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CHAPITRE I

DES PYCÎVODONTES EN GÉIVÉRAL.

Cette famille n'est composée que de genres et d'espèces éteints. Aussi ai-je éprouvé, dans l'origine, les plus grandes difficultés à classer les poissons de ce type. Après m'être assuré que le Coryphaena apoda de l'Ichthyologie véronaise (mon Pycnodus Platessus) ne rentrait dans aucun des genres connus, je l'érigeai en un genre à part sous le nom de Pycnodus. Recherchant ensuite quels étaient les autres poissons fossiles qui lui ressemblaient le plus , je trouvai , comme l'avait déjà indiqué M. de Blaînville , que le petit poisson de Torre d'Orlando, près de ISapIes , qu'on envisage dans le pays comme identique avec le Sparus quadracinns , s'en approchait beaucoup, et qu'il appartenait réellement au même genre. Plus tard, je reconnus que le Diodon orhkularis de Volta ( Paleobalistum orbiculare de M. de Blainville) en était très-voisin , ainsi que la plupart des soi-disant Stomatées de Solenhofen.

Tou's ces poissons ont non-seulement la même physionomie et le même squelette , mais ils se distinguent encore par une dentition particulière des plus remarquables , qui m'a permis de rapporter à ce type un certain nombre de mâchoires et de dents isolées qui n'avaient pu être déterminées auparavant. Cependant cette dentition, toute caractéristique qu'elle est, n'est pas stéréotype ; elle présente au contraire certaines variations de forme qui ne laissent pas que d'être d'une certaine portée , à cause de leur constance , et qui m'ont servi à faire plusieurs coupes que j'envisage comme des genres d'une même famille. J'ai distingué ainsi les trois genres Pycnodus , Microdon et Gyrodus , qui ne diffèrent entre eux absolument que par la forme de leurs dents. Je range dans le genre Pycnodus proprement dit les espèces à dents allongées en forme de fèves; dans le genre Microdon, les espèces à petites dents oblongues ou subcirculaires; et j'appelle Gyrodus les espèces dont les dents sont circonscrites par un sillon circulaire ; ce qui leur donne l'aspect de grosses papilles cerclées. Outre ces trois genres, dont on connaît le squelette et en partie les tégumens , on a rencontré dans les couches de la terre des dents et des fragmens de mâchoires qui se rapprochent plus ou moins de ce type de dentition, et que j'associe pour celte raison à la famille des Pycnodonles , quoique je n'en connaisse ni le squelette ni les écailles: tels sont les genres Sphœrodus, Placodtis, Periodus , Gyronchus, Acrotemnus . etc.

Il importe d'autant plus d'avoir égard à ces caractères, que sans cela on pourrait courir le risque de prendre pour des Pycnodontes certaines espèces de Requins dont les dents ont extérieurement la même forme, entre autres les dents de Psammodusetd'Acrodus. Un caractère facile à saisir pourra dans tous les cas servir à les distinguer : les Pycnodontes ont la racine de leurs dents creuse et adhérente aux mâchoires , tandis que , chez les Cestraciontes , les dents ont une racine compacte à l'intérieur , arrondie à l'extérieur et sans liaison directe avec les mâchoires sur lesquelles elles sont fixées par les gencives. Aussi trouve-t-on toujours les dents isolées de Pynodonte brisées parla racine, tandis que, chez les Cestraciontes, la racine est ordinairement intacte. A ces caractères de la dentition, nous pouvons ajouter, d'après ce que nous savons des genres Pycnodus, Microdon et Gyrodus, que ce sont des poissons de grande etde moyenne taille, d'une charpente très-solide, qui se distinguent par la présence d'une sorte de sternum à l'extérieur des côtes , semblable à celui de certaines Clupes et de certains Salmones , par de singulières pièces osseuses que l'on aperçoit à la nuque , et que nous décrirons en détail en traitant du genre Pycnodus , et par l'absence complète de rayons épineux à la dorsale et à l'anale.

Il est hors de doute que les Pycnodontes étaient des poissons broyeurs ; l'usure de leurs dents le prouve. Il est dès-lors probable qu'ils se nourrissaient de coquillages et de crustacés qu'ils écrasaient entre leurs larges dents. Les dimensions considérables auxquelles plusieurs espèces ont dû atteindre , à en juger d'après ce que l'on connaît de leurs dents et de diverses parties de leur squelette, les rendaient sans doute redoutables à ces animaux, dont ils faisaient vraisemblablement une forte consommation.

Il est assez curieux que la famille des Pycnodontes dont l'existence ne paraît pas remonter aux terrains de transition , ait eu si peu de représentans dans les terrains tertiaires et qu'il n'en existe plus aucune trace dans la création actuelle. Mais on se rend facilement compte de cette extinction complète , quand on considère que l'office de broyeurs déféré parmi les poissons de l'époque secondaire aux Cestraciontes et aux Pycnodontes , a passé dans l'époque tertiaire à d'autres types , et se trouve maintenant dévolu à plusieurs familles très-ditïérentes , telles que les Plectognathes , certains Sparoïdes , Labroïdes , une partie des Cyprins , etc., etc.

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