple .imhhjptevKs , Gyrolepis, Pidœoniscus ^ Platysonius et Earynotiis). Enfin le genre C<'/)/m/epis forme à lui seul un type particulier dont les caractères sont très-tranchés. Maintenant qiie je connais un plus grand nombre d'espèces et de genres que ceux qui sont décrits ci-dessus , je serais disposé à en faire quatre familles distinctes. La première , celle des Cephalmpides , embrasserait, outre le genre Cephalaspis , les genres inédits des Ptericlithys , des Pamphractiis , des Coccosteus et des Chelonkhthys ; la seconde, ou celle des Diptériens , comprendrait les genres Dipterus et Osteolepis ; la troisième , ou celle des Acanthodiens , comprendrait les genres Acunthodes, Cheirolepis , Cheiracanthus et le genre inédit des Diplacanthus. Enfin les autres genres, savoir les Amblyptenis , Gyrolepis , Palœoniscus , Platysomus , Eurynotus, formeraient, avec les Homocerques, la famille des Lépidoïdes proprement dits, qui comprendrait en outre plusieurs genres inédits. Je crois devoir me borner ici à ces simples indications, en attendant que des matériaux plus complets me permettent de discuter plus amplement la valeur relative des ditïérences que j'ai remarquées entre ces divers types.

Le groupe des Homocerques , quoique aussi nombreux que celui des Hétérocerques , est bien moins varié. Le passage des espèces plaies aux espèces fusiformes est plus insensible. Les écailles sont surtout bien plus uniformes , ce qui fait qu'il est souvent difficile de connaître le genre de certaines espèces dont on ne possède que des fragmens de la cuirasse émaillée. Nous retrouvons aussi dans ce groupe des genres à une seule dorsale et d'autres à deux dorsales ; mais ces derniers sont relativement bien moins nombreux que dans les Hétérocerques, et les Notagogus et les Proplerus sont bien plus voisins des Pholidophores et des Ophiopsisit que les Dipterus et les Osteolepis ne le sont des PaloDoniscus et des Platysomus.

Les Lépidoïdes nous offrent dans leur généralité plusieurs points de ressemblance avec leurs contemporains , les Sauroïdes et les Pycnodontes. L'émail dont leurs écailles sont recouvertes est de tous les traits qu'ils, ont en commun le plus saillant, et il faut convenir que, sous ce rapport, ils sont plus uniformes que les poissons de nos mers actuelles. 11 existe bien des différences dans la forme, la grandeur et l'arrangement de ces plaques émaillées, mais

ces différences ne conslituent guère que des caractères génériques, car nous rencontrons souvent sous ce rapport des diff'éren<x's plus notables entre les genres d'une même faïuilie qu'entre certains genres appartenant à des familles différentes. Lu autre caractère commun à ces différentes familles et qui parait être intimement lié à celui des écailles , consiste dans la présence de fulcres ou de petits rayons roides , tout le long du bord externe du premier grand rayon des nageoires. Les fulcres qui ne sont en réalité que des écailles modifiées se retrouvent sur toutes les nageoires ; mais ils sont surtout très-développés au bord du lobe supérieur de la caudale , notamment dans les Hélérocerques et dans les Homocerques du Lias^ On rencontre , il est vrai , une quantité de Lépidoïdes , où les fulcres manquent partiellement ; et l'on pourrait dès-lors être tenté d'envisager leur absence comme un caractère géologique ; ce qui serait une erreur, car je crois m'être assuré que lorsqu'ils manquent, c'est à l'état de conservation de l'individu qu'il faut attribuer leur absence, du moins dans la famille des Lépidoïdes. Il y a certains terrains, le calcaire lithograpbique de Solenhofen , par exemple, où il est assez rare de les rencontrer intacts, tandis qu'ils sont ordinairement bien conservés dans

le Lias.

Mais à côté de ces caractères que les Lépidoïdes ont en commun avec les Sauroïdes et les Pycnodontes , nous leur en avons reconnu d'autres , qui leur sont exclusivement propres ; la forme du corps et la grandeur relative des nageoires, jointes à l'armure des mâchoires, nous fournissent entre autres des moyens sûrs de distinguer leurs débris de ceux de leurs contem^ porains et notamment des Sauroïdes et des Célacanthes. En effet , ce sont généralement des poissons trapus , d'une allure peu dégagée ; et connue leur caudale est en même temps peu développée relativement à la masse de leur corps , nous en concluons ([u'ils étaient pour la plupart assez mauvais nageurs. Leur dentition est assez uniforme et annonce des poissons omnivores destinés à se nourrir d'animaux mous ou en décomposition , et de substances végétales qu'ils broyaient facilement entre leurs petites dents. Ils sont bien différons , sous ce rapport, des Sauroïdes, qui tout en étant revêtus, comme eux, d'une cuirasse émaillée, étaient munis de dents formidables, et se distinguaient en outre par une taille plus élancée et plus appropriée à une natation rapide. Aussi sont-ce pour la plupart des poissons voraces, et il est probable que les Lépidoïdes formaient en grande partie leur pâture. J'ai du moins reconnu des écailles de ces derniers dans les coprolithes de plusieurs espèces de Sauro'ides.

La limite est plus difficile à tracer entre les Lépidoïdes et les Pycnodontes, qui étaient aussi des poissons essentiellement broyeurs. Il y a surtout une très-grande analogie entre les vrais Lepidolus et les Pycnodus , et il serait souvent fort difficile de savoir auquel des deux groupes tel ichthyolite que l'on a sous les yeux appartient, si l'âge relatif des terrains ne venait en aide à la détermination zoologique. En effet, les Lepidotus appartiennent à-peu-près exclusivement aux preujiers dépôts de l'époque jurassique , et en particulier au Lias. Les Pycnodontes, au contraire, sont surtout nombreux dans les dépôts récens de l'époque jurassique, et même, à l'exception du genre Placodus, dont les affinités sont encore très-peu connues , tous les Pyc-

nodontes dont on possède des débris caractéristiques sont plus récens que le Lias. Il v a sans doute des Lépidoïdes dans les étages récens de la formation jurassique, mais ils sont d'une forme particulière , et pour la plupart plus élancés que les vrais Lepidotus ; tels sont en particulier les Pholidophores , dont les espèces , quoique très-nombreuses , se distinguent par leur petite taille et différens autres caractères de détail que nous avons mentionnés en traitant de ces genres en particulier.

Le tableau qui précède, dans lequel j'ai compris toutes les espèces qui n'ont pas pu trouver place dans ce volume , donnera une idée de la distribution géologique de cette famille et de sa fréquence relative aux différentes époques de l'histoire du globe.

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