CHAPITRE IV
DU GENRE AMBLYPTERUS. -
A bien des égards les poissons qui forment ce groupe se rapprochent des Catopterus ; cependant ils en diffèrent essentiellement par la disposition des nageoires , et surtout par la position de la dorsale vis-à-vis le bord antérieur de l'anale et l'espace qu'il y a entre celle-ci et les ventrales. Ils ressemblent davantage encore aux Palaeoniscus par leur forme et par les rapports de position des nageoires entr'elles ; mais ils en diffèrent aussi par la structure de leurs rayons et par la conformation des nageoires dans leur ensemble. Bronn, qui en a décrit une espèce , l'a réunie aux Palœoniscus, parmi lesquels je rangeais aussi précédemment, dans mon catalogue manuscrit, les espèces que je connaissais alors. Des recherches ultérieures me les ont fait envisager comme le type d'un genre particulier, que je nomme AmbljpteruSj à cause de l'immense grandeur relative de leurs nageoires, et dont j'ai tracé les caractères génériques vol. i. tab. A. f. 3.
La succession des êtres, dans la série des formations, est un fait trop important pour qu'il ne faille pas insister sur toutes les circonstances qui peuvent nous mettre sur ses traces et nous en faire entrevoir la nature. Il n'est donc pas superflu de rappeler que ce genre n'existe plus dans la création actuelle, ni même dans les terrains tertiaires, crayeux ou jurassiques. Les Amblypterus ont en effet uhe organisation si singulière qu'on a de la peine à se familiariser avec leurs traits et à les rapporter à ce que l'on connaît des poissons; aussi ont-ils dû naître dans des circonstances bien différentes de celles qui régissent maintenant le monde. Ils paraissent être circonscrits dans le terrain houiller \ avec quelques Palaeoniscus qui , comme eux , ont des caractères tout particuliers. *
Les Amblypterus ont le corps fusiforme , plus ou moins renflé sur le dos et entre les ventrales et les pectorales. La queue est courte et proportionnellement très-grosse; son extrémité se prolonge tout le long du lobe supérieur de la caudale , dont les principaux rayons sont insérés sur son côté inférieur. Tout le corps est recouvert d'écaillés émaillées , rhomboïdales et de moyenne grandeur. L'émail est lisse dans quelques espèces, dans d'autres il est plissé de manière à former, à la surface extérieure des écailles, des stries plus ou moins saillantes. Ce qu'il y a de plus particulier dans ces poissons, c'est la conformation de leurs nageoires qui sont toutes très-grandes et surtout très-
larges. Elles sont composées de rayons nombreux, très-fins, presque tous simples ou seulement un peu fendus à leur extrémité, mais constamment divisés sur toute leur étendue par de nombreuses articulations ; celles-ci sont très-rapprocbées , comme les rayons le sont aussi entr'eux. L'examen que j'ai fait d'un grand nombre de poissons pour rechercher l'importance du nombre des rayons, comme caractère spécifique, m'a conduit à les envisager bien plutôt comme des caractères génériques; c'est pourquoi je m'abstiendrai presque constamment d'indiquer le nombre des rayons des nageoires en décrivant les espèces. En revanche, j'en indiquerai la formule générique toutes les fois qu'elle me paraîtra pouvoir contribuer à la détermination des caractères d'un genre. Pour les Amblypterus, la voici : D, 3o à 5o ; A. 3o à 5o; G. lobe inférieur, sSà 3o; lobe supérieur, de 80 à 100 et même au-delà; P. 20 à 3o; V. 20 à 3o. La dorsale et l'anale ont à peu près la même forme ; ce sont de grandes nageoires plus hautes en avant qu'en arrière, et plus étendues, plus larges que leurs plus grands rayons ne sont longs ; elles sont aux dimensions du corps à peu près comme l'anale des espèces les plus allongées des Abramis. La caudale a une forme très-caractéristique ; sur le côté inférieur du prolongement de la queu€ sont insérés les plus grands rayons, ceux qui forment proprement la caudale. Leur longueur proportionnelle et leur point d'insertion sont tels qu'il en résulte une nageoire à deux lobes, dont l'inférieur, quoique le plus court, est cependant composé des plus grands rayons, qui vont en diminuant de longueur depuis l'angle inférieur de la caudale jusqu'à son milieu. Delà les rayons du lobe supérieur, à peu près tous de la même longueur, s'étendent parallèlement entr'eux jusqu'à la fin de la nageoire. Sur le côté supérieur de ce prolongement il y a une série de petits rayons qui commencent au pédicule de la queue , et qui , accolés le long de son bord supérieur, s'étendent jusqu'à son extrémité. Il ne paraît point y avoir de ces petits rayons sur le bord externe des autres nageoires ; cependant ils existent , mais ils sont si extraordinairement petits, qu'on peut à peine les entrevoir à l'œil nu. Il y en a au bord inférieur du lobe inférieur de la caudale, au bord antérieur de l'anale, de la dorsale , des ventrales et des pectorales. Des écailles en forme de lozange plus allongé s'étendent tout le long du lobe supérieur de la caudale. Il y en a de plus grosses, très-larges et impaires sur le bord antérieur des nageoires impaires et au point d'insertion des ventrales. Les nageoires paires, c'est-à-dire les pectorales et les ventrales, sont de grandes nageoires, larges et très-arrondies. La position relative des nageoires est aussi un caractère générique important. La dorsale n'est pas précisément sur le milieu du dos; elle est un peu plus reculée et placée au point où le tronc commence à se rétrécir pour former la queue. Elle se trouve ainsi opposée au bord antérieur de l'anale et à l'intervalle entre les ventrales et l'anale. L'anale commence vis-à-vis le milieu de la dorsale ou un peu plus en arrière , et s'étend presque
jusqu'aux rayons antérieurs du lobe inférieur de la caudale. Les ventrales sont insérées en avant du bord antérieur de la dorsale 5 les pectorales dans la partie inférieure de la ceinture thoracique. Mais comme celles-ci sont très-grandes, en se reployant en arrière elles atteignent le point d'insertion des ventrales , qui atteignent elles-mêmes la base de l'anale j ensorte que tout le bord inférieur du corps a l'air garni de rayons de nageoires.
Quant au squelette des Amblypterus, j'ai peu de choses à en dire. Les plaques de ces espèces ne présentent ordinairement que l'enveloppe extérieure du poisson , c'està-dire les écailles qui recouvrent le corps, les rayons des nageoires et la tête plus ou moins bien conservée. Cependant l'état des os de la tête de quelques exemplaires et les traces, assez rares il est vrai, que l'on rencontre du squelette intérieur, ne laissent aucun doute sur sa nature osseuse. La tête est de moyenne grandeur , proportionnellement au corps ; elle paraît plutôt grande <{ue petite. Le crâne est très-petit comparativement au reste de la tête, à l'opercule, par exemple, mais surtout aux mâchoires, qui sont très-grandes. Les os paraissent lisses ou à peine surmontés de faibles arêtes. L'orbite est grande et entovirée d'un cercle de sous-orbitaires assez étroits. Les pièces operculaires , sans être très-grandes , sont cependant foiniées d'os assez forts et plats , peu allongés vers le bas et qui recouvrent en partie l'extrémité supérieure de la ceinture thoracique, dont l'humérus est très-large et arrondi au-dessus de l'insertion des pectorales, et dont le suprascapulaire, dilaté et aplati, forme une saillie en arrière de l'occiput. L'arcade palatine paraît avoir été très-raccourcie. La gueule est énorme , formée par des mâchoires disproportionnément grandes, qui sont garnies, sur tout leur bord, de dents en brosse extrêmement fines. La partie du museau (l'éthmoïde) où sont insérés les os de la mâchoire supérieure, ne forme pas de saillie en avant des mâchoires comme dans les Palaeoniscus. Les os de la mâchoire inférieure sont très-gros et très-forts; entre leurs branches de droite et de gauche se trouve placé l'os hyoïde avec ses quatorze rayons branchiostègues , qui sont très-larges et plats, courts en avant vers la symphyse de la mâchoire inférieure, mais plus en arrière assez allongés pour recouvrir la partie inférieure de la ceinture thoracique. (Vol. 2. tab. 3. f. 3 et 4-)'
On peut comparer ces caractères généraux avec les fig. A. B. et C. du vol. 2. qui représentent les genres Lepidosteus et Polypterus.
Il y a deux espèces de ce genre dont les écailles sont lisses et en même temps proportionnellement plus grosses ; les articulations transverses des rayons des nageoires sont aussi plus nombreuses et plus rapprochées, les raypns eux-mêmes sont plus gros et moins nombreux ; ce sont V Ambljptenis lateralis et V Aniblyptenis latus. Deux autres espèces ont des écailles proportionnellement plus petites \ l'émail qui les recouvre est finement plissé et forme des stries obliques sur leur surface externe; les rayons de
leurs nageoires sont plus nombreux, plus fins, et leurs articulations plus distantes; ce sont V Amhljptenis macropterus et V Amhljptenis eupterjgius. Enfin une cinquième espèce a des écailles plus étroites, mais plus hautes que les précédentes; c'est VAmbljpterns Olfersi .