‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 156 sur 289 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DU GENRE PTYCHOLEPIS Agass.

J'ai été long-temps indécis si je laisserais ce type réuni aux Eugnathus , ou si j'en ferais un genre à part. Au premier abord , la différence entre les tégumens des deux types est des plus frappantes , les Eugnathus étant revêtus d'une cuirasse très-régulière et uniforme , tandis que notre Ptycholepis , au contraire , a l'air de n'être hérissé que de petites plaquettes irrégulières et acérées. Mais cette différence est plus apparente que réelle ; car, en y regardant de près , on découvre bientôt que l'irrégularité de la cuirasse des Ptycholepis est occasionnée essentiellement par les stries longitudinales des écailles. Or, les Eugnathus ont égalementMes écailles marquées de petits sillons , seulement ils sont moins accusés. Dans les Ptycholepis , ces sillons sont au contraire très-profonds , et comme on ne les distingue pas toujours très-bien des lignes de séparation des écailles , il en résulte cette apparence irrégulière qui frappe si fort au premier coup-d'œil. Il suffirait de creuser et d'allonger davantage les sillons des écailles de VE. Philpotiœ , par exemple , ou de toute autre espèce de ce genre , pour obtenir le même aspect. Cependant les différences ne se bornent pas aux écailles , et la découverte qui a été faite, il y a quelques années , d'un exemplaire dont tout le corps , y compris la tête et les nageoires , est conservé , ne permet plus guère de douter que mon genre Ptycholepis ne soit bien fondé , et différent des Eugnathus. La tête est beaucoup plus courte, et les dents, tout en étant assez grosses et coniques , sont loin d'être aussi irrégulières. La caudale est beaucoup plus grêle , et ses rayons fort minces, ne rappellent nullement la caudale vigoureuse des Eugnathus. La dorsale paraît aussi être plus rapprochée de la tête que de la queue , ce qui est le contraire de ce que nous avons reconnu dans le genre Eugnathus.

C'est un type propre au lias ; du moins la seule espèce qui soit connue, le Ptych. bollensis, ne se trouve que dans cette formation.

Ptycholepis bollensis Agass.

Vol. 2, Tab. 58 6.

Cette espèce est assez fréquente clans le lias d'Allemagne et d'Angleterre. C'est à Boll en Wurtemberg , que j'en ai rencontré les premiers exemplaires , ce qui m'a engagé à l'appeler Pt. bollensis. Ordinairement on n'en trouve que des fragmens plus ou moins bien conservés. La plaque figurée est la seule à ma connaissance qui contienne un poisson entier ; et c'est cet exemplaire qui m'a permis de fixer définitivement mes idées sur le genre. La g ande irrégularité qu'on remarque dans les écailles , n'est pas un caractère accidentel comme on pourrait le croire si l'on ne possédait que ce seul exemplaire. Je l'ai retrouvée plus ou moins prononcé sur tous les exemplaires connus jusqu'à ce jour. Il parait que non-seulement les écailles se désarticulent facilement , mais encore quelles se brisent souvent dans le sens des sillons ; de-là cette apparence bouleversée qui frappe si fort au premier abord. Du reste, toutes les écailles ne sont pas d'égale largeur et celles de la partie antérieure du corps sont comme d'ordinaire les plus grandes. Elles sont surtout plus larges que les autres ; dans aucun cas cependant , leur largeur n'égale leur longueur. Celles qui avoisinent la région caudale sont, par contre, très-étroites (fig. 3). Les unes et les autres sont garnies de plis qui s'étendent sur toute la surface de l'émail , jusqu'à la racine , c'est-à-dire jusqu'à cette partie du bord antérieur qui étant recouvert par l'imbrication , est parfaitement lisse. On remarque aussi que ces plis sont plus irréguliers sur les écailles de la partie antérieure du tronc que sur celles de la queue ; ils sont môme souvent anastomosés (fig. 2). Il résulte de cette diversité que suivant que le poisson sera coucbé sur le dos ou sur le ventre , on devra s'attendre à trouver des écailles tout-à-fait différentes. La tête est grosse et courte ; elle est contenue à-peu-près quatre fois dans la longueur totale du poisson. Les os du crâne ainsi que les mâchoires sont recouverts de rides irrégulières mais très-saillantes , formant un réseau des plus caractéristiques. Il n'y a que l'opercule et le préopercule qui soient lisses ; encore le premier est-il distinctement strié à son bord supérieur et postérieur. L'orbite est petite. Les mâchoires sont larges et les quelques dents que l'on aperçoit à la mâchoire inférieure sont longues , coniques et uniformes. Il n'existe à-peu-près aucune différence dans la structure des différentes nageoires. Les pectorales sont assez larges , composées de rayons fins et très-serrés ; le rayon antérieur est simple et muni de petits fulcres jusqu'à son extrémité. Les deux nageoires sont conservées dans notre exemplaire. Les ventrales ont disparu. L'anale compte une vingtaine de rayons à-peu-près d'égale grosseur et tous dichotomés et articulés , le premier seul est indivis et garni de fulcres à son bord. La caudale est très-petite et, à ce qu'il paraît , indistinctement bilobée. Les deux lobes réunis n'ont pas la largeur d'un lobe d'un Eugnathus quelconque. Les rayons sont grêles , dichotomés et articulés , et l'on remarque que là où ils sont

conserM's , les arlicles sont sensiblement plus longs que larges. La limite des écailles représente une ligne inclinée d'arrière en avant. Le pédi(;n!e de la (jueue qui supporte cette nageoire si grêle , est lui-même três-étroit. La dorsale n'est pas conservée dans notre exemplaire, mais d'après ce que j'en ai vu dans d'autres fragmens , elle est plus développée que les autres nageoires et très-rapprochée de la tête.

L'exemplaire iiguré se trouve dans la collection de lord Enniskillen , il provient du lias (Je NMiitby ; il y en a un autre dans la collection de M. de Zieten à Stuttgart. C'est celui d'après lequel j'ai établi le genre en 1831 . Le Musée de \\ hitby en possède aussi plusieurs fragmens. Il en existe également des exemplaires dans la collection de sir Philipp Egerfon. Enfin , M. le D"" Schmidt de Metzingen , près d'Urach en Wurtemberg , vient de m'envoyer le dessin d'un fragment , représentant cette même espèce par la face supérieure , de manière à montrer les sculptures linéaires dont sont ornées les plaques qui recouvrent la tête. Cette espèce se trouve aussi à Lvme-Reffis.

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