CHAPITRE VJ
DU GEXRE MEGALICHTHYS Agass.
C'est à la Réunion de l'Association britannique pour l'avancement des sciences réunie à Edimbourg, en 1831, que j'ai vu les premiers débris de ce genre remarquable. M. le D' Hibbert avait recueilli dans un calcaire de l'époque bouillère, à Burdie-House , près d'Edimbourg, une quantité de fossiles très-curieux , et il en avait fait le sujet dun mémoire qui fut lu dans la section de géologie, où se trouvaient étalées toutes les pièces originales décrites dans son travail. Dans le nombre il y avait des Gyracanthes , des Pahneoniscus , des Eurynotus , des Pygoptères et une série considérable de grands os , d'écaillés et de dents , remarquables pav leurs dimensions et par leur bel état de conservation. Le but de l'auteur avait été non-seulement de décrire le terrain d'où proviennent ces fossiles , mais encore de démontrer qu'indépendamment des plantes , des mollusques et des poissons que l'on trouve dans cette localité , on y rencontre aussi des reptiles et en particulier des Tortues et des Sauriens de taille gigantesque. Il inférait de-là que les géologues avaient eu tort de nier l'existence de cette classe d'animaux dans les couches inférieures au Zechstein et que les inductions tirées de la nature de la végétation , sur la constitution de l'atmosphère , durant l'époque houillère , et sur l'impossibilité qu'il y aurait eu pour des animaux respirant l'air de vivre alors, à raison de la composition même de l'air, étaient pour le moins prématurées. Appelé de la section de Zoologie à venir donner mon opinion sur les poissons fossiles contenus dans cette collection , j'ignorais complètement ce qui venait d'être dit sur l'ensemble de ces fossiles. Aussi , après avoir indiqué les caractères des espèces et des genres que je pus reconnaître à première vue , lorsque je passai à l'examen des grands fragmens d'os , et surtout des dents colossales que j'avais sous les yeux , pour faire ressortir les rapports que je leur trouvais avec les débris de Sauroïdes que je connaissais déjà alors , et que je déclarai qu'ils devaient constituer un genre nouveau de cette famille remarquable , quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre par M. Jameson , président de la section , que ces mêmes débris venaient d'être décrits comme des fragmens de Sauriens et de Tortues. Cette divergeance d'opinion était trop flagrante pour ne pas exciter de vives discussions et elle avait été émise d'une manière trop explicite pour ne pas nécessiter un nouvel examen , dans l'intérêt même de la paléontologie ; aussi demandai-je de pouvoir faire quelques jours plus tard un rapport circonstancié à la section , sur l'ensemble de la question. M. le D"^ Hibbert , eut la générosité , bien rare en pareilles circonstances , de me confier toutes les ToM. II, 2' Part. 12
pièces qu'il avait examinées auparavant pour établir ses conclusions , et de m'assister durant l'examen approfondi que j'en fis les jours suivans de concert avec lui et M. le D"^ Buckland. Je compterai toujours au nombre des plus beaux momens de ma vie les entretiens que j'ai eus avec ce modeste savant à ce sujet. Les recherches que nous fîmes en commun sur cette question , et dont les résultats furent proclamés dans la section de Géologie , amenèrent M. Hibbert lui-même à adopter ma manière de voir, comme on peut s'en convaincre en lisant le rapport détaillé qu'il a fait sur ces fossiles dans son Mémoire sur le calcaire d'eau douce (Je Burdie- House , inséré dans le 13'' vol. des Transactions de la Société royale dEdimbourg. Cependant les pièces que nous avions eues à notre disposition alors n'avaient pas encore été déterminées toutes avec la même précision , lorsque quelques semaines plus tard j'eus la bonne fortune de rencontrer au Musée de Leeds une tète entière très-bien conservée , et une grande portion du tronc de ce singulier animal , qui me mirent en état de lever tous les doutes qu'il me restait sur les fragmens de Burdie-House. Ce sont ces pièces du Musée de Leeds que j'ai représentées, réduites de moitié , sur Tab. 63 et sur Tab. 6U , pour illustrer le genre Megalichthys. Quoique j'eusse reconnu la véritable nature d'une partie des fossiles de Burdie-House , je coi^mis pourtant aussi une erreur à celle occasion , dans mon rapport à la section de Géologie ; ce fut de confondre avec le Megalichthys un second type générique auquel j'ai donné plus tard le nom d'Holoptychius et que je me hâtai de distinguer tôt après avoir vu les exemplaires du Musée de Leeds. M. le D"^ Buckland a également déjà donné , en 1837, quelques renseignemens dans son traité de Minéralogie et de Géologie, sur ces deux genres Meyalkhthys et //o/o;9<(/c/«»s d'après les indications que je lui ai fournies. Je reviendrai plus tard sur le genre Holoptychius , et me bornerai à exposer ici les caractères du Megalichthys , en faisant connaître tout d'abord les particularités que j'ai remarquées dans les exemplaires de Leeds.
Megalichthys Hibberti Âgass.
Vol. 2, Tab. 63, 63 a et 64.
Pour rendre ma description de cet animal plus complète , j'examinerai successivement les différentes régions du corps et les pièces dont elles se composent. Je m'arrêterai d'abord au crâne ; je décrirai ensuite les os sous-orbitaires et ceux qui recouvrent la joue , puis les pièces opcrculaires , et les mâchoires : savoir la mâchoire supérieure avec le prolongement ethmoïdal , les intermaxillaires et maxillaires supérieurs , et la mâchoire inférieure avec ses appendices et l'appareil branchiostègue. Je passerai ensuite aux écailles et aux fragmens d'os ; après quoi il me restera à faire quelques observations sur la [structure de ces os et sur la couche d'émail qui les recouvre. Malheureusement le grand nombre de fractures qui sillonnent les os en tous sens en rendent souvent la détermination difficile. Pour faciliter à cet égard l'intelligence de la description, j'ai fait dessiner (Tab. 63.) le crâne tel qu'il est avec
toutes ses fractures , mais réduit de moitié et j'y ai ajouté une planche au trait (Tab. 63 a), en indiquant par des lettres les contours des dilTérens os.
Les frontaux (a) sont parfaitement conservés dans leur partie antérieure et moyenne ; ils se rétrécissent considérablement en avant, et se terminent par un bord étroit et lacéré. Dans la suture médiane , celui de droite repose sur celui de gauche , et c'est ce qui le fait paraître plus large ; en arrière , ils aboutissent à une forte dépression , qui rend leur limite très-incertaine. Toute la surface de l'os est finement pointillée. En avant de la pointe , il y a , du côté droit, un petit os(j') qui paraît être le nasal , et qui est enlevé du côté gauche. Les ethinoides (b) sont divisés longitudinalement par le milieu ; leur bord interne est le plus long ; leur suture médiane est sinueuse. Ils s'encaissent dans une échancrure oblique des intermaxillaires , et se rétrécissent au bord antérieur ; le bord postérieur est tronqué , et aboutit à un trou que l'on doit , je pense , envisager comme les fosses nasales (y). Leur surface est pointillée comme celle des frontaux. Cette partie ethmoïdale est très-arrondie sur ses côtés; de telle sorte qu'elle forme pour ainsi dire le pédicule des intermaxillaires, lesquels son renflés , comme le bout du museau de certains Crocodiles.
Le iiioiynon inlermaxilhiire (c) paraît être d'une seule pièce ; mais comme toute sa surface est fracturée il est difficile de s'en assurer d'une manière positive. Il est très-arrondi , surtout en avant , et plus large que les ethmoïdes réunis. Son bord externe est droit au contact du sous-orbitaire inférieur ; plus en avant il y a une échancrure arrondie , terminée par une saillie, également arrondie, qui forme l'angle inférieur et postérieur de cet os. Le côté antérieur du mufle est élégamment échancré au milieu et renflé en un bec très-obtus , qui porte dans notre exemplaire une grosse dent canine. La fig. k de Tab. 63 , montre le contour de cette partie du museau , vue en face. On voit en outre , sur les côtés, quelques-unes des petites dents qui bordent les mâchoires. Le pointillé de la surface est bien moins serré que sur les autres os ; le milieu et le devant de l'os en sont même complètement dépourvus. M. Kœnig possède une pièce détachée qui paraît être le même os.
Sur les côtés des frontaux, il y a à droite et à gauche deux os particuliers (d, e), qui forment une large bande en parallélogramme, évasée à son bord interne pour loger le coude du frontal. L'os antérieur (d) est parfaitement conservé du côté droit ; son bord antérieur est fortement échancré au milieu . et cette échancrure forme avec le bord du nasal et de l'ethmoïde une cavité arrondie , qui me paraît avoir contenu l'organe de l'odorat. Les angles antérieurs de cet os sont obliquement tronqués ; ses bords interne et externe sont à-peu-près droits : mais son bord postérieur est en S ouvert. L'os postérieur (e) est plus allongé ; son bord interne embrasse la partie dilatée du frontal ; son bord postérieur est échancré au milieu et tronqué carrément sur le côté. Ces os qu'on ne distingue bien que du côté droit , me paraissent correspondre à cette série de petits os que l'on observe dans le genre Polypterus, sur les côtés du frontal et des pariétaux. lissent , comme les précédens, couverts de petits points creux épars. Il y a trois sous-orbitaires (f, g, h), qui paraissent n'intercepter qu'une très-petite ca-
vite orbitale dont la position est très-extraordinaire , en ce qu'elle est placée très-avant dans la tête , comme chez le Bichir, et plus encore , en ce qu'elle se trouve en avant des fosses nasales. Le bord supérieur de l'orbite est formé par l'ethmoïde ; le bord antérieur par l'angle de l'intermaxillaire ; les bords inférieur et postérieur par les sous-orbitaires.
Le sous-orbitaire supérieur (/") est presque carré ; il forme à lui seul le côté postérieur de l'orbite; son bord antérieur est le plus étroit. Dans notre exemplaire, il n'est pas visible, du côté droit , parce qu'il est en raccourci perpendiculaire ; mais on le voit parfaitement dans la fig. de profil ( fig. 5).
Le sous-orbitaire moyen (g) est à-peu-près triangulaire ; sa pointe antérieure et supérieure qui est tronquée forme une partie de l'orbite. Le côté antérieur est presque à angle droit avec le côté inférieur. Le côté interne est le plus long , il est ondulé et forme en arrière avec le côté postérieur et inférieur une pointe tronquée. Le bord inférieur est adjacent à la partie supérieure postérieure du maxillaire supérieur. Dans la fig. 1, cet os se voit des deux côtés ; mais dans la fig. 3 il n'est visible qu'à demi , à cause de sa formé renflée.
Le sous-orbitaire inférieur (/*) est en forme de triangle allongé ; son bord supérieur, adjacent à l'intermaxillaire est oblique ; son bord postérieur qui touche au sous-orbitaire moyen l'est également , mais un peu moins ; enfin le bord inférieur, qui est plus long , s'unit au maxillaire supérieur, et forme en avant une suture oblique. On le voit très-bien d'en haut sur le côté droit , mais il est fracturé du côté gauche.
Les trois sous-orbitaires ont leur surface parsemée de petits points creux ; mais ces points sont plus rares sur le sous-orbitaire antérieur.
La joue est revêtue de trois grands os plats («', k, l). Le plus grand (/) ressemble beaucoup à celui du Bichir. On le voit parfaitement du côté gauche dans la fîg. 1 . Celui du côté droit est très-endommagé et refoulé sur le côté du crâne ; mais on le voit dans la figure de profil. Son bord antérieur, qui est sinueux , était sans doute soudé au bord postérieur des sous-orbitaires supérieur et moyen ; son angle supérieur antérieur est saillant. Les autres côtés sont droits ; le côté supérieur s'unit aux os latéraux du crâne. Le bord inférieur, qui présente quelques sinuosités , touche à un os (A) , qui repose sur le maxillaire supérieur, comme la petite pièces des Salmones et des Clupes , et qui paraît être l'analogue de cette pièce. Cet os se voit très-bien sur le côté gauche de fig. 1 , et de profil sur le côté droit ; mais il est ici moins bien conservé. Il se termine en pointe en aAant ; son bord inférieur s'unit au maxillaire supérieur ; son bord supérieur qui est parallèle au bord inférieur est accolé au grand os facial ; son bord postérieur est arrondi. Le troisième os de la joue (/) placé en arrière des deux précédens , entre eux et l'opercule , pourrait bien être un préopercule semblable à celui du Bichir. Il est carré ; ses angles sont arrondis et ses bords ondulés. Sa surface , ainsi que celle du grand facial , est parsemée de points creux. Il est brisé dans sa partie inférieure. On le voit très-distinctement dans la fig. I , du côté gauche.
L'opercule (»«) est très-grand ; celui du côté gauche est très-bien conservé ; il n'y a que son
bord inféi-icur qui soil brisé. Son angle antérieur est saillant et arrondi ; ses bords antérieur et supérieur sont tous deux élégamment évasés , mais le premier Test plus que le second ; son bord postérieur est uniformément arqué. Toute la surface de cet os est lisse et ne laisse apercevoir que la fine granulation de sa structure , sans points creux. Celui de droite est trèsfracturé ; on n'en voit que des fragmens dans la fig. 3.
Au-dessus de l'opercule gauche , entre celui-ci et l'opercule du côté opposé , il y a trois os , qui sont encore en partie énigmatiques pour moi. On ne les voit que dans la fig, 1 ; le mieux conservé est celui qui se trou\e au-dessus de l'opercule gauche («). C'est un os pair, dont le correspondant , très-fracturé , est refoulé contre l'opercule droit. Son bord supérieur est presque à angle droit avec le bord antérieur ; le bord inférieur est d'abord droit , mais il s'arrondit en arrière. Toute la surface est parsemée de points creux. Cet os me parait être un grand mastoïdien ; s'il en est ainsi , les pariétaux étaient sans doute très-petits et ils auront disparu dans la fracture qui sépare cet os des frontaux.
L'os moyen (o) est inqiair : il a la forme d'un triangle isocèle, dont la base, échancrée au milieu , est étroite , à angles arrondis ; les côtés , légèrement échancrés , se terminent en une pointe aiTondie. Toute sa surface est également pointillée. Cet os me parait être l'occipital supérieur (crête occipitale). En arrière de son extrémité, sur le côté droit postérieur, on voit encore quelques débris d'os (p) qui pourraient être des écailles suroccipitales , et entre eux et le bord de l'opercule droit , des fragmens d'os allongés dépourvus de leur émail , et qui étaient probablement les supra-scapulaires. Plus en avant il y a quelques écailles brisées, le long du bord antérieur et supérieur de l'opercule.
Le maxillaire supérieur (q) est petit , proportionnellement aux dimensions de la gueule ; il est surtout plus étroit que le maxillaire inférieur, et se prolonge en avant en une longue pointe qui s'étend sous le sous-orbitaire antérieur jusqu'à l'intermaxillaire. Il est armé de petites dents coniques , pointues , lisses , ornées de quelques stries seulement à leur base.
La gueule est très-grande et fendue jusque vers le bord antérieur de l'opercule. La partie antérieure du maxillaire supérieur est compacte , mais sa partie moyenne est creuse. On aperçoit la cavité ouverte du côté gauche , où elle est remplie de la même substance qui entoure tout le poisson , et qui est une marne houillère. Au fond de cette cavité , un peu en avant du milieu de l'os , il y a une éminence arrondie qui paraît être le fond de l'alvéole de quelque grande dent.
La face inférieure de la tête ( fig. 2 ) , nous ofïre des particularités de structure non moins importantes. Les parois du maxillaire inférieur (r) sont bien conservées du côté droit ; la cavité intérieure n'y est ouverte que dans la partie postérieure de l'os , à son bord interne ; mais sa surface n'est pointillée qu'à son extrémité postérieure ; quelques sillons obliques se voient sur son milieu. L'os maxillaire supérieur est parfaitement lisse.
Entre les deux branches des maxillaires inférieurs est une échancrure arrondie , dans laquelle se trouve une grosse écaille (.s). L'appareil lingual et branchiosfègue est très-remar-
quable. Comme dans le genre Pohjpterus , le milieu de l'espace entre les maxillaires inférieurs est occupé par deux grandes plaques allongées (?) , qui se recouvrent au milieu et dont le bord externe qui est caché par la roche , passe sous une série de plaques latérales. Le contour apparent indique la limite de la partie plane de ces os , qui s'incline de-là sous les plaques latérales. Leur bord antérieur est tronqué obliquement de dehors en dedans. Leur bord interne est droit ; leur bord postérieur est arrondi du milieu au bord extérieur en forme de faucille. La longueur de ces plaques égale trois fois leur largeur.
L'espace compris entre l'angle du bord antérieur des plaques et la symphyse de la mâchoire inférieure est occupé par une large plaque rhomboïdale qui est comme enclavée dans les grandes plaques (m).
La série de plaques (v) qui se trouvent entre le maxillaire inférieur et les grandes plaques , paraît appartenir aux cornes latérales de l'os hj'oïde , puisqu'on trouve à leur extrémité les rayons branchiostégues , <pii sont au nombre de trois. Cette série est composée de huit pièces du côté droit , et de sept du côté gauche. Leur forme diffère un peu des deux côtés ; elles vont cependant généralement en s'élargissant d'avant en arrière. Les quatre antérieures se ressemblent le plus ; mais celles du côté gauche sont un peu plus allongées. Les deux extrêmes de gauche sont en partie cachées ; la première est la plus petite ; la cinquième de droite , ^sl beaucoup plus étroite que la cinquième de gauche ; mais il se pourrait que les cinquième et sixième réunies de droite correspondissent ensemble à la sixième de gauche, qui est plus petite que les deux réunies , mais plus grande que chacune d'elles séparément.
ArriA'ons maintenant au tronc. Je ne doute pas que le fragment de Tab. 6i qui a été trouvé avec la tète que nous venons de décrire , ne provienne du même poisson. Les écailles sont des plus remarquables. Elles ont, comme dans les autres Ganoides , deux régions différentes, l'une visible à l'extérieur, qui est de forme rhomboïdale et dont les angles sont plus ou moins arrondis , l'autre osseuse , qui sert à les fixer. Cette dernière région consiste en un bord supérieur plus ou moins oblique , sur lequel repose le bord inférieur de l'écaillé voisine , et en un bord antérieur qui pénètre plus ou moins dans la peau , et qui est recouvert par le bord postérieur des écailles de la série qui précède. Ce type général des Gano'ides se retrouve dans le genre MegaUchthijs ; mais ce qu'il y a de singulier, c'est que l'émail , au lieu d'être lisse et poli comme du verre , est finement granulé , toute sa surface paraissant comme couverte de grains de sable si fins qu'il est à peine possible de les distinguer à l'œil nu. On ne les voit bien que dans la fig. 3 , qui représente une écaille grossie. Ce sont de petits points creux extrêmement rapprochés , et dont les intervalles en relief forment un réseau de mailles. Les bords des écailles sont amincis, mais le milieu est plus épais, comme on le voit par les coupes de fig. k, .5 et 6 , de Tab. 6i. Par suite d'une inadvertance , ces figures sont renversées et l'émail est en bas au lieu d'être en haut. Ce qui distingue le mode d'insertion de ces écailles , c'est qu'en dehors du bord supérieur et antérieur de l'émail, l'os est entouré d'un large sillon qui forme une ceinture sur les deux côtés des écailles. Le bord de ce sillon est très-marqué et tranchant ; de-là l'os va en s'amincissant insensiblement.
Il n'est pas douteux que le morceau écailleux , Tab. 6U , fig. 1 , ne soit clans sa position naturelle ; les écailles antérieures dont on voit en partie la racine , le prouvent évidemment. Mais il faut que ce poisson ait eu le corps tres-arrondi , pour que toutes ses écailles soient ainsi refoulées les unes sur les autres. Elles paraissent disposées sur les côtés d'une série médiane peu marquée , et appartenir probablement à la région intermédiaire entre les ventrales et l'anale.
Ce que Ion voit des nageoires est très-insignifiant ; ce sont uniquement quelques articles en série de l'extrémité de plusieurs rayons qui paraissent en place et dont la base a disparu. Il n'est resté de la nageoire supérieure que quelques articles épars et perdus tout le long du dos.
Il est fâcheux que la grande écaille du côté gauche ne soit pas entière , et surtout qu'une grande partie de sa surface et de ses bords ait disparu. Cette pièce expliquerait bien des os énigmatiques de Burdie-House. La présence d'une écaille de cette grandeur près des ventrales est un fait très-curieux ; car dans les Gano'ides , les écailles qui avoisinent les nageoires deviennent ordinairement de plus en plus petites. Il existe en outre des fragmens d'os dans différentes régions du corps ; dans la coupe de fig. 2 , on voit une section d'un corps de vertèbre surmonté de fragmens des apophyses articulaires et épineuses. Le tissu de cet os a de très-grosses mailles plus lâches que celui de l'os des écailles. Sa forme en cercle brisé provient sans doute de ce que la coupe passe par le bord articulaire et non par le milieu de la vertèbre. On aperçoit encore quelques traces des vertèbres en arrière de l'occiput , mais elles sont tellement déformées qu'il est impossible de reconnaître leur forme primitive. On distingue pareillement quelques restes de la substance osseuse des pièces suprascapulaires (et scapulaires), mais qui sont très-mal conservés. Le bord supérieur de l'opercule droit est aussi visible dans la coupe de fig. 2. C'est en particulier sur cet os . comme sur tous ceux dont l'intérieur est mis à découvert par quelque fracture , que l'on peut s'assurer de la ressemblance extrême que présentent les os de ce singulier poisson avec ses écailles. En effet , les os sont tous recouverts d'une mince couche d'émail parfaitement semblable à celle qui recouvre les écailles, et comme sur celles-ci , l'émail est finement granulé ou orné de petits points osseux formant un sablé plus ou moins serré. Le tissu osseux des os du crâne est plus serré et plus fibreux que celui des vertèbres ; dans tous les os plats il est exactement comme dans les écailles , plus lâche au point de contact avec l'émail et très-compact à la surface inférieure, où l'accroissement s'opère par de nouvelles couches superposées.
Depuis quelques années les localités qui ont fourni des débris de Megalichthys se sont considérablement multipliées : on en a découvert dans le pays de Galles , dans les environs de Manchester, près de StafTord et dans les environs de Glasgow. Dans la plupart de ces localités , ces débris sont accompagnés de gros coprolithes assez semblables à ceux des Sauriens , par leurs formes et par la manière dont ils sont enroulés. Cette coïncidence me paraît prouver que c'est à ce grand forban des eaux de l'époque houillère qu'il faut les rapporter.
Les exemplaires de Megalichthys recueillis par M. Rankine, à Carluke, dans les environs
de Glasgow, m'ont fait connaître diverses particularités sur ce genre, que je me borne pour le moment à signaler , en attendant que je puisse exposer en détail , à l'aide de planches plus nombreuses , tout ce que j'ai observé jusqu'ici sur l'osléologie de ce poisson remarquable. Les corps de vertèbres sont beaucoup plus courts que hauts , c'est-à-dire discoïdes . à-peu-prés comme les grandes vertèbres du genre Lamna. Les dents sont trés-élancées , plissées à la base elles s'effdent en un cône parfaitement lisse ; il y en a de très-grandes qui alternent avec d'autres moins grandes . entre lesquelles il s'en trouve un grand nombre de très-petites : celles de la mâchoire inférieure sont les plus grandes.
Il paraît que le genre Megalichthys renferme plusieurs espèces ; du moins j'ai observé au Musée de Leeds une tête assez bien conservée , dont la mâchoire inférieure est plus large que celle du M. Hibberti , et que je désigne provisoirement sous le nom de Megalichthys MAXiLLAKis. J'ai aussi reconnu , parmi les fossiles des îles Orkney , des plaques écailleuses que je crois pouvoir rapporter au genre Megalichthys , et que je désigne sous le nom de Megalichthys priscus.