‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 190 sur 289 · VI. Craie · texte numérisé non relu

VI. Craie

Cattirtis similis. — Craie blanche de Kent el de Leewes. Aspidorhynchus Comptoni. — Amérique du sud. Bplonostomus cinctus. — Lewes.

Une remarque qui ne peut échapper quand on parcourt ce dernier tableau , c'est le petit nombre de Sauroïdes dans les dépôts de craie et leur absence complète dans les dépôts tertiaires. Evidemment cela ne peut être dû au hasard ; car comment concevoir que si ce type avait réellement abondé à ces époques, on ne l'eût pas rencontré dans l'un ou dans l'autre de ces gîtes à poissons, si remarquables par l'abondance des espèces et des individus qu'ils renferment et en particulier à Monte-Bolea? C'est d'ailleurs un fait sur lequel j'ai insisté souvent dans cet ouvrage , que la révolution complète qui s'est opérée dans la faune ichthyologique à la (in de l'époque jurassique. Non-seulement les espèces, mais même les genres, les familles et les ordres ont été soumis à un anéantissement complet : les uns pour ne plus reparaître à la surface de la terre, les autres pour être remplacés long-temps après et sous une autre forme. C'est ce qui est entre autres arrivé à la famille des Sauroïdes qui, après avoir dominé les mers pendant les époques antérieures à la Craie, depuis la Houille jusqu'au Jura, ont été rayés du nombre des vivans pendant une longue époque , pour n'être représentés dans le monde actuel que d'une manière incomplète par les deux genres Lépidoslée et Polyptère.

Il est bien difficile de dire si les modifications qu'on remarque dans la famille des Sauroïdes, depuis l'époque de leur apparition jusqu'à nos jours, indiquent un perfectionnement ou une dégénérescence. Ce n'est pas là non plus que gît l'importance de la question ; ce qu'il importe de connaître, ce sont bien plutôt les rapports d'affinités qu'on peut établir entre les différens groupes et les conditions dans lesquelles ils ont vécu. Il est évident que ce sont des poissons voraces : leur conformation , leur allure et les dents vigoureuses dont la nature les a doués le proclament suffisamment. Dès-lors on ne doit pas s'attendre à les trouver en troupes nombreuses, puisque c'est un caractère de tous les poissons chasseurs de vivre plus ou moins isolés, excepté à l'époque du frai. On doit au contraire les trouver avec les espèces dont ils faisaient leur pâture ; or nous rencontrons en effet d'ordinaire les Pygopterus de la houille avec des Pa-

hfoniscus ot des Eurynotus ; les \crolepis du Zechsteiii avec des Paheoniscus : les Saurichlliys du Miisoheikalk a^ ec des Gyrolepis ; les Eugnathus et les Pachycornius du lias , les Caturus du porllandien avec des Pholidophores , des Semionolus , des Lepidotus, etc.

llne circonstance qui a lieu d'étonner quand on songe à ces associations, c'est le fait (|ue les deux genres vivans de notre époque, le Lépidostée et le Polyptére, sont l'un et l'autre des poissons d'eau douce ; tandis que leurs alliés des formations antérieures se rencontrent tous dans les dépôts marins. Ce fait vient à l'appui de l'opinion que j'ai conçue, que dans les époques géologiques anciennes, les eaux qui recouvraient la surface du globe, n'olTraient point encore dans leur salure ces différences si tranchées qui distinguent de nos jours les eaux pélagiques des eaux terrestres.

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