VI. EuGNATHtTS POLYODON AgaSS
Vol.2,Tab. 58a,fig. 2.
Quoique je ne connaisse que la tête et des fragmens de mâchoire de ce poisson , je n'hésite cependant pas à le distinguer spécifiquement de ses congénères. La disposition des dents est , en efïet , des pkis extraordinaires , par la manière étrange dont les grosses et les petites sont entremêlées. Tandis que dans les autres espèces, les dents du milieu de la mâchoire sont ordinairement très-grosses , et vont en décroissant d'avant en arrière , nous voyons ici une petite dent alterner avec une grosse et former ainsi une armure des plus singulières. La mâchoire inférieure est assez grêle , cependant elle se dilate sensiblement en arrière. L'extrême largeur de la tête dans notre exemplaire ne me paraît pas naturelle , et il est probable qu'elle n'est ainsi dilatée que par accident. On distingue aussi une partie des rayons branchiostègues au-dessous de la mâchoire inférieure. Ils sont d'assez petite taille et renflés en forme de massue du côté interne. Notre exemplaire a également conservé une portion de ses pectorales , car nous voyons que cette nageoire était composée de rayons nombreux , mais assez grêles et très-serrés.
C'est encore une espèce du lias de Lyme-Regis ; l'original se trouve en la possession de miss Philpot. Il existe plusieurs fragmens de mâchoire dans la collection de lord Enniskillen , que je serais assez tenté de rapporter à cette espèce. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que les dents sont striées longitudinalement.
Je renvoie à une autre occasion la description des espèces suivantes :
1° EuGNATHus oPERCULARis Agass. Du lias de Lyme-Regis. Grande espèce, de la taille de VE. Philpotiœ ; remarquable par son museau obtus, ses dents très-uniformes , et par son appareil operculairetrès-développé. Les pectorales sont très-grandes, mais articulées seulement dans leur partie postérieure. Les écailles sont plus longues que hautes, striées et dentelées au bord postérieur.
2° EuGNATHUS MiCROLEPiDOTUS Agass.C'cst l'espèce que j'ai signalée précédemment sous le nom à'Urœus microlepidotus. Les dents sont très-grosses , coniques et uniformes. Je me suis assuré que les écailles sont distinctement sillonnées et dentelées , ensorte qu'il ne peut y avoir de doute sur le genre. C'est un vrai Eugnathus du calcaire lithographique de Solenhofen. C'est jusqu'ici le seul qu'on ait trouvé dans le Jura supérieur.
3° Eugnathus gigaîsteus Agass. Lord Enniskillen possède un poisson colossal du lias de Boll que j'avais rapporté au genre Pachycormus, sous le nom de P. giganteus: mais en étudiant plus tard attentivement l'ostéologie des Eugnathes , des Pachycormes et des Catures , je
me suis convaincu que ce poisson offrait, clans l'ensemble de ses caraclères, une aflinilé plus marquée avec les Eugnathes qu'avec les Pachycormes ; c'est pourquoi je les décrirai plus tard sous le nom iVE. yigauteiis.
J'ai encore distingué une espèce du lias de Whitby, sous le nom d'E. fasciculatus : une du lias de Street, sous le nom d'E. tenuideks, et quatre autres de Lyme-Regis, sous les noms d'E. oRXATus, scABRiuscuLus , LEPTODUs et MANDiBULARis. Je décHraï toutes ces espèces dans mes Supplémens.
Le genre Conodus , que je décrirai également dans mes Supplémens , doit être rangé à la suite des Eugnathes , dont il ne diffère que par quelques particularités dans la dentition. L'espèce unique de ce genre portera le nom de Conodus ferox Agass.
C'est probablement à la suite de ce genre, et peut-être mieux encore à la suite du genre Megalichthys, qu'il faut placer plusieurs types encore imparfaitement connus, dont je donnerai la description plus tai'd. En les énumérant ici par les noms que je leur ai donnés, mon intention est simplement d'attirer l'attention des géologues sur l'existence de genres fort remarquables, que des recherches ultérieures et des fouilles plus heureuses pourront seules faire connaître d'une manière satisfaisante. Le genre Dendrodus établi par M. Owen mérite cependant déjà une mention spéciale. La bizarre structure microscopique de ses dents le font facilement reconnaître. C'est un type jusqu'ici exclusivement propre au système des terrains dévoniens. J'ai représenté dans ma Tab. oS a, fig. 19 et 20. deux fragments de mâchoire d'une espèce de ce genre qui sont remarquables à cause de leur ressemblance avec les mâchoires du Lepidosteus décrites plus haut. Comme dans ce dernier genre la mâchoire est divisée en un certain nombre de pièces qui portent les dents. Seulement dans le genre Dendrodus les dents sont proportionnellement plus grandes relativement à la mâchoire et une pièce ne porte ordinairement qu'une dent ou deux au plus. Les exemplaires figurés proviennent du vieux grès-rouge de Riga. Fig. 19 est une pièce maxillaire vue par la face externe; fig 19rt représente cette même pièce vue par la face interne et montrant la base de la dent, ennn la fig. 19 6 la préreprésente de profil pour montrer les rapports relatifs de hauteur et d'épaisseur de la dent et du bord externe. Fig. 20 est un autre fragment, peut-être d'une espèce à part, avec deux dents qui montrent l'une et l'autre leur cavité médullaire. M, Owen a décrit et figuré plusieurs espèces de ce genre dans son Odontographie et dans le Journal microscopique de M. Cooper. De mon côté, j'ai distingué des Dendrodus, les genres Lamnodus, PlatyCtNAThus et Cricodus ; les deux premiers sont exclusivement propres aux terrains dévoniens, tandis que le troisième se trouve également dans les terrains dévoniens et dans les terrains houillers. On n'a découvert jusqu'ici que des fragments de mâchoires ou des dents isolées de ces curieux poissons.
C'est encore d'après des fragmens de mâchoires que j'ai établi mes genres Orognathus et ToM. II. 2' Part. 14
PoDODUs que j'ai déjà mentionnés à page 83 et dont je ne connais jusqu'à présent que des espèces du terrain houiller. Enfin le genre Gbaptolepis que j'ai établi sur une plaque écailleuse du terrain houiller des environs de Glascow devra probablement être rapproché des Aspidorhynchus. C'était très-probablement un poisson à longues mâchoires que je supposerais volontiers hétérocerque ainsi que les autres genres que je viens d'énumérer, à cause de l'ancienneté des terrains dont ils proviennent.
Je publierai une description détaillée de tous les fragmens que je possède de ces différens genres dans les supplémens à cet ouvrage ou dans ma Monographie des poissons du vieux grès rouge.