‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 17 sur 289 · I. Amblyptekus macropterus Agass · texte numérisé non relu

I. Amblyptekus macropterus Agass

Vol. 2. Tab. 3. f. T. 2. 3. et 4. — Tab. i. f. 4. 5. 6. et 7.

Palœothrissum dorsale Agass. Catal. manusc. — Palaîoniscum macropterum Bronn Jahrb. fiir Minéralogie 1829. vol. 2. pag. 483.

Cette espèce a été décrite, il y a quelques années, par Bronn, qui la rangeait parmi les Palœoniscus. C'est à Heidelberg que j'en ai vu le plus grand nombre d'exemplaires , (environ cinquante). M. le professeur Bronn, qui en a examiné quelques cents et qui en possède encore quelques beaux exemplaires dans sa collection , m'a, en outre, remis une esquisse sur laquelle il avait rapporté très-exactement les proportions des nageoires entr'elles , et de plus la disposition et le nombre des rayons de chacune d'elles en particulier ; tels qu'il les avait observés sur tous les exemplaires réunis susmentionnés , et qui ont été distribués aux souscripteurs des collections géologiques du comptoir minéralogique de Heidelberg. M. le chevalier de Léonhard en possède également plusieurs, dont l'un m'a surtout servi à rétablir les parties de la tête , leurs formes et leurs connexions. C'est aussi sur cet exemplaire que j'ai découvert les dents que, dès-lors, j'ai retrouvées dans un très-grand nombre de plaques. Mon ami, M. Alex. Braun, à Carlsrulie , en possède un échantillon, du reste assez insignifiant, mais oh l'on voit la mâchoire inférieure par sa face inférieure, et entre ses branches latérales les rayons branchiostègues antérieurs dans leur position naturelle. Il y en a également plusieurs trèsbeaux au Musée de Strasbourg, qui m'ont été communiqués par M. Voltz. Il s'en trouve de même quelques échantillons au Musée de Munich. Ce sont ceux que j'avais désignés sous le nom de Palaeothrissum dorsale, lorsque je rangeais encore ce poisson parmi les Palaîothrissum , avant d'avoir reconnu les caractères du genre Amblypterus , dont je ne connaissais alors que cette espèce, frappé que j'étais de la grandeur considérable de la dorsale. Mais les plus complets que j'aie vus sont ceux de la collection de M. le professeur Walclmer, à Carlsruhe; ce sont les originaux de mes figures. Dans l'un, surtout, les nageoires sont dans leur position naturelle, et l'on peut parfaitement en étudier la nature; de plus l'on y voit les osselets interapophysaires de la dorsale, le scapulaire, l'humérus, les mâchoires et les dents.

Au Musée de Paris il y en a plusieurs exemplaires ; entr'autres une paire de plaques donnée par M. de Férussac, dans luie boule d'argile ocreuse de Lebach. Une autre

paire, d'un très-grand individu, provenant aussi de Lebach; et enfin deux paires de petits exemplaires bien conservés, provenant encore de Lebacli, dans le duché de Saarbriick.

Cette espèce paraît très-commune dans les lieux où on la trouve. Tous les exemplaires que j'ai vus sont renfermés dans des boules de fer oxydé carbonate, très-fissiles, quelquefois ocreuses, et dont les fissures sont parfois remplies de cristaux de Quarz. Ces boules sont disposées par bancs dans un grès du terrain houiller des environs de Saarbriick , qui alterne avec des couches d'argile schisteuse et de calcaire noir. C'est à Lebach et à Bœrschweiler qu'on en a trouvé le plus grand nombre. Dechen compte aussi ce poisson parmi ceux du Zechstein, mais tous les exemplaires que j'ai vus proviennent du terrain houiller de Bœrschweiler et de Lebach.

Comme aucune autre espèce ne m'a présenté aussi nettement tous les caractères qui peuvent contribuer à préciser le genre et à lui assigner sa véritable place dans le système des poissons, je m'arrêterai encore un momentà considérer ses caractères généraux, avant de passer à la description de l'espèce. La première question que nous soulèverons ne sera pas de savoir si c'est un Chondroptérygien , ou un poisson osseux j nous avons déjà fait voir ailleurs combien cette distinction est peu physiologique , et combien il est souvent difficile de décider la question dans un cas particulier ; par exemple pour les Diodon , les Lophius , les Stromateus, etc.; enfin combien d'affinités naturelles on rompt en faisant cette distinction et en séparant ainsi les poissons en deux grandes coupes primitives. Cependant je dirai, en passant, que les Amblypterus, malgré l'état de pétrification dans lequel on les trouve ordinairement, ont encore tous les caractères nécessaires pour reconnaître évidemment la nature osseuse de leur squelette.

Il nous importe davantage de savoir si l'on peut ranger ces poissons et les Paleeoniscus parmi les Malacoptérygiens abdominaux , comme on l'a fait généralement jusqu'à présent. Tous les ichthyologues devront concéder d'abord que ce n'est du moins pas à un genre actuellement existant qu'on peiit rapporter ces ichthyolithes. La forme et la structure des nageoires, mais surtout le prolongement de la queue en un lobe asymétrique et recouvert d'écailles sur toute sa longueur, sont trop frappants pour que tout le monde ne soit pas d'accord sur ce point. Il reste donc seulement à examiner si l'on ne pourrait pas ranger ces deux genres dans quelque /«miZ/e des Malacoptérygiens abdominaux ; car il est incontestable que les Amblypterus et les Palaeoniscus ont des rayons articulés dans toutes leurs nageoires, et que les ventrales, postérieures aux pectorales , sont insérées sur le milieu du ventre. Il est également incontestable que les genres Lepisdosteus et Polypterus, que Cuvier range maintenant dans la famille des Chipes, ont beaucoup d'analogie avec les ichthyolithes dont il s'agit. Mais ce n'est pas exclusivement sur les considérations tirées des rayons de la dorsale et de l'anale

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que Cuvier a basé sa classification, ou du moins il n'est pas toujours resté fidèle à ce principe ; car il range parmi les Acanthoptérygiens des poissons dont tous les rayons sont articulés et mous, par exemple plusieurs Scombéroïdes , queUpies Squamipennes, des Tœnioides et des Gobioïdes; tandis qu'un assez grand nombre de genres, qu'il place dans différentes familles des Malacoptérygiens , ont des rayons épineux aussi gros et même plus gros et aussi nombreux que maint Acanthoptérygiens par exemple , certains Cyprins, quelques Salmones, quelques Silures et quelques Gadoïdes. Quant à la réunion des Lepidosteus et des Polypterus avec les Chipes , je ne sais trop sur quoi elle est fondée 5 la structure de leurs mâchoires diffère complètement. Leurs écailles n'ont aucun rapport ni de forme, ni d'organisation ; et cependant ailleurs , les caractères tirés de ces parties ont paru assez importans , même à M. Cuvier, pour qu'il s'en servît comme caractères de famille , par exemple pour les Scombéroïdes.

Il résulte de là : 1° que les Lepidosteus et les Polypterus ne sauraient être réunis aux dupes s comme les Amblypterus et les Palaeoniscus , ils forment une famille distincte, dont presque tous les genres sont fossiles; 2° que la classification de Cuvier, qui est à bien des égards, et surtout pour les premières grandes divisions, parfaitement la même que celle d'Artedi , ne saurait être conservée , parce qu'elle est basée sur des considérations qui sont souvent en opposition directe avec les affinités naturelles des familles, et en même temps tirées de parties d'une importance trop secondaire. Si au premier abord l'on était tenté de faire aussi cette dernière objection à la classification que je propose , je ferais remarquer que j'ai développé, dans le premier volume de cet ouvrage, jusqu'à quel point les écailles traduisent au dehors l'ensemble de l'organisation des poissons, et comment elles peuvent, par conséquent, servir à exprimer en général leurs affinités naturelles.

De toutes les espèces du genre, c'est l'Amblypterus macropterus qui a les dimensions les plus considérables : ordinairement les exemplaires ont cinq à six pouces de longs j^'^ ^^ ^^^ cependant qui atteignaient à près d'un pied. Son corps, un peu trapu, a une forme très-bien prise j relevé sur la nuque , il se rétrécit insensiblement vers la queue, qui est assez large ; rehaussé, pour ainsi dire, de toutes parts par des nageoires très-amples, il rappelle, à certains égards, les Cyprins, notamment le C. Gibelio et la Tanche (Tinca chrysitis Agass.). Cette allure, ces formes, cette vigueur empreinte dans tous ses traits , conduisent tout naturellement à supposer que ce poisson vivait dans les bas-fonds, sur les rivages, peut-être le plus souvent caché dans la fange, ou entre les plantes aquatiques riveraines , suçant les substances organiques en putréfaction. Ce n'était certainement pas un poisson vorace; il n'a ni la gueule armée de fortes dents , ni les formes dégagées , ni les nageoires vigoureuses , ni enfin la spacieuse cavité abdominale , capable de contenir une proie souvent disproportionnellement

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grande. Si l'on me demandait encore dans quelle espèce d'eau je pense que ce poisson a vécu, je répondrais que je ne le crois pas plus habitant des eaux salées que de l'eau douce, dans le sens antithétique que l'on donne maintenant à ces expressions 5 mais que je suis plutôt disposé à admettre que les eaux qui recouvraient la plus grande partie du globe à l'époque où ce poisson vivait, étaient d'une nature différente de celles de nos mers et de nos lacs, et que c'est à l'action des soulèvements que sont dûs les changements qu'elles ont subis. Voyez sur ce point les considérations géologiques générales contenues dans le premier volume.

Les écailles de cette espèce sont proportionnellement plus petites que celles des autres espèces du genre ; elles sont à peu près de même taille sur toute la surface du poisson. Sur le milieu des flancs surtout , la partie émaillée et qui est visible extérieurement , est parfaitement équilatérale (tab. i. f. 4- el 5.) ; mais vers le dos et vers la partie inférieure de l'abdomen (tab. i. f. 6.), comme le long de l'insertion de l'anale, les écailles sont plus étroites , c'est-à-dire qu'elles sont plus longues que hautes. Celles qui recouvrent le prolongement de la cjueue sont oblongues en sens inverse (tab. i. f. 7.) à cause du changement de direction des séries qui s'étendent sur cette partie du corps. A l'insertion de la caudale , les écailles finissent sur la base des rayons, se prolongent un peu sur la partie moyenne de son lobe inférieur et présentent une légère échancrure correspondant au milieu de la nageoire. En avant de la dorsale , de l'anale et sur les bords du pédicule il y a quelques écailles voûtées , plus larges que les autres , échancrées à leur point d'insertion, et terminées en pointes plus ou moins allongées ; elles sont surtout saillantes au bord supérieur du prolongement de la queue, en dessous des petits rayons qui s'étendent sur tout son bord. La partie basale des écailles, par laquelle chacune d'elles est fixée dans la peau, est coupée carrément et n'est pas recouverte d'émail. Comparez, quant à leur disposition générale, celles du Lepidosteus représentées vol. 2. tab. B. Mais ce qui caractérise plus particulièrement l'Amblypterus macropterus , ce sont les rides qui s'étendent sur l'émail des écailles depuis leur angle supérieur antérieur à l'angle inférieur postérieur. Ces rides sont presque parallèles et légèrement ondulées.

Les nageoires ont aussi quelques traits particuliers auxquels il est également trèsfacile de reconnaître cette espèce. Tous leurs rayons sont extrêmement grêles, trèsrapprochés; beaucoup plus fins, par exemple, que ceux de l'Amblypterus latus; leurs articulations transverses , plus distantes , ne sont pas aussi nettement visibles ; elles sont obliques au diamètre longitudinal des rayons , dont l'extrémité est à peine bifurquée jusqu'au tiers de leur longueur. Ces rayons sont si intimement unis à leur extrémité, que les nageoires ressemblent plutôt à la dorsale fibreuse de quelques ïiétérobranches.

qu'à des nageoires formées de rayons osseux bien distincts; cependant ils le sont tous assez vers leur insertion pour qu'il soit possible de les compter.

La dorsale est aussi large que l'anale, son milieu correspond au bord antérieur de cette dernière; son bord antérieur est forme d'une dizaine de rayons qui vont en grandissant, et le long desquels sont accolés de petits rayons en V inverse, à peine visibles à l'œil nu. Cette nageoire n'est pas aussi haute que large ; depuis sa partie la plus élevée , les rayons vont en diminuant de longueur ; les derniers ont à peine la moitié des plus grands. Il y a environ cinquante rayons en tout; ils sont portés sur de petits osselets interapopbysaires, de forme toute particulière. Ils sont aplatis à leurs deux extrémités, et dilatés en forme triangulaire; leur partie moyenne est plus arrondie et beaucoup plus étroite. On retrouve une disposition semblable de ces parties dans le genre Pycnodus de la famille des Pycnodontes. Yoyez la tab. 35. f. i et 3 de l'Ittiolitologia veronese. Chacun de ces osselets porte plusieurs rayons; mais je ne puis en déterminer exactement le nombre , parce que dans aucun exemplaire ils ne sont tous à découvert , et qu'ils sont ordinairement séparés de leurs rayons ; cependant il me paraît y avoir généralement un osselet pour deux rayons.

L'anale a exactement la même forme et la même structure que la dorsale ; ses rayons sont aussi portés par des osselets inlerapophysaires de même nature , mais un peu plus courts.

La caudale n'a rien de particulier, si ce n'est un nombre de rayons plus considérable que dans les autres espèces ; leurs articulations transverses sont aussi plus rapprochées que dans les autres nageoires. Le lobe inférieur a une douzaine de petits rayons à son bord externe ; ils vont en grandissant jusqu'à l'extrémité de la nageoire et portent aussi de petits rayons en V à peine visibles; il y a, en outre, vingt-cinq ravons au lobe inférieur (on ne peut en préciser le nombre plus rigoureusement, parce que la séparation de la caudale en deux lobes n'est marquée que par une échancrure très-évasée) ; le lobe supérieur compte au moins cent rayons.

Les pectorales et les ventrales sont très-grandes et très-larges, tant à leur insertion qu'à leur extrémité libre et arrondie.

La tête ne présentant aucune particularité spécifique, je renvoie, pour sa description, aux caractères du genre.

Cette espèce, très-voisine de l'Amblypterus eupterygius, en diffère par des écailles plus petites, et parce que le tronc est plus large et moins élancé.

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