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CHAPITRE II

DU GENRE PYCNODIJ^ Agass.

Dans l'origine, je rangeais dans ce genre toutes les espèces qui aujourd'hui se trouvent réparties dans les divers genres qui constituent la famille des Pycnodontes. Les vrais Pycnodns, circonscrits dans leurs limites les plus récentes, sont faciles à reconnaître aux particularités suivantes. Leur mâchoire inférieure est entièrement tapissée de grosses dents à couronne aplatie, disposées de chaque côté sur trois ou cinq rangs, et alTectant la forme de fèves ou de demi-cylindres arrondis à leurs extrémités. Lorsqu'il y a cinq rangées de dents , c'est la seconde . à partir du bord externe de la mâchoire , qui est la plus développée : les dents des trois rangées internes sont alors sensiblement plus petites et semblables à celles de la rangée externe , c'est-à-dire plus ou moins rugueuses à leur surface. Lorsqu'il n'y a que trois rangées de dents , ce sont les rangées qui correspondraient à l'externe et à l'interne qui manquent , et alors les plus grosses dénis forment la rangée externe , sans contraster d'une manière aussi sensible avec les rangées internes. Au bout du museau , il y a deux ou plusieurs larges dents en forme de ciseau tranchant. Le devant de la mâchoire supérieure porte des incisives semblables à celles de la mâchoire inférieure , mais moins larges , insérées probablement dans les intermaxillaires. Les maxillaires supérieurs n'ont que quelques dents à leur bord antérieur, ou en sont complètement dépourvus. Le vomer est armé de cinq rangs de dents obtuses à couronne aplatie et en forme de fèves, (out-à-fait semblables à celles de la mâchoire inférieure. Les dents de la rangée médiane sont plus grosses que celles des rangées externes , qui sont quelquefois rugueuses comme les rangées secondaires de la mâchoire supérieure.

La forme du corps de ces poissons est trapue; cependant ils sont en somme peut-être moins ramassés que les Microdons. Ils ont le profil de la tête très-haut et presque vertical ; la tête elle-même est grosse; les yeux sont situés à son bord supérieur; la gueule à son bord inférieur.

Le squelette présente une foule de caractères remarquables, dont la plupart sont également propres aux genres Microdon et Gyrodus. Les vertèbres sont courtes et massives ; les apophyses sont très-vigoureuses et munies de crêtes ou de prolongemens osseux qui , devenant toujours plus larges vers la cavité abdominale , forment à la iîn une cloison osseuse continue entre les muscles des deux côtés. Les côtes sont vigoureuses et insérées sur de fortes apo-

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physes transverses ; quoique longues , elles ne forment pas à elles seules l'encadrement de la cavité abdominale; il y a en outre au bas du ventre un appareil sternal très-vigoureux , à-peuprès semblable à celui des Clupes et des Serrasalmes , qui forme avec les côtes une large et forte grille qui n'en protège que mieux la cavité abdominale.

Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans le squelette de ces poissons, ce sont ces singulières pièces osseuses que l'on aperçoit derrière la nuque et qui, dans la plupart des exemplaires, se prolongent obliquement à travers les apophyses épineuses , quelquefois jusqu'aux côtes. Il n'existe rien de semblable dans le squelette des poissons vivans, excepté peut-être les osselets en V, que l'on observe le long de l'abdomen des Clupes , à l'extrémité des côtes, et dont les symphyses portent des arêtes proéminentes, prolongées en arrière et imbriquées les unes sur les autres. Ce qui pourrait faire croire que nous avons réellement à faire ici à de pareils os en V, placés le long de la nuque, c'est qu'ils aboutissent en effet à de petites pointes en avant de la dorsale, entre autres dans le P. Platessus (Tab. 72, fig. 1), et c'est là sans doute la raison pourquoi M. de Blainville a pris ces pointes pour des rayons de la dorsale, elles osselets dont nous parlons, pour les osselets interapophysaires de ces rayons. Le plus souvent ces osselets sont limités à l'espace compris entre la nuque et l'origine de la dorsale ; mais nous avons aussi des exemples où ils paraissent s'étendre à toute la longueur de la région dorsale , entre autres dans le Microdon hexagonus (Tab. 69 e, fig. 1 et 5). Dans ce cas , la difficulté est d'autant plus grande , que l'on est facilement tenté de voir dans ces lignes croisées des traces du squelette tégumentaire. Néanmoins je crois que l'explication la plus probable que l'on puisse donner de ces osselets , pour les Pycnodus du moins (dans lesquels ils ne dépassent jamais l'origine de la dorsale) , c'est de les envisager comme les analogues des os en V des Clupes.

Les nageoires sont peu développées dans les vrais Pycnodus, à l'exception de la caudale, qui est large et fourchue. La dorsale est basse; elle commence environ à la moitié de la longueur du corps , et s'étend jusqu'à l'origine de la caudale ; il en est de même de l'anale , qui a àpeu-près les mêmes dimensions : ni l'une ni l'autre n'est munie de rayons épineux. Les pectorales sont grêles et composées de rayons très-fins. Les ventrales paraissent manquer.

Je n'ai encore rencontré sur aucun Pycnodus toutes les écailles dans leur intégrité; néanmoins l'analogie de ces poissons avec les Microdon et les Gyrodus me fait supposer qu'ils étaient revêtus, comme ces derniers, d'écaillés en forme de losanges. On ne trouve ordinairement chez les Pycnodus que des traces des onglets articulaires qui unissent les écailles, disposés en séries obliques sur les flancs.

Je connais maintenant le squelette de trois espèces de Pycnodus, des P. Platessus, Rhombus et orbicularis. Les espèces dont on ne possède que des dents et des fragmens de mâchoires sont bien plus nombreuses. Les dimensions de ces dents et de ces mâchoires font présumer qu'elles proviennent de poissons de grande taille. La plupart des espèces sont jurassiques ; quelques-unes sont de Monte-Boica et des terrains tertiaires. On trouve aussi dans le Keuper petite des dents , qui probablement appartiennent à ce genre.

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