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CHAPITRE VII

DU GEIVRE EUGNATHUS âgass.

Parmi les Saiiroïdes jurassiques , il n'en est aucun qui rappelle plus les genres des époques antérieures , en particulier les Pygopterus et les Acrolepis , que les espèces du genre Eugnatlius. C'est la même forme générale et la même disposition des nageoires ; la caudale est en particulier inéquilobe , car la base du lobe supérieur est bien plus reculée que celle du lobe inférieur, et la limite des écailles est en forme de S, comme dans les Lepidolus. Malgré cela, ce ne sont pas des Hélérocerques ; car ce qui caractérise les Hétérocerques , c'est moins l'inégalité des lobes de la caudale , que le prolongement de la colonne vertébrale jusqu'à l'extrémité du lobe supérieur de la caudale. Or, rien de semblable n'a lieu chez les Eugnathus ; ce sont tout simplement des Homocerques à caudale inéquilobe.

Les nageoires en général sont grandes et bien fournies de rayons. Le lobe inférieur de la caudale, quoique moins proéminent que le lobe supérieur, a des rayons plus gros et plus nombreux. La dorsale se distingue également par des rayons très-vigoureux ; elle est opposée à l'espace compris entre les ventrales et l'anale et forme une nageoire très-haute et très-étendue. L'anale est plus petite et composée de rayons plus grêles. Ces trois nageoires ( la caudale, la dorsale et l'anale) , ont leur rayon principal ou premier rayon garni de fulcres jusqu'à son extrémité ; quant à la caudale, ceux du lobe supérieur sont, comme d'ordinaire , plus développés que ceux du lobe inférieur. Les pectorales et les ventrales sont en général assez grêles.

Sous le rapport des écailles , notre genre Eugnathus se rapproche davantage des Lépidoïdes que des Sauroïdes. Les écailles sont grandes, rhomboïdales , et assez variables suivant leur position sur le corps ; cependant leur longueur l'emporte en général sur leur hauteur. Elles se rétrécissent notablement sur la région abdominale , où elles sont du double plus longues que hautes. Mais un caractère qui les distingue entre toutes les écailles de Sauroïdes et qui permet de reconnaître le type du genre même sur des fragments très-incomplets , ce sont les sillons et les dentelures toutes particulières du bord postérieur ; ces dernières ne sont qu'une conséquence des premiers , car chaque sillon donne lieu à une dentelure et les uns et les autres sont assez accusés pour être toujours très-reconnaissables à l'œil nu. On les retrouve en général sur les écailles de toutes les parties du corps ; mais ils sont cependant plus distincts sur TOM. II , 2» Part. 13

le devant que sur le derrière du tronc. Leur forme et leur disposition variées servent à distinguer les espèces entre elles.

La dentition ne laisse aucun doute sur les mœurs carnivores de ces poissons. Je ne connais aucun genre dans lequel elle soit plus développée, et c'est ce qui m'a engagé à leur donner le nom d'Eufjnathus. Ce qui les distingue en outre, c'est l'inégalité des- dents : on voit sur chaque mâchoire de très-grosses dents coniques et d'autres plus petites ; les plus grosses occupent de préférence le milieu de la mâchoire où elles forment parfois un contraste assez frappant avec celles de ^a^ant et de l'arrière , surtout à la mâchoire inférieure. Le museau est allongé et pointu. La gueule est profondément fendue.

Le type des Eugnathus paraît avoir prédominé à l'époque du lias ; c'est du moins dans cette formation qu'on en a trouvé jusqu'ici le plus grand nombre.

L Eugnathus orthostomus Agass.

Vol. 2, Tab. 57 rt.

Le poisson que je désigne sous ce nom, résume à un haut degré tous les caractères du genre Eugnathus tel que nous venons de l'esquisser. Sa forme élancée , ses mâchoires robustes et sa caudale très-ample, indiquent assez un poisson vorace et un bon nageur. La tête , sensiblement plus longue que le corps n'est haut , est contenue trois et demi fois dans la longueur totale du poisson. La mâchoire inférieure est très-droite et armée en arrière de trois fortes dents coniques , précédées d'une quantité de dents plus petites qui occupent sa partie antérieure. Le maxillaire supérieur a des dents plus uniformes et il n'y en a que quelquesunes au milieu dont les dimensions l'emportent un peu sur les autres. A en juger d'après la direction du profd de la tête , il parait que la mâchoire supérieure est plus courte que linférieure ; cependant il se pourrait que cette différence dût être attribuée à l'absence de l'intermaxillaire. Nous verrons du moins que, dans VE. speciosus Tab. o7, où cet os est bien con^ serve , les deux mâchoires sont égales. On remarque en outre parmi les os de la tête , l'opercule qui se distingue par son bord postérieur arrondi ; le subopercule est plus large que le préopercule, qui a la forme d'un croissant étroit. Les rayons branchiostègues, au nombre de huit ou neuf, sont très-distincts : les plus rapprochés des pièces operculaires sont les plus larges et les plus grands, et semblent passer insensiblement au sous-opei'cule. L'orbite est de moyenne grandeur ; les os de la face qui l'entourent sont trop fracturés pour pouvoir être décrits isolément. La ceinture thoracique est assez bien conservée ; on remarque à l'humérus une forte saillie arrondie au-dessus de l'insertion des pectorales.

Les nageoires sont toutes conservées , ou du moins il en existe des rudimens. La dorsale est grande , située à-peu-près au milieu du dos ; ses rayons sont forts , gros , articulés jusqu'à la base et divisés en un grand nombre de lilels à leur extrémité ; j'en compte dix-sept, qui vont

en décroissant d'avant en arrière. Le premier est hérissé d'un nonibi'e considérable de fulcres (jiii en garnissent le bord externe , jusqu'à son extrémité ; mais il n'y a pas d'autres petits rayons en avant. La caudale est plus intéressante encore ; le lobe supérieur déborde le lobe inférieur : non pas que ses rayons soient plus longs ; mais parce que la queue ou plutôt la partie couverte d'écaillés se prolonge beaucoup plus en haut qu'en bas. Le rayon externe du lobe supérieur est en outre garni de fulcres très-longs , notamment vis-à-vis de l'endroit où les écailles cessent. Au lobe inférieur ces fulcres n'existent pas, mais les rayons d'abord petits croissent insensiblement jusqu'aux plus grands et décroissent de nouveau vers le milieu de la nageoire. Tous sont articulés , mais il n'y a que ceux qui sont en delà du plus long rayon qui soient dichotomés. Ceux qui sont en deçà , sont simples. La caudale est distinctement fourchue et, connue d'ordinaire, les rayons du milieu sont les plus divisés. L'insertion de l'anale est un peu en arrière de l'extrémité de la dorsale ; ses rayons sont plus grêles et plus courts que ceux de cette dernière nageoire. Le premier rayon est garni de fulcres distincts ; les autres sont profondément divisés. Les ventrales sont très-petites , un peu plus avancées que la dorsale ; il n'en reste que des débris incomplets dans notre exemplaire , mais parmi ces débris se trouve im rayon en apparence garni d'épines qui était probablement le premier rayon de la nageoire. Les pectorales ont de gros rayons et il parait, d'après tout ce qu'il en reste, qu'elles étaient beaucoup plus développées que les ventrales.

Les écailles méritent une attention toute particulière. Celles qui revêtent la partie antérieure et supérieure des flancs sont en forme de parallélipédes à-peu-près réguliers ; leur surface est ornée de stries qui se terminent en dentelures au bord postérieur et ([ui convergent légèrement vers le centre d'accroissement de l'écaille qui est rapproché du bord postérieur (fig. a). L'articulation des écailles entre elles s'opère par la simple superposition des bords onduleux , qui ne sont point garnis d'émail ; du moins n'ai-je point remarqué d'onglet dans les écailles que j'ai pu examiner. Par contre l'angle antéro-supérieur est très-saillant. Près du bord ventral , les écailles se rétrécissent singulièrement , au point que leur longueur égale plus du double de leur hauteur ; mais elles n'en sont pas moins dentelées en arrière (iig. h). Les écailles de l'arrière du corps difïèrent de celles de la partie antérieure en ce qu'elles sont entièrement lisses et unies et que leur bord postérieur est dépourvu de dentelures (fig. c). Leur forme est du reste assez régulière et elles ne deviennent irrégulières que dans le voisinage de l'anale et de la caudale.

Le magnifique poisson dont notre planche retrace la figure . se trouve dans la collection de sir Philipp Egerton. Il provient du lias de Lyme-Regis.

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