CHAPITRE II
DU GENRE COELACAÎVTHUS Agass.
Ce genre , que j'envisage comme le type de la famille , ne m'a été long-temps connu que par des fragmens ; mais je les trouvai si différens de la plupart des autres ichlhyolites que je n'hésitai pas à en faire un genre à part. Ce qui me frappa surtout , ce fut la forme et la structure des nageoires , leur rapport avec les osselets interapophysaires et la manière dont les apophyses se combinent d'une part avec les corps des vertèbres , et d'autre part avec les osselets interapophysaires. Les apophyses se divisent à leur base en deux branches, formant une fourche qui embrasse le corps de la vertèbre. A cette apophyse succède un osselet qui , au lieu de s'interposer entre deux apophyses , lui est contigu bout à bout , de manière à en former le prolongement direct. Le rayon proprement dit , la plus longue des trois pièces , est également fourchue à sa base ; son extrémité seule est articulée, mais jamais bifurquée. Ces trois pièces , l'apophyse, l'osselet interapophysaire et le rayon , sont à-peu-près d'égale largeur et creuses toutes les trois. L'esquisse de fig. 5 , de Tab. 62 , donnera une idée exacte de cette structure : a a indiquent la fourche apophysaire embrassant le corps de la vertèbre qui est représenté par un cercle pointé : bb les deux branches de la fourche réunies, lesquelles continuent d'être creuses ; c l'osselet interapophysaire, qui est également creux ; dd \ei fourche du rayon, embrassant la pointe de l'osselet ; e la partie articulée du rayon, la seule qui ne soit pas creuse. Cette structure singulière est propre à la plupart des rayons qui garnissent la partie postérieure du corps ; or, comme d'ordinaire il n'y a guère que l'anale et la dorsale qui aient des osselets interapophysaires , j'en avais conclu , dans l'origine , que ces deux nageoires devaient être excessivement développées ; et ce qui contribuait encore à me fortifier dans cette idée, c'était le fait que la colonne vertébrale semblait se continuer au-delà de ces deux nageoires impaires pour former plus loin un faisceau de très-petits rayons articulés , implantés directement sur les vertèbres. Mais la découverte qu'a faite lord Enniskillen d'un exemplaire entier de ce type remarquable , a modifié complètement mes idées à cet égard. 11 se trouve maintenant qu'outre les nageoires de structure si bizarre que j'envisageais comme l'anale et la dorsale , ce poisson a une anale et deux dorsales normales très-distinctes. Or, à moins d'admettre trois dorsales et deux anales de structure entièrement différente , ce qui n'existe dans aucun genre de poisson , on est bien forcé d'envisager la nageoire de l'extrémité du corps comme une eau-
dale. Au reste , ce n'est pas là le seul exemple (pie l'on connaisse d'une caudale supportée par des osselets interapophysaires, et nous avons vu que la caudale du Polypterus Bichir est en partie soutenue par de pareils osselets, au moins dans son lobe supérieur. Ce qu'il y a de vraiment exceptionnel , c'est le prolongement de la queue au-delà de ces rayons , et le petit faisceau de rayons articulés qui entourent son extrémité. Sous ce rapport , mon genre Cœlacanthus se rapproche fort d'un type de poisson du calcaire lithographique de Kehlheim , pour lequel M. le comte de Munster a proposé le nom générique d'Undino. Mais malgré celte analogie et la disposition tout-à-fait semblable des autres nageoires, le poisson du calcaire lithographique se distingue par plusieurs particularités , qui ne permettent pas de le confondre avec le genre Cœlacanthus. La différence la plus importante consiste dans la dentition. Le genre Undina a, d'après M. le comte de Miinster, des dents en pavé assez semblables aux dents de certains Pycnodontes. Le genre Cœlacanthus a au contraire des dents coniques , comme les Sauroïdes, et tout porte à croire que c'est un poisson carnassier, ensorte que loin d'appartenir au même genre , il est douteux qu'il soit de la même famille. A part la caudale , les autres nageoires du genre Cœlacanthus sont d'une structure très-simple , composées de rayons très-grèles , mais non dichotomés. La première dorsale correspond à l'extrémité des pectorales ; la seconde est opposée à l'espace entre les ventrales et l'anale. L'anale elle-même est très-rapprochée de la caudale. Cette dernière nageoire , y compris le faisceau de rayons articulés qui garnit l'extrémité de la colonne vertébrale, égale à-peu-près le tiers de la longueur totale du poisson. Les vertèbres sont beaucoup plus hautes que longues vers la partie antérieure du tronc , mais elles s'allongent sensiblement en arrière. Il en est de même des apophyses qui, très-grèles dans la région abdominale, prennent un développement beaucoup plus considérable dans la région caudale. Les écailles , d'après ce que j'ai pu en juger par un fragment du C yramilosiis , sont grandes , allongées, et ont leur bord postérieur arrondi. Je n'ai pas pu m'assurer si elles sont émaillées ; mais le fait qu'elles se trouvent dans un terrain antérieur au Jura, me fait présumer qu'elles étaient revêtues d'une couche d'émail, comme tous les poissons de cette époque. Leur grande ténuité les a sans doute rendues trop cassantes pour qu'elles soient habituellement conservées.
Je conclus de cette description que le genre Cœlacanthus , quoique voisin du genre Undina de M. le comte de Munster, en est cependant différent et que ce dernier devra être maintenu comme un type à part de la famille des Célacanthes. En conséquence il faudra exclure du genre Cœlacanthus et reporter dans le genre Undina les espèces si remarquables que M. le comte de Munster a décrites et figurées dans ses Beytràge, 4"°* livr., sous les noms de Cœlacanthus striolaris et Kohleri. Le genre des vrais Célacanthes se trouve pour le moment limité aux formations de la Houille . du Zechstein et du Muschelkalk. J'en connais maintenant six espèces.